‹ Histoire générale de l'architecture (volume 2)Chapitre 70 sur 309 · Burnes, vol. I, p · texte numérisé non relu

Burnes, vol. I, p

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disparu; la lèvre inférieure qui existe encore est très-épaisse; les oreilles sont longues et pendantes comme dans toutes les figures de Bouddha ; la tête paraît avoir été ornée d'une tiare. Le corps n'était point nu, mais couvert d'un long manteau qui arrivait jusqu'au cou et revêtu d'une espèce de stuc. On voit encore une infinité de chevilles de bois qui ont dû servir à faire tenir l'enduit. Cette figure est d'un dessin barbare et sans élégance; lus contours en sont grossiers. Les deux mains qui sortaient du manteau ont disparu.

L'autre figure, que les gens du pays appellent tantôt la femme, tantôt le frère de la plus grande, et qui , d'après les traditions bouddhistes, doit représenter son disciple, quoiqu'un peu mieux conservée, est encore si mutilée que Burnes avoue ne pouvoir en rien dire de positif. Sa hauteur est de 21°" 33. Les nombreux trous carrés creusés dans le roc, le long des deux figures, paraissent n'avoir eu d'autre objet que de donner le moyen de monter jusqu'au niveau de la tète de l'une et de l'autre. Les cavernes inférieures servent de lieu de repos aux caravanes, les supérieures servent de grenier. L'intérieur des niches oir sont sculptés les deux colosses a été revêtu de stuc et orné de figures peintes; les contours sont presque effacés, mais les couleurs sont encore fraîches. Burnes a pu reconnaître trois figures de femmes, à côté l'une de l'autre, formant une espèce de groupe. Une de ces femmes, vue de profil , a les clieveux rassemblés l)ar im nœud : elle a aussi des nattes qui tombent jusqu'à la moitié de la poitrine, et la tête entière est entourée d'un nimbe circulaire.

A la partie supérieure de la niche où se trouve la grande figure, C. Masson, qui a visité ces lieux après Burnes, a découvert une inscription composée de six caractères qu'il croit être de l'ancien pehlvi , où il lit le nom de Nanaia, et Prinsep, celui de ^anao ou Nanano, le dieu Lunus. Mais, dans l'état actuel de nos connaissances, cette interprétation reste à l'état de conjecture '.

Selon les bouddhistes, ces figures représentent Shahama et .son disciple Salsala; selon les Indiens, ce sont Bliim et sa femme, personnages rattachés aux anciennes traditions des Pandouides, les ennemis des Brahmes; les Persans- mahométans les nomment Kev-Oumoursh

1. Dans le livre II des Machabées, au cliap. i, v. 13 et 1.5, il est question d'une déesse Nanœa, idole que les Israélites ont adorée par des libations et des leetisternies. — Isaïe, cil. Lxv, v. ii. — Strabon, 1. xv, p. 511; xil, p. 559; xiv, p. 532; xv, p. 733; XVI, p. 738, parle aussi d'une déesse Ana'itis, ainsi que Plutarque, dans la Vie d'Artiirerrèf, cli. xxvii ; Hansanias, 1. m, I.aconip, eh. xvi.

GROTTES DK BAMIYAN. 085

(Kayoïnorts du Zcnd-Avesta , l'homme piimilil' et sa femme), c'est-àdire le ])remier couple de notre espèce, el dont ils placent aussi le tombeau en ce lieu. Ils sont tourniîs vers l'Orient, de façon qu'ils semblent souriie à l'aurore, et prendre ime physionomie sombre le soir. La face de ces colosses est entièrement méconnaissable.

La prodigieuse quantité de grottes qui se trouvent à Bamiyan ne sont pour la plupart que des excavations carrées, sans architecture et sans ornements. Quelques-unes se terminent à leur sommet en forme de dôme , et à l'endroit où la coupole prend sa naissance il y a une petite frise ornée. Les traditions qui se rattachent à ces grottes sont des plus extraordinaires. Une d'elles passe pour être celle dans laquelle le fameux Vyasa composa les Védas. Dans une autre, une mère perdit son enfant, et ce ne fut que douze ans plus tard qu'elle parvint à le retrouver, tellement elles ressemblent à un labyrinthe. Quelques historiens ont désigné' une des grottes de Bamiyan pour celle habitée si longtemps par le fameux Mani , hérésiarque de la fin du m' siècle. Ritter croit que c'est à Bamiyan qu'il faut placer la grotte rendue si célèbre par la fable de Prométhée. Un passage de Quinte-Curce (vu, 2/i) lui semble surtout important pour appuyer cette opinion. Dans la légende de Vishnou il est aussi question d'un Pramat'hesa ( le maître des cinq sens) indien, et d'un aigle nommé Garuda, qui dévora cet audacieux mortel'. D'après l'opinion de Ritter sur l'âge des monuments de Bamiyan, ils datent de l'époque de l'introduction du bouddhisme dans cette contrée, c'est-à-dire cinq ou six siècles avant l'ère vulgaire -.

Abul-Fazel, à la fin du xvi" siècle, nous donne en ces termes la description des grottes de Bamiyan : « Au milieu de la montagne de Bamiyan se trouvent douze mille cavités ou grottes taillées dans le roc, avec des ornements et des revêtements en stuc. Elles servaient de séjour d'hiver aux anciens habitants du pays : on les appelle Summij (les grottes) : là se trouvent d'énormes figures, un homme haut de quatre-vingts aunes, une femme haute de cinquante aunes, un enfant de quinze aunes; dans une de ces grottes se trouve un cadavre embaumé dont les naturels ne connaissent pas l'origine et qu'ils tiennent en grand honneur. »

Les Topes de l'Inde sont des édifices, sortes de trophées élevés en

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