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LIVRE V

Depuis la bataille de Voulon jusqu'à la fondation DE Sainte-Croix

(De 507 à 546)

peine Clovis s'était-il assuré de sa conquête, qu'il voulut garantir à l'Eglise les fruits qu'elle en devait attendre. Le clergé et les fidèles de l'Aquitaine lui devaient la liberté du culte catholique ; il voulut aussi qu'ils rentrassent dans les biens temporels qui assurent toujours l'indépendance de la religion, et dont les révolutionnnaires et les persécuteurs de tous les temps ne l'ont toujours privée que parce qu'ils comptent arriver ainsi à l'anéantir. C'était une grande tâche que de rappeler à leurs sièges les évêques exilés, de relever les éghses ruinées, de reconstituer les monastères et de rendre par là aux contrées acquises à son sceptre la vie spirituelle avec les éléments de la foi. C'est dans cet esprit qu'il fit de riches présents à l'Eglise de Poitiers et à celle de Tours, pour remercier saint Hilaire et saint Martin du secours qu'ils lui avaient accordé dans cette campagne, pleine d'autant de périls que de gloire.

On a une charte dont les dates et quelques noms propres, évidemment altérés, n'empêchent pas que le fond n'en soit

Polilifiue chrétienne (le Clovis après sa victoire de Voulon.

vrai (1), et d'après laquelle Clovis donna au monastère de Saint-Hilaire de Poitiers la terre de Champagne, qui prit de là le nom du saint Docteur, et celle de Longré en Bourgogne («). Ces fonds appartinrent au Chapitre jusqu'à son extinction par les prétendus réformateurs de 1789. Il fit plus ; désireux de réparer les injustices inséparables de la guerre, il écrivit aux évêques de PAquitaine, les autorisant à réclamer tout ce qui aurait été enlevé par les soldats aux églises, aux clercs, aux vierges consacrées, contrairement à la défense qu'il en avait faite avant de commencer les hostilités (2). Le roi très-chrétien, le fils aîné de l'Eglise, se croyait donc obligé dés lors à protéger sa Mère en lui conservant ses biens temporels, et nous allons voir d'autres preuves non moins éclatantes de son zèle pour le diocèse de Poitiers.

C'est, croyons-nous, après la victoire de Voulon et au commencement de cette période où le catholicisme se vit enfin délivré de ses entraves, qu'il faut attribuer la fondation d'une église de saint Vaise dans la ville de Niort, alors naissante, mais déjà- chrétienne, et qui s'élevait sur le coteau méridional do la Sèvre. Les deux quartiers dont cette ville se compose étaient d'abord séparés par le cours de ce fleuve, sortant des environs d'Exireuil (3) , à trois heues nord-est de Saint-Maixent. Ces deux quartiers restaient assez étrangers l'un à l'autre, formant deux points différents, dont l'un, celui du Nord, où est la paroisse Saint-André, avait une garnison de Teifales et communiquait de ce côté avec le haut Poitou. L'autre formait avec la rivière qui baignait le pied de sa colline la limite naturelle de la Saintonge, à laquelle elle appartenait. Elle était donc du diocèse de Saintes, dont l'évêque saint Palais avait fondé à Taillebourg (4) un monastère en l'honneur de saint Vaise son prédécesseur. Nous ignorons la cause occasionnelle qui fit établir la dévotion à ce saint dans cette bourgade obscure.

(a) Nous avons parlé de cet établissement ci-dessus, p. 102 et 155-

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Nous savons seulement que plus tard saint Vaise fut oublié et son vocable changé en celui de Notre-Dame («).

Nous savons que rétablissement religieux fondé par saint Hilaire en mémoire de sa femme et de sa fille, sur remplacement même où il consacra plu^ tard une église aux saints martyrs Jean et Paul, avait souffert considérablement des assauts successifs donnés â la ville par les Vandales et les Wisigoths. Ces derniers surtout avaient fini par ruiner l'église et le petit moutier à peine rétabli, ils en avaient chassé les moines, et Ton ne voyait plus sur les saints tombeaux qu'un amas de décombres qu'on n'avait même pas osé déblayer pour en arracher les reliques : les maîtres, sans doute peu favorables â la mémoire du grand ennemi des ariens, y avaient mis obstacle. Mais aussi des jours meilleurs s'étaient levés sur l'Aquitaine,' et le Poitou allait voir reparaître les plus légitimes objets de sa dévotion.

Les ténèbres que tant de guerres et de troubles continuels avaient jetés sur le siège épiscopal de Poitiers, et qui nous cachent la suite de ses prélats dans un .long espace de cinquante ans, se dissipent aussi après la conquête de Clovis pour nous laisser entrevoir de grands événements de notre histoire ecclésiastique. Remontons de plusieurs années vers le passé et essayons d'y reconnaître quelques vestiges de notre vie religieuse.

A en juger par les analogies qu'ont toujours créées, à diverses époques de l'histoire, certains événements semblables, ceux de nos évêques tués, exilés ou obhgés de fuir ou de se cacher devant la cruauté d'Evaric ou les caprices d'Alaric son fils, furent remplacés, pour le gouvernement du diocèse, soit par des prêtres délégués, comme saint Hilaire en avait désigné pendant son séjour en Phrygie, soit par d'autres évêques élus en secret, et administrant sans aucun signe d'autorité extérieure. Ainsi il aura été pourvu aux besoins de notre vaste territoire

(a) Gallia christiana., II, col. 1059. — Briant, Hist. de l'Eglise Santone, 1, 175.

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pendant Pexil ou les empêchements quelconques des neuf Suite incertaine (les prélats hiscrits à la suite de saint Anthême. Nous ne les

Evèques de Poitiers

pendantciuquauteans. connalssoiis quc par dc rarcs et vagues renseignements assez confus, qu'on ne peut même attribuer à Fun plutôt qu'à l'autre ; les dates manquant aussi bien que la plupart des faits. On voit, par exemple, un Antoine, le dernier de cette série inconnue dont nos annalistes ne citent que le nom, contesté par Besly(5), qui accuse Jean de la Haye de l'avoir introduit faussement dans la liste où le place pourtant le chanoine Fauveau, bien instruit des choses qui tiennent à notre histoire («). Voilà donc quelles routes embarrassantes nous suivons au hasard. Mais enfin le jour conimence ici à se faire, et nous allons retrouver un haut dignitaire, un de ces évêques d'abord moins connus, mais qui, après avoir pris pendant plusieurs années une part considérable aux fonctions administratives et spirituelles, mérita bientôt par son activité et ses démarches la reconnaissance des Poitevins.

Adeiphius et son Nous voulous parler d'Adelphius, qu'on s'est plu à inscrire

prétendu siège de Ra-

«atum. sur les dyptiques de Poitiers comme en ayant été évêque

en 511, et signant en cette qualité les décisions prises cette année au premier concile d'Orléans. On remarque surtout qu'il y prend le titre, non de Poitiers, mais de jRathtatum{6)j qui ne fut jamais un siège épiscopal. De là un de ces problèmes historiques moins difficile à éclaircir qu'il ne l'a paru jusqu'à présent, si l'on cherche à rapprocher cette existence de certains usages du temps qui peuvent seuls expliquer la présence à une extrémité du diocèse d'un personnage épiscopal s'abstenant de prendre le titre du Siège dont on reconnaît pourtant qu'il a géré la vacance. Les^chorévèqucs et Dès Ic iii^ sièclc, Ics anualcs de l'Eglise mentionnent l'existence des Chorévêques ou évêques régionnaires destinés à suppléer par leur surveillance, en divers points où ils résidaient, les évoques diocésains de qui seuls

(a) Comtes de Poictou, à la suite, p. 174..

leurs fonctious,

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d'ailleurs ils recevaient leurs pouvoirs. Ces pouvoirs étaient restreints, et ne leur permettaient qu'extraordinairement de consacrer des églises et de donner la confirmation (^l. A plus forte raison ne leur permettait-on pas d'ordonner des prêtres et des diacres. On trouve assez rarement d'ailleurs leur signature à la suite des décisions conciliaires, et quand ils y exercent cet acte de présence, c'est sans doute comme délégués de leur évêque diocésain empêché ou qu'ils remplacent temporairement après sa mort (7). En 341, le concile d'Antioche w décrète que ceux qui sont dans les bourgs et les villages et qu'on nomme chorévêques se contentent, quoiqu'ils aient reçu l'ordination épiscopale, de gouverner les églises qui leur sont confiées. D'où l'on peut conclure que certains chorévêques n'étaient que de simples prêtres munis par leur Ordinaire des pouvoirs d'administrations qui sont encore confiés aux vicaires généraux, et que déjà quelques-uns de ceux qui avaient reçu le caractère épiscopal, ne restaient pas toujours dans les bornes de leur juridiction déléguée. Cet abus, malgré les lois de l'Eglise et la sévérité de ses régies, plusieurs fois rappelées dans les conciles, alla assez loin pour déterminer, dès le commencement du ix*^ siècle, à supprimer cette institution.

Par là on voit très bien de quelles ressources durent souvent confondas

^ -, -, A •! 1 1 Tti dans l'histoire avec les

être les chorévêques soit dans la marche régulière des Evêques titulaires. affaires, soit aux époques de troubles où les communications devenant difficiles et souvent impossibles entre les Eglises et leurs chefs naturels, ils durent en prendre la direction dont les titulaires étaient dépouillés. Telle nous paraît avoir été la cause de beaucoup d'erreurs qui ont fait regarder comme des évêques titulaires quelques-uns de ces administrateurs secondaires qui, revêtus du caractère épiscopal et l'ajoutant à leur nom en des actes publics, ont

(a) Can, Tabernaculum, De consecrat., dist. I. (6) Gan. 10.

passé pour des évêques diocésains dont ils n'étaient que les représentants (8).

AJeiphius. choré- Adebliius fut uu dc ces chorévêques délégués pour le

vèque de Ratiatum. ^ , , . .

diocèse de Poitiers, et dont la juridiction s'exerça dans le pays de Retz. Sans savoir précisément quand cette mission lui fut donnée, on voit clairement qu'il l'avait déjà quand le Poitou fut occupé par Clovis. — Qu'était donc devenu Pévêque de Poitiers ? Avait-il, comme tant d'autres, cédé à la tempête, exilé par Alaric loin de son diocèse et sans doute mort en exil ? Adelphius était-il un de ses remplaçants, envoyé à une extrémité du Poitou pour gouverner avec le littoral de la Loire cette autre portion de notre pays qui s'étendait vers l'Est jusqu'aux limites de la Bretagne ? Ce sont autant de mystères. Ce qui paraît indubitable, c'est qu'en 507, quand l'Aquitaine fut délivrée du joug des Ariens, Adelplnus était l'un de ceux en petit nombre qui représentaient dans le diocèse la plus haute autorité ecclésiastique. Il devait être môme préposé à Il s'emploie an ré- l'actiou universello de cette vaste contrée, et le premier des

tablissement de l'ab- i,a i-i -x i • j? ± i • •

baye de saint-iiiiaire. cborevequcs S il y cu avait cu plusieurs, car ce tut lui qui, profitant du bon vouloir de Clovis envers les Eglises, alla trouver ce prince à Orléans pour revendiquer en faveur du monastère de saint Hilaire de Poitiers sa justice et sa protection.

Pour cette importante affaire il fut accompagné du saint abbé Fridolin, avec lequel il faut que nous fassions connaissance.

Saint Fridoîin. abbé Fridoliu était originaire d'Irlande, où il naquit dans la dernière moitié du v^ siècle. Eclairé d'une lumière surnaturelle et en dépit des séductions de la fortune et d'un rang illustre, il se sentit porté dès son enfance vers l'humble pauvreté de l'évangile. De fortes et sérieuses études l'avaient préparé au sacerdoce. Il en fut à peine revêtu qu'on le vit s'appliquer avec ardeur à la prédication. Les louanges qu'il y mérita firent trembler le jeune prêtre. Il craignit que la vanité ne vînt le tromper, et songeant qu'il ne pouvait

de Saint-Hiiaire.

suivre trop parfaitement le conseil du Sauveur, il vendit ses biens, en distribua le prix aux pauvres, aux orphelins et aux églises. Ainsi débarrassé de toute entrave, il abandonna son pays et sa famille, s'arrêtant partout où il pouvait annoncer la foi. Ces courses apostoliques ramenèrent jusque dans les Gaules, dont il évangélisa une partie considérable, et enfin à Poitiers, où il trouva une population disposée à raccueillir et à l'écouter. Sa doctrine et ses exemples ne tardèrent pas à lui mériter la confiance publique. La renommée de saint Hilaire Pavait surtout attiré vers son tombeau. La sienne fit croire que personne n'était plus digne de gouverner le monastère déjà si célèbre où vivait la mémoire du saint patron des Poitevins. Il en fut donc nommé abbé. Ceci se passait sous le règne de Clovis, après Tan 481 et avant Tan 507.

Dans cet intervalle, il put y avoir pour le monastère d-i'/eiS'*'^*'^''''^ quelque velléité de restauration que permet de supposer le gouvernement quelquefois plus doux d'Alaric II, et qui expliquerait comment saint Fridolin, quoique assez jeune encore, aurait pu être chargé de sa conduite. Mais cette gestion ne dut se faire qu'avec beaucoup de précaufion et quand saint Agapit, comme nous l'avons raconté plus haut(«), se vit forcé de fuir ce même monastère, il fallait bien qu'une ruine complète l'eût rendu inhabitable en lui faisant le même sort qu'à l'éghse dont les décombres seules subsistaient. Nous devons donc croire que l'abbé séparé de ses frères sur lesquels il n'avait guère plus qu'une juridiction nominale se trouvait, tout en conservant son titre, obligé de n'agir comme chef de la petite compagnie qu'avec beaucoup de circonspection, et presque d'une manière secrète. Cette conjecture s'appuie des espérances que les Poitevins nourrissaient depuis longtemps d'une délivrance prochaine, et cet état des esprits se prouve d'ailleurs par l'empressement que mit le pieux abbé à relever les murs

(a) Page 275.

Reconstitution du monastère,

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