SAINT-ÉLOI DE TRACY
Il faut en outre bien observer quels sont les profils qui l'accompagnent, si ce sont des moulures romanes, c'est-à-dire une corruption ou une mélamorphose de l'antique, ou bien si elles ont un caractère particulier, n'ayant point de modèles dans les écoles passées, et si elles appartiennent à un système que nous voyons prédominer au nord, et qui consiste à contrarier les faces, à obtenir un effet puissant en adoptant des parties fortement saillantes, et d'autres, au contraire, en retraite, et recevant de larges ombres qui remplacent l'éclat du soleil ardent du Midi. On a trop négligé jusqu'à présent l'étude approfondie des détails ; on n'a tenu aucun compte, dans les études archéologiques, des différents profils d'architecture. On pourrait faire l'histoire chronologique des édifices par la seule étude des moulures, en partant des plus simples, des plus primitives, en poursuivant leurs transformations diverses, et les influences nationales et variées qu'elles ont subies.
Dans les belles époques de l'architecture , dans les périodes de synthèse, les moulures sont sévères, puissantes, simples ; et, chose singulière, on ne rencontre jamais le talon renversé que l'architecture romane emploie fréquemment. Lors de la décadence du plein cintre, au commencement du xn' siècle jusqu'à la fin, le profil en S est employé. avec profusion; le xiu" siècle l'exclut de nouveau, et au milieu du xiv" cette forme reparait avec une nouvelle puissance : le XV* siècle en fait un emploi immodéré pour ses corniches, ses faisceaux de colonnes, et le dé ou stylobate des piliers et des colonnes également. Cette courbe marque une décadence du goût, un oubli total des formes élégantes produites par la combinaison savante de figures et de lignes géométriques. Elle est sensible dans les profils de la partie romane de Notre-Dame de Noyon. Ceux qui accompagnent l'ogive sont purs de cette forme : ils sont mâles et énergiques. On pourra facilement faire la même remarque dans les autres monuments de transition du xu'^ siècle.
Les villages offrent souvent des œuvres curieuses à connaître. L'église de Saint-Éloi de Tracy-le-Val, à une petite distance au nord de Compiègne, en offre un exemple. Cet édifice, qui mérite une attention particulière', est de la fin du xu' siècle; il reste de cette époque : le portail, le côté septentrional de la nef, l'abside et le clocher. Les collatéraux sont du xv= siècle ; les deux piliers qui forment les arcades de la nef ressemblent, dans leur plan , à ceux de Quesmy,
1. Voyez nos dessins dans Voyage dans VaucUnne France j par Nodier et Taylor. Picardie : plan, fonts baptismaux, élévation du clocher et de l'absido.
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sauf qu'ils ne sont pas ornés de colonnetles aux angles sortants , et qu'ils n'ont pas même de tailloir pour les séparer des arcs à plein cintre qui les couronnent. Dans leur épaisseur seulement on voit une sorte de tailloir composé d'une bande appuyée sur une face inclinée ornée de festons aigus, ensemble de 2k centimètres de hauteur. La nef a 5'" 95 de largeur sur U"'80 de longueur. Le chœur entre la nef et le sanctuaire, ou l'aljside, a 3"" ù2 de ])rofondeur sur 5" 0/t de longueur. L'abside circulaire a /i" 62 de diamètre en largeur et 3" 01 de profondeur. Elle reçoit le jour par trois fenêtres à plein cintre. A l'extérieur et dans l'épaisseur du mur, ces fenêtres sont flanquées de deux fortes colonnes à chapiteau, à figures et feuillages, mais trop frustes pour en reconnaître les motifs. Au-dessus de ces colonnes s'élève un plein cintre qui n'a d'autre ornement qu'une arête abattue. A 0™ 24 de cette arête, on voit une élégante archivolte, également à plein cintre, et composée de têtes de clous qui, à la naissance du cintre, règne horizontalement et forme cordon d'une fenêtre à l'autre. La corniche extéiieure se compose de corbeaux parmi lesquels on remarque des têtes d'hommes et d'animaux. La liaison supérieure de ces corbeaux n'est point un arc circulaire, mais un hlet et un boudin qui retombent perpendiculairement de chaque côté ilu modillon ou du corbeau : disposition fort rare. Le clocher, ou tour nord-est, qui flanque l'abside du côté du septentrion, est une des œuvres les plus remarquables et les plus élégantes de l'époque de transition. Carré au rez-de-chaussée et au premier étage, octogone au second, il est surmonté d'une pyramide en pierre sans ornement et peu élevée. Le massif du rez-de-chaussée se termine à la partie supérieure par une petite frise à arcades à plein cintre supportées par des corbeaux fantastiques, composés de figures et de têtes d'hommes et d'animaux. Vers un angle on voit un morceau de damier. Sur le soubassement simple monte un peu en retraite le premier étage, composé, sur chaque face, de deux ouvertures couronnées, non par une ogive ou un plein cintre, mais de quatre pointes formées par le tore simple chevronné, qui s'élève aussi en forme de colonne de chaque côté de ces huit ouvertures ou ouïes, dont l'évasement .se compose de deux colonnettes ayant un fût de 3™ 24 de hauteur et de 0"' IC de diamètre. Les chapiteaux qui couronnent ces colonnes, ainsi que le tore chevronné, loriMaiil colonne, sont des plus fantastiques. Ils se compo.sent de tètes d'hommes sans front et presque sans menton. 11 semble qu'on ait voulu les placer là dans une position fort gênée. C'est ce