‹ Histoire générale de l'architecture (volume 2)Chapitre 163 sur 309 · PLAN DES EGLISES · texte numérisé non relu

PLAN DES EGLISES

lement peu caillants; trois ou cinq chapelles ne rayonnent que rarement autour de l'abside. Au xni'' siècle le chœur s'allonge vers l'orient ; il devient polygonal à sa terminaison, et chaque pan est orné d'une chapelle également polygonale. Les nombres trois, cinq et sept dominent dans les dirférentes parties de l'église. .Mais ce n'était pas le caprice ni le hasard qui firent naître l'emploi de ces nombres. La forme de l'ogive a pour base la géométrie. Les éléments de cette science déterminèrent aussi les autres parties des monuments du système à ogive. L'ordonnance générale du plan était soumise à des proportions et à des lois dans lesquelles entraient les surfaces et les corps solides. Les architectes du xiir' siècle ont fait un emploi particulier du carré et de sa diagonale, du cube, de sa dingonale et de ses cotés, dont la base carrée, adoptée comme mètre, mesure par excellence, placée à l'intcrseclioa des quatre bras de la croix, donnait les proportions des dilîérenles parties du monument. Le déploiement des six faces du cube produit la croix latine. La croix orientale n'adopte que cinq côtés; l'unité, la racine du carré, n'était reportée que trois fois sur la longueur

et la largeur de l'ensemble, et le carré du centre se

comptait deux fois. Dans la croix occidentale, au con- cmixintine traire, plus fidèle à l'antique forme allongée de la basilique, on voit les six côtés du cube; l'unité se trouvait quatre fois sur la longueur et trois fois sur la largeur, en comptant deux fois le carré central, ce qui donne le nombre sept. Les quatre unités de longueur ne sont cependant pas absolues dans les églises d'Occident. On trouve souvent des monuments où l'unité est contenue cinq, six fois, et même au delà.

Il existait dans le plan des monuments une unité absolue formée géométriquement, et sur laquelle se basaient la quantité ainsi que la disposition de toutes les parties principales et secondaires. Cette unité se découvre dans le nombre des côtés donnés à la terminaison orientale du chœur ; en admettant toutefois que le monument n'ait point subi de changements depuis sa fondation. Si, antérieurement au xur siècle, le chœur est circulaire, il reçoit à l'extérieur une forme polygonale, qui se compose d'autant de côtés que le nombre-type offre d'unités. Mais dans la suite, afin qu'il y eut tuie parfaite concordance entre le nombre de pans de l'abside et le nombre contenu dans l'unité, on finit par adopter la terminaison polygonale pour l'extrémité orientale du chœur. Elle fut alors toujours formée par des polygones pou-

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vaut s"inscrirt' dans le cercle, dont le diamètre donne le carré primitif, le type absolu, dont un des côtés est aussi la mesure de la largeur de la nef.

C'est de cette manière que furent conçues les diverses terminaisons du chœur, qui offrent toutes, soit la moitié du pentagone, soit la moitié de l'hexagone, soit la moitié de Theptagone, soit la moitié de l'octogone, etc. L'octogone donne une forme à trois pans, composée de trois côtés de ce polygone (figure 338). A droite et à gauche il a deux côtés, qui appartiennent, il est vrai, encore à la prolongation du chœur, mais qui ne font pas partie de sa clôture à l'orient. La terminaison à trois pans est la plus usitée, et on la remarque dans

un très-grand nombre d'églises, à Saint-Ouen de Houen et à Notre- Dame de l'Épine, prèsChàlons, par exemple. La terminaison à trois pans est également produite par la moitié de l'hexagone (fiqure 339). La terminaison décagonale ou à cinq pans est produite par la moitié ou cinq faces de la figure à dix côtés égaux (figure 3/)0). Il n'y a que de rares exemples de la terminaison à quatre pans, formés également de quatre côtés du décagone ou figure à dix côtés égaux, ayant un angle sur l'axe contrai de l'église. Mais aloi's, au centre, l'angle empêche d'y placer une fenêtre, d'un si bel efl'et dans le crépuscule mystérieux du rez-de-chaussée de l'abside. L'église de Morienval a un chœur terminé par quatre pans. Le chœur oriental du dôme de Naumbourg a égalenu'nt cette forme [figure 3/tl). La terminaison ;i

L'UNITE DANS LKS K U 1 Kl C ES. 897

cinq piuis peut aussi être prodiiiic par le dodécagone ou polygone à douze faces. Mais alors on n'employa que cinq de ses côtés (/îr/ure 3;i2). La terminaison à sept pans est produite par la moitié du polygone à quatorze côtés, ou de l'heptagone doublé [fifjnrc 3/|3).

Le chœur se prolonge tantôt immédiatement hors de la partie orientale de l'église, tantôt il est entouré d'un collatéral qui se dirige sur l'axe des bas côtés de la nef; le chevet, de la même largeur que la nef principale, semble n'en être que la prolongation. Le collatéral qui règne autour du chœur est ordinairement formé du même nombre de côtés que celui qui règne dans la terminaison de l'abside ou sanctuaire. Quelquefois, cependant, ce collatéral a plus de côtés que le chœur proprement dit, quoiqu'ils soient formés tous deux du même polygone.

Le nombre de côtés de la terminaison du chœur indique l'unité fondamentale du monument. Si elle a trois pans, formés de l'octogone, le nombre huit domine aussi dans d'autres parties de l'édifice. Quatre ou huit piliers sont placés de chaque côté de la nef. La longueur totale de l'église sera de huit unités, ou la nef seule en aura quatre. La terminaison du chœur du dôme de Meissen, de Saint-Étienne de Vienne, de la cathédrale de Châlons-sur-Marne, est formée de l'octogone. Si les trois pans du chœur sont construits de la moitié du l'hexagone, alors aussi le nombre six domine dans d'autres parties de l'église. Le dôme de Fribourg-en-Brisgau, où l'extérieur du collatéral, composé de douze pans et d'autant de chapelles, est formé du dodécagone, en est un exemple. Si le chœur a cinq pans, comme à Notre-Dame de Reims, on retrouvera ce nombre encore ailleurs. Cinq ou dix piliers se verront dans la nef, comme à Notre-Dame de Rouen, Notre-Dame de Paris, au dôme de Magdebourg, à celui d'Llm et à l'église de Sainte-Elisabeth de Marbourg. Il y a cinq pans au chevet de Notre-Dame de Noyon ; il y a aussi cinq chapelles et dix travées dans la nef. Le chœur de l'église de Saint-Quentin est terminé à cinq pans ; il y a cinq chapelles rayonnantes et cinq piliers dans la nef. Les cinq pans du chœur du dôiHe de Cologne sont formés du dodécagone ; les sept pans du collatéral sur lesquels s'appuient les chapelles sont également sept faces du polygone à douze angles, dont les deux derniers, à l'occident, sont placés sur l'axe de la rangée de colonnes qui forme les collatéraux. Le chœur d'Amiens est à sept pans. Sept chapelles rayonnent autour de ce chœur ; il y a sept travées dans la nef. Le chœur de Saint-Pierre de Beauvais, celui de Notre-Dame de Chartres ont sept pans. Sept it. 23

chapelles entourent le collatéral du chevet de la cathédrale de Beauvais. Il en est de même à la cathédrale de Chartres, où l'on voit encore sept travées dans la nef.

La plupart des églises n'ont qu'un chœur situé à l'Orient. Leurs auteurs sont restés fidèles au plan de la basilique. 11 y a des édifices sacrés qui ont cependant deux absides, une au levant, l'autre au couchant. En France, la cathédrale actuelle de ÎSevers, dont le plan forme une longue basilique, a une abside à chaque extrémité. Il en est de même de la cathédrale de Verdun. En Allemagne, Saint-Sébalde à Nuremberg, le dôme de Mayence, l'église abbatiale de Laach, le dôme de Bamberg, celui de Worms ont également deux absides. Les églises à chœur oriental s'appellent Eoptjlx; celles qui ont une abside occidentale se nomment Eolholx '.

On trouve dans beaucoup d'églises antérieures au xnr' siècle une ou plusieurs chapelles souterraines, des cryptes, ordinairement situées sous le chœur. L'origine de cet usage est fort ancienne et remonte jusqu'aux premiers siècles de l'église chrétienne. Ces souterrains ou cryptes se nomment aussi Confessions. Elles devaient sans doute rappeler les époques de persécution où les chrétiens, pour se soustraire aux persécutions, étaient forcés de célébrer les cérémonies dans les catacombes, sur les tombeaux des martyrs élevés dans les églises ; on pratiqua sous l'autel un caveau ou petit souterrain dans lequel furent déposés les ossements des croyants morts pour la foi.

Ces confessions ou cryptes nécessitaient un exhaussement du sol de l'église sous lequel elles étaient pratiquées; c'est de là que vient quelquefois cette élévation extraordinaire du sol du chœur au-dessus de celui de la nef, comme h Saint-Denis près Paris, à Saint-Géréon à Cologne, à San-Minialo près Florence, à la cathédrale de Canterbury, à la cathédrale de Spire, à l'i'glise d'Ainay de Lyon. Les voûtes à plein cintre de ces cryptes sont presque toujours supportées par des colonnes, rarement par des piliers carrés. A partir du xiu'' siècle, les églises n'ont plus ces souterraius.

Dans quelques parties de la France, surtout dans le Midi, et en

1. Voyez Léo Allatius, de F.ccles. Occid. el Orient, perp. comensiotie . lib. i, c. (i, § 16-17. — Les constitutions a|)Ostoliques prescrivaient déjà la forme carrée pour les églises : •• D'abord il faut que le vaisseau soit de forme oblongue, et tourné vers le levant; quant aux autres parties, les dépendances doivent être également orientées vers le levant, et chacune doit ressembler à un vaisseau. ■' Conslilut. Aposl., lili. ii, c. 57.

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Allpinagiie, principalement sur les bords du Rhin, les monuments antérieurs au xni" siècle ont quelques formes architectoniques empruntées aux Arabes. Ces formes, qui couronnent le plus souvent des compartiments , le plus généralement des baies, telles que portes et fenêtres, se composent de plusieurs sections de cercle, de secteurs combinés de diverses manières. Les églises de l'Auvergne nous en donnent également des exemples, ainsi que le trifurium de l'église de la Cliarité-sur-Loire. On en voit encore au dortoir du couvent deSaint- Géréon de Cologne, à l'église de Saint-Quirin de Neuss, à l'église des Saints-Apôtres de Cologne, à beaucoup de maisons de la même ville et à l'église de Limbourg. Ces formes arabes, en Occident, ne doivent pas surprendre. Les Européens apprirent de bonne heure à connaître l'Iiabileté des Arabes dont l'industrie arriva jusqu'en Occident; leurs tissus, surtout, étaient recherchés, c'est ce que prouve le célèbre poëme des Mbelungen, où la soie et les étoffes de l'Arabie sont souvent mentionnées. Le commerce seul est l'importateur de ces formes; on les aperçoit surtout aux anciennes maisons des villes commerciales situées le long des fleuves et sur les grandes lignes par lesquelles se faisait le commerce avec le Levant. La science industrielle des Arabes attira l'attention des peuples chrétiens, et qui, sans nul doute, même avant les croisades, eurent connaissance de l'industrie de ces nomades. Ce qui frappe surtout à l'extérieur des monuments au moyen âge, c'est le portail principal, la façade occidentale. D'abord, au rez-dechaussée, les trois grandes portes d'entrée, et parmi elles la porte centrale, la porte principale. Elle est, dit-on, le symbole de l'entrée dans la vie physique et spirituelle. Ce symbole est représenté par les séries de sujets ornant les voussures du couronnement de celle porte, qui sont généralement au nombre de trois. La première série ou voussure extérieure contient l'histoire de la création du monde et celle de l'Ancien Testament; la seconde, ou voussure du centre ou du milieu, l'histoire du Nouveau Testament, ou sujets tirés de l'histoire de Jésus et de l'Évangile ; la troisième, ou dernière voussure, la plus enfoncée de toutes, la plupart du temps des sujets de la vie future, des scènes tirées de l'Apocalypse. En dessous et à côté de ces trois arcades, on plaçait les statues, souvent de taille colossale, des patriarches, des prophètes, des apôtres, des évangélistes, et une infinité de figure d'anges qui, tenant des instruments de musique, tels que des harpes, des trompettes, etc., et des encensoirs, célébraient les merveilles de Dieu et de la religion. Au-dessus de l'arcade princi-

pale s'élevait un fronton aigu, symbole de la Trinité, sous le sommet duquel siège Dieu le père sur un trône magnifique. Quelquefois aussi on y voit Jésus couronnant sa mère Marie comme reine du ciel '. Au-dessus du fronton de la porte, on plaçait la grande rose principale de l'église, ornée des plus magniliques vitraux de couleur. Dans ces grandes roses ou fenêtres primitives, dans celles qui datent des XII'" et xiii<" siècles, les sujets reproduisent la création du soleil et de la lune , des étoiles , et en général tout ce qui se rattache à l'effet bienfaisant de la lumière. Dans la cathédrale d'Amiens, la grande rose principale de l'ouest représente la terre et l'air; la rose du transsept septentrional représente l'eau ; l'autre , du côté opposé au midi, le feu, formant ensemble les quatre éléments. Les portes latérales du grand portail et celles placées souvent dans les églises du xii'^ siècle à côté du chteur, vers le levant, ainsi que celles au nord et au sud des bras du transsept, dans les collatéraux même au septentrion et au midi , représentaient l'entrée dans la communion chrétienne, ainsi que la conversion de tous les peuples de la terre, au nord, au sud, à l'est et à l'ouest.

A droite et à gauche du grand portail, s'élèvent presque toujours, dans les églises cathédrales, deux tours gigantesques : celle de gauche, devant le portail, est le symbole de la hiérarchie ecclésiastique et spirituelle, dit-on ; celle de droite, le symbole du pouvoir ou ordre civil ou temporel. La réunion de ces deux pouvoirs dans les monuments du culte n'offre rien d'extraordinaire quand on sait que souvent, au moyen âge, le prêtre était aussi le seigneur temporel. Ce qui est extraordinaire, c'est que la tour de gauche, lorsque les deux tours sont achevées ou portées seulement à une certaine hauteur, comme à Noyon, à Amiens, à Chartres, est toujours la plus élevée des deux; et dans les monuments où une des deux seulement est achevée, la plupart du temps celle de gauche s'élève fièrement, comme à Strasbourg, à Anvers, à Évreux, à Tolède et à Bordeaux.

On ne trouve, en général, que dans les églises métropolitaines, collégiales et paroissiales, et queUpiefois dans les églises conventuelles, mais rarement, les deux tours élevées à une égale hauteur, comme à Reims, Paris, Lyon, Ratisbonne, York, Qanterbury, Londres, Saint- Sébald et Saint-Laurent de Nuremberg, Cologne, Mantes, Notre-Dame de Munich, Prague, Rnyoux-, la Trinité et Saint-Etienne à Caen.

1. l'(jrt:iil de Ileims, .Voyeii l'ijf Monumcuhd et Atclifutogifittc, pi. 7'.>, l'orUiil oct-idental.

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