LES PORTA U.S
Entre ces grandes tours est un vaste fronton aigu, qui forme souvent la terminaison occidentale du toit! Quelquefois aussi il est élevé à dessein. Le sommet do ce fronton est couronné par la statue du patron, du saint sous l'invocation duquel est placée l'église, la ville, et quelquefois même la conlrce. Comme beaucoup d'églises sont dédiées à la Vierge, le plus ordinairement, lorsque la statue de couronnement existe', elle représente Marie , tenant dans ses bras l'enfant Jésus, qu'elle offre aux regards des populations.
Jusqu'au xn'' siècle l'importance des paroisses semble avoir été presque nulle, parce qu'il y avait partout des couvents avec des églises ouvertes aux fidèles. Aussi les églises paroissiales sont-elles en petit nombre, petites et simples à l'intérieur comme à l'extérieur. Mais les églises conventuelles et abbatiales, au contraire, en nombre égal aux couvents, et il yçn avait beaucoup, étaient vastes et magnifiquement ornées. Elles avaient des portails sur plusieurs cotés qui étaient simples encore en comparaison de ceux du siècle suivant.
Au xrn" siècle l'influence des couvents s'amoindrit. Les ordres mendiants paraissent, la plupart des moines ne sont pas tenus de vivre cloîtrés. Pour prêcher, il leur fallait d'autres églises que celles des couvents, et.les paroisses s'élèvent plus nombreuses que jamais. C'est encore à cette grande époque de l'épopée du moyen âge que les architectes et les sculpteurs ont composé la leur, et qu'ils l'ont inscrite sur le front de leurs monuments. Ils l'écrivent sur la face principale, où chaque étage est un chant, chaque figure un vers; ils en entourent principalement les grandes portes d'entrée des sanctuaires, et forcent, pour ainsi dire, chaque passant à lire un épisode. Aux monuments, la sculpture a écrit l'épopée religieuse, la création, la vieille alliance et la nouvelle, son annonce par les anciens prophètes, la carrière des héros chrétiens, le triomphe de la vertu sur le vice, etc. Le xu"' siècle semble être l'époque où les hommes ne voulurent plus souffrir les monarques puissants sur leurs trônes temporels : il semble qu'ils aient voulu chercher des maîtres plus impuissants , avec lesquels il serait plus facile d'entrer en accommodement. Alors nous voyons aussi la société tendre à briser dans le ciel l'inexorable majesté de Dieu. Le xn^' siècle , qui aime d'une manière si puissante encore, et chante les exploits de Charlemagne, de ce héros autocrate ; le xir' siècle vit avec bonheur reparaître la puissance et la grandeur de Charlemagne dans la personne de Frédéric Barberousse, de Louis le Oros et de Philippe -Auguste; ce grand siècle se plut à comparer
l'empire de ces princes à celui des anciens rois de Jiula, il admettait encore le Dieu qu'il adorait, dans l'acception de Jéliovah. Aussi voyons-nous partout , dans les poëmes comme dans les sculptures du temps , dominer puissamment la représentation des sujets tirés de l'Ancien Testament. Les pays et les villes, les métiers même adoptent des patrons, des protecteurs invisibles. Au commencement du xui'' siècle, l'idée de la fin du monde se répandit pour la seconde fois. En l'année 1216, Jésus devait briser le globe à cause des crimes de ses habitants. Les hommes pensèrent que la Vierge serait assez miséricordieuse pour détourner ce malheur; ils la prièrent donc d'intercéder pour eux auprès de son fils. La réhabilitation de la femme dans la société fut suivie de poëmes qui glorifiaient ses vertus, sa tendresse et son 'amour sans bornes. Alors disparaissent aussi ces figures hideuses, ayant à peine apparence humaine, ouvrage de la maladresse et de la mélancolie, et qui, dans leurs formes outrées, n'expriment que la douleur physique et le désespoir éternel '.
Une existence plus libre et moins séquestrée du monde, l'acquisition de connaissances plus variées et plus étendues , permirent aux artistes laïques du xui'' siècle de s'adonner davantage à l'étude de la nature.
La nouvelle influence des paroisses sur l'architecture au xur' siècle, l'importance et la puissance des évoques et de leurs sièges, lorsque le pouvoir des papes déclina, se firent aussi sentir dans les monuments. L'église de village, la paroisse de la ville, la cathédrale de l'évêque et de. l'archevêque, n'étaient plus renfermées dans les murs étroits d'un couvent, elles étaient placées sur les parvis, sur la voie'publiqu'^. Pour exposer ces édifices aux yeux des fidèles, on les construisit d'abord sur de petites places, loci parvi. C'est de là que vient peut-être notre nom de parvis, introduit dans la langue en même temps que ce que nous pourrions appeler la sécularisation des églises, et qui, à celte époque furent mises sous la protection de la Vierge. Ces parvis s'appelaient alors parvis Notre-Dame, nom qu'ils ont encore conservé aujourd'hui.
Vers la fin du xn"" et au commencement du xin" siècle, nous vovons
]. En 1125, Bernard de Clairvaux écrivait déjà à Guillaume de Saint-Thierry : " A quoi bon tous ces monstres f^rotesques en peinture ou en sculpture qu'on met dans les cloîtres ;i la vue des gens qui pleurent leurs péchés'? A quoi sert cette belle dilVorniité, ou cette beauté difforme? t^ne si^fiiitient ces images immondes, ces lions furienx, ces centaures monstrueux? " Mabillon, p. 0.'ii).