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ithe qui n'était partie pour l'Es ait arrêtée à Toulouse sous pi quipages qu'une longue marcht m réalité dans le but de retar Lvée à Tolède où elle craignait < elle pensait aux efforts inutiles 3 de ce pays avaient faits pour (
•anc, lib. VI, c, xlvi.
l'apostasie de deux de ses parentes qui mariées. Lorsque, pendant cette halte ass( apprit l'assassinat du roi, elle revint à Par fut manqué. Mais revenons à Chilpéric.
' Son assassin s'était esquivé et ne futjama circonstance toute seule peut faire supposer protection qui le couvrit contre toutes les po imposer par la terreur une absolue discrétion plus ou moins gagnés. Mais la rumeur indiqua pas moins les instigatrices du crim sans autant de preuves solides que de préven de Brunehaut qui n'avait pas oublié l'as! sœur Galsuinde, à Frédégonde que l'histoire d'avoir prévenu par un forfait de plus le ehàtii lui attirer la découverte de ses inconduites que l'épouse infidèle se croyant un jour dé; son mari, qui était rentré dans la chambre qu''elle s'en aperçût, fut frappée famiUéremi l'épaule dVn léger coup de baguette qui lui f expression de complaisance : « Doucement, ce Landry était un des principaux officiers de propos dévoilait assez les familiarités d'un f méprise aussitôt découverte, et le départ su la chasse durent persuader à la reine qu' ne tarderait pas à éclater. Elle la prévint anxiétés au seul homme qui pouvait l'en con historiens ont prétendu que cet épisode n'i cent ans plus tard par Frédégaire et ne doil la charge de Frédégonde w. Mais Frédégai avoir au vii^ siècle des renseignements qu^ pas au vi«, et ce qu'on sait de l'accusée fo un faisceau de charges dont l'histoire n'a Quoi qu'il en soit, l'affreuse reine accusa seigneurs de la cour qui, punis de mort, m
(a) V. iine note île D. Ruinait sur le c. xr. de ï'Epit Tours. Higne, col. 19i.
ÉNÊRALE DU POITOU (584) 13'
snvoyer l'accusatioa. C'est un de ce:
fréquemment dans Thistoire des cour aissent trop souvent dans l'obscuriti crimes sans disculper ceux qui furen très. Mais ici on aura toujours contr r et la familiarité dont elle combli ornent, eut à la cour de Neustrie tou;
les dignités.
enfant de quatre mois, Clotaire II isentement des seigneurs francs, qu ait est d'une grande importance pou el respect on avait déjà pour le priiicipi , en se rattachant aux premiers jour
peine consolidée, il perpétuait pou e la France une coutume désormai vait avoir d'interruption qu'à de rare !S, et dont le maintien, comme le issurer la longue existence politiqu rtés du pays. C'est quand le mépri tiens a été semé dans les foules qu emplacé leurs maîtres, et que de; isables ont miné la force morale di
id nombre des leudes neustriens qui péric, désapprouvaient sa politiqui îs agressions, revinrent aussitôt ver s attacha comme autant d'amis su 30ur secouer le joug de tutelle. Ce Il Meaux, où se tenait alors le jeun résors que Chilpéric avait accumulé |ue quinze ans. Sa mère Brunehaul fier l'avait imbu de bonne heure d ernait l'Austrasie avec autant d'auto ;n avait dans le royaume de Soissons ire l'importance de l'union contracté rer qu'un jour ce prince lui 1
son riche héritage. Mais elle avait compté de la veuve de Chilpéric, laquelle aussitôt Chclles, était venue se confier i la bienveil mode, évêque de Paris, qui lui avait doni dépendances de sa cathédrale. Ce refuge i à elle seule, mais aussi à un certain noir et aux trésors qu'elle tenait depuis longt dans cette capitale. Toutefois, elle ne mant soucis. Elle songeait à conserver à son f royaume de Chilpéric, du moins une pî arriver, elle ne crut rien de mieux que d'j de Bourgogne. Elle chercha donc à né quand déjà il s'approchait de Paris pour ; ville. Mais pendant qu'il y entrait par une ment ouverte par les Parisiens, Childebei une autre pour s'y établir. Mais il dut à Fréc adroitement travaillé les habitants, d'être fc sur laquelle il n'avait pas compté. Il ne \ de Gonlran qu'il reçût bien les envoyé: rappeler dans quels termes ils avaient véc dant plusieurs années. Ainsi les intrigue cour d'Austrasie par le conseil de régen le roi de Bourgogne, la prise de possess Chilpéric d'abord, puis par Sigebert lui-nr serment prêté par les trois frères à Char sion de cette ville entre eux, furent des d'une égale valeur, au moins assez s( comprendre aux envoyés qu'ils ne gagnerai Nous avons fait remarquer en son lieu.c n'avait pas manqué à ses engagements Paris quand ses propres droits étaient Paris lui-même convoité par Chilpéric qu sans plus de scrupules que de tant d'aut debert dut donc renoncer à rester en gràc 11 eut même la douleur de le voir protège le politique Contran ne séparait pas assez
et pendant que celle-ci profitait de cette faveur (] publique, pour affermir ses propres affaires, le vieu: avait 67 ans) dont le caractère était empreint de dou de justice, s'efforçait de fermer les plaies causées guerres et le? violences criminelles du règne pré Les églises recouvrèrent, aussi bien que les parti les biens dont ont les avaient spoliés, et les pauvres traités avec une générosité qu'ils n'avaient pas n depuis longtemps.
Au milieu de tant de sages et justes précautions, devoir en prendre une autre dans la crainte d'une op| que rattachement des peuples à la mémoire de Sig leur fidélité à son fils pouvaient faire supposer pos! s'assura des villes qui, en Neustrie, avaient appa Chilpéric, et même de celles que le roi d'Austrasie av, de la succession du roi Charibert : il pouvait craini ces places n'eussent pu se défendre contre des atta cause de leur enclavement, hors de l'Austrasie, d deux autres royaumes.
Cependant les comtes envoyés dans ces provinces réaliser ce plan furent malvenus quand on les annoi Tourangeaux et aux Poitevins. Ceux-ci, en effet, ava'iei (lu gouvernement paternel de Sigobert; ils désiraici sous la domination de son fils, et s'y fussent remis regrettant de ne le pouvoir encore. Mais à la nouvi mesures prises par Contran, ils commencèrent des ratifs de résistance. Il n'en fallut pas plus pour leui des rigueurs. Des milices furent levées en Berry ave de franchir les frontières des deux pays et de p( ravage dans la Touraine. En plusieurs endroits, V commença à mettre le feu. Des églises mêmes brûlées. La crainte de plus grands dommages ; contenir les populations déjà envahies. On envoy vers Childebert lui témoigner des regrets, mais « garda pas moins les espérances d'un temps meilleur pourrait échapper à la loi du plus fort. De leur c
HISTOIRE GÉNÉRALE DO POITOU (584j
S n'agissaient pas moins dans les intérêts de irt qui étaient les leurs. Gararic, un des généraux 'Austrasie, aussitôt après la mort de Chilpérlc était saisir de Limoges, puis revenu à Poitiers, on Vy •rdialement accueilli. Voyant la disposition de la la résistance, et apprenant que Tours songeait nt à se soumettre, il y avait envoyé un de ses
pour l'encourager dans la même opposition. Mais elui-ci arriva , tout était consommé : et il trouva la : mains des Bourguignons. Il lui fallut donc reporter rs cette triste nouvelle. Il était chargé d'une lettre ir saint Grégoire à l'évêque Marovée et aux habitants ir expliquer pourquoi les Tourangeaux avaient cédé ; jeait ses voisins à s'éviter les mêmes malheurs ; urs, ajoutait-il, le roi Gontran est regardé comme le le tuteur de ses deux neveux, par là il est comme ■e des deux royaumes, presque autant que Clotaire ité après la mort de tous ses frères. » 5ages conseils ne prévalurent pas contre l'avis de
qui croyait encore possible une défense énergique, donc les avoir fortifiés dans leur préférence pour er't, il donna le commandement de la ville à Evron, illan de ce prince, et partit pour chercher et ramener ïurs. Mais Villacaire, comte d'Orléans, qui s'était maître de Tours et y résidait, ne donna pas à
le temps de réaliser son projet. Il fit avancer vers i son armée composée de troupes du Berry et de la le, et tout d'abord se hâta de mettre le feu aux ■gs. Ce que voyant les habitants , ils députèrent des nsidérables d'entre eux pour demander un armistice ur d'une nouvelle conférence avec Gontran ; mais le
n'y voulut rien entendre. 11 avait ordre d'exiger une m pure et simple, à quelque prix qu'il dût l'obtenir.
être réduit à l'extrémité. Il fallut se soumettre et
cette nouvelle défaite par un serment de fidélité. Ce t ne devait pas être d'une videur durable.
Au milieu de ces troubles et dans une paix que rie pouvait atteindre, un événement heureux pour le die de Poitiers, se passait au monastère de Sainte-Croix mois de mai de cette année 584 (16). Une jeune religie Disciole, y avait été élevée et s'y était distinguée par humilité , sa modestie et son fidèle attachement à la r Nièce de saint Sauve qui occupa le siège métropo: d'Albi de 580 à 586 (") , elle avait trouvé dans ses exen de pieux encouragements aux plus grandes vertus. S; s'écoula donc dans l'exercice d'une continuelle ferveur sentant prés de succomber à une maladie pendant laq ses sœurs qui l'aimaient beaucoup s'étaient empressée la soigner, elle leur dit vers trois heures de l'aprèsqui était celle où l'office de None se devait chante chœur ; i Voici que je me sens plus légère, je ne sû plus ; vos soins ne me sont donc pas indispensable; vaut mieux que vous me laissiez seule quelques ins pour que je puisse dormir. • Les sœurs quittèrent doi cellule les unes après les autres et revinrent bientôt a se tenant debout près du lit et attendant qu'elle parlât. Pour Disciole, elle semblait, en élevant les ta demander la bénédiction d'un évêque. > Bénissez-moj, d elle, saint ministre du Très-Haut, car voici la troisièm que vous vous fatiguez pour moi aujourd'hui. Et pou soutenir de telles fatigues pour une pauvre femme de r; — On lui demanda à qui elle parlait ainsi : elle gar silence. Peu d'instants après elle eut un grand éclat dt accompagné d'un sourire et elle rendit l'esprit. Lon selon la coutume, on lava son corps pour Tensevelir, trouva d'un éclat merveilleux, qui surpassait de beai le plus beau linge qu'on voulut y employer.
Nous verrons avec quel soin la Communauté con les restes de la jeune sainte qu'on ne voulut pas se
(a) LoDgucval fait raonrir saint Sauve en 555. Salvi, en 5)4i. Le cÂrùtiana donne 586, et mérite mieux d'ëlre suivi.
, autre sainte qui l'avait aimée tendrement et dont tarderons pas à raconter la fin prédestinée, velles sources de perturbations n'en menaçaient pas
Poitou, quand à peine ces événements venaient , A la. cour de Childebert dont la jeunesse était ioumise à une régence, une conspiration s'était [itre ses propres ministres et plusieurs leudes du
de Neustrie, pour renverser le roi d'Austrasie cl ur son trône un prince dont ils dirigeraient le iment au profit de leur commune ambition. Le chef révolte était ce Gontran-Boson qui avait autrefois les périls de Mérouée, fils de Chilpéric, lequel, )ar Brunehaut, était mort assassiné en 577, prés juanne. Boson et ses adeptes avaient imaginé de vir à leurs desseins un «îertain Gondebaud, fils le Chilpéric, ignoré jusqu'alors,- et qui, soutenu revendiquerait !a couronne d'Austrasie. Muramolus I avions vu si fidèle à Sigebert, les trahissait aussi personne de son fils, et se montrait à la tête des de Bourgogne. Il prit le commandement des trou|>es lonna Gontran, et après avoir rejoint Gondebaud ■gne où il s'était caché jusqu'au moment d'agir, il ce lui dans le Limousin et le fit proclamer à 7) roi d'Aquitaine, on lui soumettant les principales ircées d'abandonner le parti de Childebert. Après es, il convoita Poitiers et marchait déjà pour s'en quand il apprit en chemin que Gontran se Tétait il retourna donc vers les autres villes qui avaient u à Chilpéric, et toutes lui ouvrirent leurs portes, ■n sait quels traitements éprouvaient toujours les juses cités obligées de recevoir ces contingents nés qui y entraient à titre de vainqueurs ou même on comprend combien la ville de Poitiers dut se ï'avoir échappé à celte nouvelle visite, irtant, toujours attachée au parti de Childebert ^gardait comme son roi légitime, elle donnait sou-
art de Contran, à des méfiances qui, Snérèrent en lourdes sévérilés. En i couronne de Neustrie et celle de IV 5 de Chiipéric , dont il savait pourtani liéritier légitime, il fit demander à la nent qu'elle refusa w. L'évêque Mai
alors le chef de la cité, sans doul lomtc qui n'avait pas encore rem] il en soit, le prélat, décidé à ne pas i jebert, se prononça en termes énergit abitants dans son oppositions. Au; vers la place de nombreuses bande léanais. Toutefois, par une de ces mes :e auxquelles Contran ne manquait jai demander à la ville si elle était déci( lui fermer ses portes. Un nouveau coureuse attaque, en même temps qui aées dévastaient les campagnes env fut obligée d'ouvrir ses portes. Avet
caractère, Marovée n'eût pas facile vengeance exemplaire , et les habi ;s à la dernière extrémité. Déjà mèm e précipitaient vers la demeure de l'évt avoir manqué à la foi jurée. Mais Po
Radégonde une protection puissanti lier en des circonstances aussi critic .s, elle ne l'était pas moins de Goi /ait du, on considération de son ill der à ses généraux Sichar et Willa nodération. Il n'en fallut pas moins f t Marovée dut se charger. Taxé à ible', il ne put la trouver qu'en fa )ropres ateliers un de ces riches vase
. VII, c. XXIV. — Bouchcl a confondu les dates, (
; DDDcios. Gteg; Tjran, ub. sup.
HISTOIRE GÉNéRALE OU POITOU (585)
ient au Saint Sacrifice, quand on y distribuait le Pain Vin du Seigneur à un grand nombre de coramu-* i (18). La promptitude de cette opération dit assez qu'il lit alors à Poitiers une fabrication des monnaies, et e fonctionnait à l'évêché..
e autre victime qui n'avait pas les mêmes moyens en veur, fut moins heureuse dans ce tumulte sanglant: t Marileife, autrefois premier médecin de Chllpéric, jeudaste, aux jours de sa faveur, avait fait cruellement aiter pour plaire à Frédégonde. Saisi par ordre de ce tre en sortant de chez le roi qui se trouvait à Tours, it été blessé, volé de tout ce qu'il avait sur lui d'or et 2nt, et réduit à un état complet de nudité, il n'avait ipé à la mort qu'en se réfugiant dans une église. Saint ïire ému de pitié, l'en avait retiré secrètement et lui avmt de sauf-conduit jusqu'à Poitiers. C'était là qu'il avait S depuis lors, se croyant en sûreté , et jouissant d'une le considérable, fruit de ses charges passées. Mais il tait pas ignoré de ses ennemis qui entourèrent sa m, y pillèrent tout, meubles, valeurs monnayées, .ux et tout ce qui avait quelque prix. Lui-même fut ïclave avec tant d'autres, et replacé parmi les colons Lglise pour y reprendre la première position dont il sorti : toute sa famille, avant lui, ayant eu le soin des ins, des cuisines et des boulangeries seigneuriales, croyons qu'on peut entendre par ces mots qu'il •tint dès lors aux dépendances de l'évêché, et que si nnemis voulurent ainsi l'humilier en le plaçant dans li se rattachait à une véritable domesticité, l'Eglise le retour de l'ordre l'en aura su retirer pour une tion meilleure. Ces catastrophes et ces grands revers [•tune, n'en prouvent pas moins en quel état de boulsment continuel vivait cette société où la force seule t à bout de tout faire par la terreur. Qu'eùt-ce donc cette Eglise n'eût pas veillé sur ce monde si violera agité, et posé ses dogmes et ses lois comme unt
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barrière aux crimes de tous et aux oppressions i criminelles des grands ?
Cependant le roi de Bourgogne qui avait compri de ces menées déloyales, entendait bien aus! d'ailleurs par sa franchise naturelle et son habit ture, ne pas se séparer entièrement de son neveu, par ses affidés des moindres détails de la conj' Gondebaud, il fit saisir et mettre à la question d sadeurs de ce dernier; ceux-ci avouèrent ramiôcations de l'affaire, et Contran les révéla à en lui renouvelant des assurances d'affection, temps il lui conseilla de se méfier de Brunel qu'elle fût sa mère, parce que, ennuyée de n'avt part aux affaires, dont ses ministres l'avaient élc s'entendait avec Gondebaud, et ne craindrait pas rendre son fils lui-même victime de honteuses Après cet avis, et pour lui en assurer la sincérit présenta à ses troupes, solennellement assemblée qu'il appela son fils, le leur fit reconnaître c héritier, et les prémunit, en leur dévoilant h desseins des conspirateurs, contre les entraînen ne manquerait pas de leur susciter encore.
A la suite de ces événements, ce qu'il y e heureux pour Childebert et pour Gontran lui-n que Gondebaud, trahi par ceux-mêmes qui Pava à la révolte, fut tué sous les murs de Co Gascogne, dont on faisait le siège, et d'dù, par promesses, on l'avait fait sortir pendant la nuit. A peine la paix fut-elle aussi revenue, que G n'avait pas voulu laisser le jeune fils de F héritier de Chilpéric, sous les détestables \nflm telle mère, nomma à cet enfant un conseil de "elégua la cruelle veuve dans Ja maison royale c 7est là que, peu après, Gontran vint la trouvt •eux encore, malgré tant de circonstances qui ;mpêché jusque-là, de découvrir les assassins d
il lui demanda de lui communiquer ce qu'elle avait pu savoir. Elle accusa, à tort ou à raison, Bérulfe, chambellan du prince assassiné. Ce Bérulfe était en même temps Duc de Touraine et de Poitou. Il résidait à Tours, où il semble que son titre, qui était celui de la plus haute dignité dans les provinces , n'excluait pas celui de comte, et que, par la confiance de Chilpéric, il avait réuni les deux à la fois à Tours et à Poitiers (a). Il en résultait pour lui une puissance plus ample, et que l'oflBcier qui, dans l'admiîiistration civile, ne faisait que des fonctions déléguées, dépendait entièrement du Duc, et n'avait pas d'initiative réelle. Ce pouvoir supérieur avait été donné â Bérulfe, pour la première fois, en 581, et il en était le premier titulaire. De telles faveurs n'empêchèrent pas le malheureux de succomber sous le poids de l'accusation formulée contre lui. S'étant réfugié dans la basilique de Saint-Martin, on l'en fit sortir par ruse, et il fut massacré par les soldats mis à sa poursuite. Toute cette affaire venait encore de la méchanceté de Frédégonde : c'était une vengeance digne d'elle, Bérulfe, après la mort de son mari, ayant retusé de demeurer à son service. Elle ajouta à cette accusation celle d'avoir emporté, en la quittant, des sommes considérables, prises dans les coffres du roi, dont il avait la confiance, ce qui fut cause qu'après sa mort ses biens furent entièrement confisqués, ceiteé^'*'*^"^ * Toutes ces horreurs qui se renouvelaient si fréquemment
devaient rendre l'existence pénible et pleine de troubles à toutes les classes de cette société tourmentée. Quelle sécurité pouvaient se promettre pour le lendemain des populations que rien ne protégeait, et qui, souvent, comme il arriva en Touraine après la première prise de Poitiers, se voyaient maltraitées et ruinées par les vainqueurs avides de pillage. Ces appréhensions pénétraient dans toutes les âmes. Les riches leudes dans leurs châteaux, les pauvrîs paysans dans leurs fermes, n'étaient à l'abri d'aucune Ue
(a) Voir le texte de Grégoire de Tours, Histor. Franc., lib. VI, c. xii et xxa, — lib. V, c. L. — lib. VIII, c. xxvi.
ces avanies. Ajoutons-y les intempéries des saisons, les calamités ordinaires qui en naissent,, les déceptions de Pagriculture, les ravages de la famine et de la peste, et nous n'aurons qu'une faible idée de tant de revers. Radégonde même, dans sa solitude de Sainte-Croix, ne se crut pas assez protégée contre les excès de ces jours néfastes. Elle songea à joindre à la prière des moyens de persuasion qui lui avaient toujours réussi sur les âmes élevées.
Combien de fois déjà, depuis quinze ans que sa clôture NoweiieB diiposiétait faite, avait-eUe vu Poitiers livré par la guerre aux giMieigor ravenir de horreurs de Pincendie et du saccagement! Ce refuge était resté inviolable, grâce à la protection de Dieu et aux ordres sévères qu'avaient dû recevoir de leurs princes les généraux qui avaient présidé à ces destructions. Mais combien de temps durerait cette tutelle? Les rois de sa famille pouvaient disparaître inopinément au milieu des conflits qui les divisaient sans cesse. Un autre évêque qui ne serait pas retenu pas eux pouvait user contre le monastère de vues toutes différentes des siennes ; elle-même, enfin, qui n'était pas encore septuagénaire, voyait pourtant sa vie s'échapper au milieu des austérités qui l'avaient remplie : c'étaient autant de raisons qui l'inquiétaient et la firent songer à des mesures propres à sauver ses filles des périls qu'elle ne pouvait assez redouter. N'y avait-il pas autour d'elle , dans , , .
* j r 'Ses postas cnmtes
cette paisible enceinte qu'elle avait soumise à la paternelle *«««««^ bienveillance d'un Concile , des éléments de troubles qu'elle allait voir fermenter en dépit de son zèle et de sa fermeté maternelle ? Là, elle observait déjà ce que l'histoire constate de plus en plus en étudiant ces temps de transition et d'incertitudes sociales. Le plus grand nombre des jeunes filles qui l'avaient suivie appartenait à la race gauloise, douce par nature, pacifique sous le joug étranger qui l'avait ubjuguée, formée à la civilisation romaine que la foi du Christ avait achevé de polir par les charmes d'un onctueux Qysticisme : mais près d'elle des femmes d'origine franque, 'ont les mœurs ardentes et l'insubordination naturelle
)nnaient quelquefois, par les excentricités du caractère, 1 déplorable contraste aux modestes habitudes de leurs impagnes. Nous en verrons des preuves qui ne tarderont LS à les signaler.
Dieu inspire les saints, et quand ils sont appelés à la irde d'un dépôt qui intéresse sa gloire, il ne manque pas i les pousser dans une voie où toutes ressources sont irdées pour leur zèle et pour leur piété. La sainte reine solut donc de garantir la solidité de son édifice en le nlîant à la sauvegarde de tout Tépiscopat de la Gaule, le écrivit une lettre qu'on peut regarder comme son ritable testament, et en adressa une copie à chacun des élats qui gouvernaient les diocèses. Son saint ami qui cupait le siège de Tours la reçut peut-être le premier, et us Ta transmises. Nous la donnerons ici tout entière, mme un précieux monument de ce véritable esprit mastique dont l'expression léguait à l'avenir une juste ie de ces temps mêlés de tant de bien et de mal :
X Sainis et très dignes possesseurs des Sièges apostoliques, aux Ecêquesj mes pères en Jésus-Christ, Radégonde pécheresse.
Quelque œuvre qu'on ait fondée, on ne peut la mener au but an se propose, si elle n'est portée, comme étaut d'un véritable irét pour Je troupeau, à la connaissance des pasteurs, qui, à titre pères et de médeciua doivent y intervenir en y employant leur ,rité, leur autorité pleine de sagesse et le secours de leurs prières.
Autrefois par la miséricorde divine dont la Providence se montre louce à mou égard, j'ai pu rompre les liens qui me retenaient ls la vie du siècle, et passer, sous la conduite de Jésus-Christ, à la religieuse où je me suis appliquée de toutes mes forces à guider D prochain dans les voies du bien et du salut. Dans ce but, et ce à l'agréAaent et à la générosité de mon très excellent seigneur roi Clotaire, j'ai fondé et établi dans la ville de Poitiers un aastëro de vierges, le dotant de ce que m'avait accordé à cette tation la munificence royale. De plus, j'ai pu lui donner soas le i pices du Christ la règle suivie par sainte Césarie, sœur di
i) Witt. Ftom., lib, IX, c. XLU,
bienheureux Gésaire, évéque d'Arles, et que le pieux préU tirée avec eoin des écrits de nos pares dans la foi. J'avais une Agnès, qui fut dès son enfance traitée comme ma fille, dont surveillé et suivi l'éducation. Du consentement soit des bieaL pontifes de cette ville, soit do quelques autres, la congr l'ayant choisie pour dame et maîtresse comme moi-même instituée abbesse de celte maison, et je me suis soumise à el n'obéir qu'à elle seule après Dieu, selon toutes les prescripl la règle. Messoeurset moi, lui avons donc, selon la forme apos et nous souvenant d' Ananie et de Saphire, abandonné par des ( sans nous en rien réserver en propre, tout ce que nous pi posséder des biens de la terre.
1 Mais la condition humaine n'a rien de stable; le monde à son dernier Jour sans s'inquiéter des choses de Dieu auxqi préfère ses propres vues.
> C'est donc pour la gloire de Dieu que je vous prie d'agrë supplique et d'y faire droit dès à présent, soit que je reste après vous, soit que je continue de vous y vénérer dans l'a] de Jésus- Christ. Ce que je ne puis exprimer ici de vive vo: fais par cette lettre, me prosternant â vos pieds, vous cooju nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et par le jour du' red jugement, que dans cette épreuve, le démon ne devienne pa accusateur, mais que le Roi de gloire vous couronne. Si d qu'à Dieu ne plaise, après ma mort une personne quelconq l'éeéque du lieu, soit un délégué du prince ou de quelqu autorité, tentait de porter le trouble dans la congrégation ) suggestions malveillantes ; si par des attaques judiciaires, on violer la règle ou instituer une autre abbesse que ma sœur proclamée autrefois par la bénédiction du bienheureux Gt en présence de plusieurs de ses frères dans l'épiscopat; ou impossible, il s'élevait dans la communauté même des mu tendant à y introduire un changement; ou si une personn conque, ou le Pontife du lieu, essayait de prendre sur le mo plus d'autorité que n'en auraient eu durant ma vie les év6q prédécesseurs, ou toute autre personne ; ou bien si l'on voulait quelque nouveau privilège ; ou encore si quelqu'un voulait au monastère quelques-unes des choses qui lui ont été donni mon très excellent seigneur Clotaire, ou mes seigneurs les i Ils, ou moi-même, et dont la possession lui eût été conservée si 'ement ei avec serment par les chartes signées de nos très exi wigneurs et rois Charibert, Contran, Chilpéric et Sigebert i quelque prince ou pontife ou puissance quelconque, ou quel
HISTOIRE GÉNÉEtALE DU POITOU (585)
KBurs, osait vouloir sacrilègement envahir, réclamer ou reprendre mè sienne quelqu'une des choses que d'autres ont données au ostère pour le salut de leur &me, ou que les soeurs ont concédées eurs propres biens : au nom de mes humbles supplications et de >lonté du Christ, je demande que vos saintetés et celles de vos eseeura interviennent contre eux, qu'elles les chargent de leur ^nation, que les voleurs et les spoliateurs des pauvres cessent e en grâce avec vous, aSo que par votre résistance, personne î permette ni d'altérer notre règle, ni de priver le monastère de noindres possessions.
Je demande encore que lorsqu'il aura plu h Dieu de retirer de londe notre dame et sœur Agnès, la congrégation élise en sa B une sœur qui soit agréable & Dieu, qui garde la règle, et :he vers le but de sainteté que nous nous sommes proposé : afin cette règle ne périsse jamais, ni de son consentement, ni par le l'une volonté étrangère.
Que si, ce que je n'ose croire, quelqu'un voulait contre l'ordre 'iel et l'autorité des rois, modifier en rien les susdites conditions
nous vous conjurons devant le Seigneur de maintenir l'obser- «, ou attaquer les personnes et les biens du monastère, ou enfin ar atteinte & la personne ou à l'indépendance de notre susdite r l'abbesse Agnès: que le coupable encoure le jugement de Dieu, i sainte Croix, de la bienheureuse Marie, que les bienheureux ts Hilaire et Martin auxquels j'en ai confié après Dieu la défense, hargent de protéger mes sœurs, de le poursuivre et de plaider re lui.
Et vous aussi, bienheureux pontifes, je vous conjure, j'invoque
vos successeurs à qui j'ai confié la cause du ciel. S'il arrivait quelqu'un entreprit rien contre notre monastère, n'hésitez pas, ' repousser et renverser l'ennemi du Tout-Puissant, de vous re vers le roi qui gouvernera alors ce pays ou la cité de iers. Intervenez en faveur de ce qui vous est recommandé' au nom tieu; ftâtes exécuter la justice contre les auteurs de l'injustice, qu'un roi catholique ne souffre pas qu'une telle indignité puisse »>mplir sous son règne, et ne laisse pas tomber ce qui fut établi la volonté de Dieu, par la mienne et par celle des rois euxles. Je supplie aussi les princes que Dieu voudra laisser après mort â la tête des peuples, et au nom de ce Roi dont le régne ra point de fin, par la volonté duquel les royaumes s'affermissent li leur a donné la vie et la royauté, d'ordonner que le monastère j'ai construit par la permission et les secours des seigneurs roi; s pères ou aïeux, que j'ai soumis & sa règle et doté de ma
ISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (585) 151 r
8oil gouvernô par leur protection et par leurs ordres <
l'abbesse AgDds. Je les conjure de veiller à ce que l
[uiète oi ne tourmonte ladite abbesse, ni n'ôle, ni ne J
e ce qui appartient à notre monastère. Je les supplie |
le Dieu et du Rédempteur des nations, de défendre et >3
lit monastôre, d'accord avec nos seigneurs les évoques, I
mes où je le leur recommande, afin qu'ils vivent dans 1
ernel en société avec les protecteurs des pauvres et -" y.
nerges, en l'tionneur duquel ils auront assisté les i
lieu. , -j
jmande aussi, Très-Saints Pontifes et très excellents i
!, et vous aussi peuple chrétien, je vous conjure par la dans laquelle vous avez été baptisés, et parles églises ';
sous votre garde, que lorsque Dieu m'aura séparée de ^
je monde, vous teniez à ce que mon pauvre corps soit
la basilique que nous avons commencé & élever en '
sainte Marie, mère du Seigneur, et dans laquelle
plusieurs de nos soeurs; je le demande, que cette
achevée ou non. Si quelqu'un voulait qu'il en fût e par l'intercession de la bienheureuse Marie et par la st, il encoure la vengeance divine : en sorte que par e intervention, j'obtienne dans cette église une petite s ensevelie près de mes sœurs. Je demande aussi et je armes* que cette présente supplique signée ici de ma soit conservée dans les archives de l'église de Poitiers,
sceur l'abbesse Agnès ou la congrégation était forcée
du secours contre les méchants, votre sollicitude
apporte les pieuses consolations de votre piété, et disent pas abandonnées de moi, qui, par la grâce de iréparé voire bienveillance. J'insiste surtout pour que oiirs devant les yeux ces recommandations au nom de aut de sa glorieuse Croix recommanda la Vierge-Mére IX apdtre saint Jean, afin que de même qu'il accomplit ieu, de même aussi vous accomplissiez, Mes Seigneurs, )mmes apostoliques, ce que moi, humble et indigne, mande ici. En sorte que conservant dignement le dépét é confié, vous participiez aux mérites de Celui dont iez le mandat en reproduisant en tout les exemples issés. Amen. >
ons pas craint de transcrire cette remarquable toute sa longueur, parce qu'elle indique en de
HISTOIRE GÉNÉRALE DtJ POITOU (585)
: détails soit les intentions déjà connues des envieux t le monastère de Sainte-Croix, soit les graves ensions que la sainte femme conservait du mauvais de Marovée, que plus d'une allusion y indique ent. Elle se souvenait d'ailleurs qu'après avoir de s'occuper en rien des affaires de Sainte-Croix jue Radégonde se croyait, et avec raison, fondée à lui en accorder exclusivement la direction , l'évêque 3u recours pour y réussir à Childebert, sollicitant de il pût gouverner le monastère comme toutes les es du diocèse i»). La sainte voyait trop clairement îtta prétention un sujet de ruine, el ne craignait rien le de la voir exécutée. On voit aussi quel noble re garde dans cette pièce la royale suppliante, tour humble comme une religieuse, énergique et grave : une reine, et se souvenant parfois qu'elle est ite parente des rois dont elle invoque l'intervention, iment il y avait déjà à l'intérieur de l'auguste maison mptômes de révolte s'élevant contre l'autorité d'une e à laquelle des reines comme Chrodielde et Basine (20) ent dur d'obéir, et peut-être avaient-elles quelques ■ateurs secrets parmi ceux dont l'autorité sacrée dû leur inspirer le sentiment de la soumission el oir.
ane des réponses que durent faire les évêques à cette use qui leur parlîiit avec autant d'autorité que de t, ne nous est connue ; mais ce que 6t l'épiscopat . après pour maintenir l'ordre et la justice dans les 5 de la communauté, ne laisse aucun doute sur ; qui leur fit accueillir cette solennelle supplique. s voyons en 586 un comte de Poitiers nommé ius, le même qui s'était compromis quelques années vant contre Chilpéric quand celui-ci, s'étant emparé itiers, l'en avait exilé en confisquant ses bienî-
^. TaroD.,lib. IX. c. xl.
HISTjOIRE générale du POITOU (586)
Cette disgrâce n'avait pas duré au-delà d'un lui avait alors permis de revenir et réintégr fortune. Cette faveur ne fut pas la seule dont réjouir, car il fut préposé à la fois avec la qualil aux Tourangeaux et aux Poitevins. Nous savon! aventures du duc Bérulfe qui paya de sa vie d'avoir déplu à Frédégonde. C'était à lui q succéda dans le gouvernement des deux pro\ avait eu jusqu'alors simultanément dans chacu et un comte, le premier embrassant le gouverne rieur de tout le pays, qui comprenait le comman troupes pendant la guerre ; l'autre, appliqué i aux affaires civiles de la cité et à la justice Cette organisation nouvelle d'un seul duc pou villes ne dura pas. Eborin, qui était alors comt( se plaignit l'année suivante que cette nouvelle dig à Ennodius le privait de ses droits. De son côté qui avait aussi reçu le gouvernement d'Aire Lescar (22), et qui voulait parer le coup dont on ]< cherchait à se faire des partisans partout, alla quatre provinces d'une ville à l'autre, et semblait possession par un séjour de quelque temps. Celte ne servit de rien. Le roi céda aux observation: supprima le titre de duc de Touraine et retira 1 Ennodius qui se vit encore dépouillé des autres, p( après, sur la demande générale de sa révocatic les comtes placés sous ses ordres. On lui intt les territoires de- Tours et de Poitiers, de sorte forcé de se retirer dans ses domaines et de s'; d'une vie privée. C'est la dernière fois que non mentionnés les comtes de Tours jusqu'à Charler en établira partout.
L'année 587 nous introduit dans une période ressante de notre histoire, car nous n'y troui ensemble de faits consolants, et la paix règne malheureuse province si longtemps dévastée.
154 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU j587)
était due à la politique franche et honnête de Gontran qui ne lui avait fait du mal que malgré lui, et moins dans ses propres intérêts que dans ceux de Childebert qu'il savait mal dirigé par sa mère Brunehaut, et dont la tante Frédégonde ne lui paraissait pas moins redoutable. La preuve de ces sages pensées parut cette année en une occasion solennelle. Selon l'usage alors adopté dans la famille de France, Childebert, marié très jeune, avait déjà, à Page de dix-sept ans, deux fils, l'un nommé Théodebert et l'autre Thierry, le dernier-né. Gontran eut une extrême joie de ce double événement qui semblait affermir d^ns la famille de son neveu le sceptre de l'Austrasie, et la force nécessaire à le défendre. Il s'empressa d'en faire complimenter Childebert et de lui envoyer des présents. Brunehaut saisit cette occasion pour proposer entre son fils Childebert et Gontran un traité qui perpétuerait entre eux une paix solide en reconstituant les droits de chacun. Nous en parlerons bientôt. Mais l'ordre des temps nous appelle à raconter les derniers jours de sainte Radégonde.
Elle avait trop bien prévu l'avenir contre lequel elle tenait Dernières années de tant à garantir SOU œuvrc de prédilection. Cette forte
sainte Radégonde. ^ ^
et grande nature en qui le sang germain avait fondé une énergie digne de sa race, l'avait merveilleusement modifiée par une haute intelligence des amabilités de la piété chrétienne. Elle avait marché par la dignité de son rang et les chaudes vertus de son cœur à la tête de toutes les femmes de son siècle. Son admirable amie sainte Clotilde n'avait montré ni plus d'élévation dans son entente des choses divines, ni plus de courage dans les adversités d'une vie d'épreuves. Sa mort silencieuse et presque inconnue, n'avait eu ni autant d'éclat, ni de si glorieuses conséquences, ni une histoire aussi touchante écrite par le premier chroniqueur de la Gaule. Radégonde, assistant à la fondation d'une monarchie qui devait, grâce à la foi des apôtres, jeter un si vif éclat sur le monde, et le dominer si longtemps par le caractère surnaturel de sa politique, s'était rangée du côté de
le avait mieux connu les vanités et 1< jndaines, et toute sa vie s'était dépe mt, à remplir de l'esprit divin les ce
les rangs de la société nouvelle, ; elles sous les humbles livrées de Is . Et au milieu de ces grandes œuvr iver des âmes vers le Ciel, elle doi
; elle ajoutait aux prescriptions d à règle commune, les sévérités de ardente. Aussi, à peine âgée de sois e constitution ne suffisait plus à ses '. n plus que son exquise sensibilité a ù la jetaient sans cesse les récri:
et par trop guerrières de cette f : croyaient toujours destinés à des c Livent elle avait contenus dans le es inimitiés. Une consolante espéï
semblait déjà accompli, venait (
sainte joie sur ses derniers jours, elle avait aimé pour ses vertus i ours, ce Childebert enfin qui lui seml
devait faire le bonheur de ses peup 'oitou, par suite de conventions déjà
promulguées, avec Gontran. C'esl ) si grande consolation lui était do ir lui-même en avertissant la sait le, l'entretenait de ce ciel où depuis ses plus chères affections et ses vi ussi qu'elle reçut à l'intérieur de f use visite de son céleste Epoux qui 1 bientôt une perle enchâssée dans sa i
disparaissant, sur le pavé de si reinte de son pied divin (23).
iprochait de ce terme désiré, plus se nce des guérisons miraculeuses ; il es ou d'infirmes qui ne vinssent so
charité, et tous s'en retournaient avec de nouvelles preuves de sa puissance sur le cœur de Dieu.
crofx rpouiâ!'^'*" Depuis longtemps sa santé déclinait : on le remarquait
surtout dans les premiers mois de 587. La communauté s'en inquiétait, et la sainte, qui s'apercevait de ces indices significatifs, se gardait bien de rien diminuer de ses austérités ni de ses entretiens avec le Sauveur. On la trouvait souvent en ces douces intimités qui vont jusqu'à cette extase que Dieu a souvent rendues familières à ses saints, et dont une de ses sœurs témoin de ces faveurs d'En-Haut nous a laissé le touchant récit {«). Le 12 août, ses forces disparurent. Elle ne se soutenait plus et fut obligée de se coucher ; elle voulut encore' que ce fût sur un cilice couvert de cendres. Les sœurs l'entouraient désolées et se lamentant : elle seule gardait sa sérénité. Après avoir reçu le saint viatique et l'extrême-onction, elle demeura jusqu'au soir dans une profonde contemplation ; mais tout à coup elle en sortit pour consoler ses filles, leur répétant à cet effet les passages des saintes Ecritures et des Pères qu'elle avait étudiés avec tant d'ardeur et d'intelligence : après quoi elle reprit un long silence pendant lequel elle ne s'exprima que par la joie et le calme qui respiraient sur ses traits. Enfin, s'apercevant encore que ses sœurs pleuraient autour d'elle, elle chercha à les rassurer par le bonheur qu'elle allait recevoir, et leur, promit d'être toujours avec elles. Soudain une clarté extraordinaire l'environna, dont ses compagnes pouvaient à peine supporter la splendeur. Elle augmenta d'heure en heure, et la joie de la mourante en devenait de plus en plus sensible. Le matin se fit. Elle s'écria : « Je ne sens plus aucune douleur. L'Epoux appelle son Epouse. Qu'il vous bénisse toutes. Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. » Alors sa tête s'inclina doucement; elle rendit son âme pure à l'Agneau sans tache , et aussitôt un
(a) Baudonivic, ub sup.
S se répandit dans la pauvre cellule où ve ■eine de France, l'illustre fondatrice de Sai ime du monde qui sut jamais mieux allie me race royale à l'éclat surnaturel des ] i plus humbles vertus, récit que nous laissèrent de cette mort h 5 témoins dont la véracité ne s'appuie le piété éclairée que sur une tendre familii ours. Baudonivie fut un de ces témoins < \is avons, parmi les autres, Hildebert, év^ e le xi« siècle avait surnommé le Vénérabl
fut, de l'aveu de tous, un homme de g , et qui n'écrivit, à quatre siècles de dista
documents encore possédés par l'abbayt
3 coïncidences curieuses, telle que l'histoir >, se rattache à la mort de sainte Radégo dit sa sainte amitié avec Junien, le reclu! la promesse qu'ils s'étaient faite l'un et Va vertir mutuellement de leur mort prochain ne l'avait pas oublié. Mais avant de e s'accomplit, reprenons l'histoire du ; )ù le cours des événements nous avait ol
is dit les rapports suivis qui s'étaient et lainte Radégonde. Ils n'eurent jamais poui ancemcnt mutuel dans la vertu. C'était en 3t pour l'autre l'amour de Dieu ; c'était I qui sépare le cœur des sens, et ne laisse ntiments qui ne puisse se perpétuer dai quand il sentit que ses forces d'octogéi il vit la mort s'approcher avec la sérénité
■e de ta France littéraire, 111, 178, i93. — Lecointe, j
Ponditkmdomfiotstèi« de la TYouMoie.
Saint Joaieninhoiné dans ton monasiôre de Uaiié.
cœur dégagé de tout et qui n'espère plus que sa récompense. Il manda ses frères à sa cellule de Chaunay, où une faiblesse l'avait surpris, les exhorta à garder après lui l'intégrité de leur vie habituelle, Tamour de la règle et la charité édifiante qui les unissait. Il avait un de ces disciples exemplaires entre tous, nommé Auremond (24). Il le désigna à la communauté pour son successeur, et le chargea tout d'abord d'aller annoncer sa mort à sa sainte amie de Poitiers, aussitôt que Dieu aurait disposé de lui. Or, à cette même heure, Radégonde expirait elle-même et demandait que Junien en fût instruit aussitôt ; de sorte que, par une touchante disposition de la Providence, ces deux âmes qui s'étaient si saintement aimées ne durent pas être séparées ici-bas, et se retrouvèrent au seuil de leur bonheur éternel. Par une autre coïncidence non moins admirable, les deux envoyés se rencontrèrent, et chacun expliquant à l'autre la cause de cette rencontre, ils purent constater que le même jour, et au même moment, le ciel s'était ouvert pour les deux amis : c'était le mercredi 13 août 587.
A ce point de rencontre, au lieu qu'on appelle encore la Troussaie, on éleva peu de temps après une chapelle sous le vocable de sainte Radégonde, laquelle se changea plus tard en une église et un prieuré qui existaient encore en 1790, et avait perpétué l'impérissable souvenir de ces mémorables événements. C'était dans l'ancien archiprêtrô de Rom, sur la paroisse actuelle de Céaux, en suivant le chemin de ce bourg à Champagné-Saint-Hilaire. On y voit encore les ruines d'une dernière chapelle du prieuré de l'abbaye de Tyron, qui serait digne d'une construction méritée à tous égards (25).
Le corps de saint Junien reçut la sépulture dans l'église de son monastère de Maire, et, trois siècles après, par suite des guerres que subit l'Aquitaine, cette demeure* vénérée ayant été détruite, on le transporta à Nouaillé, qui venait d'être érigé en abbaye par Charlemagne. Les cruelles impiétés des huguenots dans le pays, forcèrent
: à le cacher si bien , qu'après la mort saneux qui s'étaient dévoués pour le sauver, on ■etrouver. Heureusement les religieuses de la ailiers en possédaient quelques portions qu'elles ;raire aux profanateurs de 93, et qui, des mains diocésaine, passèrent à celles de nos vénérables le Sainte-Croix, qui les possèdent encore et les mrae un des précieux souvenirs de leur sainte
le Poitiers célèbre la mémoire de saint Junien double, le 12 août, le 13 étant consacré à sainte comme double de première classe, mort de l'auguste princesse, un grand devoir Tiplir. Elle avait ordonné que sa sépulture se l'église de Sainte-Marie , non encore achevée , ne portion souterraine était déjà le lieu de repos -unes de celles qui l'avaient précédée. Il étîiit le convenance que l'évêque de Poitiers présidât is d'une reine de France et d'une religieuse de Croirailron que dans cette circonstance Marovée pas même la douleur publique, ni son caractère ni l'édification qu'il devait à tous. Rancuneux i la mort, cet esprit hautain, ce cœur sec et ar la charité, laissa encore éclater sa haine. La 'and événement, il avait pris ses précautions bsent quand il arriverait: sous prétexte d'une ■aie, il était monté à cheval et avait disparu, t, aussitôt le décès, un envoyé avait été dépéché re de Tours, qui se hâta de venir et se rendit à j 0 trouva l'auguste défunte déjà couchée sur )os , la face découverte et rayonnant d'un éclat icheur qui surpassait, dit-il lui-même, celle des ses (26). Beux cents religieuses, parentes en grand ■ois, ou de la plus haute noblesse, l'entouraient, mt aux pleurs, exprimant leurs regrets par des s, sûres pourtant de sa gloire déjà acquise, mais
Huoiéet'HibHutc,
es de ne Tavoir plus sur la terre comme une amie et dèle de tous les jours. Nonobstant cette juste douleur, ire, qui ne pouvait lui-môme retenir ses larmes, lia à Tabbesse de s'occuper de la cérémonie suprême, ôe absent, il convenait de ne pas attendre que ce perdit cette dernière beauté dont Dieu semblait l'avoir giée. Mais Tabbesse opposa dans sa simplicité que Ire Tévêque viendrïiit encore assez tôt pour prendre la cérémonie. Et comment la faire sans lui, puisqu'il partenait de bénir la tombe que la sainte devait :r? Alors les hommes du monde et autres citoyens ibles qui étaient présents, convoqués pour rendre les ?s honneurs à la sainte, insistèrent pour que i'évêque ars suppléât son collègue, et procédât sans retard à nnité.
;t bon de nous arrêter ici sur certains détails de ces ires pratiquées alors dans l'église de Sainte-Marie, dégonde avait demandé si instamment à n'être point e de ses soeurs qui semblaient l'y attendre, ^ré les lenteurs que subissait la construction de la ue , placée en dehors des murs de la ville , lenteurs liquaient assez les guerres incessantes et les troubles s qui avaient dû forcer le clergé à se réfugier *e les remparts voisins, la partie inférieure, église raine destinée à la sépulture des sœurs, était achevéesavons qu'elle renfermait déjà un certain nombre de ires ayant leurs épitaphes(27) et conservant aux familles iligieuses, comme aux pieux souvenir de chacune , les noms des défuntes qui y reposaient. Chaque avait une place à part, consistant en une sorte de (28) en pierres creusées. Chacune de ces demeures lires était rangée dans le pourtour du rond-point ou , au fond duquel un autel s'élevait pour le Saintice. En avant de cet autel, était déposé le corps, afin personne défunte semblât ainsi assister à l'oblation qui devait se faire pour elle. La tète de la défunte
ient, par un accord toujours respecté avec la iglise elle-même. C'était aussi Tévêque, ou le 1 chargeait, qui devait, les prières terminées, uvcrture en pierre destinée à recouvrir la •telle.
e c'était à une déférence envers son collègue le Grégoire craignait de manquer. Il se décida ire la cérémonie, et le saint corps fut enlevé é au lieu de sa dernière destination. L'historien dès le début de cette marche on vit plusieurs , qui n'étaient pas rares en ces siècles do foi, Doigner de leurs tourments par des contorsions uvelaient souvent en présence du cercueil, re à la basilique, on suivit un chemin qui la monastère et qui longeait les remparts. Les le leur vœu de clôture empêchait d'y suivre le !, s'étaient répandues en pleurant sur la plateouronnait les murs et sur les tours qui en ; intervalles. Elles voyaient s'éloigner d'elles s celle dont la vie avait été leur douce joie et 3 trésor. Les plaintes de ces derniers adieux que les sanglots des clercs eux-mêmes inters chants sacrés. Enfin on arriva dans la ;râce à la prévoyance de l'abbesse , on trouva provisoire en bois dans lequel on déposa le imé avfic des parfums. La fosse où il devait ait donc été creusée un peu plus large, car Je 6t fut encore enfermé dans un second sépulcre loirement de deux sarcophages dont on avait àtés. Cette opération terminée, on acheva les n se retira, laissant à l'évèque du lieu le soin e tombeau après y avoir célébré la messe, re ajoute qu'à la suite de ce pénible office de nistère, il rentra au monastère dans la pensée quelques dernières consolations. Là on ne. lasser de lui montrer les objets qui avaieqt
appartenu à la chère défunte, les lieux qu'elle avait fréquentés, « de sorte, dit-il, que j'avais le cœur plein du » chagrin que je voyais à toutes, et que pour m'en consoler, » j'avais besoin de me rappeler que la sainte était encore » là toute présente par ses vertus, et que cette âme que le » monde venait de perdre nous aimerait toujours dans le » ciel. »
L'évéque Marovée revint à Poitiers peu de jours après cette mort. Il consentit à consacrer l'autel de sa cellule funèbre; il ferma le sépulcre, et il semble que ce dut être après cette dernière preuve de condescendance, qu'il voulut bien se montrer plus traitable que par le passé. s'oSÎMr*dc"sSîtcî L'abbesse Agnès le suppUa encore une fois de prendre le ™**' monastère sous son patronage. Il s'y montra d'abord peu
disposé ; mais sur les instances de ses clercs , il promit ce qu'on lui demandait, de telle sorte pourtant, et avec si peu de bonne grâce, que la communauté y vit encore quelque arrière-pensée qui ne manquait pas de se trahir (29). Cette poUtique de ruses et de précautions dont le prélat avait usé jusque-là, se montre encore, et pour arriver plus complètement à cette autorité qu'il avait toujours ambitionnée, il voulut que ce nouvel état de choses fût cimenté par le roi lui-même dont il savait que Radégonde avait adjuré la protection. Il s'en fut donc trouver Childebert et en obtint des lettres de nantissement qui lui permettaient de traiter le monastère comme une maison dépendante de sa juridiction (fl). Comment ce prince que Radégonde avait tant aimé, put-il agir ainsi contrairement à ses vœux les plus ardemment exprimés dans sa dernière lettre aux évoques et aux rois ses parents?
Raliégo'Sïà^poiuw? ^^ ^^* ^*^^ ^^^^ P®^ ^® temps après la mort de la sainte
que la sépulture provisoire qui lui avait été donnée, fut remplacée par le tombeau que nous voyons encore dans le caveau si populaire, ouvert sous le sanctuaire de sa
(a) Mabillon, Annal. Bened., t. H, p, 193-
Histoire générale du poitou (587)
basilique. Celle-ci ayant été parachevée en peu i devint une belle église aux grandes proportions, a nefs avec un déambulatoire autour de l'autel pri la crypte où reposent les restes du saint corps lors la forme que nous lui voyons encore. Nous ( vicissitudes et les profanations que durent subir les âges le noble vaisseau et les cendres Constatons dès à présent, que du moment où li reposa et où son vocable fut donné pour touj' basilique, on y vit accourir des malades de tou qui y obtinrent leur guérison ; que ces prodiges vêlèrent dans tous les siècles et jusqu'au nôtre ; It de Poitiers se plurent à en attester un grand ne les formes juridiques recommandées en pareil FEglise. La grande reine fut dès lors honorée patronne de la cité.
Nous avons parlé d'Auremond , ce messager e saint Junien à sainte Radégonde pour l'avertir d* et qu'il avait désigné comme celui qu'il préférait i après lui de la charge abbatiale. C'était un de ce marqués d'avance au doigt de Dieu pour remi terre un rôle providentiel. Un jour, non loin de une pauvre femme enceinte demanda l'aumôr Junien qu'elle avait rencontré priant dans le bois en la lui donnant, l'assure qu'elle aurait un f promit d'en être le parrain. Ce fils étant né en e apporté, il le tint sur les fonts sacrés, et , Auremond. Mais là ne se borna point la tâche q au saint cette paternité spirituelle. Dès ce momei sur lui, et quand l'âge fut venu, il le reçui monastère de Maire, l'y fit instruire dans les humaines et dans les choses de Dieu. Le jour s'attacha à la'feainte maison, y goûta les enseign son maître , et ayant pris la vie monastique , il s' de telle sorte que Junien le désignait volontie l'un de ceux qui recevraient dignement après 1
La communauté adhéra à ce choix par une décision e. Auremond devint le second abbé de Maire. 11 dul ler jusqu'au premier quart du vii« siècle, et mourut let, sans qu'on sache bien l'année. Il fut honoré à st plus tard à l'abbaye de Nouaillé sous le titre de reux.