‹ Histoire générale de l'architecture (volume 2)Chapitre 39 sur 309 · TEMPS PRIMITIFS · texte numérisé non relu

TEMPS PRIMITIFS

jusqu'à l'année 50« avant l'ébe vulgaire.

La maison romaine, sous certains rapports arcliéologiques, offre des parlicularilés qui ont de l'attrait pour l'étude, en initiant aux niipurs des Romains, et en faisant pour ainsi dire assister au foyer domestique des citoyens de cette nation dont on n'a en quelque sorte étudié que la vie publique, la vie des camps et les guerres.

La différence entre les maisons des anciens et les nôtres provient de la différence des mœurs et du genre de vie des peuples à diverses époques. L'habitation des anciens nous représente l'image d'une vie retirée et morale, de la vie de famille, tandis que nos maisons modernes témoignent d'une vie extérieure, plus en communauté avec le dehors, plus urbaine, moins morale, facilitant la satisfaction de plaisirs imaginaires qui concourent de plus en plus à la décadence du goût et du bien-être social. La maison antique n'était conçue que dans le but de recevoir une seule famille; les nôtres en abritent plusieurs. Les habitations des anciens avaient pour noyau une cour commune à toute la famille, autour de laquelle étaient situées les différentes pièces, cour qui laissait jouir ses habitants du grand air et qui donnait du jour dans les appartements. Quant aux fenêtres, il n'y en avait pas ou il n'y en avait que rarement donnant sur la rue ou au dehors : les anciens aimaient à vivre tranquilles, sans s'inquiéter de ce qui se passait autour d'eux, et ils n'aimaient pas à être vus dans leur vie privée. La porte d'entrée, qui battait à l'intérieur chez les Grecs,

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ouvrait en dehors chez les Romains; elle était toujours fermée et personne ne pouvait entrer dans la maison sans que ses habitants le sussent ou le voulussent; c'est ainsi que chaque maison était isolée des autres et formait un petit monde à part. Nos maisons offrent précisément le contraire: elles ont une autre forme, une autre disposition. La maison antique ne se composait que d'un rez-de-chaussée ou tout au plus d'un étage; les nôtres offrent plusieurs étages superposés, supportent plusieurs maisons empilées les unes sur les autres. Chacun indistinctement y trouve un libre accès, et s'il existe une cour, elle est commune aux différents habitants de la maison. Qui ne voit ici les éléments de disputes, de difficultés, de démoralisation qui ont lieu en effet dans nos civilisations modernes? Comme nos maisons à plusieurs logements ont besoin de beaucoup de lumière, elles nécessitent naturellement des fenêtres de tous côtés. 11 n'est pas difficile d'en concevoir les inconvénients avec leurs inévitables résultats.

Les Romains ont habité dans les premiers temps des maisons de peu d'étendue ; elles n'étaient composées que d'un rez-de-chaussée et ne consistaient qu'en ce qui fut nommé plus tard l'atrium et des dépendances qui le circonscrivaient. Dans les derniers temps de la république, Rome possédait un grand nombre de maisons misérables ou médiocres, mais elles étaient destinées aux classes pauvres, et étaient cachées sur les bords du Tibre derrière de grands monuments, ou bâties par des gens riches pour en retirer des revenus: voilà poiwquoi ces maisons reçiu'ent plusieurs étages.

Ce ne fut qu'après le règne d'Alexandre le Grand et même peut-être seulement après la conquête de la Grèce par les Romains, que la maison des classes supérieures fut agrandie pour devenir un vrai palais.

Nous allons préalableuient nous occuper de l'origine de la ])rin)iiive maison romaine ou plutôt italique, afin de tracer l'origine et le dévelo|)|X'ment graduel des palais dont nous venons d(> parler.

Kn remontant aux connnencements de la civilisation priniilive, aux plus anciennes maisons italiques, on en retrouve le type dans les chaumières rurales, bâties de terre grasse et de paille, qu'on rencontre encore postérieurement dans les campagnes, et nonnni'-es Tuguriu par les auteurs classiques, et dans les coffrets cinéraires de r.Mbanie. Aussi les Romains voyaient-ils dans la chaumière de Romulus, couverte en chaume, conservi'-e dans le Capilole auprès de

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la Casa Calabra, un soiivcuir, un luodùlt: des mœurs anliques et un type des anciennes maisons.

La dénomination du toit même, culmcn, de culmus, paille, a perpétué l'usage des toits antiques de paille, qu'on peut se figurer d'après les coffrets en question', et qui ressemblent aussi aux loils en pailk; ou en cliaume des maisons de la Westplialic, du Holstcin et généralement du nord de l'Allemaiîne. Ces toits sont formés de pièces de bois en croix formant ferme ou pignon, dont les extrémités dépassent leur intersection pour former comme une fourche ou une paire de cornes. Sur ces pièces, sont posées horizontalement d'autres plus petites en suivant le rampant, et sur cette sorte de grille est établie la couverture de paille, de mousse ou de terre grasse.

La maison chez tous les peuples a donné naissance à l'art et à la tectonique. La maison primitive de l'homme en Italie se composait de quatre murs avec un toit aigu, formant un espace rectangulaire qui laissait échapper la fumée et recevait la lumière au moyen d'une ouverture au centre du toit, cavum œdium, correspondant à un puisard pratiqué dans le .sol. En dessous de cette couverture noire, la nourriture était préparée et consommée, les pénates vénérés, le lit conjugal y était placé et le cercueil y était également dressé à l'occasion. Là le mari recevait ses hôtes, et là aussi la femme filait entourée de ses servantes. La maison primitive n'avait point de vestibule, à moins qu'on ne veuille faire passer poiu' tel l'espace découvert qui séparait la porte d'entrée de la rue ou de la voie publique, et qui re(;ut son nom de vcsiibiilum. lieu d'habillement, parce qu'on avait l'usage de vivre chez soi en habit de dessous et qu'on ne se drapait de la toge qu'en sortant au dehors. Il n'y avait point de distribution intérieure proprement dite, mais des chambres à coucher et des pièces à provision.rangées au pourtour intérieur des murs. 11 n'était point question encore d'escaliers ni d'étages.

Ce qui caractérise principalement la «laison primitive italique, et ce qui frappe encore dans l'architecture postérieure de l'Italie, c'est la coutume de dispo.ser Certains espaces destinés à l'usage de la famille au pourtour d'un espace principal, central et à ciel ouvert, destiné à l'usage de tous. Cet espace principal était appelé atrium ou

1. La forme de ces coffrets, qui reproduisent évidemment celle des plus anciennes maisons italiques, ressemble à la forme des maisons du centre de l'Asie et surtout à celle des maisons chinoises, ce qui vient concourir avec d'autres preuves philolojîiiiue-^ surtout ;i étatilir l'orisine orientale des Etrusques.

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cavxdium, el quoiqu'il soit certain (ju'il fut io point de départ pour la conception de la maison italique pi-iniiiivc, les Toscans devancèrent les autres peuples de la Péninsule dans son développement comme dans son perfectionnement. Les Romains, en imitant le type toscan, en nommèrent une certaine forme cavœdium tuscanicum, et l'atrinni, quoique pris par quelques auteurs pour le plafond noirci par la fumée de l'àtre, était, aux yeux de Varrcm, une dénomination plus directe de l'origine toscane, c'est-à-dire comme la cour ainsi disposée primitivement par les habitants de la ville de Hatria.

Dans le cavœdiuni toscan ou étrusque, un toit étroit formait saillie sur toutes les parois des murs à l'intérieur de la cour, n'ayant aucune colonne pour le soutenir, mais maintenu simplement dans l'espace par des poutrelles ou chevétres dans les angles. L'ouverture centrale était nommée implurium, et le renfoncement dans le sol destiné à recevoir les eaux pluviales, compluviinn: cette disposition était sans aucun doute la plus usitée. Si des colonnes ou des poteaux soutenaient les angles du toit, alors ce genre se nonnnait cavxdium lelrnslylum. Une troisième espèce était le cavxdium corinthien dans lequel une suite de colonnes s'étendait comme support de la couverture autour de l'impluvium. Ce qui prouve aussi que cette espèce était réellement étrusque importée de Corinthe peut-être chez les Romains par Tintermédiaire de l'Étrurie, c'est que Diodore fait remonter à des modèles étrusques les -spiaroa, destinés aux serviteurs et à éloigner de l'intérieur le bruit et la foule. La quatrième espèce enfin était le c. tesludinalum, employé dans les petits atriums et oii une seule couverture recouvrait l'espace.

Diopus, Ecphantus, Euchir et Engrammus (belle-main et dessinateur du beau) sont nommés comme étant venus de Corinthe avec Demaratos, l'ancêtre des Tarquins, à Tarquinii. Ces noms ont peutêtre une signification générale et expriment une renaissance, un développement des arts. Peut-ètra même sont-ils plus anciens que la date assignée (milieu du vu"" siècle avant l'ère vulgaire) aux per.somies auxquelles on les a (loinii's. Cnriiiilir hiilhnt surtout par son commerce considérable et étendu; l'industrie et les arts manuels y étaient annoblis, et on y faisait grand cas des artistes'. Celte ville a donc pu influer, par ses relations commerciales, sur les villes et les contrées qui étaient en rapport avec elle. Le nom de cava-dium corinthien, que

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