Plan de IVglise Saint-Paul d'issoire
C'est au commencement et dans le courant du xii^ siècle que l'ogive fut introduite dans l'architecture. Elle n'a point encore une forme consacrée : elle est tantôt aiguë , tantôt surbaissée ; elle a un air de souffrance de se trouver accolée au plein cintre. Le plus souvent elle est employée dans les corniches ; elle lie alors les modillons ou les corbeaux, ou bien elle couronne de grandes ouvertures, comme à Cluny et à Noyon , sur les côtés de la nef. L'ogive primitive est alors dénuée d'ornements ; l'arête seule est abattue, sa face perpendiculaire n'est point ornée de moulures ; son épaisseur est également unie; une simple archivolte, qu'un champ plus ou moins large sépare de son arête, la couronne. Dans les grandes travées elle n'est que figurée, et n'a que quelques centimètres de saillie comme à la nef de Saint- Rerai de Reims.
Cet essai d'une innovation dans les formes de l'Architecture ne semble point du tout avoir donné naissance à r.\rchitecture à ogive du xiii<' siècle. Les ogives des deux époques n'ont de commun que l'angle curviligne qu'offre leur sommet. Tous les détails qui accompagnent l'ogive du xn" siècle sont encore des réminiscences de l'école romaine, corrompues d'abord et rendues ensuite à une pureté nouvelle, qui a un autre caractère que l'antique. C'est dans les bases des colonnes, des pilastres surtout, dans diverses moulures et corniches que ce caractère peut principalement s'apercevoir. 11 n'a plus cette élégance légère de la Grèce, il y est entré quelque chose de la vigueur sauvage et septentrionale, mais qui cependant ne manque pas de beauté lorsqu'on l'envisage sans préjugé. 11 faut bien remarquer aussi que très-souvent l'ogive ne doit son existence qu'au hasard, qu'à la nécessité ou à la maladresse de ceux qui exécutaient les œuvres.
On voit souvent l'ogive couronnant la première ou la dernière travée ou division d'une galerie, soit ouverte, soit aveugle. Lorsque l'artiste n'avait pas divisé exactement tous les compartiments, qu'il s'en trouvait un moins large que les autres, et qui était naturellement le dernier, alors, pour ne pas varier la hauteur des arcades, il y plaçait, commua plusieurs endroits de Sainl-Elieune, à Reauvais, une petite ogive dont la pointe régnait au même niveau que les pleins cintres avec lesquels il avait commencé à couronner ses baies ou .ses corbeaux, ou modillons ornés. De pareilles nécessités sont fréquentes dans les monuments du xn* siècle, et c'est du temps perdu que de vouloir y trouver un motif, un but auquel l'ariiste n'a certes pas pensé lorsqu'il était à l'œuvre.