‹ Histoire générale, civile, religieuse et littéraire du PoitouChapitre 4 sur 37 · HISTOIRE GÉNÉRALE (AV. J.-C · texte numérisé non relu

HISTOIRE GÉNÉRALE (AV. J.-C

Dumnacus, bientôt prévenu de ce voisinage, lève rapidement le siège et se dirige vers ce nouvel ennemi, qu'il attaque dans son camp. iNIais tel avait été Tart et Thabileté de ces ouvrages, qu'après plusieurs jours d'efïorts inutiles contre des troupes bien plus faibles en nombre, l'assiégeant, qui avait perdu beaucoup de monde, se vit obligé de revenir sous Poitiers.

Cependant Caninius n'avait point perdu de temps, et tout en repoussant les assauts des Andes , il avait pu dépêcher vers Fabius pour réclamer de lui un prompt secours. Celui-ci, quoique occupé à recevoir assez loin de là, des soumissions et des otages, s'élança vers le Poitou suivi de dix mille hommes (15). Dumnacus se vit donc bientôt exposé a rirruption de deux armées: il ne crut pas devoir les attendre, abandonna le siège à peine repris, et se retira en grande hâte vers la Loire, pour rentrer dans son pays. Mais les Romains le poursuivent, lui tuent douze mille hommes au Pont-de-Cé (16) , s'emparent de tous ses bagages, et, par ce nouveau ti'iumphe , découragent les peuples voisins , convaincus désormais de l'inutilité d'une plus longue résistance. Bientôt après, la prise de Cahors (17) amena la soumission de toute l'Aquitaine. De fortes garnisons assurèrent l'asservissement des principales villes, et désormais il n'y eût plus qu'à obéir aux Romains. Tel fut le résultat de la septième campagne de César, l'an 51 avant Jésus-Christ (a). César, nous Favons dit, ne parle plus de Duratius après avoir raconté de quelle façon il sut lui conserver la cité des Poitevins. Mais d'autres sources nous sont ouvertes et nous montrent le clief dévoué aux Romains récompensé bientôt de son dévouement peu honorable. C'est bien lui qu'ont rattaché à leur histoire, les Limousins, dont il eut le proconsulat vers Tan 40 de Jésus-Christ, c'est-à-dire qu'il tint de César, et peut-être d'Auguste, devenu le chef de Fempire, le beau poste qui lui donna pour séjour habituel la ville de Limoges. Les souvenirs de cette ville et des auteurs qui en ont écrit

(a) A. iliiciry, m, i\ 7.

DU POITOU (av. j.-c. 51) U

constatent que le célèbre gouverneur l'avait dotée cFun palais destiné aux proconsuls, et d'un théâtre, l'un des plus anciens construits dans les Gaules. Au xvir siècle, on voyait encore aux bords de la Vienne les ruines de ces deux monuments f'îh Parmi les souvenirs qui nous restent des faits émouvants Monnaie au type iie

Duratius.

(|ue nous venons de raconter, et" de la grande part que le Poitou doit y prendre, un petit monument a traversé les dixhuit siècles qui nous en séparent, et vient confirmer les récits de l'histoire : En 1837, deux exemplaires d'une monnaie de Duratius furent découverts, mêlées à d'autres types consulaires, dans le sol même du camp de Bonneuil ; d'autres en plus grand nombre le furent, en 1874, à Vernon (18). On sait que les chefs gaulois avaient conservé jusqu'à la conquête définitive de leur patrie le droit de battre monnaie, que le • vainqueur n'avait peut-être pas cru prudent de leur ùter tout d'abord. Duratius jouissait donc de ce privilèges. On croit aussi, mais avec moins de certitude, en avoir recueilh de Dumnacus. Celles du chef piéton sont d'argent : elles représentent d'un côté, sa face jeune et énergique, avec son nom très bien conservé; de l'autre, elles portent un cheval lancé au galop, symbole de la Gaule guerrière : ce cheval est surmonté d'un petit temple dont le fronton est supporté par trois colonnes; on lit en exergue le mot IVLIOS. Etait-ce un hommage à Jules César, dont le nom consacrait ainsi la trop constante vassalité de son peu honorable ami ? On est d'autant plus porté à le croire que ce temple lui-même en serait un autre indice. Les Gaulois, on le sait, n'avaient pas encore de monuments religieux, et n'en eurent qu'après avoir adopté la religion des Romains avec leurs lois et leurs coutumes civiles. Qu'eût donc été ce symbole sur les monnaies d'un roi de la Gaule, sinon une sorte d'a})othéose

(a) V. Alloii, Monum. de la Hauie-Vii'niie, où sont in(li(|ii(''cs soigneuscmcul les autorités que nous suivons ici. — A. Thierry, m, i2l7. — llirlius, c. x\iv.

(b) Bulletin des Antiquaires de l'Ouest . i, 3i(». —Mémoires, u, 3i0; xxwii, '(97 H .'il 3.

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