LIVRE III
Depuis l'épiscopat de saint Hilaire jusqu'à sa mort
(De 353 à 368)
AINT Hilaire est incontestablement la plus haute intelligence du iv® siècle. Avant donc de raconter les événements qui se rattachent à sa personne, il est nécessaire, pour le bien comprendre, de donner au lecteur une juste idée des questions religieuses qui s'agitaient déjà lorsque Dieu l'appela au grand rôle qu'il lui avait destiné sur la scène du monde chrétien.
L'Eglise, qui, par son unanimité dans le concile de Nicée, avait triomphé en 325 de l'hérésie d'Arius (1), n'en avait pas eu moins à combattre ensuite les nouveaux adeptes de cette secte perfide qui avait, sous la protection de Constance, séduit par elle, envahi l'Orient tout entier. L'Occident ne s'en défendait que grâce à la vaillance de ses évéques. Qu'il nous suffise de dire, pour faire comprendre combien était compromise dans l'arianisme la foi dont les évêques étaient dépositaires et les protecteurs-nés, qu'Arius posait pour base de sa doctrine que le Fils de Dieu n'était pas égal à son Père. C'était nier tout simplement sa divinité, l'existence de la Trinité divine, et toute la théologie qu'avait
OlijotdecelII'livre.
Ciractère de l'hérésie d'Arius,
émise le Sauveur sur sa propre Personne, sur celle de son Père, sur celle enfin du Saint-Esprit. Cette vérité fondamentale que TEglise a toujours professée, dut être formulée en termes qui ne laissassent plus d'équivoque. C'est pourquoi le concile de Nicée, que nous avons vu composé de trois cent dix-huit évêques, convoqués de toutes les parties du monde chrétien, déclara que le Fils est consubstanticl au Père, cette unité de Substance ne permettant pas de supposer entre eux une différence de Nature. Asiuciense comme Mais Tliérésie, par cela même qu'elle est l'erreur, et une
toutes les autres. t , i- • * -nu
erreur diabolique, est souverainement entêtée. Elle trouve toujours des prétextes plus ou moins spécieux de résister à l'autorité dogmatique, et pour peu qu'elle rencontre dans la protection d'hommes puissants une force qui soutienne sa résistance, on la voit, en dépit même de ses promesses et de ses feintes soumissions, prolonger ses efforts, travailler à se maintenir, et se venger de ses défaites, en laissant après elle, pour continuer de séduire, le venin de ses faux principes et de ses mortelles séductions. Toutes les hérésies en sont là. Qui ignore la marche astucieuse du protestantisme au xvi^ siècle, celle du jansénisme au xviii®, celle enfin du catholicisme libéral de nos jours ; et ce qu'ils ont valu de crimes et de malheurs au monde moral et politique '? Comment elle s'm- Aiusi dc l'arianismc. D'abord impuissant dans les Gaules, on l'y connaissait à peine, si bien que nous avons vu un seul évêque de ce pays à Nicée. Mais peu à peu le mal y fit irruption. Après le concile, quelques amateurs de nouveautés résistèrent à ces décisions, trouvèrent des chicanes pour les éluder, et calomnièrent les saints confesseurs qui y avaient proclamé la foi. Parmi ces adversaires les plus ardents furent deux évêques, Eusèbe de Nicomédie et Théognis de Nicée (2). Constantin, pour avoir la paix, les exila dans les Gaules.... C'était mettre des loups dans la bergerie : ils y répandirent les premiers ferments de l'erreur. Un grand malheur fut la conséquence de celui-là. Constantia, sœur de l'empereur, se laissa gagner par
troduitdanslesGaules.
l'hypocrite piété des deux évêques, qu'elle fît renvoyer à leurs sièges. Constantin lui-même s'y laissa tromper, et il relégua à Trêves, alors capitale de la Gaule, saint Athanase qu'on lui dépeignit comme un brouillon, quand il n'était qu'un zélé et intrépide défenseur de la foi. La plaie la plus dufl'If'J^^gPu^^S^f lamentable alors fut sans contredit que le nombre des p"°<=^^évêques hérétiques ait pu s'accroître en peu de temps jusqu'à former de prétendus conciles où, sous les formes habituelles des régies canoniques, ils purent, en dépit des oppositions orthodoxes, émettre leurs erreurs, les faire triompher, violenter les évêques fidèles, et souvent obtenir leur exil des princes qui auraient dû les protéger. C'est ce qui se passa tour à tour à Cologne (3) en 346, à Sardique (4) en 347, à Arles en 353. On voit par là jusqu'à quel point l'erreur infestait la Gaule. C'était aussi un déplorable caractère de ces tristes conflits que les princes les envenimassent par leur adhésion. Des trois fils de Constantin, les deux premiers s'étaient laissé séduire : le troisième. Constance, qui leur succéda, devint aussi victime de Valons, évêque de Murza(5). Ce malheureux le trompa indignement et l'enveloppa dans Parianisme qu'il professait, en supposant, à l'appui de ses doctrines, de faux miracles auxquels il lui fit attribuer la victoire remportée par ses troupes sur celles de Magnence, révolté contre lui en 351.
Cette victoire valut à Constance tout l'empire romain» Il n'usa de son omnipotence que pour favoriser une secte à laquelle il croyait la devoir. Comme la plus nette manifestation de l'hérésie était dans l'opposition à la doctrine de saint Athanase, il voulait dans le concile qu'il convoqua à Arles en 353, forcer les évêques catholiques à souscrire, sous peine d'exil, la condamnation d' Athanase, soutenu dans ce dessein par Saturnin, évêque d'Arles, aussi ambitieux qu'intrigant. Paulin de Trêves s'y montra à la tête des évêques fidèles. Mais en vain, dans les discussions, la vérité se faisait jour : les ruses, les hypocrisies de la faction l'emportèrent, et comme le dernier moyen était toujours
d'exiler les évêques les plus remarqués parmi ses antagonistes, on déporta saint Paulin en Phrygie, où il mourut en 358, après cinq ans de souffrances, de fatigues et de privations qui le couronnèrent d'une sorte de martyre.
Le concile d'Arles fortifia d'autant plus les fauteurs de l'arianisme, et la persécution devint générale dans les Gaules. On en était là lorsque Dieu, qui soutient toujours les combats de son Eglise, lui donna, pour remplacer les deux héroïques évêques de Trêves, un homme capable de leur succéder dans cette noble tâche. Cet homme était Hilaire, qui allait devenir l'Athanase de l'Occident. commenceraenis de II était lié à Poiticrs (6), si uous cu croyous saint Fortunat,
saint Hilaire. ^ ■ -, , , • i
peu éloigne de son temps et mieux pourvu des renseignements qui s'affaiblirent à travers les âges. Issu d'une famille distinguée par sa fortune et sa condition , son père possédait une terre considérable prés Passavant en Poitou (7). Il y demeurait quand il n'habitait pas Poitiers, où tout fait croire que son jeune fils reçut les premiers bienfaits dé son éducation. On le connaît et il a un culte en Anjou sous le nom de saint Francaire (8). Quant à la mère d'Hilaire, dont les restes ne furent point trouvés avec ceux de son époux (9), elle passe cependant pour avoir été une sainte femme. Beaucoup de doutes restent sur les autres détails de cette double existence. Les parents du saint évêque furent-ils chrétiens avant lui, ou reçurent-ils de lui les principes de la foi après sa conversion? autant de problèmes qu'il ne nous est pas donné de résoudre et dont il faut douter comme de tant d'autres points qui ne laissent même pas à l'histoire les moindres éléments d'une discussion. Sa jeunesse, ses Né vcrs Ic Commencement du iv^ siècle, la sagesse de sa conduite fit présager de bonne heure qu'il mériterait d'être chrétien. Sa jeunesse fut toute employée aux études sérieuses. Nous avons vu quelle célébrité avaient alors les écoles des Gaules. Ce fut après les avoir fréquentées, et s'être perfectionné dans celles de Rome et de la Grèce à l'éloquence qu'il affectionnait surtout, qu'il vint professer à
études, et sa conversion
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (aN 353) 177
Poitiers {^), où sa réputation comme maître s'augmenta de celle que lui méritaient la gravité de sa conduite et la pureté de ses mœurs. C'est sans doute dans ces villes studieuses qu'il trouva les sérieux sujets de ses méditations sur la philosophie païenne, dont il comprit l'impuissance et la vanité. Rien d'admirable comme ces inspirations secrètes de la grâce qui changent la voie d'un homme conduit par Dieu à une destinée qu'il ne soupçonne pas. En étudiant les grands génies de l'antiquité classique : Quintilien, dont la rhétorique lui plaisait beaucoup, Sénèque, dont la philosophie exprime si souvent les plus hautes vérités morales, enfin Cicéron, dont il invoque le jugement contre les philosophes eux-mêmes et leurs inutiles dissertations sur la divinité (10), Hilaire dut arriverez), avec sa grande rectitude d'esprit, à reconnaître que rien ne pouvait satisfaire dans la mythologie païenne un cœur qui cherchait la véritable lumière. Les dogmes chrétiens attirèrent d'autant plus son attention. Il voyait pratiquer autour de lui des vertus qu'ils pouvaient seuls enfanter. Il lut les Ecritures, où s'en trouvaient les principes dans l'unité de Dieu et les attributs de sa toute-puissance et de sa sagesse providentielle. Ainsi, la Genèse, avec la merveilleuse simplicité de ses exphcations des choses les plus élevées ; l'Evangile, si doux à l'âme réfléchie, surtout le commencement de celui de saint Jean, où l'Eternelle et Mystérieuse Généalogie du Verbe incarné lui apparut tout environnée de lueurs chrétiennes, achevèrent ses convictions (O. Il s'attacha donc comme par un penchant irrésistible aux études sacrées, et les profanes, qu'il avait cultivées avec tant de succès, ne lui servirent plus qu'à se diriger dans la recherche du vrai et du beau, et à les exprimer avec une éloquence étonnante de logique et de vigueurs.
(a) De Trinitate, lil). I, nos 5^ [2,
(b) Lib. II De SynO'L, n" 91.
(c) Ibid., n" 94,
Sa vertu et sa posi- C'est claiis CGs dispositions qu'il reçut le baptême, nous ne
lion dans le monde. >■ ^ ' ^ ^
savons à quelle époque précise, mais peu d'années avai>t son épiscopat. Déjà, sans doute, il s'était engagé dans le mariage, à peu prés entre 340 et 343. On ne doute pas que Florence sa femme, et l'unique fille qu'il en avait eue, ne fussent devenues en même temps que lui enfants de l'Eglise. C'est à cette mère surtout qu'Hilaire semble avoir commis la plus grande part dans l'éducation de leur unique enfant. Elle leur devenait d'autant plus chère qu'ils comprenaient mieux l'obligation de l'élever pour le ciel. Donc cette famille composée de trois personnes était recommandée à l'admiration de tous par ses vertus, sa position dans le monde et la belle réputation de savoir et de piété de son chef. Hilaire d'ailleurs ne se contentait pas de fortifier sa foi par une vie studieuse et retirée. Il la rendit pratique, renonçant de plus en plus aux douceurs du monde, évitant les hérétiques, et les combattant à l'occasion dans ses discours comme dans sa conduite. C'est ainsi qu'il était déjà fort dans le bien quand l'évêque de Poitiers saint Maixént mourut, le 1«^ janvier 353 («j. Il est choisi pour A ccttc épociue, lorscju'un évêque mourait, le peuple et le
évêque de Poitiers. i i 7 i i ' i i
clergé, c'est-à-dire les évêques de la province et les prêtres du diocèse, assemblés dans l'église cathédrale, choisissaient son successeur, et cette nomination était confirmée par le métropolitain (12). Cette élection s'autorisait doublement des vertus du candidat proposé et de la foi du peuple, qui tenait à se donner un prélat digne en tout de ses saintes fonctions. Il n'y eut qu'une voix pour Hilaire (13).
Ce choix d'un laïque marié n'avait rien d'étonnant dans ces premiers temps où les sujets eussent été si rares, et même souvent introuvables dans les rangs encore restreints du clergé.
Il fallait d'ailleurs une science peu commune des choses saintes, une vie pure et exemplaire, des conditions enfin
(a) La Rocheposay, Notœ ad Litan, SS. Pictav.
qu'on était d'autant plus assuré de trouver, comme naguère en saint Nicolas et en saint Ambroise, dans cet homme éminent que lui-même avait toujours eu à ce sujet de hautes et justes idées (aj. On les retrouva bientôt dans ses discours et dans ses livres, quand il lui fallut défendre et maintenir la sublime dignité de Pépiscopat.
Cette dignité même avait paru, dès les premiers siècles n se sépare d3 sa
1 11T-1 1- • T • * • 1 • • femme.
de rhglise, exiger de ceux qui revêtaient le ministère sacré qu'ils rentrassent, s'ils étaient mariés, dans un célibat nouveau, se séparant, d'un consentement mutuel, de leur femme, et par cela même de soins et de devoirs devenus incompatibles avec leurs nouvelles fonctions (14). Hilaire qui devait prouver plus tard quelle estime il faisait de la chasteté chrétienne, fut bien compris par la femme vertueuse dont il lui fallait l'assentiment. Elle eut donc dés ce moment une demeure à part avec sa jeune fille.
Aussitôt Hilaire s'applique au ministère pastoral. Surtout ses soins du minisl'instruction de son peuple l'occupe. Il explique d'abord piique à la prédication. dans la chaire, puis il publie, pour ceux qui ne peuvent l'entendre, son Commentaire sur saint Mathieu ^ commençant ainsi par l'Evangile, qui lui donnait maintes occasions de revenir sur les analogies de ce livre avec l'Ancien Testament : œuvre admirable dont son zèle lui faisait comprendre l'importance par tout ce que le Sauveur y avait mis de lumière, de simplicité et de doctrine positive. Une Exposition de l'Evangile de saint Jean, que nous avons perdue, et plusieurs HomélieSj dont saint Jérôme et saint Augustin parlent souvent, attestent encore que sa parole ne fut pas oisive. Déjà l'arianisme avait causé assez de ravages dans /
la Gaule. Aussi la divinité du Fils de Dieu, établie surtout par saint Jean contre Cérinthe et Ebion, devint l'objet de ses habituelles instructions. C'est avec raison, croyons-nous, qu'on reporte généralement ces beaux ouvrages aux deux ou trois premières années de son épiscopat.
(fl) T. D. Riiinart, Prœfet. in opp. Greg. Turon. no 33. — Hist. du Poit., I, xi. .
Les premières an- L'aniiéc OÙ saïiit Hilaire devint évêque était celle où saint
nées de son cpiscopat i
?ouveiSSuivi^^^^^ Paulin, placé sur le siège de Trêves, envoyait chercher à l'Aquitaine. Polticrs Ics Tcstcs de saiut Maximin, son prédécesseur.
Nous ne savons rien autre chose de ce qui pouvait intéresser autrement cette ville, ni quel grand personnage la gouvernait. Nous savons seulement que des quatre préfets du prétoire ou gouverneurs généraux préposés par Constantin aux principales régions de TEmpire, Fun administrait en chef la Gaule lyonnaise, dont la première et la seconde Aquitaine faisait partie (a). Deux de ces grands officiers nous sont connus comme ayant été en fonctions à Pépoque où saint Hilaire commença à fixer les regards du monde. L\m fut Tatien, renommé par son éloquence, et que nous voyons siéger en 349; Fautrc Honorât, nommé par Constance, garda ce poste jusqu''à ce que, dix cms après, il s"'en alla occuper la préfecture de Constantinople. Ces deux préfets résidaient à Lyon. Il n^est guère probable que saint Hilaire ait eu aucuns rapports avec eux. Mais il en était un autre dont les édits s'observaient partout, et auquel il allait avoir à tenir tête, caracière de l'em- Cclui-là était Pempercur lui-même. Constance, depuis
pereur Constance et ■■■ ' '■
de sa persécution. q^^j| g'était laissé troiTipcr par Valens, s'était avancé chaque jour davantage dans la voie de Terreur. Esprit faible, et par conséquent opiniâtre dans ses idées, qu'il pouvait soutenir par la violence, il n'avait jamais donné que des preuves d'inaptitude à la grande tâche du commandement suprême. Après avoir fui devant Magnence, avec lequel il n'osa se commettre en personne à la bataille de Murza (15), il n'avait plus mis de bornes à ses fureurs injustes contre les partisans du prince vaincu, commençant à les persécuter dès qu'il s'était vu nanti d'un pouvoir qui lui faisait une obligation de la clémence. Les plus vils délateurs obtenaient de lui les biens, la liberté ou la vie de quiconque pouvait être soupçonné d'anciennes relations avec son ennemi. Incons-
(a) Hautcserre, lib. V, c. i et il
tant dans ses décisions, qui variaient selon ses opinions aussi vite rétractées que légèrement conçues; avide, par une curiosité irréfléchie, des choses métaphysiques auxquelles il ne pouvait apporter aucune lumière, il cédait à des croyances superstitieuses qu'entretenait en lui la manie de dogmatiser. Ses apparences chrétiennes ne servirent qu'à voiler à ses propres yeux l'odieux caractère de sa persécution. Il fit ainsi plus de mal à la religion que ceux qui l'avaient ouvertement combattue, soit en secondant la cruauté de ses ennemis, soit en favorisant leurs infatigables hypocrisies ('?}.
Tel était l'homme contre lequel saint Hilaire allait avoir Qualités riui rendent
i Hilaire capable de lui
à lutter. A un tel antagoniste, la Providence ne devait pas '''^^'^'«'■• moins opposer qu'un génie dont la science sûre fût égalée par la solidité du jugement, l'éloquence vigoureuse et une inébranlable fermeté d'esprit. Quand l'un commençait son régne, l'autre initiait son épiscopat, et le zèle pastoral qui lui avait fait nourrir son troupeau dans la chaire de son église, allait défendre l'Eglise universelle par une parole ardente, par une opposition aussi féconde que sa foi. La première occasion pour Constance de dévoiler au . comment n dispose
^ ■•■ tout pour rendre le
saint docteur ses tendances hérétiques ne tarda pas à se ^"fi'lf''*'^'''''^ ""''^
^ -L dux ari6ns>
présenter. C'était peu avant l'ordination d'Hilaire (16). L'arianisme, nous l'avons vu, avait envahi l'Occident sous les auspices du nouvel empereur aussitôt qu'il en fut devenu le maître. Sa faveur y avait singulièrement développé ces détestables doctrines. La grande préoccupation de leurs partisans était alors de faire souscrire une formule arienne et de renouveler contre saint Athanase l'injuste condamnation dont l'avait frappé, en 335, le faux concile de Tyr(17). C'est que l'énergique résistance du saint évoque d'Alexandrie, inspirant celle des évoques fidèles, était toujours le plus redoutable obstacle aux desseins de l'hérésie. L'évêque d'Arles, Saturnin, était une des créatures de Constance.
(a) V. Saint Jérôme, Dial. contra Lucifer., éd. Bénéd. t. IV, col. 301. — Lebeau, Hist. du Bas-Empire, ad ann. 361.
concile de Milan.
Ce fut dans sa ville que celui-ci indiqua un concile où ses violences tinrent lieu de discussion et firent triompher de nouveau le parti des anticatholiques. Cela ne se fit pas sans de grands désordres. Vincent, évêque de Capoue, Fun des envoyés du pape, céda malheureusement, après de louables oppositions de sa conscience, aux menaces et aux rigueurs. Saint Paulin de Trêves fut exilé, et, grâce aux Orientaux, Parianisme exalta une victoire de plus.
icïe^ deîian. "" Mais cc triomphe n"'était point dans la forme désirée par Constance et ses fauteurs. Athanase n"'était point excommunié : c'est pourquoi, avant que quinze mois se fussent écoulés, le prince voulut encore appeler les évêques à Milan, où se tint un concile dès les premiers mois de Tannée 355. Là se renouvelèrent les mêmes fureurs du maître, qui voulut que sa volonté remplaçât les canons («), les mêmes indignités contre les envoyés du Saint-Siège, contre les évêques fidèles, menacés de Tépée de Pempereur, que celui-ci tira, furieux, en pleine assemblée. Cest ainsi que les tyrans religieux entendent toujours la liberté de FEglise. Ces moyens n'eurent que trop les résultats espérés. Beaucoup de Pères, dominés par la peur, faillirent à leur conscience ; un plus grand nombre, mieux inspirés, préférèrent l'exil, et parmi eux le saint pape Libère. L'archidiacre du palais, Félix, ne craignit pas d'accepter ces fonctions sacrées, et de se ranger, devant la postérité, au nombre de ces ambitieux déclassés qu'on nomme les antipapes.
Ainsi l'Eglise a toujours eu ses mauvais jours. Elle en traverse encore, et les orages dont elle a toujours triomphé lui assurent les mêmes triomphes contre les épreuves du présent et celles de l'avenir.
Troubles fini en ré- Rieu ue uous dit fiuc l'évêciue de Poitiers ait assisté à ce prétendu concile de Milan. Il n'eût pas manqué, au reste, d'y résister aux ariens. Peut-être avait-il cru devoir imiter
(fl) Mea, inquit, volontas pro canone sit. (V. saint Athanase, ad. solitarios, o/)j). p. 831.)
su'lent dans l'Egiise.
Eusébe de Verceil, qui refusa d'y paraître parce qu'il en prévoyait l'esprit et les actes. Quoi qu'il en soit, à la suite de ce conciliabule, la persécution ne fit qu'augmenter. Un ordre de bannissement fut publié contre les évêques restés purs de tant d'iniquités, et des peines corporelles furent imposées aux catholiques fidèles. C'était un immense danger pour l'Eglise d'Occident, où d'indignes étrangers avaient jeté les perfides exemples de l'apostasie. Hilaire comprit toute excommunier les chefs
^ de l'arianisme.
l'étendue de ce péril et résolut de s'y opposer. Les évêques Eusébe de Verceil, Lucifer de Cagliari, et Denys de Milan ayant été expulsés de leurs sièges, il regarda Saturnin, Valence et UrsaceilS) comme les principaux instigateurs de ce crime, les déclara séparés de la communion catholique et de la société des fidèles par un acte public signé en 355 de tous les évêques de l'Eglise gallicane, mais que le nôtre avait inspiré et rédigé (^). On croit qu'il fut le u tient le premier
i- o 1 concile de Poitiers.
résultat d'une assemblée tenue à Poitiers même par saint Hilaire après celle de Milan. Nous sommes autorisé à le penser par toutes les circonstances qui s'y rattachent, et nous ne doutons pas qu'il faille considérer cet acte de . vigueur comme celui d'un premier concile de Poitiers qu'on doit placer avant celui de 590, et qui, jusqu'à présent, n'avait eu aucune notoriété certaine dans notre histoire (19). C'est à travers ces agitations déplorables que se place la commencements de
. . , ■*■ ^ salut Martin;
première venue à Poitiers de saint Martin, à qui la Providence destinait prochainement un si grand rôle.
Il était né en 316, à Sabarie, ville aujourd'hui fort obscure de la basse Hongrie. Fils d'un officier supérieur des armées romaines, catéchumène à dix ans par un entraînement de son cœur, il dut, malgré ses goûts, embrasser à seize ans le service militaire auquel l'obligeait sa naissance. Il pratiqua, dans cet état peu favorable à la piété, l'amour des devoirs, la modestie chrétienne et la charité qui lui valurent des
(a) Lib. contra Constant. ^ imp., n» 2, éd. Bénéd., page 562. — Et D. Coustant, Vit. S. HilL, col. 92.
grâces particulières du Sauveur (20). Devenu tribun militaire depuis plusieurs années , il n'en vit pas moins arriver avec joie le temps où il pourrait, grâce à un congé qu'il obtint avec peine, se donner sans partage au service de Dieu. C'était en 355, lorsqu'il occupait une garnison des bords du Rhin, sous les ordres de Julien, que Constance venait de décorer du titre de césar.
Ses premières reia- La Gaulc était pleine de la réputation de savoir et de
lions avec saint Hi- . . ,
•aire. géuércusc intrépidité que saint Hilaire s'était acquise depuis
deux ans. Comme autrefois saint Maximin et saint Paulin s'étaient réfugiés vers saint Agrice de Trêves, Martin résolut de se rendre à Poitiers pour s'y mettre sous la conduite de son saint évêque (21). A la fin du ix*^ siècle, on voyait encore imprimées sur le sol du cloître méridional du chapitre de Poitiers, et devant l'église qui y fut construite plus tard en l'honneur de saint Martin, les traces des pas de ces admirables pontifes ^22). Ces traces ont disparu, mais les vertus devenues tout d'abord sympathiques y devaient laisser un parfum que les siècles ne pourraient pas affaiblir. Hilaire ne tarda point à connaître le trésor caché que Dieu lui envoyait. Jaloux de l'attacher à son Eglise par le caractère du diaconat, dont le pieux étranger se trouvait indigne, il lui fit accepter au moins l'ordre mineur d'exorciste. La vie cléricale qui se passait alors autour de l'évoque dans une sorte de communauté fit apprécier de plus près au saint prélat quelle ressemblance Dieu avait faite entre ce cœur et le sien. Ce ne fut donc pas sans peine, mais Uniquement pour ne pas se refuser à la volonté de Dieu, qu'il permit, après quelque temps, au nouveau clerc de tenter, dans un voyage en Pannonie, la conversion de ses parents , encore enveloppés dans les ténèbres du paganisme, et qu'il eut en effet le bonheur d'amener à Jésus-Christ.
Epreuves de l'Eglise Cependant les tempêtes désolaient l'Eglise d'Italie. Les
en Ualie el dans les . • - i i j.
Gaules. sièges épiscopaux y étaient ou prives de leurs pasteurs,
ou rempHs par des apostats simoniaques. Le même fléau
ne tarda pas à se jeter sur les Gaules. Les magistrats, devenus par la grâce de Pempereur juges des questions religieuses, eurent ordre de faire souscrire aux évoques les impiétés des disciples d'Arius. Il n'y avait à choisir qu'entre l'exil et l'apostasie. Valens, Ursace, Saturnin d'Arles restaient les principaux auteurs de ces violences. Les évêques fidèles se voyaient d'abord dépouillés de leurs biens et emprisonnés, les vierges étaient battues : il suffisait aux laïques de désapprouver ces horreurs pour être maltraités. Le^ deuil, les alarmes étaient partout.
Hilaire, après avoir été l'âme du concile de Poitiers, se ^^Hiiake prend sa démontrait parmi les évêques orthodoxes le plus rempli de courage et d'initiative. Il soutenait la constance du clergé et du peuple. L'épiscopat le suivait comme une colonne de lumière. Tous résolurent, sur sa proposition, de porter jusqu'au trcMie de l'empereur les plaintes des catholiques, et de protester contre la persécution par l'énergique expression de la vérité.
L'occasion s'en présentait naturellement, car les Francs occasion de son pre-
^ ' mier livre a Cons-
s'étant jetés sur la Gaule en cette même année 355, et '«'"=«• Sylvain, envoyé par Constance pour les réprimer, ayant pris la pourpre à Cologne, les ariens en profitèrent pour faire suspecter les catholiques d'une complicité criminelle contre un gouvernement qui les tourmentait (a). Hilaire, se chargeant alors de justifier ses frères calomniés, adressa de concert avec eux au prince qu'égaraient tant de mauvaises passions, une supplique où justifiant l'Eglise de ces bruits aussi injurieux que méchants, il se plaignit avec autant de respect que de fermeté des contraintes tyranniques des ennemis de la foi. C'est le premier écrit intitulé : A Constance-Auguste. Il demande à l'empereur de faire cesser avec les poursuites injustes de ses magistrats les tortures qu'ils infligent à des sujets dont l'unique tort est
(a) V. Ammien-Marcellin, Hist., lib. XV, c. viii. — Aurél. Victor, De Ccesaribus, D. Coustant. S. Hil. opp., lib. ad Constant, n° 3.
dans leur attachement à la foi ; de ne plus permettre que toutes les faveurs soient pour les adversaires de la vérité, les rigueurs et les outrages pour ceux qui Thonorent ; qu'il n'y ait plus ni cachots, ni juges incompétents pour les évêques, ni insultes grossières pour les épouses du Seigneur ; qu'on cesse d'employer contre le peuple chrétien des supplices qui ne peuvent le vaincre et qui devraient faire rougir les bourreaux ; et qu'enfin, les évêques dépouillés de leur liberté et de leur patrie soient rendus à leurs sièges, trop souvent profanés par d'autres, et aux troupeaux privés de leurs légitimes pasteurs {a).
En quoi il modifie la Tcllcs sout Ics suppliciues cxposécs par le saint évoque
politique de ce prince. i i i i i i
et qui furent signées par ceux de ses collègues qui l'entouraient de plus près. Constance, comme ces politiques astucieux qui tiennent à concilier leur entêtement avec une apparence de modération, crut faire beaucoup en rendant peu après une loi pour que désormais les causes épiscopales fussent jugées par les évêques. On voit par le quarantetroisième canon de Nicée qu'il ne rendait par là à l'Eglise qu'un droit depuis longtemps reconnu : mais quelle concession faisait-il dans le cas présent, puisqu'il pouvait éluder le texte même de sa loi en nommant pour juges les ariens dont leurs adversaires devaient tout redouter? Concile de Béziers. Néanmoins, cette espèce de complaisance déplut tout d'abord aux ariens. Saturnin, entre autres, ne pardonnait pas aux catholiques de l'avoir séparé, lui et son parti, de leur communion. Ils appelèrent donc Hilaire à un nouveau concile pour l'année suivante, 356. On l'indiquait à Béziers, dans la Gaule narbonnaise. Hilaire n'espéra pas y faire triompher le droit ; mais il voulait du moins l'y confesser encore solennellement. Peut-être aussi pouvait-il attendre quelque effet de ses remontrances à l'empereur ; il y devait prouver aussi qu'il ne craignait pas ses adversaires ; et enfin il souffrirait pour la foi, s'il le fallait. Il s'y rendit
(a) Ad Const.-Aug.; lib I, passitn.
donc avec plusieurs évêques (^), aussi sûrs que lui du piège que leur tendaient les faux apôtres. Saturnin y présidait (23).
Au reste ceux de la Gaule y furent en petit nombre si on le compare à ceux des orientaux ou des étrangers des" nations voisines. Toujours est-il, que les orthodoxes semblaient au moins y être venus pour servir plus tard à saint Hilaire lorsqu'il dut invoquer leur témoignage sur les iniquités de cette étrange réunion. Là, notre grand évêque ^Roie qu'y prend saint s'opposa aux blasphèmes ; il reprocha aux coupables les aberrations de leur foi, démontra que la condamnation d'Athanase, qu'on voulait toujours, était celle du catholicisme. Mais ce n'étaient là que des préliminaires de ce qu'il voulait prouver. Or, on connaissait son érudition et son éloquence ; on craignait qu'elles n'entraînassent quelques assentiments, que du moins elles ne tournassent à la confusion de ses adversaires, et ceux-ci refusèrent de l'entendre, ne lui opposant que des calomnies banales que l'erreur et la fourberie tiennent toujours prêtes contre la vérité et la foi. On se sépara donc sans rien conclure (*), mais le plan médité n'en fut pas moins suivi. Une relation artificieuse de ce qui s'était passé fut écrite à Constance par Saturnin. En vain le césar Julien, nui put assister à ces ^ .,, ^, .
' ^ '- Exile en Phrygie
bruyantes scènes, s'étonnait lui-même des manœuvres parles menées de saariennes et de leur action tyrannique. Les hérétiques demandaient l'éloignement d'Hilaire comme Tunique moyen de rétablir la paix, qu'ils ne voulaient point, et ils obtinrent un décret qui bannissait l'évêque de Poitiers en Phrygie. Rhodane, évêque de Toulouse, homme pieux mais d'une Avec Rhodane de
' . -^ ' ^ Toulouse.
bonté qui allait parfois jusqu'à la faiblesse, s'était maintenu dans l'orthodoxie moins par ses propres forces que par l'appui de saint Hilaire. Néanmoins il avait cédé un moment, mais s'était rétracté généreusement au concile de Milan, ce qui lui valut un redoublement de haine, et il fut enveloppé
(a) Ad Const.-Aug., no 2. — De Synodis, no 2.
(b) Lib. II De Sijnodis, no 2. — Lib. II Ad Constant, no 2.
dans la même proscription {a). On ne lui pardonnait pas plus d'être revenu au bien qu'à Hilaire de ne l'avoir jamais quitté. Ce qu'il y eut de consolant pour l'un et pour l'autre, ce fut que la même injustice leur assigna la môme terre d'exil.
Comment il rourvoit Hg iDartircut douc , n'hésitant pas entre le malheur de
pendant son absence a ■"■ ' ■*•
ïiïcèse'^'^^''"'"'^^*'" s'éloigner et celui, mille fois plus grand, de céder à l'impiété. Un fait non moins admirable, c'est que les ennemis d'Hilairo ne purent trouver aucun évêque des Gaules, quel que fût le grand nombre de ces ambitieux apostats, assez hardi pour usurper son siège. Il confia ses pouvoirs à des prêtres fidèles, et ne cessa ainsi de gouverner son diocèse, comme il le dit lui-même très positivement dans son livre Des Synodes et dans ses avertissements à l'empereur. De ces prêtres, nous savons par l'histoire quelques-uns des plus célèbres, et ce furent des saints. Parmi eux devait être, et au premier rang sans doute, ce Jovinus (Jouin) qui, avant l'épiscopat de saint Hilaire, avait fondé à Ansion le premier monastère du diocèse ; puis cet Héliodore dont les études marchaient de pair avec celles du docte professeur des écoles de Poitiers, et Just, qui était venu du Limousin se ranger sous sa discipline, et que nous retrouverons s'associant à ses travaux et à sa piété. Un autre le suivit, qui se fit le compagnon de son exil et de ses fatigues d'apôtre : c'était saint Léonius ou Lienne, que Bouchet appelle « son prêtre ordinaire », et qui, toujours à ses côtés dans les quatre années de son bannissement, revint avec lui sur la terre de leur patrie commune l'y seconder encore, et lui resta attaché jusqu'aux derniers jours de son pontificat. Ce furent sans doute ces dignes dépositaires de sa confiance qui restèrent en butte aux persécutions plus ou moins violentes des ariens, dont les cruautés calculées seraient incroyables si le saint évêque
(a) Ilarduin., Conc, I, 609. — Sulp.-Sever., lib. II. — S, Ililar., Lib. contra Const., I, no 11. — lib. II, no 2.
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 357) 189
n'avait pris soin do les leur reprocher dans un courageux passage de ses plaintes officielles. Ces misérables satellites d'un tyran ne respectèrent ni le caractère sacerdotal, ni la foi des simples fidèles, ni la pudeur craintive des vierges. La prison, les insultes grossières, les supplices ignominieux, furent les moyens employés dans les Gaules, comme dans rOrient, pour forcer les catholiques à servir Dieu à la manière des ariens gd. On aurait cru que les faux dieux revenaient.
Nous ne voyons pas quel lieu de la Phrvgie fut parlicu- .sestmauxenPhry-
^ i- i- ^ >^ ±^ g,g. cafactere de sa
fièrement assigné au grand homme. Tout nous fait donc ^ef^"-
croire qu'on le laissa libre d'y vivre à son gré, et où fi
voudrafi, et on doit le conclure de sa présence aux diverses
assetnblées tenues en Asie, et auxquefies on l'appelait
toujours, dans l'espérance, toujours déçue, de l'y séduire.
Sa principale sollicitude, tout en observant de prés ce qui
se passait en Orient, fut de correspondre avec les évêques
de la Gaule, qu'il avait laissés fortement unis par les liens
d'une foi inébranlable. Cette correspondance ne laissait
pas d'être bien lente au gré de tous, et efie s'expliquait
autant par les longues distances qui les séparaient de lui
que par ses fréquents changements de résidence, toujours
soumis aux soins divers que son zèle ne manquait pas de
lui donner. Au reste, les difficultés de cette vie laborieuse, Mêiée de courage,
, . 111M1 • 1 l'-nT de mod '
les préoccupations de lexfi, les soucis de sa chère hghse nergie. de Poitiers, dont les nouvelles lui devaient sembler si rares, ne furent pas capables d'abattre ce grand cœur et cet invincible esprit. Aussi, modéré dans ce qui n'était que des opinions, mais inébranlable dans sa foi, fi avait toujours été résolu à ne refuser aucun des moyens légitimes de réunir les partis si profondément divisés. Aucunes concessions ne lui eussent coûté, pourvu qu'elles fussent avouées par l'orthodoxie. Il se fit môme une loi de ne jamais se plaindre des atteintes qu'il dut souffrir, si injurieuses qu'efies
(a) S. Hilar, ad Constantium, lib. I, n^ 6.
de modération et d'é-
190 HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 357)
fussent, et il put, à la fin de son exil, se rendre cette justice, dont témoignent ses écrits, qu'il n'avait mis aucune amertume personnelle dans ses plus vigoureuses attaques contre les méchancetés de ses ennemis, la fausse Eglise que les ariens s'étaient faite, et l'impiété qui l'avait poursuivi de ses inexcusables calomnies («). Mais fallait-il, dans cette guerre du Christ contre l'erreur obstinée, dissimuler les crimes de la faction arienne, toujours astucieuse et perfide quand elle n'était pas violente (t)? N'avait-il pas respecté la charité chrétienne jusqu'à ne jamais refuser une conférence, une prière publique, des relations sociales pleines de déférence et de douceur, toutes les fois qu'il avait espéré des explications loyales, et tout cela en allégeant en maintes fois la sévérité des règles canoniques? Cette conduite lui était d'ailleurs inspirée par les enseignements et l'exemple de saint Augustin (c). C'est ainsi que l'évêque de Poitiers se justifiait déjà contre les reproches injustes, trop souvent répétés dans la suite et de nos jours encore c^^), par des gens qui ne sentent pas que la foi chrétienne est un trésor dont on a la garde, qu'on doit protéger de toute sa force, et honorer sans égard aux profanateurs. Le saint confesseur a été vengé sur ce point par tous ceux qui ont su le comprendre (e).
ses^ livres de la Sou cxil fut attristé par la mort de Rhodane, dont le tempérament ne put supporter les fatigues du climat. Mais Hilaire s'affligeait surtout des affaires de l'Eglise en Occident, des progrés que l'erreur semblait toujours y faire, protégée par un pouvoir et une force qui n'auraient dû servir que la vérité. Cette pensée lui persuada d'user des loisirs forcés qui lui étaient faits pour continuer un écrit commencé à
(a) V. Lib. in Constant., n» 2. — De Trinitate, lib. X, n» 4. {h) Saint Augustin, in Ps. C, n^ 8.
(c) Saint Augustin, ub. sup.
(d) V. Guérinière, Hist. du Poitou, t. I, p. U. {e) V. D. Coustant, Vita,.., c. vi, nf 42.
Trinité
HISTOIRE GÉNÉRALE DU POITOU (v. 357) 191
Poitiers sur la croyance en la Trinité, dans ses rapports avec rincarnation du Fils de Dieu. On croit que lorsqu'il partit il en avait fait déjà les premiers livres. Quoi qu'il en Mérite littéraire de
Cet ccriCi
soit, il récrivit avec cette éloquence et cette vivacité de foi qui a fait comparer son style aux flots tantôt calmes et tantôt véhéments du Rhône («). C'était encore une prédication, telle qu'il n'en pouvait plus faire dans sa patrie, mais qui devait retentir bien au-delà, en rattachant à la foi de Nicée tous ceux qui la liraient, comme ceux qui avaient pu l'entendre.
Ce travail est divisé en douze livres. Il y développe, pleine de force et de logique, la théologie élevée de l'ineffable Mystère, toujours affirmé par l'Eglise comme fondement de tous les autres, les grandes raisons et Téconomie divine de l'Incarnation du Verbe , sa divinité consubstantielle ; puis, examinant les affirmations et les subterfuges de l'hérésie d'Arius, il réfute nettement les arguments plus ou moins subtils apportés contre les définitions de l'Ecriture, soit par •
l'hérésiarque, soit par ses adeptes dont il dévoile et confond les équivoques étudiées. Ce beau livre, avec son érudition profonde et son entraînante diction, est comparable à ce que l'antiquité sacrée ou profane nous a laissé de plus beau.
Hilaire l'envoya dans les Gaules où il fut adressé à ses collègues.
Quand ceux-ci, qui combattaient toujours avec courage, eurent lu ces éloquentes pages, ils en remercièrent le noble docteur qui les aidait de loin de sa lumière et de sa charité.
Il s'occupa ensuite à un Commentaire sur Job, et pendant êes Commentaires