‹ Histoire générale de l'architecture (volume 2)Chapitre 68 sur 309 · C. ROTTF.S HF: CAHLI · texte numérisé non relu

C. ROTTF.S HF: CAHLI

(lui' d'Iiahilaliuiis pour le saccrducc cl. du Ijassins taillés (Inns le me. Non loin d'Aiiriinyabad sont silurs les temples d'Ajayanli (nom sanscrit qni signilic passage ou délilé imprenable). Le premier de ces sanctuaires souterrains a son cntn'C au midi. 11 est situé à près de it8 mètres au-dessus du niveau du lorrent de la vallée, et offre encore une entrée magnifique semblable à celle des temples de Carli et de Kennery. Le rocher qui forme la couverture de cette grotte a obtenu la forme d'un fer à cheval , sendjlable en cela au temple prineip.d de Carli, sauf cependant le revêtement de charpente en bois, et les arcs-doubleaux qui se trouvent aussi dans un temple à Élora. Ce premier sanctuaire a y™l/i d'élévation. Deux rangs de colonnes hexagones et simples en font le tour ; derrière ces colonnes est une espèce de corridor remarquable, dont les parois , vers le côté du rocher, sont couvertes d'un stuc d'environ 6 millimètres d'épaisseur, et sur lequel sont représentées des peintures à fresque offrant une infinité de figures diverses. J.-E. Alexander, qui a découvert ces souterrains en 182/j, prétend que ces peintures représentent des sujets de la vie domestique des anciens Indiens, sujets qui jusqu'alors étaient restés inconnus. On y voit des chasses , des batailles et d'autres scènes de la vie, toutes d'un beau dessin. Les figures humaines sont bien coloriées et d'une teinte couleur de chair claire ; elles ont de 60 à 90 centimètres de hauteur. Ici se trouvait, comme dans beaucoup d'autres excavations de l'Inde, la figure assise et colossale de Bouddha, avec les cheveux crépus, de grosses lèvres et les oreilles pendantes jusque sur les épaules ^ et coiffée d'une tiare ou d'une couronne en forme conique.

Entre Bombay et Pouna, non loin de Khandoula,en face du fort de Lohaghour, sur la chaîne des Gates occidentales, on trouve les fameuses grottes de Carli. Le sanctuaire principal a son entrée à l'ouest; il est situé à 2/tO mètres au-dessus de la plaine qui s'étend au sud de la montagne sur laquelle il est placé. A côté de ce sanctuaire, il existe une grande quantité d'excavations souterraines, des salles, des corridors, des escaliers et des galeries disposées en deux étages l'un sur l'autre. Plusieurs de ces excavations sont richement ornées de sculptures ; elles ont servi , comme à Kennery et à Salsette, de demeures pour les prêtres. Le principal temple de Carli est dans le même style que celui de Kennery, il est seulement moitié moins grand, mais il est orné plus richement et plus magnifiquement. On y monte par un sentier très-escarpé en passant pur les ruines d'un

temple dédié à Shiva, qui semble servir de propylées au grand souterrain. Un petit monument semblable se trouve sur la droite d'un grand portique par lequel on pénètre enfin dans le porche du grand temple. Lorsque l'évêque Héber arriva en cet endroit, les gardiens du sanctuaire vinrent à sa rencontre, afin de l'introduire dans le sein do ces murailles : quelques jeunes brahmanes lui apprirent que le roi Pandou, le héros du poëme épique Mahâbhârata, était le fondateur de ces grottes. Le porche ou vestibule se compose de deux étages, celui du bas est soutenu par trois pilastres , celui du haut en a cinq. A sa gauche , Héber remarqua des piliers ornés de lions se tournant le dos , semblables à ceux qu'on voit à Kennerj- ; leur dimension seulement était beaucoup plus grande. Dans le vestibule à droite, il y a trois hauts reliefs de grandeur colossale représentant des éléphants dont les têtes sont tournées' vers l'entrée, et qui sortent, dirait-on , d'une manière fort hardie avec leurs défenses et leurs trompes de la masse du roc énorme dans laquelle ils sont taillés. Les parois intérieures du porche sont, comme à Kennery, ornées de hauts reliefs montrant des figures nues d'hommes et de femmes, beaucoup plus grandes que nature. Ces sculptures sont fermes et traitées hardiment. A l'opposé des temples dans l'île de l'Éléphant, qui sont surchargés de figures, le grand temple de Carli lui-même n'offre pas la moindre figure, pas la moindre représentation d'un dieu; on n'y aperçoit pas le moindre objet de dévotion , excepté le Chattnh mystérieux (le baldaquin, l'auvent sacré de Bouddha). C'est le seul point que ce temple ait de commun avec celui de Kennery. ka reste, il a la même disposition dans le plan que ce dernier; mais ses dimensions et ses sculptures sont plus grandes, plus fines, et dans un style plus élevé. Tous les chapiteaux des piliers du Chattali, qui est placé à l'extrémité orientale du souterrain, sont parliculièrement beaux et remarquables; ils ont la forme d'une cloche renversée, sur laquelle des éléphants entrelacent leurs trompes; chacun de ces animaux porte deux figures d'hommes et une de femme.

Le plafond est revêtu d'une charpente en voûte, semblable à celle d'Élora, qui est en pierre ; ce plafond est sans doute plus récent que le reste du monument. On présume que ce revêtement en charpente a été fait afin de pouvoir suspendre des draperies au plafond, et cette charpente donne un beau coup d'œil à la grotte.

Le porlicjue a 30 mèires carré, il est entièrement évidé dans le roc et parfaitement nivelé à son sol. Le porche est un octogone allongé.

GROTTES DK I) 11 () l M N A I!. (170

séparé du loniple p;ir des piliers et des pilastres. L'excavnlinn enlièj'o du temple a oS'" /|0 de longueur sur l'i iniJtres ch) largeur; cinquante piliers carrés, dont vingt sont disposés sur chaque face longitudinale, soutiennent la montagne; tous ces piliers sont couronnés (k' chapiteaux représentant des éléphants, et ils ont été laissés isolés dans la masse lors de l'évidement du souterrain. Une grande quantité d'inscriptions en caractères inconnus en couvrent les murs. Un pilier, audevant de l'entrée, haut de 7"" 31, et de 2'^k'i de diamètre, est couvert encore de semblables inscriptions. Aux alentours de ce temple principal, une infinité d'autres grottes et de souterrains s'étendent à une distance de plus de /|(J mètres à travers la montagne. » Il nous fallut plusieurs jours, dit lord Valentia, pour visiter ces lieux avec soin '. » A Dhoumnar -, dans le nord de la province de Malva, le colonel Tod compta jusqu'à cent.soixante-dix souterrains, qui servent d'entrées à des temples et à des habitations nombreuses et étendues formant une grande ville troglodyte ou souterraine. J. Tod découvrit une muraille, au-dessus du sol de la montagne, ayant 2" 7i d'épaisseur; elle était de la construction qu'on nomme cyclopéenne, et formée de grosses pierres posées sans mortier. Dans l'intérieur du souterrain se trouve une sortie, par laquelle on pénètre dans une galerie taillée dans le roc, qui a cent pas de longueur sur quatre de largeur. Cette galerie se termine par une pièce rectangulaire de 30" /i7 de longueur sur 21"'33 de largeur et 10" 66 de hauteur. Au milieu de cette énorme excavation on a laissé un temple isolé d'un seul morceau , et qui est dédié à Vishnou ; à l'extérieur, on découvre une grande quantité de corridors, d'escah'ers, d'arches, creusés dans la masse du rocher. Le monolithe dont nous venons de parler, placé ainsi au milieu de toutes ces grottes, inspire l'étonnement le plus grand ; il est orné du Panthéon des dieux : on y voit aussi le buflle, l'éléphant, le taureau, le paon, l'homme et les démons leurs compagnons, comme au Kaiiasa d'Élora. Ce qu'il y a de fort remarquable dans ces grottes, ce sont les deux styles de sculpture qu'on y découvre. J. Tod croit avoir trouvé qu'un côté de ces momunents porte le caractère bouddhistique, tandis que l'autre est consacré à Shiva et à Vishnou. Sur le côté méridional de ces souterrains, les sculptures représentent les Pandous. C'est ainsi que le groupe principal retrace les cinq Pandouides, qui choisirent

1. G. Viscount Valentia, l'oi/ajM nnil Imrels lu Indin , etc. 1802-180R. LniiJon, 1811. Vol. II.

2. Tod, Jmm/j nf RajasI'han. — C. Ritter, LAiie, vol. IV, division ii, p. 80.Ï.

ce lieu, après leur exil de Yamouiia, pour leur demeure future. La plus grande excavation, appelée Bliims-Bazar, a 30"" 47 de longueur sur 24"" 38 de largeur; elle est ornée des Dhagobs de Bouddha, et entourée d'une quantité de cellules pour les prêtres, de pièces plus grandes, nommées trésors de Bhims, et qui ont toutes des formes diverses.

Quoique élevés dans un st\le moins grandiose que ceux d'Élora, de Carli, de Salsette, le colonel Tod pense néanmoins que ces monuments sont plus anciens que ces derniers. 11 fonde son opinion sur ce que ces temples sont plus barbares, plus hardiment conçus et exécutés ; qu'ils sont en outre dénués d'inscriptions, bien qu'on y rencontre toutefois quelques traces de caractères restés encore indéchiffrables, caractères qu'on remarque presque toujours sur les soi-disant monuments des Pandouides.

Près de Baug, petite ville du sud-ouest de la province de Malva, se trouvent quatre grottes ou souterrains nommés Panch-Pandou (les cinq Pandous) '. De ces quatre grottes, celle du nord est la seule qui soit bien conservée.

Soixante- dix marches taillées dans le roc conduisent d'abord vers un lieu mo\en de repos, qui était autrefois un porche ou viranda, supporté par des colonnes, dont le plafond jadis orné, mais aujourd'hui en ruine, offre encore assez de traces de la couche de stuc qui revêtait les parois. Cette construction est d'un mauvais style et d'un temps de décadence, ainsi que le prouve la inauvaise figure de Ganesa qu'on y aperçoit. La grotte est éclairée par deux portes uniques de ciiacune l^ô/ de largeur. L'excavation qui forme l'enceinte du temple a 25°" 60 carrée. Le plafond, élevé de /("/il audessus du sol , est soutemi par quatre rangées de colonnes massives, dont deux au centre sont cylindriques, celles de droite et de gauche sont carrées à leur base, pour se terminer ensuite, à partir d'une élévation de l'"52 à 2"'Z|3, en six et en dix pans. Ce plafond seul offre une ornementation composée de' cartouches et de sculptures, mais que la fumée des torches a rendus indéchiffrables. Entre les deux rangées centrales de colonnes, vers l'extrémité du souterrain , on entre dans une salle de 3™ 65 de largeur et de 6™ 09 de longueur, dont la façade, tournée vers l'entrée du temple, est restée ouverte. Elle est décorée de deux pilastres à six pans. Les autres

1. Capt. l>angerfiel<l, Snme arroujit of llte caoes neor Baug ailled Ihe Pnnrh Paiiilno. In Traiis. oftlio Lit. Societ.v of Bombay. Londoii, 1820. In-4, vol. II, p. 199-202.

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colonnes qui .supporlcnl. ccUe sallo sont ornées de gronpes de figin'es de taille colossale (|iii ont jnsqn'à 2'" 7/i de hauteur. Le bas-relief est le sljle choisi par l'ailisle pour représenler ces groupes. On pénètre par la paroi du fond di^ cette salle, à travers une petite porte, dans la dernière salle ou lieu très-saint, au centre chupiel se trouve un pilier massif à six pans, couronné d'une coupole cpii louche presque au plafond, et qui représente un monolithe appelé Churn par les habitants. Ce monolithe est le Dhagob de Bouddha. Cette immense excavation est flanquée d'une grande quantité de plus petits souterrains les uns sur les autres, et couiiuiiniipiant par des escaliers qui permettent d'atteindre le sommet de la montagne.

Le second grand souterrain est à environ trente pas du premier. Il n'a pas été achevé; il a la même longueur que l'autre, mais sa largeur n'est que de la- moitié.

A cent pas plus loin, vers le sud, on arrive par un sentier escarpé et difficile à la troisième grotte, de 2/1"' 38 de longueur sur 18°" 28 de largeur. La disposition de cette grotte est la même que celle de la première que nous avons décrite. Décorée dans un style plus élégant et plus noble, elle n'a pas l'aspect sombre et sauvage de l'autre. Ses parois étaient' enduites d'une espèce de stuc, ornées de peintures élégantes, dans lesquelles on remarque une grande sagesse de couleurs. Beaucoup de ces figures ainsi que des encadrements sont peints à la manière étrusque en rouge indien sur un fond d'une teinte différente. Dans le plafond il reste encore des fleurs et des fruits, et aux chapiteaux des entrelacs alla etrusca, au-dessus desquels sont peints des dragons et des poissons. Sur les parois au rez-de-chaussée, il existe des figures d'homme et de femme, d'un beau dessin, et peintes avec une teinte cuivrée , mais que le temps a malheureusement fort maltraitée. Le style général de ces peintures est infiniment au-dessus de tout ce que les Indiens modernes ont pu produire.

Le quatrième sanctuaire est semblable au premier, mais il est complètement en ruine.

Sur la côte de Coromandel, à peu de distance au sud de Madras, sont les restes d'une ancienne ville taillée dans le roc'. Ce lieu est

1. W. Clianibers, On the ruins of Maralipuram in Asiatic Hesearches. — B. (juy Babington, An account of the sculptures and inscriptions of Mahabalaipur bij illustrated ;)/a/es. Transactions of the Royal. Asiatic Societyof(;i'eat-Britain, vol. II, pi. 1, p. 2.Î8- 2(;9. London, 1819.

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connu sous le nom de Scpt-Pagodes ' ; les Indiens le nomment Mavalipuram, c'est-à-dire Màhabalipura, ville du grand Balin'-. Les ruines de Mavalipuram sont en partie tombées dans la mer qui baigne leur pied. Les pagodes sont des temples monolithes taillés dans le roc et laissés isolés. Ils sont au nombre de cinq. Une de ces pagodes a 9"!^ de longueur, 6 mètres de largeur et autant d'élévation. Elles ne sont ornées qu'extérieurement. Dans ce groupe de monuments remarquables et extraordinaires, on aperçoit un lion gigantesque et un éléphant de grandeur naturelle, tous deux isolés et taillés dans le roc. Tout auprès de ces pagodes et dans le versant septentrional de la montagne voisine, il existe une pagode taillée dans le roc de 5"" /(S de hauteur. Elle contient une grande quantité de .sculptures et de reliefs, qui s'étendent même sur les rochers qui l'avoisinent; les Brahmanes prétendent que ces sculptures se rapportent à des sujets tirés du Mahâbhârata. A peu de distance sont des salles avec des rangées de piliers laissés pour soutenir le plafond; ces salles étaient sans doute destinées aux prêtres ou aux pèlerins qui venaient faire leurs dévotions en ces lieux. Un de ces temples a une façade ornée de pilastres qui reposent sur un socle porté par des lions.

1. Bliagavati, maison sainte, maison sacrée. De là le mot cui'opéen luijode. Bolilen, V liule ancienne^ etc., vol. II, p. 82.

2. Balin, le fort, le puissant; il rappelle le Jupiter Belus indien deCicéroii ( de Nat. deonim., III, 15). C'est en même temps un titre royal, ainsi que pa).r,v (Esclijie, l'rométli , fiôlil.

COLOSSKS DE liAMnAN. C83

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