Epist. XXX, ajiuJ Ducliesne, \i
7'J8 LIVIil-; SKCOM).
(ies plans d'aprùs lesquels fut, construite la célèbre abbaye de Samt- (iall.
Les monuments d'architecture qui frappaient (;harlcmagne dans toute l'Italie devaient éveiller en lui le désir de les iiniter dans sa patrie. Il sentit sans doute à leur vue qu'il n'y a pas de créations plus durables, plus imposantes et en même temps plus touchantes de la grandeur passée des peuples, que les monuments d'architecture. Quoique continuellement occupé de l'agrandissement de son empire et de la soumission des peu])les voisins, il commença et il acheva même une quantité prodigieuse de constructions en divers lieux pour l'utilité et l'ornement de ses États. Il fonda, agrandit et embellit la plus grande partie de cent soixante-trois villas ou métairies et palais royaux en France. Il ordonnait de travailler avec une grande activité aux châteaux royaux, de bâtir et de restaurer les églises. Quiconque avait un bénéfice ecclésiastique était tenu d'entretenir les bâtiments, de livrer les matériaux en magasin et d'imposer les comtes et les fidèles pour participer à leur entretien et à leurs réparations. Mais il était surtout enjoint dans les capitulaires d'entretenir soigneusement les églises et les chapelles, d'avoir soin des bâtiments claustraux et de constater l'état des peintures. La piété et la munificence de l'empereur Charles s'étendirent même jusqu'à Jérusalem, où on éleva des églises par son ordre. De toutes les églises, de tous les palais et châteaux royaux que Charlemagne fit élever à Aix-la-Chapelle, à Nimègue et à Ingelheim, il ne reste que Notre-Dame d'.\i.x-la-Chapelle.
Il semblerait qu'il se fût déjà formé un style particulier d'architecture en Occident, en France surtout, vers cette époque ; car on nous apprend de l'abbé Gundelande, fondateur de la première abbaye de Lorsch, qu'il bâtit non dans le style moderne, mais selon le style ??)orB aniiquorum et imilalione veteruniK Les premières quatre planches de l'ouvrage de Moller sont consacrées à l'abbaye de Lorsch-.
Éginhard, dans sa Vie de l'empereur Charles, aux chapitres xvu et XXVI, s'exprime en ces termes en parlant de cette église :
«Ce prince (Charlemagne), qui se montra si grand pour étendre son empire et dompter les nations étrangères, et qui fut constamment occupé à l'exécution de ses vastes desseins, entreprit cependant, en divers lieux, poiu- l'ornement et l'ulilili' de son royaunu', de uom-
1. Chro'ï. Laurishatiiensp, ap. Struvîuin, Szript. lier. Oerm,^ t. I, j). U2.
2. îîcntmâlcr dct fccutfdjcu i*aii!unjl. Voyez aussi (jaillialjauil.
NO TliK-DAMi; !)■ \I\-L A-CII M'ELLE. 799
l)icii\ travdiix, cl en teriniiui plusieurs. Parmi ces ouvrages, on peut citer principalement la basilique de la Sainte-Mère-de-Dieu , qu'il fit bâtir à Aix-la-Chapelle avec un art admirable....
« Il fit construire à Aix-la-Chapelle une magnifique basiliipie qu'il orna d"or et d'argent, de candélabnîs, de grilles et de portes d'airain massif, et pour laquelle il fit venir de Rome et de Ravenno les marbres et les colonnes qu'on ne pouvait se procurer ailleurs '. »
Charlemagne jeta les fondements de cette église vers la fin du vm"" siècle, en 796, et, en 80i, le pape Léon III vint la bénir le jour des Rois. Ansigis, abbé du couvent de Fontanelles, depuis Saint-Wandrille, diocèse de Rouen, en dirigea les travaux-, et non Éginhard, comme on l'a prétendu par errrui-. 11 ne fut nommé directeur des bâtiments que plus tard, lorscpie iNotre-lJame d'Aix était achevée. Quand on fonila cette église, Eginhard n'avait que vingt-deux ans, et, malgré ses capacités, il était sans doute trop jeune pour qu'on lui confiât des ouvrages d'une telle importance. Avant même la mort de l'empereur, l'église d'Aix-la-Chapelle fut frappée par le feu du ciel ; la boule d'or qui décorait le faîte du toit, brisée par la foudre, alla retomber sur la maison de l'évêque, contiguë à l'église'. Dans l'année 829, un vent violent détruisit en partie la toiture de l'église, qui était couverte de feuilles de plomb''.
En 881, les Normands convertirent cette église en une écurie. Vers la fin du x"" siècle, l'empereur Othon III restaura et embellit Notre- Dame d'Aix ; il la fit orner de peintures exécutées par un certain Jean, qu'il appela d'Italie \ Cet artiste, qui sans doute était un prêtre, finit ses jours ensuite dans le couvent de Saint-Jacques à Liège.
Le plan de l'église", qui n'est point une basilique, forme au centre
1. Voyez la lettre du pape Adrien 1'% qui doit être postérieure à l'année 781. Epist. LXVII, Cod. Carol,, ap. Bouq., v, p. 581 ; sur la construction de cette éfflise et les anecdotes qui s'y rattachent, le moine de Saint-Gall, i, 30. — Chron. S[oyssiac , anno 796.