‹ Histoire générale, civile, religieuse et littéraire du PoitouChapitre 10 sur 37 · VI . •. 1 1 . 1 sur Job · texte numérisé non relu

VI . •. 1 1 . 1 sur Job

qu 11 trouvait dans- la patience du saint patriarche une pieuse

consolation à ses propres douleurs, quelques-uns de ses

dignes correspondants lui apprirent qu'à Sirmich (24), Osius, conciie desirmich.

évoque de Cordoue et le saint pape Libère lui-même,

s'étaient laissés surprendre par une formule captieuse dont

{a) Saint Jérôme, Prefat. in lib. II. Comm. Epist. ad Galat.

Occasion du Des Synodes.

Concile d'Ancyre.

on devait profiter, quoiqu'elle eût un côté orthodoxe contre la Consubstantialité. Ces audacieuses persistances, et la vive opposition qu'y firent les catholiques, devinrent pour Constance une occasion de plus de faire valoir ses préférences. Il exigea encore, sans ro1:)tcnir, la signature de cette nouvelle impiété. Les orthodoxes n'y répondirent que par une courageuse condamnation, datée d'avant la fête de Pâques, en 358. Dans le but de consoler l'illustre exilé de Phrygie, ils lui envoyèrent cette preuve de leur fermeté ; et comme en même temps ils lui demandaient comment les grandes questions de la foi avaient été traitées par les Orientaux, Hilaire leur répondit par une relation étendue de tout ce qui s'était fait ou dit dans leurs écrits ou leurs conciles depuis celui de Nicée. C'est l'objet du livre Des Synodes. Là, il trouve occasion de comparer entre elles les différentes formules des hérétiques, les condamne tour à tour en démontrant tantôt leur fausseté, tantôt leur perfidie ; il s'efforce d'y demeurer impartial en acceptant certaines expressions plus tolérables, et qui avaient un sens plus catholique qu'erroné, sans laisser croire cependant qu'il se laissât tromper par des interprétations frauduleuses dont l'ennemi espérait profiter (25) ; heureux de trouver dans cet esprit de justice un moyen de rapprochement que la charité désirait sans que la foi pût s'en plaindre. Il adressa ce livre aux évêques de toutes les Gaules et à ceux de la Bretagne, c'est-à-dire de l'Angleterre, qu'on voit bien par là être restée alors dans l'unité catholique. Au contraire, comme on voit qu'il ne l'adressa dans la Narbonnaise qu'au clergé et aux fidèles de Toulouse, on peut conclure que Narbonne n'avait pas d'évêque orthodoxe, et quant à Toulouse, ou Rhodane n'était pas encore mort en Phrygie, ou son Eglise était encore privée de son successeur.

Le livre Des Synodes causa une grande agitation dans l'Orient, où la foi des Occidentaux fut mieux connue. Quelques évêques songèrent à un retour aux vrais principes en commençant à les mieux apprécier. Etant donc réunis

"histoire générale du POITOU (358) 193

en assez grand nombre à Ancyre (26) avant la fête de Pâques 358 , pour la consécration d'une église , ils y convoquèrent autant d'autres évêques qu'ils le purent, et ils y arrêtèrent des articles conformes en tout au concile de Nicée. Quelques efforts que l'ennemi put faire pour en atténuer la portée, Hilaire espéra que cette doctrine, ainsi exposée, pourrait éclairer les esprits de bonne foi. Mais comme il en trouva peu du côté de ses adversaires, il dut sans cesse se méfier de leurs menées, se garder contre les pièges de leurs rédactions, et tout en les traitant avec autant de douceur que de prévenance, se convaincre maintes fois qu'il ne fallait rien attendre d'esprits prévenus, poussant leur opposition jusqu'à la haine....

Dieu lui ménageait cependant de passagères mais bien douces consolations. C'est ici que nous devons placer l'une de celles qui lui furent le plus sensibles, parce que, en lui, elle intéressait le cœur paternel.

On se rappelle (^ue le saint évêque avait laissé à Poitiers laK^aViSalni' une femme vertueuse et une fille encore enfant. Une tradi- ^'^'■^• tion, rapportée par de pieux auteurs, afïïrme que la mère et la fille habitaient ensemble, près de l'éghse cathédrale, une modeste demeure où elles vivaient retirées en Dieu dans la pratique de la perfection chrétienne. En 358, Abre(27), la jeune fille, avait treize ans, et déjà sa beauté, son éducation, la haute position de sa famille, avaient attiré sur elle les regards du gouverneur de Poitiers, qui l'aurait voulue pour son fils. Les saintes femmes reçurent ses ouvertures, auxquelles le jeune homme joignit ses instances. Celles-ci en écrivirent à leur cher exilé ; mais cette nouvelle, si flatteuse qu'elle pût être par plus d'un endroit, ne lui agréa point. Les saints ont sur les choses humaines des idées que tous ne sont pas appelés à comprendre, et des inspirations plus conformes au véritable esprit de la perfection évangélique. Ces lettres donc ne le surprirent ni ne l'affligèrent. Mais, en considérant les dangers du monde où sa chère enfant allait entrer par un

mariage, et les risques faits peut-être à sa foi au milieu des assauts que la religion souffrait de toutes parts, il songea à la détourner d'un établissement mondain pour lui proposer la virginité chrétienne dont le Sauveur fait un si bel éloge. C'est, dans ce but qu'il lui répondit en lui vantant la vie des vierges, comparant leur état à une perle précieuse, à un vêtement d'honneur dont elles se parent pour arriver à l'éternelle patrie. Sous ce langage allégorique, on savoure la tendresse pleine de douceur de cette haute et si ferme intelligence, suppliant un être si cher de ne prendre pour époux que Jésus-Christ, de mépriser, comme les vierges de cette époque fervente, les vaines parures qui flattent les goûts de son sexe, et de chercher le ciel avant tout, comme l'unique trésor capable de l'enrichir. Il finissait en l'exhortant, si elle ne comprenait pas bien encore quelques-unes de ses pensées, à s'en informer de sa mère. Nous verrons quel usage la jeune fille sut faire de ces conseils (28). Ses Hymnes latines. A Cette lettre, l'augustc cxilé avait joint deux hymnes latines reproduisant les mêmes vœux, invoquant le Sauveur comme la véritable lumière des âmes, à qui seul appartient de répandre en elles la piété et la vertu (29). Sa foi lui faisait voir dans cette espèce de poésie un moyen efficace de plaire aux esprits élevés, moyen que l'Eglise adopta dès les premiers temps, et qui, dans l'antiquité judaïque, servit aux poètes et aux psalmistes à graver, par un rythme musical et des images plus vives, les vérités révélées dans le cœur et la mémoire des hommes. De ces deux hymnes, l'une était une prière du matin ; l'autre du soir. La première seule nous est restée. C'est un précieux spécimen de cette poésie latine qui touchait à son terme, lequel n'était point encore la décadence complète de l'art, ayant ses derniers jets de coloris, de vivacité de style qu'elle refusa bientôt à la plume de saint Ambroise, et un peu plus tard, quoique moins généralement, à celle de saint Fortunat, qui a pourtant écrit de belles pages. Il paraît que saint Hilaire avait composé aussi un certain nombre d'autres

hymnes, aujourd'hui perdues, et que, bien longtemps après lui, le quatrième concile de Tolède recommandait de chanter aux offices de PEglisec^). Quelques-unes nous sont parvenues, sur l'authenticité desquelles les liturgistes s'accordent peu. Il semble, par ce que dit Erasme, qu'aux xv^ et XVI® siècles on en attribuait encore au saint docteur quelques-unes auxquelles dom Guéranger en ajoute d'autres, sans paraître assez jaloux de les patronner, mais que le respect des traditions ecclésiastiques et d'autorités fort accréditées nous font regarder volontiers comme étant de lui (30).

Une autre joie de saint Hilaire fut d'apprendre comment Saint phébade dvêun vieil évêque des Gaules, son ami depuis longtemps par sa fidélité à la foi, venait de se faire son digne émule par sa vigilance à la défendre. Saint Phébade, qui siégeait à Agen depuis 347, et l'un des vingt évêques qui avaient su résister à Constance, semblait avoir pris à cœur de consoler par sa fermeté et la lucidité de sa science l'Eglise gallicane privée de son évêque de Poitiers (31). Affligé de voir quel poison caché contenait la deuxième formule do Sirmich, fabriquée par Potamius, et comment ses adeptes s'obstinaient à ruser sur le sens des mots nature et semblable j il les réfuta dans un traité où l'exposition son Traité contre

^ l'arianisme.

théologique s'appuie d'une logique éminente, et s'élève parfois jusqu'à une chaleureuse éloquence. Les ariens s'en vengèrent à Rimini (32), où, sur leurs instances captieuses, conciie de Rimini. Constance indiqua un nouveau concile pour l'Occident, en même temps que pour les Orientaux. Un autre était convoqué à Séleucie(33). A Rimini se trouvèrent plus de quatre cents évêques, dont quatre-vingts seulement représentaient l'hérésie. Ils s'assemblèrent à la fin de juin 359, et y firent prévaloir la saine doctrine. Mais, par un perfide artifice, les ariens parvinrent encore, avec le secours de Constance qui demanda une seconde délibération, à tromper

(a) Concil. Toletan IV, aiiii. 681, can. 12.

Préliminaires du concile de Séleucie.

les catholiques en leur persuadant d'éviter dans la rédaction de la formule le mot de substance qui les gênait le plus, et dont ils prétendaient que la disparition terminerait toutes les disputes. Les évêques orthodoxes y furent trompés, croyant en sûreté le sens catholique qu'ils y trouvaient, et bientôt leurs ennemis en triomphèrent si hautement, que de nouvelles discussions s'ouvrirent, protégées par de nouvelles violences de l'empereur : de façon que, parmi les êvêques fidèles, quelques-uns faiblirent encore, cédant à des explications subtiles dont l'erreur pouvait profiter autant que la vérité («). Le pape saint Libère condamna ces déplorables erreurs w.

Une fausse paix ne devait pas tarder à provoquer de nouvelles agitations.

Mais pendant que ces tristes scènes se passaient en Itahe, les Orientaux s'étaient réunis à Séleucie le 27 septembre de la même année 359. Le gouverneur d'Asie, qui avait reçu un ordre d'y convoquer tous les évêques, n'en excepta point Hilaire, qui en reçut avec joie l'indiction. C'était en effet pour lui, comme l'observe Sulpice-Sévére , une occasion aussi précieuse qu'inattendue d'entrer en lice. On doit voir surtout ici un soin particulier de la Providence, qui, abandonnant à leur sens réprouvé les apostats qui allaient encore procéder par l'hypocrisie et le blasphème, devait faire sortir de leurs désordres un moyen de rendre le saint pasteur à son troupeau, et à l'Occident le docteur qui allait y détruire les dernières ressources du mensonge (34). Rencontre de saint La réputation de Sainteté qu'Hilaire s'était faite en tout

Hilaire et de sainte ^ '■ '■

Florence. l'Oricut l'avait entouré d'un respect qui ne s'y était jamais

démenti. Aussi accourait-on sur ses pas en tous les lieux où le portait son zèle, qu'excitait toujours le danger des populations menacées par l'erreur. Une occasion se présenta dans son voyage à Séleucie de voir se manifester

(a) Sulpice-Sévcrc, Histor., lib. II.

(b) Fleury, Rohrbacher, ad ann. 359.

ce même sentiment devenu familier aux contrées qu''il traversait. Un dimanche, pendant ce trajet, il s'arrêta dans une petite ville aujourd''hui inconnue, à Pheure de l'office divin. La foule s'y tenait recueillie et il priait lui-même, sans doute dépourvu de toute marque de sa distinction, lorsqu'une jeune fille, pénétrant jusqu'à lui, se jeta à ses pieds et le conjura de la marquer au front du signe de la croix. Cette jeune fille était païenne comme sa famille ; mais nous devions l'honorer plus tard sous le nom de sainte Florence. Hilaire, en acquiesçant à son désir, et sur sa demande, la baptisa, aussi bien que son père et sa mère, qui implorèrent la même faveur. Il n'est pas douteux que ce nom de Florence n'ait été imposé à la fervente néophyte par le prélat lui-même, qui, devenant son père spirituel, aura songé à lui donner pour marraine la sainte épouse qui priait pour lui dans sa solitude du Poitou. Nous retrouverons l'intéressante enfant poursuivant la sainte carrière qui venait de lui être ouverte.

Le grand évêque arriva bientôt à Séleucie, où le bruit de de^ISf-ïuS sa venue avait disposé en sa faveur l'esprit du peuple, qui ^'"''^^e. suspectait, par plus d'une raison, la bonne foi des ariens. Ceux-ci n'y formaient pas, au reste, une réelle majorité, car tous, au milieu d'un petit nombre de catholiques sincères et éclairés, professaient des opinions divergentes que le saint ne désespérait pas de mener à l'unité. Mais quoique admis d'abord avec beaucoup d'égards, il ne tarda pas à reconnaître que l'audace des uns, la faiblesse des autres, et enfin le nombre restreint des Pères catholiques, dont l'insuffisance ne pouvait tenir contre ces deux obstacles, compromettrait encore le succès qu'il avait pu espérer. Que fût-ce donc, quand il ne vit que des fureurs opposées au langage de la foi, et des blasphèmes hideux jetés aux principes dont l'hérésie ne voulait plus ? Aurait-il pu jamais croire, même après ce qu'il avait vu à Arles et Bôziers, que des évêques fussent capables de telles horreurs?

La fin de septembre et le commencement d'octobre 359

se passèrent ainsi. En dehors des séances, quelques hérériques furent envoyés vers Hilaire pour essayer de le séduire par les subtilités habituelles. Il les découvrit sans peine, et obtint, en réponse à ces indignes provocations, que les chefs d'un parti qui en était venu à nier à force de subterfuges la divinité de Jésus-Christ, fussent déposés par le concile (35).

Ces brouillons allèrent se plaindre à Tempereur. L'autre partie du concile lui députa aussi dix de ses membres, parmi lesquels Hilaire fut désigné, ce qui secondait bien le désir qu'il conservait de voir le prince et d'en obtenir une conférence. Mais déjà se trouvaient à Constantinople les députés de Rimini, presque tous ariens, et délégués pour faire valoir les déplorables opinions des dernières sessions du concile. L'empereur qui ne connaissait encore que la première où la foi de Nicée avait triomphé, voulait que les Orientaux l'adoptassent, et qu'un autre concile fut tenu aussitôt à Constantinople par les évèques présents. S'ils eussent été aussi faciles à ramener au bien qu'à entraîner dans le mal, toute division se fût bientôt effacée. Mais il n'est pas toujours donné à un prince de réparer aussi heureusement les maux qu'il a faits ; et Constance éprouva une fois de plus, qu'en faisant la guerre à l'Eglise on se rendait indigne de lui rendre la paix.

tamS?'-sSfd Une assemblée se fit donc dans la ville impériale au hvre à Constance, n^ois de janvier 3G0. Hilaire voyant à quoi allaient aboutir encore les intrigues de l'enfer, présenta à l'empereur un second mémoire où, plus pressé de défendre la foi que d'exposer sa cause, il trouva cependant plus d'une occasion naturelle de présenter sa propre justification. Ce chefd'œuvre, écrit avec une liberté qu'autorisaient les périls de l'Eglise et l'irréprochable conduite du saint exilé, se ressent de la juste opinion qu'il s'était toujours faite de sa sublime dignité et de sa fidélité inviolable à la foi chrétienne. Il ose accuser des maux de l'Eglise et de ceux qu'il souffre lui-même avec son Eglise de Poitiers, Valens, Ursace et

Saturnin. Enfin il demande à s"* expliquer en plein concile, à confondre les ennemis de Jésus-Christ, à exposer au prince lui-même quelle foi doivent avoir les évêques : celle que personne n"'a le courage de lui enseigner (a).

Cet écrit était encore, comme les autres, la voix puissante d'un pasteur courageux que tout devait faire honorer. Mais les ariens y virent autre chose que la lumière qui y brillait. Ils comprirent avant tout qu'ils étaient perdus s'ils devaient de nouveau se commettre avec ce redoutable adversaire. En dépit de son beau plaidoyer, ils persuadèrent . donc au prince dont ils s'étaient emparés d'adopter et de faire signer par tous les évêques d'Occident et d'Orient la déclaration hérétique de Rimini, au lieu du premier formulaire, qui se rangeait à la foi orthodoxe.

Alors saint Hilaire, qui savait de quelle insuffisance était ^ Troisième uvre à

' J- •■■ Constance ; i\isle se-

devant un tel juge une logique pleine de modération et de vérité du saint auteur.

respect, abandonna des tempéraments devenus inutiles, et,

ne songeant plus qu'à démasquer l'impiété du prince, il

écrivit un dernier mémoire. Mais là ce n'est plus seulement

à l'homme qu'il s'adresse, c'est à toute l'Eglise, c'est au

peuple chrétien entraîné vers la négation du christianisme

par les trop persévérants efforts d'ennemis acharnés. Il se

plaint de voir dominer l'antechrist, le troupeau livré aux

mercenaires, et le temps est venu où il est possible enfin

de mourir pour la foi, mais non de se taire en présence

des périls qui menacent le peuple de Dieu. Il regrette ces

années où l'Epouse du Christ avait en face d'elle des tyrans

qui versaient son sang dans les arènes, mais qui, du moins,

ne recouraient ni à l'hypocrisie, ni aux artifices. Puis il

discute la liberté de cette parole austère qui gémit sur tant

de maux, qui accuse un prince qu'elle aurait voulu n'avoir

qu'à louer. Trop longtemps il s'est tu. Il dit à Constance

ce qu'il eût dit à Maximien ou à Néron. Les Machabées

expirants n'ont-ils pas ainsi reproché à leurs bourreaux la

(a) V. Lib. ad Constant., nos 6 et 8.

cruauté de leurs supplices, moins pour eux-mêmes que pour la religion qu'on persécutait? Enfin il apostrophe avec une véhémence digne de sa grande âme l'ennemi de Jésus- Christ qui ose pourtant se dire chrétien, qui fait des formulaires de foi et ne se règle en rien sur la foi, qui remplit de mauvais évêques les sièges qu'il a iniquement privés de leurs pasteurs légitimes et vertueux, qui épouvante les conciles par ses menaces, et viole leurs libertés par ses persécutions.

Ensuite il l'accuse, à l'égard des évêques, de fausses douceurs qui révèlent le loup dans la peau des brebis ; de s'ériger en juge des Ecritures sous prétexte qu'elles n'autorisent point le sens que les docteurs y reconnaissent, et par un dernier trait qui résume tout le reste, il le compare à un ignorant architecte qui ne veut bâtir que pour laisser choir bientôt des édifices qui n'ont ni fondements, ni solidité {Cl).

Reproches peu mé- Qq^ ^q^^ q^\ pespirc , il cst vrai , toute l'indimiation d'une

rites a l'occasion de i i 7 7 o

"'^""- âme honnête exaspérée par les malheurs de l'Eglise, les

périls des âmes, et la détestable perfidie d'un tyran théologien, a paru à quelques écrivains marqué d'une fougue plus naturelle que religieuse, et plus à reprendre qu'à louer. Ces esprits scrupuleux invoquent la majesté impériale qu'on injurie, disent-ils, par ce style outrageant, et qu'on expose au mépris des peuples. Qui ne voit la faiblesse de cette argumentation à la faveur de laquelle on permet tout à un prince outrageant la religion, c'est-à-dire la plus haute vérité connue, sans qu'il soit permis de la défendre, sans la venger d'avance en fournissant à l'histoire des matériaux qui l'éclairent sur ces procès qu'elle devra juger tôt ou tard entre les bourreaux et leurs victimes? Si la force prime le droit, selon l'ignoble et éternelle maxime que se sont toujours faite, comme aujourd'hui encore, les vainqueurs momentanés de l'Eglise, ne faut-il pas qu'un

(a) Contra Constant. Imper. ^ lih., passim.

jour ces audacieux énergumèiies soient flétris par leurs doctrines mêmes, et comment le seraient-ils si la vérité qu'ils flagellent n'avait que le droit de se taire et de souffrir? Remarquons d'ailleurs qu'il n'y a dans ce langage aucune passion personnelle, aucune haine contre l'adversaire qu'il reprend. Le srrand écrivain n'inspire point son écrit par un Le saint s'y exprime

i- <~> '^ '- >■ avec une fermeté im-

motif de vengeance, toujours peu chrétien; il a le véritable posée par les pénis de courage qui n'use d'aucune équivoque, va droit à son antagoniste, le nomme hardiment, et se met devant lui à découvert, n'ayant pour armes contre des faits évidents que des paroles loyales, que rien ne pourra l'obliger à rétracter. Ce qu'il dit, ce sont des vérités absolues ; ce qu'il défend, c'est son droit', c'est son devoir, c'est l'avenir de son troupeau et le sien. « Je suis évêque, s'écric-t-il, je » suis catholique. Je ne veux pas qu'on me prenne pour » un hérétique : avant tout, je me préoccupe des périls de » la foi, des malheurs du monde, de mes propres obliga- » tions et de mon salut. Suivons la vérité sous la conduite » de l'Esprit-Saint, au lieu de l'esprit d'erreur qui mène » au mensonge, et mourons, s'il le faut, avec Jésus-Christ, » afin de régner avec lui(^). »

Yo'ûà quels motifs avoue le i>Tand docteur de ses n adresse son iivre

i ~ aux eveques et non a

éloquentes sévérités. Ce sentiment n'a jamais été plus mal Constance lui-même,

compris que par certains écrivains de notre époque, trop

peu instruits de nos vérités religieuses pour les apprécier

justement, et qui se sont permis de trouver « fougueuse et

coupable » cette vivacité de la foi revendiquant les droits

de Dieu contre un souverain que certainement, en pareil

cas, il fallait respecter moins qu'elle (36). Au reste ce ne fut

pas à Constance lui-même qu'il adressa son énergique

invective. Ce fut à ses frères les évêques w. Il voulait

surtout, en frappant un grand et dernier coup, les animer

de sa propre fermeté en face d'un homme qui venait de

(a) Lib. contra Const., passim.

(ft) Ibicl.

donner la dernière preuve de sa complicité avec les ennemis de la foi. Il savait bien d'ailleurs que celui-ci n'ignorait pas ces intrépides remontrances, et qu'assez de courtisans le lui dénonceraient. Il ne paraît pas qu'ils en aient eu le temps. Plus pressés d'éluder ces nouveaux coups que de lui répondre, pendant que le saint s'occupait à Constantinople de rédiger des mémoires sur les conciles de Rimini

Qui lo renvoie dans ct dc Sélcucic (37), Ics acacicus (38) persuadèrent à l'empereur qu'on n'obtiendrait rien de cet homme, que sa présence troublait de plus en plus la paix de l'Orient, et que sans rétracter l'ordre de son exil, il fallait le renvoyer dans les Gaules. Un ordre du prince l'y renvoya donc : et c'est ainsi que Dieu fit tourner au bien et à la consolation de tout rOccident cette mesure salutaire qu'Hilaire ne dut qu'à une nouvelle perfidie de ses ennemis.

Notre saint hâta son départ pour cette grande Gaule qui aspirait à le revoir sans l'espérer encore si prochainement. C'était en 360, et comme le faux concile de Constantinople s'était tenu vers le commencement de l'année, on pourrait croire, avec un historien mal renseigné qu'en tenant compte du peu de temps qu'il s'arrêta à Rome, où il désirait s'entretenir avec saint Libère des affaires de l'Eglise, il avait pu arriver à Poitiers avant les fêtes de Pâques. Il n'en fut rien cependant, car ses propres affaires d'Orient, puis les longueurs d'un tel voyage, accrues des difficultés des chemins et des moyens de transport, le retardèrent jusqu'après le mois de mai. D'ailleurs à cette époque de l'année un concile s'était tenu à Paris, dont il fut l'âme par ses lettres, et où la foi de Nicée fut le principe de toutes les résolutions w. Ce ne fut que vers le milieu de cette année qu'il put se retrouver à Poitiers. Aussi le bruit de ce retour avait eu le temps d'y parvenir, et s'en était répandu avec une rapidité

y^^'^''- égale à son importance. Toutes les Gaules s'étaient émues;

l'enthousiasme des populations ne se contenait pas et saluait

(a) Art de vérifie)' les dates; Chronol. du concile, ad ann. 3G0.

Retour du saint à Poitiers.

Glorieux accueil qu'il

Saint Martin vient

le glorieux athlète revenant de ses combats, couronné du radieux éclat de tant de victoires. Si la Gaule, selon la belle expression de saint Jérôme, « Taccueillit dans un pieux embrassement », quelle réception ne dut-on pas lui faire dans son diocèse, dans sa ville de Poitiers surtout, où d'autres victoires Pattendaient encore, mais de celles que Dieu n'accorde qu'à ses saints et qui deviennent inséparables de leur histoire comme d'irréparables témoignages de leur sainteté.

La première joie qui lui fut donnée, presque en même i.y^trouvJi'r temps que celle de retrouver les deux saintes femmes qui faisaient encore sa famille, fut de voir revenir vers lui saint Martin, auquel il est temps que nous revenions aussi.

Le saint Exorciste, nous l'avons vu, avait obtenu de céder voya"feïsaifarie.^°° à cette révélation intérieure qui lui avait montré ses parents comme ayant besoin de lui pour sortir des ténèbres de l'idolâtrie. Il s'en était donc allé vers son pays, déchiré alors, comme tant d'autres, par les atteintes de l'arianisme. Ce fut à grand peine qu'il put s'y maintenir assez pour retirer de l'erreur sa mère, qui ne se rendit qu'après de longues résistances, et que son père plus obstiné ne voulut pas suivre dans sa conversion. Son zèle, qui avait besoin de dédommagement, ne se borna pas à cet étroit intérieur. D'autres parents, des amis nombreux devinrent les objets de ses soins et reçurent ses enseignements. Si bien que les ariens, aussi mécontents de lui que les idolâtres euxmêmes, opposèrent à ses efforts charitables ceux de leur animosité que saint Hilaire subissait ailleurs, et par des traitements cruels l'obligèrent de secouer la poussière de ses souliers, et de fuir la ville d'où ils étaient parvenus à l'expulser violemment.

En traversant l'Italie en 357 pour revenir à Poitiers, il apprit ce que saint Hilaire avait souffert, son exil en Phrygie, et les troubles où l'Eglise des Gaules était plongée depuis son départ. Ces nouvelles, en l'affligeant, le déterminèrent à n'y pas hâter son retour. Il s'arrêta donc à Milan. Prés de

la ville, une retraite lui plut, et il s''y livra quelque temps aux exercices solitaires de la vie conteniplative. Des disciples ne tardèrent pas à Ty découvrir; il les accueillit, et ce petit noyau se grossissant toujours plus, attira Tattention de Tévêque de Milan. Auxence, c'était son nom, était un des plus zélés partisans de la grande hérésie qui désolait le monde. Il n'eut rien de plus pressé que d'éloigner ces prédicateurs de la foi catholique. Outrages, emportements, menaces, tout fut épuisé contre eux. Martin pUa devant la tempête et résolut de chercher un autre asile.

Un saint prêtre avec lequel il s'était lié ne voulut pas l'abandonner dans cette épreuve : il le suivit. Les deux exilés se rapprochèrent naturellement de la Gaule, et après un trajet d'une cinquantaine de lieues ils s'arrêtèrent dans un désert plus sauvage encore que le premier. C'était l'île GaUiliariaj, rocher inculte des côtes de la Ligurie, dans le voisinage de la petite ville maritime nommée aujourd'hui Albuga(39). On n'y voyait d'êtres vivants que les nombreux oiseaux qui s'y étaient réfugiés et lui donnaient son nom. Rien n'y croissait que des herbes agrestes ; mais, jointes à des racines qu'il fallait arracher à la terre, elles purent sufïïre aux généreux ermites, .et leur esprit de pénitence suppléa au reste.

Martin habitait depuis deux ans cette solitude lorsqu'il entendit parler du retour d'Hilaire, et sut que déjà il était à Rome. Il n'hésita pas à s'y rendre ; mais, quand il arriva, Hilaire était déjà parti, pressé de revoir son diocèse, et se dérobant aux acclamations qui partout saluaient son passage. Alors Martin, suivant sa trace, repassa les Alpes, se hâta vers Poitiers, et fut reçu avec une grande joie par son saint ami.

tiersjfmonaïrÏÏë O'cst aprôs CCS prcmicrs épanchements que Martin, toujours désireux de la vie solitaire, soUicita de l'évêque de la reprendre en quelque lieu écarté qui ne le séparât point de lui, et qu'ainsi il lui fût permis de revenir quelquefois chercher ses lumières et ses consolations. Cette vocation,

Ligugé. — Eq quoi saint Hilaire y contribue.

Hilaire en savait bien le mérite, car il Favait vu pratiquer en Orient par des solitaires qui l'y avaient édifié. C'était pendant son exil que saint Bazile, se retirant dans la solitude du Pont, y avait fondé un grand nombre de monastères, leur donnant une règle qu'adoptèrent bientôt tous ceux de l'Eglise grecque. Il n'ignorait pas ce qui se passait dans la Palestine, que devait bientôt illustrer saint Jérôme, en Egypte, où saint Antoine venait de mourir en laissant l'héritage de son esprit à un si grand nombre de moines. Enfin il avait su comment les pieux solitaires étaient en même temps de braves athlètes soutenant le peuple dans la foi, et combattant Farianisme non moins par la parole que par la prière. Son cœur ne put donc refuser à saint Martin le bonheur qu'il sollicitait. Il fit plus ; il favorisa son dessein en lui donnant une terre qu'il possédait à une lieue et demie de Poitiers dans une vallée inhabitée où coulait le Clain, où de grands bois favorisaient la méditation et les saintes œuvres de la pénitence (40). C'est là que se retira le pieux ami du Pontife. Des disciples ne manquèrent pas de l'y suivre, s'y installèrent,sous sa conduite, et en construisant une foule de petites cabanes ou loges destinées à abriter chacun d'eux, ils firent donner à ce lieu dans le vieux langage le nom de Locoteiaco qui s'est changé en Ligugéia). Ainsi fut établi en 360 le second monastère du diocèse, ajoutant aux mérites du solitaire d'Ansion ceux d'une nouvelle famille, qui devait un jour s'unir à elle par la même règle (41).

Sainte Florence, que nous avons vue recevant le baiDtême ^.Arrivée de saints

' ^ ^ Florence a Poitiers,

des mains de saint Hilaire encore exilé, et qui sans doute avait ensuite plus d'une fois goûté la faveur de ses pieux entretiens, n'avait pu se décider à s'en priver pour toujours quand elle l'avait vu revenir en Europe. Elle prit le parti de le suivre, et vint à Poitiers, peu après l'arrivée du saint

(«) V. sur l'origine et la signification de ce mot gaulois, Mém. des Antiq. de l'Ouest, VI, 77.

docteur, lui demander de vivre sous sa conduite. La fervente voyageuse fut reçue de tout cœur par celui qu'elle appelait son père depuis sa régénération par la grâce. Comme Martin, elle obtint de lui une retraite, et fat placée Qui s'y fait recluse, à Comblé (42), prês dc la terre de Celle-rEvêcault(43), appar-

— Ce qu'était cegenre \ / > i v i. i

dévie. tenant dés lors à Tévéque de Poitiers. Cet humble réduit

se composait uniquement d'une étroite cellule et d'un petit jardin qu'arrosait un mince ruisseau de la contrée. Florence s'y renferma, faisant vœu d'y vivre à titre de recluse perpétuelle, afin de s'y livrer aux exercices des cénobites. C'était une des merveilles de la vie chrétienne de ce temps que cette existence retirée, passée par quelques âmes d'élite uniquement en face d'elles-mêmes et de Dieu. Ce genre de pénitence avait son origine dans les déserts de l'Egypte. Mais en Occident, où les villes étaient plus nombreuses, ces pieux solitaires avaient dû faire concorder leur isolement avec leurs besoins spirituels. A cet effet, ils se construisaient aux abords de quelque église une cellule de bois ou de pierre, entourée d'une petite étendue de terrain; Là ils s'enfermaient pour y vivre loin de toutes relations avec le dehors. D'autres, plus austères encore, muraient leur porte, et ne pouvaient plus communiquer pour les besoins de la vie que par une étroite fenêtre, d'où leur venait un peu d'air et de jour, aussi bien que leur nourriture due à la charité des fidèles. Quelques saints prêtres se renfermaient si bien, que celui qui leur répondait à la messe la leur servait par une fenêtre grillée. Quand cette prison sanctifiée était adjacente à l'église, une fenêtre y communiquait ; les saints pénitents participaient ainsi aux offices et au Saint-Sacrifice. Par là ils se confessaient et recevaient la sainte Eucharistie.

Telles furent les formes primitives de cette vie exceptionnelle, qui d'abord dépendit, quant à ses règles, de chaque évêque. Plus tard, quand elle fut devenue plus commune, les Conciles crurent devoir y veiller pour maintenir la régularité et empêcher les alnis. Le plus ancien de ceux qui

s'en occupèrent est celui de Vannes, tenu en 465, puis celui d'Agde, en 606. Nous ne croyons pas qu'il en soit parlé, comme point de discipline, après celui de Francfort-surle-Mein tenu en 794.

Quand un reclus avait déclaré vouloir embrasser cette vie absolument solitaire, il en demandait permission à Pévêque. Si celui-ci la donnait, le reclus promettait de travailler à sa perfection, de suivre une régie de travail, de prière et de silence. Il adoptait des habitudes devenues obligatoires pour la nourriture, le vêtement et le sommeil. Il faisait vœu de ne plus sortir de l'enceinte bénite à son intention, en même temps que lui-même. Après cette cérémonie, le sceau épiscopal était apposé sur la porte, et le solitaire n'était plus de ce monde (^).

Les femmes même embrassaient cette forme si austère de silence et de recueillement. Ainsi fut sainte Florence ; ainsi d'autres viendront nous édifier dans le cours de cette histoire, et demeureront illustres après leur mort dans la vénération de notre pays.

En consacrant Florence à ce genre de vie, l'excellent comment Hiiaire la père n'abandonnait pas à elle-même cette fille engendrée par lui à la grâce. Il la visitait, l'entretenait de Dieu, dirigeait son âme, revenant ainsi, pendant ses voyages à la campagne, s'édifier lui-même des progrès qu'y faisait l'Esprit- Saint. La pieuse vierge vécut ainsi l'espace de six ou sept ans dans le fidèle accomplissement de ses promesses, s'imposant de ne jamais paraître en présence des hommes. Elle mourut le l^"" décembre 367. Saint Hilaire qui devait la suivre de près, lui donna une sépulture digne d'elle et de lui dans ce même lieu qu'elle avait sanctifié par une si remarcjuable pénitence. Cette sorte de sépulture consistait d'abord en un simple oratoire dans leciuel était déposé le corps. Des grâces miraculeuses y attirèrent la confiance

(a) Cf. D. Martennc, Comment, sur la Règle de saint BenoU, c. i, p. 43 et 50. — Mabillon, Annal. Ord. S. Bened., MI, 309. — Bulletin monumental, t. XLV, 499 et suiv.

seconde.

des fidèles. Une église y fut bâtie, sans doute par un des premiers successeurs de saint Hilaire ; car, devenue paroissiale, et plus tard un prieuré de l'abbaye voisine de Nouaillé, elle resta toujours sous le patronage des évoques de Poitiers qui présentaient à la cure. Nous dirons plus tard l'histoire des reliques de sainte Florence, transportées dans la cathédrale vers le milieu du xi° siècle (^). Développements du La ffloirc oue Dicu avait douiiéc à son serviteur au miheu

monastère de Liguge. ^ ■'■

d'un peuple si heureux de le revoir, en face de la Gaule entière dont la foi s'exaltait du bonheur de son retour, s'accrut encore par le don des miracles, insigne faveur de Celui dont il avait si noblement défendu la divinité. Nous en verrons plus d'une preuve. Mais combien dut s'en réjouir surtout cet illustre ami, saint Martin, doué comme lui de cette récompense du dévouement qu'il avait montré au même Maître, et de la sainte vie qu'il menait à Ligugé ! En effet, le saint homme y développait l'esprit cénobitique, voyait s'y réfugier un grand nombre d'âmes, et avait enfin consenti, pour y être plus utile, à recevoir l'Ordre sacré du diaconat qu'il avait autrefois redouté (44). Sous sa conduite étaient aussi les catéchumènes de la contrée, se préparant au baptême près de ceux qui, plus avancés dans la perfection, croissaient, chaque jour pour les grandes vertus de Saint Martin y res- la vie chrétienne. Or, il arriva que i^eu de temps après

suscite un catechu- ' ^ '^ ^ ^

"'*'°^- l'installation du monastère, Martin, qui s'était absenté depuis

trois jours, trouva mort en y revenant un de ces jeunes disciples dont rien n'avait fait prévoir la fin subite. La communauté était dans le chagrin, priant avec larmes autour du cadavre qu'on était prés d'inhumer. Martin mêle ses pleurs à ceux qu'on versait de toutes parts, d'autant plus abondants que l'on regrettait surtout la privation du baptême pour cette âme qui n'avait pas eu le temps de le recevoir. Le premier mouvement du saint, donné à la nature et à la foi, céda pourtant à une aspiration supéineure.

{a) V. nos Vies des saints de l'Eglise de PoitierSj au 1er décembre.

Soudain il entre dans l'enceinte où se tenaient les frères, les fait sortir, reste seul à prier, et le mort est rendu à la vie. Avec la mémoire de ce fait, on a gardé à travers tant de siècles la cj^apelle qui indique toujours le lieu où fut cette cellule du catéchumène ressuscité (^z). Elle y existe encore, naguère restaurée, et rappelant par un de ses vitraux le prodige que nous venons de raconter (45).

Ce prodige fut suivi d'un autre, et cette fois ce fut saint Hilaire que Dieu en favorisa. Durant les premières années de son retour à Poitiers , il faisait la visite des églises de la ville (46). Une grande foule le suivait. Dans une maison Résurrection d'un

, ■ , 1 • 1 11 1 1 enfant par saint lli-

situee sur son passage, non lom de remplacement qu occupa laire. plus tard et jusqu'en 1875 l'hôtel de ville, une femme baignait son tout jeune enfant. Prévenue que l'évêque passait près de là, elle abandonne un instant le pauvre petit qui se noie, et li'avait déjà plus de vie à son retour. Le plus grand malheur était que, lui aussi, mourait sans baptême, et ce n'était pas le moindre chagrin de sa mère. Dans sa douleur, elle se rappehe le catéchumène de Ligugé, dont Poitiers s'entretenait encore. Elle prend le corps inanimé, s'élance après le pontife, fend la foule, et, parvenant jusqu'à lui, se jette à ses genoux en le conjurant d'arracher son fils à cette mort doublement cruelle. Hilaire est touché de cette affliction mêlée de tant do foi. Se prosternant, il prie avec larmes le Dieu tout-puissant, et ne se relève que pour rendre à l'heureuse mère l'enfant qui vient de recouvrer la vie (*) . Longtemps un monument de sculpture élevé sur l'endroit même de cette résurrection y fut perpétué par la dévotion reconnaissante de la cité. A mesure que le temps ou les accidents usaient la pierre, elle était renouvelée afin que la mémoire du miracle ne

(a) V. Sulpice-Sévère, Vita S. Martini, n" 7, — et nos Vies des saints du Poitou, au 11 novembre. Saint Fortunat a écrit aussi ce fait dans sa Vie de S. Hilaire, lib. I, n" 12.

{b) Saint Fortunat, Vita S. Hilar., lib. I, n" 12. — Dom Coustant, Vita S. Hitor., lib. I, nol2.

210 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 362)

disparût point. Sa dernière reproduction est du xv^ siècle, et s'effaçait de plus en plus. C'est sous ce prétexte qu'au lieu d'en renouveler le travail on a cru devoir tout récemment en enlever les dernières traces. (47).

Ces phases merveilleuses de la vie des saints tiennent au surnaturel dont il plaît à Dieu de les entourer. Elles deviennent des leçons utiles, excitent notre foi, autorisent notre confiance. Les miracles sont donc d'autant moins extraordinaires aux yeux de l'homme de sens, qu'ils émanent, après Dieu qui en est toujours la cause première, de personnages dont la vie est plus vertueuse. C'est ce qui a fait dire à de graves auteurs que si la résurrection des morts, dont on a tant de preuves, était admirable, il ne l'était pas moins de voir un thaumaturge obtenir comme une grâce la mort des saints («).

C'est en quoi saint Hilaire dut paraître encore un ami de Dieu.

Mori de sainte Abre. Nous savous commcut il avait fait comprendre à sa fille quelle gloire elle acquerrait à n'avoir que le Sauveur pour époux. A son retour de Phrygie, il la trouva pleine à cet égard des dispositions les plus dignes de lui. Elle avait renoncé à toute union terrestre, et là encore l'éloquent docteur avait vaincu. Un autre triomphe lui restait cependant à remporter, que la foi pouvait seule se ménager en lui contre la nature. Dieu le lui accordra en lui faisant cueillir deux fruits mûrs pour le ciel.

Un jour donc qu'il s'entretenait avec l'aimable enfant, en présence de sa mère, il la vit toute transportée d'amour pour la gloire céleste, et lui demanda, inspiré lui-môme, si elle désirait ardepiment cet Epoux que la sollicitude paternelle lui avait cherché. La réponse ne se fit pas attendre. C'était l'expression d'une âme pleine de Dieu et une protestation empressée d'une perpétuelle virginité. Elle lui demandait de se hâter de l'unir pour toujours au chaste

(«) Dom Coustant, VU. B. Uilar,

Epoux des vierges.... Le généreux père, assuré de ce consentement, se met alors en prières. Il offre son unique fille à Celui qu'elle avait réclamé, et, nouvel Abraham, il ne se relève qu'après l'avoir vue en sa présence, sans aucune agonie, sans le moindre indice d'aucun mal, exhaler vers Jésus-Christ son âme pure, miraculeusement soustraite aux séductions de la vie mortelle. Une telle mort, dit saint Fortunat, que nous suivons ici, n'est-elle pas plus étonnante qu'une résurrection (.a) ?

Et cependant une autre mort allait suivre, non moins héroïque, non moins digne de ces cœurs accomplis. Florence, la mère de la jeune sainte, venait d'être témoin de son départ pour le ciel. L'amour maternel et la foi s'unissent en elle pour implorer la même faveur. Elle conjure son époux de lui ouvrir le même chemin au bonheur de l'éternité si Dieu ne l'en juge pas indigne. Et le pontife prie.... et comme sa fiHc qu'elle y suit, la mère va attendre dans le ciel celui à qui le ciel daignait ainsi obéir.

Le courageux athlète qui savait préférer Dieu à lui-même Eiies reçoivent de

saint Hilaire une sé-

jusqu'à lui sacrifier de si pures et si chères affections, P"""re digne d-eiies.

voulut ensevelir de ses propres mains les deux saintes qui

devinrent aussitôt l'objet de la vénération publiques. Il les

déposa dans une crypte construite à leur intention, et au

miheu de leurs deux sépulcres, il se réserva une place

qu'il ne devait pas tarder d'occuper. Nous saurons aussi

bientôt comment s'éleva, trois ou quatre ans après, sur

ce caveau, une église devenue célèbre à plus d'un titre.

Quoi qu'il en soit, on peut juger de quelle richesse durent

être ces sépultures par le couvercle du tombeau de marbre

de sainte Abre : reste charmant d'un 'ouvrage évidemment

gallo-romain, orné de symboles chrétiens de cette époque,

et qui, parvenu seul jusqu'à nous comme un témoignage

précieux du zèle qu'avait mis saint Hilaire lui-même ou ceux

(a) Ubi sup. c. kii et xiii. — Bouchet, Annal., p. 38. (6) Saint Fortunat, ub. sup., c. xv.

du moins qui lui survécurent, à honorer la sainte enfant qui attira vers elle les prières et la confiance de tous (48).

Le 12 décembre 365, fut sans doute le jour de ce double événement, car c'est celui où PÉglise de Poitiers a de tout temps célébré la fête de sainte Abrc. Le nom de sa mère peut y être uni, et pourtant cette pieuse femme dont les heureux privilèges attestent la sainteté, n'a pas eu de culte pubhc. Il n'est resté que dans la mémoire de ses vertus associées à celles de sa tille.

Etat de l'arianisme Cependant tous CCS détails qui tenaient à la vie intime

dans la Gaule à cette ^ '-

^poi"<=- et de famille du saint évêque dans son diocèse, s'étaient

rapidement succédés dans un court espace de quelques mois. Les saints travaillent vite et beaucoup. Le nôtre ne s'était pas moins préoccupé des affaires de l'Eglise universelle qui réclamaient des soins actifs et dévoués. Depuis le concile de Rimini les Gaules étaient singulièrement troublées. Hilairc les avait trouvées dans ce triste état ; mais à travers de fâcheuses preuves de défections regrettables dans un grand nombre d'évêques, il reconnaissait pourtant que beaucoup de ceux qu'avaient trompés les ariens s'étaient éclairés par leur chute même. C'est de

•^ quoi témoigne saint Jérôme en démontrant ainsi que la

plupart de ceux qui pouvaient passer pour ariens n'avaient nullement entendu prendre dans la formule fallacieuse des hérétiques le sens que ceux-ci y entendaient (^). Mais tout en y restant catholiques de cœur, ils n'en professaient pas Efforts de saint Hi- moius uue crrcur ostensible. Hilaire, avec son génie plein

laire pour l'en délivrer. , , . • i c • • i i

de chanté, comprit leur fausse position, releva leur courage, montra autant de douceur que de prudence, et par plusieurs conciles, tenus dans les Gaules, fit condamner encore les pernicieuses erreurs, et proclamer hautement la théologie d'Athanase qui était la sienne. On déposa Saturnin d'Arles, Paterne de Périgucux, l'un et l'autre déjà excommuniés avec plusieurs autres l'année précédente par le concile de

{a) S. Hieronym, adv. Lucifer, éd. Bénéd., t. III, c. ci.

HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 362) 213

Paris (49). On fut indulgent pour quelques autres moins obstinés, et les fauteurs ainsi entravés, on vit le calme se rétablir, et les Gaules, dit un auteur de ce temps, durent au grand Hilaire d'être délivrées de l'hérésie («). Il n'est pas possible de méconnaître la main de Dieu dans l'intervention de l'habile médecin qui guérissait de si profondes blessures. Egalement fort contre les obstinés et facile aux repentants, il donna aux évêques de son temps et des siècles futurs l'exemple d'une bonté sans faiblesse et d'une fermeté sans aigreur : il fit de la sorte protester avec lui contre l'arianisme les Eglises de France dont il fut la lumière et l'appui.

Revenons maintenant un peu sur nos pas, et voyons quels événements considérables avaient contribué depuis cinq ou six ans au bien que purent faire les conciles des Gaules depuis que les évêques, libres de s'assembler, y purent prendre contre les ariens des mesures efficacement décisives.

Nous avons vu, en 355, Constance envoyer Julien avec le "<"•' ^e i-empereur

' ' "^ Constance.

titre de césar sur les bords du Rhin pour s'y opposer à une irruption des Francs qui déjà menaçaient la Gaule. Les succès du jeune général, son habileté à dissimuler ses mauvais principes et les tendances impies qui allaient bientôt dérégler sa conduite, l'aidèrent à se ménager la puissance impériable : il se la fit décerner par les troupes qu'il avait conduites à Paris. Constance, embarrassé en Orient par les polémiques religieuses, le laissa faire jusqu'en 361 ; mais alors le voyant s'avancer vers lui pour le combattre, et apprenant qu'à Naïsse en Dacie il avait déjà fait profession publique de l'idolâtrie (^) , il s'était déterminé à l'attaquer, et marchait à grandes journées contre lui du milieu de l'Asie, lorsqu'il mourut le 13 novembre 361, à Mopsueste en Cilicie, empoisonné, dit saint Grégoire de Nazianze(50), par des affidés de son rival à qui un tel crime ne

(a) Sulp. -Sévère, ub. sup., lib. XI. — D. Constant, c. xii, n" 89.

(ft) Ammien-Marcell., Hist.; lib. I, c. i et ii. — Juliani, Epistola XVIII.

214 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 362)

devait pas coûter. S'il délivra ainsi d'un despote lâche et

capricieux le monde troublé depuis vingt ans par tant d'agi-

juuen l'Apostat lui tatious ct d'injustlces, Julien lui donna dans sa personne un

succède. — Caractère

de sa persécution. autrc tvran dont la guerre contre l'Eglise fut aussi cruelle qu'ironiquement hypocrite. Il allait se montrer digne de devenir le modèle des persécuteurs à venir, et plein d'un zèle fomenté depuis longtemps, il fut à peine devenu le seul maître de l'empire, qu'il ne voila plus d'aucun masque ses haines contre le règne de Jésus-Christ. Païen de cœur par ses vices et ses passions, il ne leur imposa plus de bornes. Affectant une philosophie entée sur le polythéisme, il persécuta les chrétiens, renversa les églises, se fit livrer, autant qu'il le put, les Livres Saints qu'il jetait au feu, et comme il entre toujours dans le plan des impies de seconder l'hérésie aux dépens de la vérité, il favorisa les ariens au détriment du catholicisme, d'abord pratiqué par lui. Il confondit même dans sa vengeance contre la vraie foi tout ce qui portait le nom de chrétien. Nous avons vu comment, au temps du concile de Béziers, cherchant à se ménager l'attachement des évêques orthodoxes, il s'était prononcé contre leurs ennemis, jusqu'à laisser croire à saint Hilaire que la religion pourrait un jour compter sur lui. Combien dut gémir ce grand homme, quant il vit l'idolâtrie rémonter sur le trône avec cet astucieux politique ; lorsqu'il vit surtout, dans les Gaules mêmes, des évêques et des officiers de son armée martyrisés par ordre du prince apostat ! Et voilà l'homme que nos sectaires d'aujourd'hui s'indignent d'entendre qualifier d'apostat, et qui trouvent son apologie dans les calculs d'une politique tout à fait digne de lui....

Hilaire écrit son Mais pour Julicu la pcrsécutiou ne se borna point à des

Traité contre Dioscorc. ^ . . . ,

supplices. Il y ajouta des écrits impies, soit sortis de sa plume (51), soit pubhés par des affidés comme le médecin Dioscore, qu'il poussa à combattre le christianisme. Hilaire n'était pas homme à souffrir ces nouvelles atteintes. Il adressa une réfutation de ce pamphlet au préfet des Gaules,

HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 362) 215

Salluste. Nous ne connaissons ce traité que par le titre que nous a conservé saint Jérôme. L'illustre docteur en vante l'érudition et l'éloquence.

. L'histoire demeure fort incertaine sur le temps auquel il faut placer la vie de saint Citroine, que les chroniqueurs rattachent à cette époque et d'autres à la fin du vi^ siècle. Cette énorme différence doit s'exphquer par une confusion et une étude incomplète des documents primitifs. Nous préférons nous en rapporter à l'opinion des écrivains locaux, qui font vivre saint Citroine au milieu du iv^ siècle, contemporain par conséquent de saint Hilaire. L'Anjou et le Loudunais auraient été le théâtre de ses prédications ; c'est tout ce qu'on sait de positif sur son apostolat. Fut-il réellement honoré du martyre? Le titre qu'on lui en donne, en même temps que celui de confesseur, ne prouve pas, comme nous l'avons vu, qu'en ce temps-là ce soit plus qu'une simple appellation qui constate sa vie de pénitent et d'ascète. Ce qu'on sait bien, c'est que, mort dans le Loudunais qu'il évangélisait, il fut honorablement inliumé, et que sur son tombeau s'éleva une église où les miracles du saint patron amenèrent des concours nombreux de pèlerins. Cette église passa vers 1050 à l'abbaye de Saint-Florent de Saumur, dont elle devint un prieuré. A ce prieuré fut attaché un titre paroissial auquel l'abbé de Saint-Florent nomma jusqu'en 1790. Mais le nombre des habitants y était à peine de cent, et au Concordat de 1801 la cure fut unie à celle de Vezières{52). On ne sait ce que devinrent les reliques de saint Citroine, qui, en 1502, existaient encore en partie dans son église, où sa fête avait lieu le 19 novembre (53).

A ces travaux multipliés pour les besoins généraux de l'Eglise et de la foi, d'autres se mêlaient chaque jour pour saint Hilaire, plus particulièrement destinés à son peuple de Poitiers. Ce fut vers ce temps qu'il continua son Exposition des Psaumes, commencée avant son départ pour la Phrygie. Il visitait aussi de temps en temps la solitude de Ligugé, où les entretiens de saint Martin le délassaient doucement

216 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 362)

de ses fatigues pastorales (54). Peut-être même Fy vit-on parfois adonné à la confection des manuscrits à laquelle s'appliquaient les studieux solitaires, et dont quelques-uns, reconnus pour être de sa main, furent conservés longtemps après lui (55).

Sa mission en i.i- C'cst aussi Ycrs co même temps, probablement en 362,

mousineteuPcrigord. i / i 7

que son zèle apostolique lui inspira, en compagnie de son fidèle disciple saint Just, un voyage en Limousin et en Périgord pour visiter les tombeaux de saint Martial et de saint Front (fl). Une autre raison de ce voyage qui doit peut-être remporter sur celle de simple dévotion, fut que les deux pays avaient reçu de fortes atteintes de Parianisme, qui s'y était implanté.

Cet apostolat se justifie très bien par l'usage d'alors, qui portait le zèle des évêques et des prêtres bien au-delà de leurs limites habituelles, quand ils croyaient avoir à éclairer au loin les ténèbres du paganisme ou de l'hérésie. Saint Martin, dans le même temps, répandait la parole divine en beaucoup de diocèses ou de paroisses qui s'en souviennent encore par le culte qu'ils n'ont pas cessé de lui rendre.

Saint Hilaire se sera porté d'autant mieux vers les contrées méridionales voisines du Poitou, que le diocèse de Limoges, dont nous ignorons l'histoire après saint Martial jusque vers le milieu du v^ siècle, pouvait être alors sans pasteur et réclamer d'autant plus le dévouement d'mie Eglise qui longtemps n'avait fait qu'une avec la sienne. Un certain Dativus apparaît à cette époque sous le poids d'une déposition motivée par son attachement à l'arianisme : il avait occupé ce siège l'espace de dix-neuf ans, et tout fait croire qu'il fut l'un des fauteurs obtinés que les conciles réunis à la voix d'Hilaire privèrent de ses pouvoirs trop longtemps profanés (56). Quel dut être dès lors l'empressement du pieux prélat à se porter vers un peuple sans doute profondément blessé dans sa foi ! C'était rendre au

(a) V. YEstat de VEglise du Périgord, I, 236, in-4o — Périgueux, 18 il.

diocèse de Limoges ce qu'il avait donné, moins d'mi siècle au-delà, à celui de Poitiers qui lui devait son organisation épiscopale. D'autre part, nous savons qu'à Périgueux les mêmes rigueurs avaient frappé l'évêque Paterne. Cette église était donc aussi sans pasteur. De là sans doute cette visite qui témoigna du tendre zèle que notre Hilaire eut alors pour le salut de tant d'âmes exposées à périr. L'un des fruits les plus remarquables de ce zèle fut , n applique saint

f ^ Jusl a la coaiinucr.

l'établissement d'une solitude sacrée dans une forêt voisine de Périgueux, infestée de voleurs et d'autres gens de mauvaise vie, où il bâtit une église de la sainte Vierge dans l'intention de purifier ce lieu de tant d'horreurs. Comme il s'était fait accompagner dans ce voyage d'un certain nombre de clercs instruits et dévoués qu'il destinait à l'évangôlisation de la contrée, il joignit à cette église quelques cellules qu'il peupla de ceux de ses disciples à qui la vie érémitique put mieux convenir. Ses prédications d'abord, les leurs ensuite eurent un grand succès sur les infidèles qu'on avait inutilement prêches jusque-là. La tradition rapporte qu'un peuple nombreux vint se joindre à la pieuse colonie, et qu'un jour manquant d'eau pour se rafraîchir, on vit tout à coup une source naître dans ce lieu aride à la prière du saint prédicateur. Cette conduite de la Providence ne servit à Hilaire qu'à l'attacher davantage à cette nouvelle fondation. C'est pourquoi il prit soin de laisser saint Just dans ce pays régénéré pour y continuer sa mission et détruire dans la contrée jusqu'aux derniers restes de l'arianisme.

A peine revenu de ces courses laborieuses, le arand scs voyages dans

■^ . son diocèse. — Le

samt rei:)renait les soins de son diocèse qu'il parcourait marbre do F^-e-i'Ab-

'• -^ -"^ besse.

avec non moins de ferveur apostolique et de zèle sacerdotal. Un souvenir précieux de ces voyages est conservé dans une de nos églises rurales du bas Poitou. C'est la pierre sacrée ou autel portatif que le grand évêque avait toujours avec lui pour célébrer les saints mystères (57). C'est sans doute aussi en quelqu'une de ces occasions, que visitant

Pextrémité septentrionale du diocèse qui confine à la Bretagne, et que se trouvant dans la ville alors importante Lnpféa^à Rezé. ^*'° dc Rezé (58), il V baptisa un habitant de ce lieu, connu dans les martyrologes sous le nom de saint Lupien, lequel était mort dans Foctave de ' son baptême et avant d''en avoir quitté la robe blanche, procura la guérison d^m aveugle, d'un paralytique et d'un muet qui étaient venus prier à son tombeau ('i). Les reUques de ce jeune saint furent transportées plus tard à Clermont en Auvergne, d'où l'on croit qu'il était originaire, et où l'on célèbre sa fêté le 17 février (è) (59).

Pendant que, à l'exemple d'Hilaire, le saint abbé de Ligugé s'employait aux mêmes œuvres et se pai^tageait entre la vie du missionnaire et celle du cénobite, d'autres ouvriers, poussés par le vent de la Providence, venaient de plages lointaines aborder les côtes occidentales de notre pays et porter sur le territoire poitevin la parole divine et les fruits d'un nouvel apostolat.

saintBenoît.évèque Eu 362, Julieu l'Apostat suscita dans l'Orient une sanglante

de Samarie, se réfugie . i i .±- ,1-1 ,nn\

à Poitiers. persécutiou qui força beaucoup de chrétiens a s exiler (60).

De ce nombre fut saint Benoît, évêque de Samarie, en Palestine. Accompagné du saint prêtre Viventius ou Mvence et de quarante autres disciples, il accourut vers Poitiers, où il savait qu'un grand évêque se montrait aussi hospitalier qu'énergique et doux, et il l'abordait avec la confiance de trouver en lui un appui et un consolateur. Il ne s'était pas trompé. Hilaire accueillit les généreux fugitifs et leur donna

OiidnesdeValibaye i i

de Saint -Benoît de ^^^ ç[q ggg domalucs situé à uuc lieuc de Poitiers, et que les

Quinçay.

plus vieux historiens signalent sous le nom de château de Gravion (61). Les exilés s'y établirent, et les cellules qu'ils s'y firent, soit dans le rocher, soit au moyen des arbres et de la terre des vallées, y devinrent le germe de l'abbaye de Saint-Benoît de Quinçay (62).

(a) V. Grégor. Turon., De gloria Confessor, c. Liv. — Bouchet, Ann. d'Aquit.

(b) V. Socrate, Histor. eccles., lib. 111, c. xv. -- Sozomène, lib. V. c. ix. — Labletterie, lib, IV, ad ann. 362.

Pendant que Benoît s'y logeait à la tête d'un certain nombre des prêtres qui Pavaient suivi, Viventius, avec quelques autres, se faisait un ermitage dans quelques-unes des grottes voisines et y menait la vie plus retirée des cénobites. Mais bientôt, soit qu'il se sentît importuné comme saint vhence et sa

. . , . . . - • T mission dans le bas

tant d autres par les visites que lui attirait sa réputation de poUou. sainteté, soit, comme l'ont supposé certaines chroniques locales, que saint Hilaire lui ait désigné lui-même, vers les extrêmes contrées de son diocèse, des terres plus abandonnées faute d'ouvriers évangéliques, Vivence se dirigea vers les marches de la Bretagne et du Poitou, et choisit pour demeure habituelle l'île d'Olonne, ou se trouve aujourd'hui la. petite ville des Sables (a) (63). C'est de là qu'il ne tarda pas à revenir fréquemment dans les campagnes voisines pour y exercer en faveur des âmes son ardente charité. C'était une ressource providentielle pour ces peuples dont l'ignorance et la grossièreté avaient grand besoin du zèle d'un apôtre.

Nous venons de mentionner le Paqus Ratiatensis. Ce Les viiies de Rezé

'J et d Herbauge.

pays de Rezé et sa ville principale que les Romains avaient d'abord détruite, puis rebâtie, étaient encore livrés en partie au paganisme et à tous les désordres qu'il favorise. Placé au nord de la Vendée, il se trouvait plus habité que le côté opposé du littoral couvert encore en partie par l'Océan. Ses relations plus fréquentes avec les peuples païens du midi de la Bretagne l'entretenaient dans le paganisme et dans les pratiques supertitieuses et immorales qui en étaient toujours la conséquence. Entre autres lieux où se remarquaient ces caractères, Herbauge, ville située à une petite distance de la ville principale, et qui donna plus tard l'exemple des plus honteux excès, reçut la prédication de saint Vivence, et mérita sans doute par sa docilité aux inspirations de la foi qu'il y rendit la vie à un

(rt) V. notre Histoire de Saint-Martin de Vertou, c. ii, notes 5 et 10. — Bolland., 13janv., p. 807.

220 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 364)

enfant mort sans baptême. On ne sait ni la durée de cet apostolat, ni Pépoque de la mort de saint Vicence, ni si elle arriva dans le com\s de cette mission.

Sa mort. Qq s"'accorde aussi peu pour établir que ses saintes

dépouilles aient été conservées à Olonne, ou rapportées aussitôt par ses frères de Gravion dans la solitude qu''ils y avaient fondée. Mais il est certain que ses reliques, qui avaient pu être dirigées vers Saint-Benoît de Quinçay avant les premières descentes des Normands sur nos côtes occidentales, en furent retirées en 868, quand de nouvelles hordes menacèrent Poitiers en ravageant ses environs. Une délégation des moines de Saint-Benoît les porta alors

Ses reliques irans- .\ Amausum (.'^) {6U) cu BourfiTo^ue , OÙ bientôt fut .bâti un

portées en bourgogne. ^ ' o <> /

monastère de Saint-Vivence par les frères voyageurs qui y demeurèrent à sa garde. Quelques années après, vers le commencement du x^ siècle, et probablement pour la même raison, on les transporta à Vergy, au diocèse d''Autun. Ce fut à cette occasion que s'éleva Pabbaye de ce lieu, la seconde dont le vocable fut emprunté à notre saint (*). Saint Vivence, mort le 13 janvier, comme saint Hilaire, est honoré le 16 à Poitiers, pour ne point déranger la fête principale. Mort de saint Benoît Quaut à saîut Bcnoît dc Quluçay, nous allons dire dès à présent ce qui se rattache à sa vie dans le Poitou, où sa fête est le 23 octobre. Pendant que saint Vivence et quelquesuns de ses compagnons s'en allaient aux bords de l'Océan sanctifier les pays boisés du littoral vendéen, Benoît, avec le plus grand nombre de ses Samaritains, menait dans sa retraite de Quinçay une vie ahgélique de pénitence et de contemplation. Chef de cette famille qui s'était attachée à ses pas, il lui devait les encouragements de sa parole et ses soins de père, auxquels saint Hilaire vint sans doute quelquefois unir les siens. Au milieu des cabanes ou

(a) V. ci-après, à cette année 8G8.

(5) V. Bouquet, Rerum Gallicar., t. VII, p. 368. — Bollaml., 13 janvier, p. 813. — Propmim Pidav., in-Ho, p. 97, Poitiers, 1682.

de Quinray.

cellules qu'habitaient ses frères sur cette rive du Clain qui avoisinait Ligugé, il se creusa une demeure plus habituelle dans une roche où tout à tous, mais d'autant plus recueilli, il demeura jusqu'à la mort, fidèle à l'esprit de silence et d'oraison. Cependant ce ne fut pas là qu'il mourut. Attiré sans doute par quelqu'une de ses œuvres apostoliques vers Aizenay(65), il s'y était logé pour le temps de cette mission dans une antre appelée encore de son nom. N'y continuait-il pas d'ailleurs la mission de saint Vivencc, que peut-être même il y seconda? Quoi qu'il en soit, ce fut sur le même théâtre de cette tâche laborieuse que, sentant aussi approcher sa dernière heure de ce monde, il se fit coucher sur un cilice couvert de cendre, et rendit à Dieu cette âme qui n'avait voulu que lui et qui trouva dans son sein le dédommagement désiré des persécutions qu'il avait supportées pour la foi de Jésus-Christ. Ses frères, selon l'usage du temps, lui laissèrent sa grotte pour tombeau. Mais son nom ne devait pas s'y éteindre : Dieu l'environna d'une auréole de gloire qui se révéla par des miracles. Les populations voisines en furent témoins et en recueillirent les fruits. Quoique le saint corps fût resté à Aizenay, dont la paroisse porte encore son vocable, il n'est pas probable que ses disciples n'aient pas rapporté à la solitude de Quinçay quelques-uns de ses vêtements ou d'autres objets à son usage. Dieu daigna leur attacher une vertu surnaturelle qui guérissait les malades et secondait la ferveur publique. Peu à peu on vit donc une plus grande affluence de solitaires aborder l'ermitage et y vivre sous la discipline qu'y avait établie saint Benoît. Il est croyable que cette règle fut d'abord donnée par saint Hilaire, qui vivait encore quand mourut son saint ami, et qu'elle fut celle que pratiquaient non loin de là les enfants de saint Martin. On sait peu ce qui se passa dans les périodes agitées qui s'écoulèrent entre les commencements de cette fondation et l'établissement au vii^ siècle de l'abbaye proprement dite de saint Benoît. Nous en parlerons en son temps, aussi bien que

des reliques du saint conservées jusque-là dans la grotte de sa sépulture.

Ravages de l'aria- Taudis quc daus Ics Gaulcs, c^râce aux soins de son plus

nisme en Italie, >- ' ^ i

grand évoque, tout allait s''amôliorant , que la paix de TEglise se faisait, et que la foi reprenait ses espérances avec son empire dans les cœurs, Tltalie souffrait toujours des suites du faux concile de Rimini. Auxence, usurpateur du siège de Milan, favorisait les novateurs et dévastait un troupeau qui n'^était pas le sien. C'était ajouter un malheur de plus à ceux que subissait ce beau pays, victime des méchancetés de Pempereur Julien. Ce prince, pendant les trois années qu''il régna après Constance, avait rempli l'Orient de ses fureurs d'apostat, et versé à flots le sang des chrétiens. Moins acharné contre eux en Orient, il y était servi cependant par des officiers qui comptaient le de^juiienr'^ '^""^^"'^ flatter OU lui trouvant des victimes, et secondaient ardemment contre l'Eglise les haines de quelques évêques ariens trop fidèles aux idées du concile de Milan, Quand le prince apostat eut été tué en 363, dans une bataille contre les Perses, Jovien lui succéda, rétablit le christianisme, et mourut Tannée suivante, laissant l'empire à Valentinien P^. vaientinien lui suc- Cclui-ci, Qui tint sa cour à Milan, fut d'abord plein de

cède et protège i aria- ' ^ ' '■

"'s™«- bonnes dispositions, jusqu'à ne vouloir rendre les églises

confisquées par Julien qu'à ceux dont la foi était notoirement celle de Nicée ; mais bientôt, trop peu instruit pour résister aux trompeuses démonstrations d' Auxence, il protégea de son crédit le fourbe qui s'obstinait à se déclarer catholique. Hilaire sentit qu'il fallait en Italie un contrepoids puissant aux efforts de l'hérésie : il n'hésita point à s'y Saint Hilaire va à rendre. Là il rencontra saint Eusèbe de Verceil (66), revenu aussi de l'exil après la mort de Constance. D'accord avec le saint pape Libère, qui s'employait avec zèle au rétablissement de la vraie doctrine, tous deux résolurent de garder une utile indulgence envers ceux qui avaient été trompés à Rimini et n'avaient cédé qu'à un amour mal entendu mais sincère de la paix de l'Eglise. C'est ce que ne voulut pas entendre

Lucifer, évêque de Cagiiari (cî) (67) , qui se donna le tort de

préférer sa propre direction à celle du pape lui-même et Auxèncl^ '^^^°^^ ^

des deux plus belles lumières dont il pût alors s''entourer.

En dépit de cette opposition, Hilaire garda son caractère

accoutumé de prudence et de tempérament envers les

égarés, mais ne ménagea point celui qui prétendait au

triste honneur de fomenter encore Thérésie. Il combattit

Auxence par la parole en des conférences publiques, par la son livre contre ce

plume en de vigoureux écrits qu'il publia sur la fin de 364;

mais le parti du mal indisposa contre lui Valentinien, qui

ordonna son départ. Il fallut céder à cette nouvelle violence,

et le saint revint à Poitiers en 365, jouir de cette paix qu'il

n'avait souhaitée, disait-il, « qu'avec ceux qui, anathémati-

sant les ariens, confessaient que Jésus-Christ est vraiment

Dieu. »

Le Livre qu'il intitula à cette occasion: Contre Auxence j contient le récit des efforts que fit le saint pontife pour ramener cette paix solide et charitable, bien préférable à une paix menteuse, au moyen de laquelle le mal faisait la guerre à l'Eglise. Il s'y plaint aussi de cette politique de tous les temps, même du nôtre, qui prétend contraindre la vérité catholique sous les faux principes du césarisme et de l'injustice de ses lois. Enfin il exhorte les catholiques à se séparer d'un évêque réprouvé de Dieu, assurant que pour lui il se refusait à toutes relations avec un ennemi du Christ et de la vérité.

Nous pouvons assigner certainement à cette époque précise une fondation qui importe à l'histoire monumentale et religieuse de Poitiers.

Quand Hilaire arriva à Milan, l'Italie retentissait des Martyre de saint louanges de deux héros qui avaient payé de leur vie , ^mte à Pouiers. ' l'année précédente, leur glorieuse opposition à la tyrannie de Juhen. Les deux frères Jean et Paul, officiers depuis longtemps dans les armées romaines, avaient servi sous

(a) Lib. contra Auxentium, passim.

224 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (aN 3G5)

■ Constance et sous les princes qui lui avaient succédé.. Connus avantageusement de Julien, ils étaient cependant demeurés dans la garnison de Milan, où leur grande fortune se répandait en bonnes œuvres et en aumônes. Le prince voulut les attirer auprès de lui à Constantinople, où il régnait ; mais ils refusèrent de figurer à la cour d'un homme qui avait osé trahir Jésus-Christ. Ce refus ainsi motivé avait irrité le maître. Il fît donner aux deux frères, par le gouverneur de Rome, deux jours pour se décider, et^ce fut en vain que celui-ci s'efforça de les vaincre. On leur proposa sans plus de succès l'adoration sacrilège d'une statue de Jupiter, et ils eurent tous deux la tête tranchée le 2G juin 363. Aussitôt des guérisons miraculeuses se firent à leur tombeau, et aussi de remarquables conversions parmi lesquelles celle même du tribun Térentianus, l'auteur de leur mort, qui plus tard écrivit leur histoire (68).

La persécution de Juhen s'étant éteinte dans le sang du persécuteur, une église fut bâtie à Rome en l'honneur des deux saints. On y fonda un monastère sous leur nom ; on se disputa leurs reliques. Mais il appartenait à saint Hilaire de les inaugurer en France. Témoin au-delà des Alpes de la dévotion populaire aux illustres martyrs, il se procura quelque chose de leurs restes, et revenu à Poitiers, il n'eut rien de plus pressé que de leur donner une marque de son zèle en attirant leur puissante intercession sur son peuple. Leur cuiie à Poi- H leur élcva uuc églisc qu'il honora de leur nom , sur

tiers, et origine de .

l'église saint-Hiiairc. Templacemeut même où il avait déposé naguère les corps de sa femme et de sa fihe. Il s'y ménagea son propre tombeau où il ne devait pas tarder à reposer près d'elles. Ainsi prit ses commencements la célèbre église de Saint- Hilaire dont l'histoire est si connue dans nos annales, et qui après la mort du saint ne tarda pas à prendre son nom. Là il aimait à aller offrir le Saint-Sacrifice accompagné de saint Martin qui l'assistait souvent comme diacre (69). C'est vers ce temps-là et probablement après cette fonda-

tion que le saint prélat aura établi, prés la double tombe de sa femme et de sa fille, un collège de clercs que mentionnent formellement les documents écrits gardés autrefois avec soin dans les archives de saint Hilaire(a). C'était comme le berceau du grand monastère qui s'y éleva après lui, et devint une pépinière d'hommes ihustres par la science, la piété et les autres qualités qui les rendaient aptes aux plus grandes charges de la religion et de l'Etat. Le prélat en fut le chef tant qu'il vécut au miheu de son troupeau. Là vécurent aussi sous ses regards beaucoup de religieux que nous retrouverons dans la suite de ce récit, et nous verrons qu'après lui ses pieuses traditions s'y perpétuèrent.

Rendu à sa vie de pasteur, Hilaire ne songea qu'à la consacrer à la sanctification de son troupeau et à la sienne. Il s'adonna à l'instruction populaire, soit en faisant fleurir les écoles publiques, soit en mettant la dernière main à ses travaux littéraires continués ou commencés dans l'exil. Les psaumes surtout furent l'objet de ses soins, et dans V Exposition qu'il acheva d'en faire à son peuple, il s'appli- saa^ Ex^^iToV^es qua à lui en faire goûter le sens afin qu'il devînt pour tous plus intelligible et le chant plus agréable. Ces explications se donnaient par lui dans la chaire et sous forme d'homélies. Il y détournait des spectacles mondains, et exhortait aux offiices publics et au chant de ces beaux cantiques de David où l'esprit et le cœur trouvent une si excellente nourriture. Ce qu'il faut surtout remarquer, c'est que dans ces discours il ne dit rien des ariens, sans doute pour ne pas renouveler des querelles amères, et aussi surtout parce que l'arianisme semble ne devoir plus nuire, abandonné qu'il paraît désormais de tout le monde dans les Gaules. Un certain nombre de ces psaumes nous manquent avec leurs commentaires.

Quoi qu'il en soit, le ton élevé, l'inattaquable orthodoxie

{a) V. le manuscrit du chanoine Rapaillon, à la bibliothèque de la ville de Poitiers.

Psaumes.

de ces nombreux et magnifiques ouvrages ont mérité tous les éloges de saint Jérôme et de saint Augustin. Le premier de ces Pères témoigne, dans une de ses lettres, que tout y est aussi admirable pour la forme qu'excellent pour le fond (a). Au milieu de ces œuvres pastorales, une autre lui fut Sainte Triaize, re- eucorc ménagée par la Providence et dut être une des ioies

cluse a Poitiers. o i j

de ses derniers jours. Nous voulons parler de l'arrivée à Poitiers de sainte Triaize, qui, de la même manière que sainte Florence, encore recluse alors dans sa solitude de Comblé, vint demander au vénéré pontife de la prendre sous sa direction, et de la consacrer à Dieu pour le reste de sa vie.

Les auteurs ne nous ont point conservé le nom de sa patrie. Tout fait croire cependant qu'elle pouvait être venue de l'ancienne Troade (70) voisine de la Phrygie, où elle aurait, comme sainte Florence, entendu parler de saint Hilairc après le départ de l'illustre exilé. Ce qui est certain, c'est qu'elle appartenait à une famille élevée , et que l'ayant quittée, jeune encore, avec tous les avantages que le monde n'aurait pas manqué de lui offrir, elle vint prier saint Hilaire, après son retour d'Italie, de la vouer à Dieu par l'austèrevie des recluses. On doit peu douter que l'exemple de sainte Florence, qui avait suivi le saint des plages de l'Orient, ait influé sur une telle détermination. Hilaire, d'ailleurs, avant d'acquiescer à cette demande, s'assura que ce n'était point une vaine idée de la jeune fille, et l'y ayant vu persévérer après quelque temps d'épreuve, il consentit à la consacrer à Dieu sous l'humble titre qu'elle ambitionnait. Une petite cabane, un étroit jardin, devinrent le volontaire exil de la jeune vierge, près de l'église élevée à saint Jean et à saint Paul. Ce dut être vers la fin de l'année 365. Elle resta dix ans dans l'accomplissement fidèle de cette vertueuse pénitence, et s'endormit dans le Seigneur le 16 août 375, à peine âgée de vingt-cinq ans (71).

(a) S. Hieron., Epist.

Triaize avait ajouté aux sévérités de sa réclusion le vœu ^J^ ^''« extraordiformel de ne jamais se laisser apercevoir aux hommes, même par le père de son âme, à qui elle devait tout, et quand celui-ci se transportait près d^elle pour Tentretenir des choses de Dieu, il lui parlait sans que ni Tun ni l'autre se vissent par Tétroite fenêtre de la cellule. Elle témoignait sa reconnaissance au pontife en confectionnant à son intention les hosties du Saint-Sacrifice et des corporaux pour le Corps du divin Sauveur. Sulpice-Sévère raconte qu'un jour, accompagnant saint Martin devenu évêque de Tours à Ligugé, où il se plaisait à revenir parfois, ils ne purent obtenir de voir la sainte, et admirèrent le courageux sentiment qui avait dicté son refus (^).

Comme Hilaire était mort quand elle mourut, ce fut son son cuite; successeur Pascentius qui prit soin de la sépulture de Triaize. Elle fut déposée d'abord près de son père spirituel dans l'église voisine de sa cellule. Mais quand les miracles que Dieu accorda sur son tombeau à la dévotion populaire eurent déterminé sur l'emplacement de son pieux

, 1 ., 1 , ,• Il , . i- 1 . 1 Fondation de l'église

réduit la construction dune autre église honorée de son de son nom à Poitiers. vocable, elle y fut transférée, et y demeura jusqu'aux premières invasions des Normands qui pillèrent Poitiers et incendièrent la plupart de nos reliques. Dès le x*^ siècle, on a des chartes qui établissent pour ce saint édifice les titres d'éghse paroissiale qu'elle conserva jusqu'en 1791 ayant toujours relevé du Chapitre de Saint-Hilaire qui en conférait les pouvoirs.

Cependant les jours de la vieillesse étaient arrivés pour saint Hiiaire. près

de mourir, reçoit la

notre grand évêque. Il avait à peine soixante ans, mais sa visite de saint Matervie, usée par tant de travaux de la pensée, par tant de fatigues du corps, devait avancer rapidement vers son terme. Nous ne savons s'il fut éprouvé par quelque longue maladie ; il paraît néanmoins que saint Maternien, évêque

(a) Sulp.-Sév., Dialogue II, c. xii, — Nos Vies des saints du Poitou^ p. 309 et suiv.

de Reims, qui avait toujours désiré de le connaître et de Fentretenir, apprit vers la fin de 367 qu'il était souffrant, et en même temps il lui fut révélé que le saint était proche de sa mort et que lui-même ne tarderait pas à le suivre. Il n'hésita pas alors à se mettre en voyage et vint chercher à Poitiers cette consolation que saint Hilaire ne goûta pas moins ; et ils s'étaient à peine séparés que celui-ci ne précédant que de deux ans son saint ami, reçut la récompense et le repos qu'il avait toujours désirés (^). Il meurt entouré de La tradition de notre Eglise rapporte que saint Hilaire,

ses disciples. o j. x x 7

sentant approcher son dernier jour de ce monde, fit venir près de lui saint Just, ce pieux collaborateur qui travaillait encore dans le Limousin à l'œuvre qu'ils y avaient commencée ensemble, et saint Lienne, le fidèle et énergique disciple dont le dévouement avait adouci ses jours d'exil. Il voulait, en se faisant assister par eux dans ce suprême moment, leur donner une précieuse récompense d'unattachement filial qui ne s'était jamais démenti. Agenouillés ensemble devant ce lit où la mort allait engendrer une éternelle vie, ils pleuraient. Ils entendaient autour de la maison, située alors prés de la cathédrale déjà construite sur le sol qu'elle occupe encore (72), les fidèles encombrant les rues et se lamentant sur la perte dont ils étaient menacés. De son côté, l'illustre mourant s'informait de temps à autre si leur rassemblement continuait, et ce "^mouvement dura jusque vers minuit. Alors Dieu daigna donner aux deux saints un motif de joie qui surpassa de beaucoup leur douleur. Ils furent frappés tout à coup d'une lumière resplendissante qui se répandit dans toute la chambre, tellement vive qu'ils avaient peine à la supporter. C'était le signe céleste du départ prochain d'une âme sanctifiée. Les deux disciples en furent d'abord comme aveuglés ; mais insensiblement elle devint plus supportable, diminua et disparut enfin après une demi-heure, à l'instant

(a) Bolland., VUa S. Marterni, ad 30 april.

même où vers minuit, le grand saint rendit le dernier soupir (a).

C'était le 13 janvier 368(73).

Après la mort de saint Hilaire, les fidèles de Poitiers sasépuuure. furent indécis sur le lieu où son corps devait reposer. Les uns voulaient que ce fut dans un oratoire qu''il avait élevé lui-même prés de sa demeure ; d'autres préféraient la basilique de Saint-Jean et Saint-Paul, en dehors des murs, bâtie par le saint docteur sur le coteau occidental de la ville et où reposait sa famille. Ce dernier sentiment l'emporta comme plus conforme à ses dernières volontés. Les vénérables dépouilles furent donc portées dans l'église suburbicaire, et renfermées dans un tombeau de marbre (74). De nombreux miracles éclatèrent à cette occasion. Ainsi Miracles qui s'y

multiplient.

on peut dire que le culte du saint évêque commença dès le jour de sa mort, et rendit bientôt célèbre la petite église qui lui devait son existence et sa gloire. Saint Fortunat qui écrivit un livre entier des Miracles de saint Hilaire, témoigne que de son temps encore, plus de deux siècles après la mort de son saint prédécesseur, ils continuaient d'y attirer la foule (*). Saint Nicet, évêque de Trêves, à la même époque, affirmait que ces prodiges étaient si nombreux qu'il renonçait à les énumérer (c). Saint Grégoire de Tours confirme ces assertions, et nous verrons en parlant des diverses translations de ses reliques de quelle célébrité son culte a toujours été dans le monde entier. Un grand nombre de Pères et de Conciles ont proclamé Quels services saint

"- ^ Hilaire a rendus a la

saint Hilaire l'un des plus remarquables défenseurs de la foi catholique. Sa mémoire est en vénération dans toute l'Eglise, où son plus beau titre de gloire est en effet d'avoir par son courage, ses écrits, son oubli de lui-même et la générosité de ses sacrifices, sauvé le monde reUgieux menacé

(a) Bouchet, Amial, fo 24.

(b) Vita S. Hilar., lib. II, c. ii.

(c) Labbe, Concil., t. V, p. 835.

foi.

par Parianisme, et de lui avoir conservé la foi de Jésus- Christ. Quand on considère ce qu''est devenu, après trois siècles de déchirements et de tergiversations, les prétendues religions de Luther et de Calvin, celles d''Henri VIII et de tant d'autres qui se perdent aujourd'hui dans celle des libres-penseurs, c'est-à-dire dans la négation absolue de toute vérité surnaturelle, on comprend ce que serait devenu etdStVde°sonM- l® moudc iiioral si l'arianisme eût triomphé. Et pour le "'^'■'^'■^- vaincre, il fallut au iv^ siècle un de ces génies ménagés par

la Providence à toutes les époques où l'enfer s'élève contre l'Eglise, qui sût comprendre le danger des fausses doctrines, doué d'un immense amour de la Vérité Incréée, résolu à cause de sa charge de la défendre à tout prix, et ne reculant pour elle ni devant les fureurs d'ennemis puissants et nombreux, ni devant les puissances de la terre contre lesquelles on ne voit lutter que des saints. Quel contraste entre les lâchetés de Constance, protecteur stupide d'un épiscopat aveuglé par l'hérésie, tirant l'épée en plein concile contre ses légitimes adversaires, se cachant quand il faudrait combattre les ennemis de l'empire et de sa propre autorité ! Quel contraste, disons-nous, entre lui et ce grand homme que ne troublent ni ses prétentions, ni ses injustices; qui, jusque dans l'exil, poursuit le tyran de ses invectives formidables, lui reprochant ouvertement de trahir sa vocation de prince et les convictions de sa jeunesse ; oppose à sa mollesse et à ses violences l'exemple d'une vie toute de travail, d'une activité incessante, et d'une initiative sans hésitation ! Calme au milieu des périls comme de ses adversaires les plus haineux ; opposant à leurs fureurs une douce mansuétude qui n'exclut ni la vigueur de la résistance, • ni l'invincible ardeur d'infatigables combats ; également admirable par la profondeur de la pensée, l'éloquence du cœur et l'élégante fermeté de son style entrahiant ; enfin, comme évêque, n'aimant pas moins le soin des âmes que la tutelle de la vérité ; recevant avec une égale charité les grands fondateurs des monastères et les obscures vierges

qui viennent s'abriter près de lui. Quel homme ! quel saint, dont les actes comme les écrits ne tendirent qu'à la gloire de Dieu, et que l'Eglise universelle aime à compter parmi ses plus illustres docteurs ! (75)

On a parlé de quelques opinions douteuses admises dans .sûreté de sa docses écrits, de quelques propositions théologiques d'une sûreté discutable. Ce sont là des obscurités peut-être, de rares défauts de précision qui s'éclaircissent à la lumière même qui les entoure : on les explique par l'irréprochable orthodoxie de sa pensée habituelle et la fermeté de cette foi qu'on ne peut suspecter devant tant de manifestations inattaquables. Il faut faire aussi la part de certains manuscrits exposés aux maladresses des copistes, et ne pas oublier que saint Jérôme avait prévenu les infaillibles décisions de l'Eglise en déclarant irréprochable dans sa voie celui qui marcherait sur ses pas (76).

C'est donc avec justice qu'en dépit de ces apparences maintes fois expliquées, Cassiodore («) cite notre grand docteur parmi les plus illustres défenseurs de la vérité et les plus éclatantes lumières de l'Eglise w, vantant la profondeur de sa discussion, sa perspicacité à découvrir les mystères des Ecritures et l'art admirable qu'il sait mettre à éclaircir les mystères du texte divin. Ce n'est pas sans admiration qu'on lit dans sa théologie si sûre toute la foi du iV^ siècle, laquelle est celle des trois précédents, et s'y est maintenue jusqu'à nous sans faiblir jamais, sans jamais admettre la moindre nuance d'opinion qui semble contrarier ce que nous apprîmes du grand docteur. N'omettons pas de remarquer avec quelle clarté il a exposé, soit dans son Commentaire sur saint Mathieu, soit dans ses Traités sur les Psaumes (c), ou son magnifique ouvrage De la

(a) Institutiones divinarum lectiommi, lib. I, c. xviii. — Apud Binium, Bibliol. Patrum, t. VI, col. 68. •

{b) Inter opp., col. 610.

(c) Ibid., col, 640.

Trinité (.a), tout ce qui affirme notre culte envers Pauguste Mère de Jésus-Christ. Il est le premier de nos auteurs poitevins qui ait énoncé, en défendant la divinité du Fils, les singulières prérogatives, la Nature privilégiée de la Femme bénie entre toutes. Nul avant lui ni après lui n'a posé de fondements plus solides au culte de Marie, à sa vénération par les chrétiens, à la permanence de sa virginité, à la confiance que mérite son intercession et son secours. Comme il aime à la louer, comme il l'invoque ; comme il la venge éloquemment contre les adversaires de son intégrité virginale (t) ! Et que trouvons-nous aujourd'hui dans les enseignements de l'EgUse qui, sur le point essentiel de nos croyances, n'ait été nettement, définitivement établi par cette plume immortelle que le monde savant ne pourra jamais assez glorifier? Aussi seize siècles ont passé sur sa gloire sans en altérer un seul rayon, et jusqu'à la fin le monde reconnaissant lui devra ce grand bonheur que la divinité de Jésus-Christ ne se soit pas effacée de lïos dogmes ; car la conclusion à tirer de l'étude de cette belle vie, c'est que sans lui la barque impérissable sombrait dans l'océan des hérésies et s'engloutissait avec la foi dans l'abîme de tous les désordres sociaux.

Mais c'est là l'intervention de la Providence. Il entre dans les destinées de son Eglise de combattre et de souffrir souvent, jamais d'être vaincue ; et quand le mal s'insurge contre elle, c'est alors qu'un homme est envoyé dont la bouche, la plume, le zèle proclament la vérité méconnue, que la lumière se fait, et que le Christ est vainqueur !

ia) Ibid., col. 818 et 262.

{b) llilar., opp., col. 621.

NotB 1

Prêtre d'Alexandrie, en Egypte, mort en 336. Il avait commencé à dogmatiser en 319.

Note 2

Longueval [ad ann. 325) leur donne ces noms qui ont été changés ou défigurés par d'autres historiens. Mais ceux que nous préférerons avec lui sont bien les véritables, puisque Constantin les produisit le premier dans sa lettre aux habitants de Nicomédie, où il raconte de quelles indignes menées ces deux évèques se rendirent coupables. (V. VHist. du premier concile de Nieée, p. 175, in-4°, 1692. — Labbe et Petaw, ad ann. 325.)

Note 3

Cologne, Colonia Agrippina^ ainsi nommée d'Agrippine, femme de l'empereur Claude, qui y établit une colonie de vétérans, et qui occupait chez les Ubii cette partie de la Gaule qui s'étendait sur les deux rives du Rhin. Cette ville fut une des cités électorales d'Allemagne, et appartient aujourd'hui à la Prusse, avec 40,000 habitants.

Note 4

Sardica, dans la basse Mœsie, voisine du mont Hœmus. Ce ne sont plus que des ruines abandonnées, près de Sophia, en Bulgarie.

Note 5

Murza, ville de la basse Pannonie, sur la Drave, et non loin de son embouchure dans le Danube. Elle fut le théâtre de la défaite de Magnence par l'empereur Constance.

Pictavis natus, quâ sanctus Hilarius olim Natus in urbe fecit.

(Carmin, lib. VIII, c. i.)

Saint Jérôme, encore plus rapproché de saint Hilaire, l'affirme aussi dans la Préface adressée à Paula et à Eustochium de son

Commentaire sur VEpître aux Galates. — C'est aussi l'opinion que suit Longueval {Histoire de l'Eglise gallicanej ad ann. 353).

Note 7

Cette terre s'appelle encore le Mureeau, dans la paroisse et à peu de distance de Claire (villa Clara)^ canton de Saumur (Maine-et- Loire). Ce lieu fut du territoire poitevin jusqu'au Concordat de 1801. L'église y a pour patron saint Hilaire.

Passavant est un village du canton de Vihiers en Anjou, qui garda longtemps une certaine importance. Son église est du xi^ siècle, et il garde les ruines d'un château dont quelques détails révèlent des travaux des xiv^ et xvii^.

Note 8

Les guérisons miraculeuses faites au tombeau de saint Francaire,

où une tradition non interrompue attirait les fidèles , déterminèrent les évêques de Poitiers Jean du Bellay et Henry de la Rocheposay à autoriser, l'un en 1470, l'autre en 1641, une translation de ses reliques (V. Discours fait en l'honneur de saint Francaire, père de saint Hilaire j évêque de Poitiers, par Louis Texier, prieur d'AslonnCj in-8°, Saumur, 1648, 3*" édition, où il est parlé de la découverte de ces reliques et de leur translation) ; — Bouchet (Annal. d'Aquit.), qui se trompe sur beaucoup de détails et manque de clarté; — D. Fonteneau, t. IX, ad ann. 1641.) On ne saurait trop relever à ce sujet toutes les bévues de VHistoire du Poitou, de Thibaudeau. Quoi qu'il en soit de Francaire, dont on a fait quelquefois trop peu de cas , il est encore une preuve que les traditions , sans être toujours aussi claires qu'on pourrait le vouloir, ont un fond de vérité qui n'est pas du tout méprisable. Nous voyons ici que le nom de Francaire, qui a une origine franque, va bien avec la fin du III® siècle et le commencement du iv®, puisque les Francs s'étaient depuis longtemps déjà immiscés dans la Gaule, où ils avaient été battus près de Mayence, en 241, par Aurélien.

Note 9

L'assertion contraire est une des erreurs de Thibaudeau sur ce point.

Note 10

Cf. S. Hilarii, opp. — Tract, in Ps. LXL II y cite cette phrase de Cicéron : « Cogimur dissentione sapientum Deum ignorare. »(Lib. IV, quœst. académie.)

Note 11

C'est une tradition conservée par Bouchet et du Saussay (Martyrol.).

Note 12

Fleury, Hist. ecclés., lib. XI, n° 19. — Morin, De sacrîs ordinationihus, p. 265, in-f", 1655, cite un rituel du v*^ siècle à l'usage de Poitiers, où ce mode d'élection est affirmé par le discours que le consécrateur adresse aux fidèles présents à la cérémonie. (V. aussi Traité historique et critique de l'élection des Ecêques, t. I, p. 231, in-8°, Paris, 1792.) Cet usage avait commencé à la naissance de l'Eglise, lorsque saint Pierre (Aet. des Apôtres, c. i) procéda, dans l'assemblée des fidèles qui l'entouraient avec les autres apôtres, au remplacement de Judas dont la mort avait laissé incomplet le Collège Apostolique institué par Jésus-Christ. La multiplication des chrétiens, l'étendue des diverses Eglises, amena forcément plus tard des modifications à cette coutume, comme à tant d'autres détails de la discipline ecclésiastique, essentiellement variable par elle-même selon les besoins qu'elle doit régler.

Note 13

Plusieurs se sont trompé en indiquant l'année 355 comme celle de son ordination. Il faut s'en tenir à 353 : quelques-uns des événements accomplis entre ces deux dates rendent la première im.possible. Dom Constant l'a solidement prouvé dans la Vie du saint docteur, c. IV, n° 29.

Note 14

Le célibat des évèques, des prêtres et des diacres a toujours été pratiqué dans l'Eglise. Il est marqué au concile de Carthage, en 253, comme une loi apostolique. La sainteté des engagements du prêtre ; son droit, qui est presque toujours un devoir, de monter au saint autel ; la pureté absolue qu'il lui faut pour l'administration des sacrements, sont autant de raisons qui firent comprendre la nécessité de cette loi, que les hérétiques n'ont constamment attaquée que parce qu'ils savaient bien qu'elle est une des bases les plus solides du ministère sacerdotal dont l'exercice complet serait impossible sans elle.

Note 15

Magnence s'était fait déclarer empereur dans les Gaules en 350. L'année suivante, s'étant avancé jusque sur la Drave, qui prend sa source dans les Alpes Carniques et se jette dans l'Isler ou Danube,

rivière de Germanie, il y fut rejoint par Constance, qui lui fit livrer bataille par ses troupes le 28 septembre et le défit complètement à Murza, aujourd'hui Esseck, dans l'Esclavonie.

Note 16

V. dans toutes les histoires ecclésiastiques à cette date de 335 les dégoûtantes machinations dont les ariens crurent pouvoir autoriser contre Athanase les calomnies dont il sortit pourtant victorieux. Ce qui n'empêcha point les hérétiques de le déposer de son siège et Constance de l'exiler.

Note 17

Le concile d'Arles, qui ne figure pas dans l'histoire au nombre des assemblées légitimes parce qu'il ne put être accepté du pape saint Libère, dont on y avait insulté les délégués, se tint le 10 octobre 353. Cette date nous donne à peu près celle de l'ordination de notre saint, qui se fût certainement trouvé à Arles, s'il avait eu alors le titre qui aurait dû l'y appeler. Cette ordination dut se faire entre le 10 octobre et le commencement de l'année 354, qui s'ouvrait encore alors au 1" janvier selon la coutume romaine. (V. Ducange, GlosSj v° AnnuSj mihi, t. P"", col. 202.) Nous ne comprenons guère, à ce propos, comment l'auteur de Saint Martin et son monastère de Ligugé, p. 20 et suiv,, établit la mort de saint Maixent et l'épiscopat de saint Hilaire en 349 ou 350, et affirme que ce dernier refusa de se rendre au concile d'Arles de 353. La vraie raison pour qu'il ne parût point doit être celle que nous donnons ici. Le saint prélat en parle plusieurs fois (Ad Constant, lib. I, n° 8. — Ex opère historieo, fragment V, n° 2) sans aucune allusion à son absence, ni à aucun refus qu'il ait fait de s'y rendre. Quant à l'année de son ordination, il prouve lui-même qu'elle ne peut être datée de 349 ou 350, lorsqu'il dit que son baptême et son épiscopat précédèrent de très peu (paulisper) son exil. Or, cet exil est de 356 : personne ne le conteste, et le terme employé (paulisper) ne peut signifier un espace de quatre ou cinq ans, sur quinze au plus que dura cet apostolat si remarquable. Au contraire, cette expression peut très bien s'appliquer à un laps de moins de deux ans qui s'écoulèrent entre la fin de 353 et les quelques jours de 356, placés entre Pâques et le l""" juin. (V. Abrégé de l'hist. eeclés., de Mocquer, in-12, Paris, 1751, t. I, p. 105.)

Note 18

CetUrsace était évêque de Singidon, ville de la Mœsie supérieure, au confluent de la Save et de l'Ister, sur le Danube. Il avait accom-

pagné Valens à la suite de Constance, quand celui-ci vint en Occident prendre possession de cette partie de l'Empire. Singidon est aujourd'hui Segedin, dans la basse Hongrie.

Note 19

Les auteurs de VAr't de vérifier les dates [2" partie in-8°, t. II, p. 275) désignent ce concile sous la date de 355, par le nom de Concilium Gailicanum, et ajoutent : «'peut -être de Poitiers ou de Toulouse. » Cette alternative ne peut laisser d'hésitation. Le siège de Toulouse était occupé alors par Rhodane qui, à Milan, avait souscrit avec beaucoup d'ardeur la lettre synodale où saint Athanase est traité de sacrilège, ce qui ne laisse pas douter qu'il n'ait consenti à la condamnation du grand évêque. (V. Hardouin, Concil. t. P"", p. 69). On voit combien peu les évêques orthodoxes devaient choisir Toulouse pour réparer ces grandes chutes, — Saint Hilaire luimême, en plusieurs lieux de ses ouvrages, assigne cette date de 355. (V. De Synod., n° 2, eontr. Constant., n° 2). — Ajoutons cependant pour compléter l'idée qu'il faut se faire de Rhodane, que sa mauvaise action venait plus de sa faiblesse que d'une conviction raisonnée. Aussi saint Hilaire n'eut pas de peine à l'en faire repentir, si bien qu'aidé par lui, l'évêque de Toulouse revint à l'orthodoxie, et y tint assez l'année suivante, au concile de Béziers, pour y mériter l'honneur de partager l'exil de saint Hilaire, Tout nous prouve donc que celui-ci, noblement indigné de ce qu'il sut bientôt des actes de Milan, se sera empressé d'y opposer une protestation qui se sera faite dans sa ville épiscopale.

Note 20

Tous les hagiographes racontent comment ayant rencontré à l'une des portes d'Amiens, où il tenait garnison, un pauvre qui lui demandait l'aumône, il lui donna, faute d'argent qui lui manquait en ce moment, une moitié de son manteau dont il fît deux parts avec son épée. La nuit suivante, Jésus-Christ lui apparut, montrant cette moitié de manteau et disant aux anges qui l'entouraient : « C'est Martin qui m'en a revêtu ». (BollandisteSj au 11 novembre.)

Note 21

On voit qu'il serait impossible de faire accorder ces circonstances avec les années de i'épiscopat de saint Hilaire, si ce prélat eût siégé dès l'an 349 ou 350. Dom Constant place comme nous cette première entrevue des deux saints à l'année 355. (V. vita. S. Hilaril, c. IV, n° 30.)

Note 22

On trouve dans le Poidllé dressé sous l'épiscopat de Louis-Henri de la Rocheposay, que cette petite église avait pour patrons les Hebdomadiers de la cathédrale. Elle avait été fondée par le Chapitre en souvenir du fait que nous racontons ici. Détruite bien avant 1789, elle fut reconstruite en 1867, et consacrée le 20 janvier 1869.

Dom Constant n'exprime en cela qu'une opinion qu'il regarde comme probable. Longueval l'affirme sans s'en expliquer et comme n'en doutant pas, mais sans en donner aucune preuve. Il nous semble que la présidence ne put être prise par aucun autre que Saturnin, le plus actif meneur de ces tristes affaires. Déziers d'ailleurs relevait de Narbonne, dont le titulaire ne paraît pas ici. Rhodane de Toulouse avait rompu avec les hérétiques ; tout fait donc croire qu'en fait de métropolitain, on aura trouvé que Saturnin devait avoir l'honneur de diriger le concile, si c'en était un. Enfin le seul fait du compte-rendu par lequel ce brouillon prétendit faire connaître à Constance ce qu'on avait fait dans cette assemblée, prouve de reste qu'il en avait été le chef.

Note 24

Sirmich, Sirmium, métropole de la basse Pannonie. A Sirmich les ariens souscrivirent, à l'instigation de Potamius, évèque de Lisbonne, une formule de foi dont ils effaçaient les termes de eonsubstantiel et de semblable en substance j tendant ainsi à faire au Fils une nature qui n'était point celle du Père. Osius, qui avait plus de cent ans, et qui avait dicté à Nicée l'immortel Symbole qui exprimait la foi de l'Eglise, consentit par faiblesse à signer que le Père était plus grand que le Fils. A vrai dire, il n'avait cédé qu'aux violences, moralement harassé d'ailleurs par de fatigantes discussions que son grand âge ne comportait plus. Quant à Libère, qui avait aussi donné tant de preuves d'orthodoxie, invincible jusqu'à souffrir l'exil pour elle, il consentit, pour abréger son éloignement, à se prononcer contre Athanase; mais il ne signa rien contre la foi, puisque la formule qu'il accepta pouvait être défendue en laissant leurs équivoques aux ariens, et gardant pour soi le sens catholique, réellement inclus dans ses termes : c'est ce qu'avait fait saint Hilaire lui-même. Cette formule consistait à dire que Jésus-Christ était semblable en substance {Omoousion) à son Père, ce que les ariens entendaient d'une similitude par quelques attributs^, et les catholiques d'une ressemblance complète. On voit quelle astuce les

premiers ne craignaient point d'employer.... mais on voit aussi combien il importait de soutenir ce sens catholique, puisqu'il était le seul qui exprimât sans équivoque la divinité de Jésus-Christ, qui ne pouvait être en tout semblable à son Père que par l'idendité de substance divine. C'était tout le christianisme qui aurait disparu alors, si l'Eglise ne l'eût pas soutenu au prix de tout ce qu'EUe consentit à souffrir.

Note 25

U Omoousion, par exemple.

Note 26

Ancyre, Ancyra, ville de l'Asie-Mineure ou Anatolie, capitale de la Galatie. Elle devint très importante sous Auguste. Mansi date ce concile de 359 ; mais nous suivons la date la plus accréditée, fondée d'ailleurs sur ce que cette assemblée se tint avant Pâques, et par conséquent dans l'année qui précéda cette dernière. — Ancyre est à présent Angourieh.

Note 27

Abre, Abra^, est un nom grec passé dans le latin et dont les Hébreux eux-mêmes se servirent pour exprimer en termes génériques, une suivante de qualité, une demoiselle d'honneur. C'est le sentiment de Dom Calmet et de Vence, et, en effet, on voit ainsi qualifiées eh plusieurs endroits de la Bible les femmes de la suite de Rébecca, de la fille de Pharaon, d'Esther et de Judith. Mais comme ce mot dans sa signification propre indique aussi une servante, il peut se faire que VAhre de saint Hilaire ait été ainsi nommée par un souvenir de Marie répondant à l'ange : (dans saint Luc, I, 38) Ecce aneilla Domini. Il semblerait donc qu'en la nommant ainsi les parents de la jeune Abra eussent déjà songé à lui faire embrasser exclusivement le service du Seigneur, ce qui répond bien à ce que nous savons de sa vie.

Note 28

Erasme, dans l'édition de 1522 qu'il a donnée de saint Hilaire, et que Froben a reproduite en 1535 (in-folio, Basic, p. 320 et 322), prétend que cette lettre n'est pas du saint docteur, mais une plaisanterie indigne de lui. Il va jusqu'à l'attribuer à saint Fortunat, qui n'avait aucun intérêt à traiter ainsi une chose sérieuse, et qui d'ailleurs affirme {Saneti Hilarii, vita, lib. I, c. v) que de son temps l'original portant la signature de son véritable auteur était encore

conservé à Poitiers comme une relique. (V. Fortunati opp. Edition de D. Ruinard, reproduite par Migne, col. 442.)

Note 29

C'est de quoi Erasme dit élégamment : c< Déclarât hoc phrasis et compositio sermonis Hilariani, in carminé non infelicem fuisse. » (Prœfat. ad Joannem Carondiletwn)^ et en cela il s'accorde avec notre Fortunat lui-même qui, vantant la délicatesse de la pensée et du stj'le de la lettre à Abra, en parle de façon à en faire bien juger le mérite littéraire : « Epistolam sufficienti sole conditam, et velut aromaticis unguentis effusam. » (Ub. sup.)

Note 30

Erasme (prœfat ub. sup.) se prononce en ces termes : « Et fortassis aliquot hymni quos hodie canit Ecclesia, non indoctos, sed incerti auctoris, illius sunt.... » Et il cite les hymnes de la Croix : Cruxjidelis ; de saint Jean-Baptiste, Ut queant Iaxis. — D. Guéranger, qui n'hésite pas à laisser au saint docteur celle qu'Erasme lui refuse, lui donne encore celles de la Pentecôte : Beata nobis gaudia„ et celle du Carême : Jesu quadragenarlus . — On croit aussi que saint Hilaire aurait composé le Gloria in excelsis (Institut, liturg, t. I, p. 112). D'autre part, ce sont quelques rapports entre cette belle hymne et certains passages du Te Deum qui ont pu faire penser à lui attribuer ce magnifique chant d'actions de grâces. Mais il faut autre chose que des conjectures pour établir un fait littéraire qui ne ressort évidemment d'aucun texte, et auquel aucun écrivain de l'antiquité ou du moyen âge n'avait jamais pensé. On peut voir dans Tillemont, Bist. EccL, t. XIII, p. 968, les solides raisons qui combattent cette attribution du Te Deu;?! à saint Hilaire. C'est Abbon de Fleury, qui vivait au xi^ siècle, et qui a trouvé en cela de nombreux contradicteurs, qu'il faut accuser de cette idée systématique.

Note 31

La Gallia christianaj Du Tems, qui n'en est que la copie, et bien d'autres, veulent que saint Pheebade ait été le premier évêque d'Agen, que nous voyons figurer au milieu et jusque vers la fin du iv° siècle (Il ne mourut qu'en 392), et cependant ils attribuent l'établissement de ce siège à saint Martial, qui, toujours d'après eux, ne serait venu de Rome dans les Gaules que sous l'empire de Dèce, en 250. — On voit toutes les contradictions de ce système, qui paraissent bien mieux en lisant Du Tems, t. II, p. 268 et suiv.

Note 32

Rimini, Ariminum ^ ville d'Italie, sur l'Adriatique, où elle existe encore dans les Etats du Saint-Siège.

Note 33

Séleucie, Seleucta^ était une ville de la Pisidie, au pied du mont Taurus, et contiguê à l'Isaurie, ce qui l'a fait quelquefois attribuer à cette province.

Note 34

L'hérésie avait pénétré en Orient chez un si grand nombre d'évéqueSj que sur cent soixante qui vinrent à Séleucie on n'en put compter que treize catholiques, dont saint Ililaire fut le plus éminent. Au reste, le concile, comme beaucoup d'autres où figurèrent les ariens, est rejeté par l'Eglise comme assemblée doctrinale.

Note 35

Le chef de ces derniers était Acace, évêque de Césarée, qui le premier avait inventé l'expression grecque anamoousion, « dissemblable en substance », et, par conséquent, niait solennellement la divinité du Sauveur. C'était la dernière conséquence où devait se jeter l'arianisme, car les hérésies ne s'en tiennent jamais à la première expression de leur erreur capitale. C'est ainsi que le protestantisme, sous quelque nuance qu'il se produise aujourd'hui (et Dieu sait qu'elles ne lui manquent pas), ne peut plus s'entendre sur les articles fondamentaux, et professe dans ses synodes jusqu'au mépris du baptême et à la négation de la divinité de Jésus-Christ. Il ne tient donc pas à toutes ces sectes que le monde ne retombe dans la barbarie....

Note 36

V. V Histoire peu générale du, Poitou j, par Dufour, t. I, p. 121, et celle de Guérinière, t. I, p. 47. Il est malheureux à de tels historiens d'outrepasser leur vocation, qui ne peut être de traiter des choses de ce genre. Qu'attendre, en effet, d'un penseur comme Dufour, qui voudrait qu'un théologien catholique comme saint Hilaire se persuadât avec lui que la Religion est dans l'Etat et non pas l'Etat dans la Religion. Cette pensée a toujours animé, comme aujourd'hui, les ennemis déclarés de la foi catholique, la seule à laquelle ils en veulent parce qu'ils la savent capable de leur résister et de les enterrer successivement. Au reste, ces braves lecteurs-là qui ne comprennent pas tout d'abord les lectures de ce genre, récriminent

surtout contre ces attaques d'autant plus audacieuses^ disent-ils, qu'elles furent adressées à l'empereur directement. Nous voyons le contraire : mais cela n'infirme pas le droit qu'en avait l'avocat du catholicisme, droit dont certainement il aurait usé s'il n'eût pas craint que le livre ne fût brûlé par son antagoniste, et qu'il ne restât inutile pour la cause de l'Eglise qu'il voulait défendre.

Note 37

Ce sont des portions venues jusqu'à nous de ces mémoires qu'on peut lire à la fin des oeuvres de saint Hilaire sous le nom de Fragments.

Note 38

Attachés au parti d'Acace, l'évêque de Césarée, soutenant avec lui que le Fils était semblable au Père, quant à la volonté^ mais non quant à la substance. C'était toujours distinguer l'un de l'autre, de façon à nier au fond la divinité du Fils.

Note 39

Les Italiens disent Isoletta d'Alberga. C'est VAlhium Ingaunum des anciens, aujourd'hui petite ville épiscopale, suffragante de l'archevêché de Gênes.

Note 40

A partir de Constantin les biens des collèges religieux du paganisme furent donnés aux églises, et ces donations se continuèrent bien plus tard. En 415, Honorius décréta le même transfert par une loi qui est au code Théodosien. Justinien en fit autant au vi'^ siècle. C'est peut-être ainsi que vinrent aux évêques de Poitiers des biens ruraux et des maisons de campagne dont nous voyons que saint Hilaire dote ici saint Martin, comme il en dotera bientôt quelques autres. Pour saint Hilaire cependant, nous savons que sa position de famille suppose des richesses patrimoniales, et il peut bien se faire que ses générosités aient été prises sur ses propres fonds. Quoi qu'il en soit, on peut regarder comme venant des premiers temps à l'évêché de Poitiers certaines propriétés qui ne cessèrent de lui appartenir jusqu'à la spoliation dite nationale de 1790. Telles sont : Ssiwigny-l'Eveseaultj à deux lieues sud-est de Poitiers, Maivé-l'Eveseaultj près Melle (Deux-Sèvres), puis Champagne- Saint-Hilaire^ donné par Clovis, après sa victoire de 507, à l'abbaye de ce nom. Savigny fut habité comme villa par Gauthier de Bruges et ses successeurs, jusqu'à Pierre d'Amboise qui fit bâtir Dissay au xvi° siècle.

Note 41

Les règles monastiques ne furent point d'abord écrites, et résultaient de la direction que chaque fondateur donnait à son œuvre. Quand s'ouvrit le v^ siècle, saint Benoit, abbé du mont Cassin, en Italie, écrivit une règle, et y astreignit tous les membres de son ordre. Elle fut trouvée si parfaite, que vers le milieu du viii^ siècle elle était déjà le plus généralement adoptée dans les monastères. Nous y reviendrons.

Note 42

Combliaeum. Ce n'est plus qu'un village sur la Longève, ruisseau qui vient du village voisin de Pouligny, dans la commune de Cellel'Evêcault, et se perd dans la Vonne près de Marigny-Chemerault. Une petite chapelle y existe encore sous le vocable de la sainte. Comblé eut le titre de paroisse jusqu'en 1819, qu'elle fut réunie à Celle-l'Evêcault.

Note 43

Cella-Episcopi, chef-lieu de commune de 1,500 âmes, du canton de Lusignan, à dix lieues au sud-ouest de Poitiers, On trouve dans les chartes cette localité nommée dès 1218 Episcopalis cellida. Elle n'est guère mentionnée pourtant depuis le séjour de sainte Florence jusqu'à cette époque où la féodalité amène son développement de façon à en faire d'abord une châtellenie vers le commencement du xiV' siècle, et une baronnie cent ans plus tard. On la trouve aussi nommée Castrum-Celsum dans une chronique du xiv" siècle. Ce mot latin a contribué à faire croire que ce lieu de Celle-l'Evècault pourrait bien avoir été le Champtoceau de Maine-et-Loire, sur lequel nous aurons occasion de revenir. Toujours est-il que le château épiscopal , forteresse importante du moyen âge, appartenait aux évoques de Poitiers avec la plus grande partie de la paroisse et un Chapitre de cinq chanoines, qui relevaient de l'Evêque, et dont le prieur était archiprêtre de Lusignan.

Note 44

Le diaconat donnait le pouvoir de catéchiser, de baptiser, de prêcher, de distribuer la communion eucharistique, et il n'était pas un abbé qui n'eût besoin de ces pouvoirs dans la direction de ses inférieurs. Quant à la confession, elle se faisait à l'évèque ou aux prêtres des paroisses voisines. Nous avons dit dans V Histoire de Saint-Martin de VertoUj (c. ni, note 8), combien semblait impossible pour le saint abbé qu'une charge comme la sienne ne fût pas secondée par

les pouvoirs du caractère sacerdotal. C'est que, outre ses missions lointaines, il eut à gouverner une abbaye non moins éloignée de Nantes que celle de Ligugé l'était de Poitiers. Mais quant à saint Martin de Ligugé, aucune autre raison ne laisse soupçonner qu'il eût reçu le sacerdoce avant l'époque de son épiscopat : Sulpice- Sévère, d'ailleurs, n'aurait pas manqué de le dire.

Note 45

En juin 1850, M^'' Pie, évêque de Poitiers, célébra pour la première fois le Saint-Sacrifice dans cet oratoire, restauré par les soins de la paroisse. Moins de deux ans après, le même prélat acheta les restes du vieux monastère, qu'il donna aux Bénédictins de la congrégation de France. Ces religieux en prirent possession à titre de prieuré, le 23 novembre 1853 ; et le souverain pontife Pie IX, par décision du 18 novembre 1856, rendit au prieuré son ancien titre abbatial. L'évêché, d'après la teneur de la bulle d'érection, assura aux religieux, avec la propriété de la nouvelle acquisition, un revenu de 4,000 fr. sur la mense épiscopale. (V. Archives de l'Eoêehéj année 1852. — Registres des délibérations capitulaires, séance du 17 octobre 1884.)

Bouchet dit : « Le lendemain ou deux jours après. » — Il dérange ainsi par ce fait et plusieurs autres, l'ordre réel que suivent tous les auteurs anciens. Un seul de ces faits suffit à rétablir ici la précision chronologique. Puisque la résurrection opérée à Poitiers par saint Hilaire suivit celle de Ligugé, opérée par saint Martin ; elle ne put avoir lieu que lorsque celui-ci avait déjà établi et bien réglé son monastère. Or ceci ne pouvait pas être le lendemain de l'arrivée de saint Hilaire, ni deux jours après. Nous suivons donc ici, sans aucune crainte de nous tromper, les auteurs originaux qui nous ont servi de guides jusqu'à présent.

Note 47

Le salpêtre avait corrodé le beau relief jusqu'à le rendre méconnaissable, et comme alors la maison à laquelle il avait été accolé fut rebâtie, on en retira la pyramide, et on lui donna asile au musée des Antiquaires où du moins elle continuera, à l'abri des injures des saisons, à représenter un idéal de ce qu'elle avait été, c'est tout ce qu'a pu faire un siècle où il n'y a plus que des radicaux et des conservateurs...

Note 48

En 1842, ce beau marbre gisait comme inutile et servait de siège public en dehors et près de la porte occidentale de l'église Saint- Hilaire. Sur nos instances, on lui rendit l'hospitalité dans un coin de la nef... Il a été transporté plus tard au musée lapidaire de Poitiers. Nous le regrettons, comme aussi d'y voir plusieurs inscriptions qui, naguère éparses sur les murailles voisines de la vieille basilique, étaient sans contredit ses plus précieux souvenirs et lui conviendraient d'autant mieux après sa restauration. Pourquoi priver les monuments religieux et autres de ces insignes qui font partie de leur histoire ; et ici, pourquoi ne pas rendre aux nefs, aux murs latéraux, à l'enceinte extérieure de l'édifice sacré les épitaphes qui les décoraient autrefois et y conservaient des noms chers à son histoire ? C'est une convenance à laquelle ont un droit certain ces mêmes nefs enfin relevées, ces murs heureusement reconstruits, qui ont rendu à la magnifique église la plus grande partie de sa gloire du moyen âge. — Au reste, D. Fonteneau a écrit une note curieuse que nous ne devons pas laisser de reproduire à cette occasion. Elle témoigne que la petite église construite au sud de la cathédrale et connue aujourd'hui sous le nom de Saint-Hilaire-entre -EgliseSj avait porté le nom de Sainte- Ahre et que ce fut là que figura d'abord le marbre dont nous parlons, lequel n'aura été transporté dans la collégiale que lorsqu'on eut laissé disparaître par une très blâmable négligence l'église qui avait très anciennement remplacé la maison de la jeune sainte et de sa mère. Voici cette note: « Saint-Hilaire-entre -les -Eglises, autrement Sainte-Ahre. Là est le tombeau de sainte Abre dont une partie est sous l'autel et l'autre dehors, soutenue par deux piliers avec quelques sculptures. En fouillant pour faire une fosse on trouva la figure de sainte Abre et on l'a mise à un autel que M. Ramard fit faire. On trouva que sainte Abre logeait dans un petit logis qui est près de l'église fort ancienne : c'est la tradition. » (D. Fonteneau, t. LX, p. 95.)

D'après ces termes, il est croyable que les restes de sainte Abre, arrachés aux ruines de la grande basilique après quelqu'une des nombreuses démolitions qu'elle subit jusqu'au xii*^ siècle, auront été reportées dans sa maison de famille, lorsqu'on songea à faire de celle-ci une église, et que dès lors elle ])rit le vocable de la jeune vierge. Le nom de Saint-Hilaire-entre-Eglises lui avait été donné populairement par suite de sa position entre Saint -Pierre et Saint-Jean, auxquels celle de Saint-Martin vint se joindre plus tard.

Note 49

Longueval s'est égaré en donnant à ce concile la date de 361, et comme douteux que saint Hilaire y ait assisté. Le fait est qu'il n'y fut pas présent, car la lettre synodale aux évèques des Gaules n'en fait aucune mention, sinon pour établir que ses communications avec les Pères se firent par correspondance écrite.

Note 50

Oratio III, in Jidtanum. — La Bletterie [Vie de Julien l'Apostat, I, 190) trouve ici saint Grégoire très sévère, et dit que cette assertion est peu conciliable avec les conjectures dont il s'appuie. Lequel a été le plus mal renseigné de l'illustre évêque ou du biographe moderne ?

Entre autres diatribes, Julien publia son Discours contre Les Chrétiens, empreint du fiel de sa verve menteuse. Le marquis d'Argens, l'un des coryphées de la secte philosophique, en donna, en 1768, une traduction avec des notes nouvelles de divers auteurs, qui n'étaient autres que Voltaire tout seul. Le discours dont nous parlons ici fait partie des Œuvres complètes de l'empereur Julien, traduites du grec par Tourit (Paris, 3 vol. in-8°, 1821).

Note 52

Vezières, Verceiacum, Vareza, Varezia, ancien chef- lieu d'une viguerie indiquée en des chartes de 969. C'est à présent un chef-lieu de commune de 700 âmes, du canton des Trois-Moutiers (Vienne), dont on ne trouve guère le nom actuel qu'en 1454 comme appartenant à la commanderie de Loudun. On voit remonter la seigneurie de Vezières au xi^ siècle et vers ce temps elle a une cure de Saint-Pierre et Saint -Paul et un prieuré qui dépendent de l'abbaye de Saint -Florent de Saumur. Saint- Citroine, qui était autrefois une paroisse, resta à l'état de simple commune à partir de 1803 et les deux communes n'en firent qu'une en 1819. L'église de Saint-Pierre de Vezières date du xn^ siècle, comme on le voit à son stjde romano-ogival de la transition.

Note 53

Les martyrologes qui semblent s'être copiés les uns les autres pour attribuer saint Citroine à la fin du v^ siècle, nous semblent dans le faux, si réellement saint Citroine a subi le martyre. A cette époque

il n'y avait pas de persécution en Poitou. — D'autre part, s'il est mort en 580, on s'étonnerait qu'il n'en soit point parlé dans saint Grégoire de Tours, qui ne cessa d'écrire qu'en 592. Il est vrai encore que cet écrivain a souvent négligé ce qui n'était pas de la Touraine.

Note 54

« Et un jour que saint Hilaire allait, et que saint Martin venait au devant de lui, se rencontrèrent en une vallée estant en un bois taillis, et s'enclina la mulle de saint Hilaire devant saint Martin ; et au relevé la forme du pied de ladicte mulle demoura engravée en une pierre, comme on voit encore de présent. Et à ce moyen ledict lieu a toujours été appelé depuis le Pas de la Mulle. » (Bouchet, Annal., p. 41.)

Note 55

Le testament de saint Perpetuus, évêque de Tours, donnait en 474 à Euphrone, évêque d'Autun, « un livre d'évangiles qu'avait écrit autrefois saint Hilaire, évêque de Poitiers.» (V .d'Achery, Spîcileg., t. H, 106. — D. Coustant, n" 112.) Peut-être ce Livre d'Evangiles était-il le Commentaire sur saint Mathieu f

Note 56

Ce Dativus est indiqué par les auteurs du Gallia ehristiana,, et par Du Tems (t. IH, p. 247), comme ayant été déposé à une date incertaine. Cette date se trouverait établie par ce fait ; et il en résulterait que, mal placé comme le treizième sur le catalogue des évêques de Limoges, il ne devrait être que le onzième, et siéger entre Exupère et AstidiuS:

Note 57

Cette relique est connue sous le nom de Marbre de Faye-l'Ahhesse, paroisse des Deux-Sèvres, canton de Bressuire : Fagus abatissœ. Elle a un millier d'habitants et une église romane de Saint-Hilaire, souvent remaniée. La cure, ainsi qu'un prieuré de quelques religieuses, relevaient de l'abbaye de Saint-Jean de Thouars. Une voie romaine de Poitiers à Nantes, qu'avoisinent des monuments celtiques, traversait la commune au chef-lieu même où l'on a découvert, en 1860, de tels débris de construction gallo-romaine, que tout porte à y constater l'existence vers le ii^ ou iii^ siècle d'une ville importante depuis longtemps oubliée. Saint Hilaire, dit-on, s'y plaisait beaucoup et l'autel portatif qu'il y a laissé et qui lui avait servi en Phrygie, semble établir qu'il y avait des affections et peut-être des assiduités.

Faye-l'Abbesse était d'ailleurs voisin de Cléré, où nous avons vu qu'habitait sa famille. Faye-l'Abbesse devait son existence religieuse comme prieuré à l'abbaye de Saint -Jean de Thouars, qui ne commence guère à paraître que vers le \^ siècle, sous les auspices des vicomtes de cette ville. (V. Mém. des Antiq. de l'Ouest^ XXX, 218, XXXVII, 3i7. — Bulletins, VI, 243, 286.)

Ce Rezé (Ratiatum)^ sur lequel on a beaucoup discuté, est reconnu sans conteste aujourd'hui pour être le bourg de Rezé, sur la rive gauche de la Loire, vis-à-vis de Nantes. C'était du temps de saint Hilaire le chef-lieu du pays de Retz, Pagus Ratiensis ou Ratiatensis^ que quelques géographes ont pris à tort pour un siège épiscopal, entendant mal une signature du concile d'Orléans de 511. Nous dirons en son lieu et à cette date, ce qu'il faut penser de VEpiscopus Ratiatensis. Ce Pagus fut distrait de la juridiction spirituelle du Poitou par suite des usurpations de Nominoë, roi des Bretons, qui l'incorpora au diocèse de Nantes. Son fils Erispoê fit sanctionner cette injustice par Charles -le -Chauve en 851. A cette époque Ratiatum, qui était encore, huit ans auparavant, une ville importante et fermée, avait été ravagée par les Normands et réduite à ce qu'on la voit aujourd'hui. Son territoire est toujours jonché de débris de constructions gallo-romaines dont nous avons parlé dans notre Histoire c?e Saint-Martin de Vertou (ch. ii, xi et xvi). Une voie romaine conduisait de Nantes à Poitiers et à Saintes par Rezé et Durinunij aujourd'hui Saint-Georges-de-Montaigu. On peut consulter aussi sur ce point Valois et Banville, puis Lobineau, dans ses Preuves de l'Histoire des Saints de Bretagne.

Note 59

Il y a eu peut-être, sans qu'on en sache bien la cause, confusion entre ce fait et celui que raconte Bouchet [Ann. p. 42). « J'ai leu, dit-il, en la légende de Monsieur Sainct-Lucian qu'au moyen de la grande renommée de Monsieur Sainct-Hilaire, il vint des parties orientales jusqu'à Poitiers. Et le premier jour qu'il entra en ladicte ville, ouït la messe de Saint-Hilaire en église cathédrale de Saint-Pierre : et après la messe dicte, baptisa saint Lucian, lui montra et enseigna les articles de la foi, et lui donna plusieurs autres bonnes instructions. » On trouve là des traits qui peuvent contredire l'identité des deux baptêmes, d'autres qui permettraient d'y croire. On remarque surtout que le nom de « Monsieur S. Lucian » semble bien être celui du baptisé de Ratiatum un peu défiguré.

Note 60

D. Estiennot, dit Dufour (Hlst. gén. I, 369), prétendait que ce saint Benoît était le même qui fut évèque de Poitiers au viii« siècle ; ce qui vient de je ne sais quelle aberration inexplicable. Cela n'empêche pas Dufour de l'adopter. Il va plus loin et veut que le mot Samarie, Samaria, soit une corruption de Smarvia, Smarva, petite bourgade à peine connue, à deux lieues de Poitiers, d'où il voudrait conclure que saint Benoit de Samarie aurait été évêque de Smarve ! ! ! Une simple comparaison de notre récit, tiré des sources originales et de ses moindres détails avec une telle conjecture, suffit à établir le peu de jugement et l'insuffisance d'un historien qui écrit d'après de telles persuasions.

Note 61

On a voulu transporter ce château de Gravion dans la Vendée, où il ne fut jamais. Toutes nos vieilles traditions, Bouchet, les anciens Propres du diocèse l'ont toujours indiqué comme ayant fait partie du domaine donné près de Quinçay à saint Benoît de Samarie. — « De ces mêmes sources on tire la légende de saint Viventius dont on fait un compagnon de saint Benoît et dont on a faiblement contesté l'authenticité sous prétexte que ce n'étaient pas là des noms originaires de Palestine. Et cependant ces deux noms ne pouvaient - ils pas appartenir à des familles latines dont la Palestine avait alors un si grand nombre? On voudrait en vain s'autoriser d'une légende du x^ siècle contre les récits acceptés jusqu'à présent et de date presque contemporaine, pour faire des quarante fidèles venus en Poitou à la suite de saint Benoît autant de martyrs qui auraient illustré dans le IV® siècle les plages de l'Océan vendéen. Rien de tout cela ne se prouve, et quand des faits historiques ont vieilli de quinze cents ans, sous la sauvegarde d'une Eglise qui vénère en eux autant de pages primitives de son histoire, on n'est i:)as bien venu d'essayer un nouvel exposé, qu'on avoue d'ailleurs tiré des documents apocryphes, et dont l'auteur, dit-on, a eu le tort de vouloir tout rattacher à son héros. » — Ce défaut, malheureusement, a eu ses imitateurs, mais il ne fera jamais que des peut-être deviennent des vérités, et des probabilités des certitudes.

Donnons ici quelques notices utiles sur ce village de Smarve dont le nom, qui fut dès 962 Samarva, puis Sammarvia, et que certains manuscrits ont dénaturé jusqu'à en faire Saneta-Marva ! était une très ancienne villa où une cure fut fondée bien avant le xv^ siècle d'où date son église de Saint-Félix. II est probable que cette fondation était due au Chapitre de la cathédrale, car il y nommait et en

partageait la seigneurie avec l'abbesse de la Trinité de Poitiers aussi bien que la haute justice. Il est à croire que cette possession par l'abbaye venait de ce qu'en fondant l'église de la Trinité au ix° siècle, le chanoine Frotier, neveu de l'évèque de ce nom^ l'avait dotée de quelques terres qu'il y possédait, et qu'il y avait fait contribuer le Chapitre. Au reste, il y a encore dans la paroisse des bois qui ont retenu le nom de Bois de Saint-Pierre. Le village a 600 habitants et relève du canton de la Villedieu, et de l'archiprêtré de Poitiers.

Note 62

C'était non loin d'une villa de ce nom, qu'il ne faut pas confondre avec l'autre Quinçay {Quintiacum, demeure de Quintus), située à deux lieues au nord de Poitiers, lequel est une paroisse du canton de Vouillé, ancien archiprètré de Sanxay, et qui a pour patrons les trois saints frères jumaux Eleusippe, Speusippe et Méleusippe. Ces trois frères furent martyrisés à Langres, dans le cours du ii® ou iii^ siècle, avec leur aïeule sainte Léonille. Ils sont honorés à Langres, à Paris et en Poitou, le 17 janvier, sans doute par suite de quelque translation de leurs reliques dont la date est perdue. — Quinçay a 1,100 habitants; il est d'origine gallo-romaine. On remarque sur son territoire, sur la rive gauche de l'Auzance, qui se perd non loin de là à l'est, dans le Clain, un camp gaulois connu sous le nom de Céneret, où nous verrons qu'Alaric plaça un poste d'observation pour surveiller le passage de Clovis avant la bataille de Voulon. En 985 elle est citée comme villa de la viguerie de Brioux, quoique ce lieu en fût fort éloigné. Elle était paroisse dès 1078, et c'est plus tard qu'elle fut de l'archiprêtré de Sanxay. Le Chapitre de Saint- Hilaire nommait à la cure.

Note 63

Cette île était d'abord connue sous le nom cVOloano. Elle fut plus tard annexée au continent par l'envahissement des sables sur lesquels s'est posée la ville dont on a fait un chef-lieu d'arrondissement de la Vendée et un archiprètré du diocèse de Luçon. La ville des Sables est très visitée maintenant pour les bains de mer.

Note 64

Amausum ou Amausensis-Pagus, en Bourgogne, pays d'Amous. C'est aujourd'hui un modeste hameau appelé Saint-Vivent-sous- Vergy, commune de Courtil (Côte-d'Or).

Asenayum, Asianum. Bourg de la Vendée, canton du Poiré-sous-la-Roche, ancien prieuré de bénédictins, de nomination royale, auquel présentait l'abbé de Marmoutiers. Cette localité, qui tient le milieu du vaste espace contenu dans le bas Poitou entre l'Océan à l'ouest et la Loire au nord, était, au xiii° siècle, un doyenné auquel l'évêque de Poitiers avait ajouté une officialité pour éviter aux habitants de ce pays, éloigné de son Siège, la peine d'y recourir en certains cas sur lesquels pouvait prononcer l'official. Ce doit être, selon nous, et aussi selon de meilleures autorités, l'ancienne capitale du petit peuple gaulois nommé Agésinates„ quoique d'autres, en assez grand nombre, aient voulu la placer ailleurs. — Ceux-ci auront toujours contre eux de ne savoir ou la mettre, et surtout le nom d'Agésinaies, dont Aizenay parait très raisonnablement tiré. On a trouvé dans son sol des quinaires, petites pièces de monnaie gauloise en argent, dont un côté représentait une tête de déesse locale et l'autre un cheval au galop. C'est là un indice de l'importance primitive de la petite ville gauloise.

Note 66

Verceil, Vercellœ, ville du Piémont, en Sardaigne, au confluent de la Césia et de la Marva. Elle était, sous les Romains, de la Gaule transpadane, et eut quelque temps des mines d'or promptement épuisées.

Note 67

Calaris, ville capitale de la Sardaigne, au fond du golfe de ce nom. C'était une ancienne fondation des Carthaginois, peuplée aujourd'hui de 30,000 âmes.

Note 68

Il est remarquable que le 25 juin, jour du martyre de saint Jean et saint Paul, fut celui de la mort de Julien, que Dieu semblait punir ouvertement au moment où tombaient ses dernières victimes. Cette coïncidence qu'aucun historien, que nous sachions, n'a remarquée, est un intéressant chapitre à ajouter au Traité de la mort des persécuteurs.

S. Grég. Turon. De gloria Confessor., c. 54. — De gloria Mart.j c. 83. — Nos Vies des saints de Poitiers, p. 206. — On voit, comme nous l'avons établi au long dans le Bulletin des Antiquaires

de l'Ouest, t. VIII, p. 183, que nous avons une date certaine de la fondation de l'église Saint-Hilaire de Poitiers. Revenu au commencement de 365 dans sa ville, le grand pontife aura entrepris dès cette année l'église nouvelle, qui dut être promptement terminée, eu égard à la méthode de construction de ces temps-là, telle que nous l'avons exposée ailleurs. (Hist. de la cath. de Poitiers, t. I, ch. 1.)

Note 70

De son nom même, en latin Troeeia (nos écrivains du xvi*^ siècle écrivaient encore Trojacia), on peut très légitimement conjecturer qu'ayant voulu cacher son nom de famille, elle aura pris le nom de la contrée d'où elle venait.

Note 71

Si sainte Triaize avait vingt-cinq ans lorsqu'elle mourut en 375, elle n'avait guère pu connaître saint Hilaire en Phrygie, qu'il avait quittée en 360. Elle n'aurait eu alors que dix ans. Mais elle avait entendu raconter les merveilles de cette vie apostolique ainsi que la détermination de sa jeune compatriote Florence, et s'était décidée à l'imiter vers l'âge de seize ans, en 365 ou 366, et vécut neuf ou dix ans dans sa retraite, ce qui la mena bien jusqu'à vingt-cinq ou vingt-six ans.

Note 72

Cette maison, qu'avaient habitée en dernier lieu l'épouse et la fille du saint homme, s'élevait sur l'emplacement donné ensuite au petit édifice paroissial fondé par le Chapitre de Poitiers sous le vocable de Saint-Hilaire-entre-Eglises, c'est-à-dire entre saint Pierre ei son baptistère dédié à saint Jean, comme nous l'avons dit ci-dessus.

Note 73

C'est l'année indiquée par saint Jérôme qu'adopte Dom Coustant, cap. 115.

Ce tombeau avait été disposé par saint Hilaire lui-même entre la sépulture de sa femme et celle de sa fille, dans une voûte basse, dit Bouchet (Annales d'Aquit., V^ p., f« 25, éd. de 15.57), c'est-à-dire dans une crypte comihe beaucoup d'églises commençaient alors à en avoir.

Note 75

Saint Hilaire était honoré sous ce titre dans plusieurs diocèses, de temps immémorial, notamment dans celui de Poitiers, lorsque en 1850 le concile de Bordeaux obtint du Saint-Siège que ce titre lui fût confirmé pour l'Eglise universelle. Depuis lors, la messe et l'office des saints Docteurs sont obligatoires partout le jour de sa fête.

Note 76

Inoffenso pede deeurri potest. Saint Jérôme venait de terminer ses études et commençait à les compléter par des voyages utiles. Il vint dans les Gaules vers 370, et put y recueillir les impressions encore toutes vives qui avaient suivi la mort de saint Hilaire, et qu'entretenaient toujours les nombreux miracles opérés à son tombeau.

Hist^ Gén® du Foibou Tom.l. p. 2BS.

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