‹ Histoire générale de l'architecture (volume 3)Chapitre 11 sur 298 · Diodore, I. v,ch. Lxvni · texte numérisé non relu

Diodore, I. v,ch. Lxvni

plaine de Sennaar, la Mésopotamie, par des hommes venus du levant. Ce récit de l'auteur de la Genèse se rapporte aux peuples assyriens nomades qui s'étaient étendus le long des rives du Tigre. Soit qu'ils se multipliassent considérablement sur ce point, soit qu'ils fussent rejoints et poussés par d'autres hordes qui quittèrent les hauteurs de la Tatarie ou du Paropamise, leur nombre augmenta tellement qu'ils furent obligés de s'étendre; alors ils choisirent principalement les rives du Tigre, et ensuite les montagnes qui se dirigent vers le Pont-Euxin. C'est à cette portion des peuples nomades assyriens, qui sont venus s'établir dans les plaines qu'arrosent le Tigre et l'Euphrate, que se rapporte le récit de Moïse. Suivant l'usage des peuples primitifs , ces Assyriens se sont répandus au sud , jusqu'au point où s'éleva plus tard Babylone. Les monts Cossaeiens, Uxaeiens, et les montagnes de la Perse, ont été envahis très- primitivement par des colonies venant de l'Arménie : peut-être en partie aussi par d'autres hordes qui, ayant quitté le Paropamise, étaient également arrivées sur ces montagnes. Les antiques habitants de ces montagnes n'avaient senti jusqu'alors aucun penchant à descendre dans les plaines de la Mésopotamie; poussés toutefois par l'envie et la jalousie de voir les Assyriens s'y établir, ils résolurent à la fin de chasser ces nouveaux arrivés et de s'emparer de leurs établissements. Le témoignage de Moïse correspond à l'histoire profane et à la tradition.

Lorsque les Assyriens anciens, c'est-à-dire les peuples primitifs de la plaine, les plus anciens peuples nomades et pasteurs descendirent le cours du Tigre et vinrent se fixer dans les riches plaines de la Mésopotamie, ils apportèrent une religion qui avait pris naissance dans la mère patrie. Lorsque sur leur point de halte ils jetèrent les fondements d'un établissement immense, la confédération patriarcale devait finir, et une nouvelle association, une autre constitution, devaient régler les droits et les privilèges de ses membres. Les prêtres, étant les plus sages et les plus éclairés, saisirent le sceptre et gouvernèrent le peuple. Comme partout ailleurs, dans les âges primitifs, ils étaient en môme temps artistes, architectes, ainsi que nous le prouverons plus tard, et ils ordonnèrent au peuple de bâtir en communauté un monument à la gloire de Dieu. La tour de Babel est l'ouvrage du peuple assyrien ; l'immensité de sa dimension et sa forme symbolique sont les liens qu'elle établit parmi les hommes. Ces liens moraux ne sont exprimés cependant que sous une forme matérielle et symbolique, parce que l'homme n'avait point encore trouvé la forme par laquelle il pouvait exprimer

clairement sa pensée. L'apparence architecturale de la tour de Babel indique néanmoins, dans son ordonnance générale, la nouvelle constitution sacerdotale à laquelle les hommes s'étaient soumis.

Il résulte du coup d'oeil rapide et général que nous venons de jeter sur la position du siège primitif des hommes, sur leurs émigrations, sur leurs colonisations, et enfin sur leur établissement en divers points de la terre, que les populations de l'Inde sont les plus anciennes, qu'ensuite viennent celles de l'Asie occidentale, de l'Ethiopie et de la haute Egypte; qu'enfin celles de l'Europe sont les dernières venues et les plus récentes. Dans nos études sur l'histoire de l'Architecture, afin de procéder avec ordre, avec clarté , et pour pouvoir tirer les inductions les plus logiques des traditions semblables que nous trouverons chez les peuples et les pays les plus divers, traditions qui se lient les unes au autres, et qui ont une filiation suivie et non interrompue depuis rindus jusqu'à la Seine, nous devons commencer, par étudier les monuments de l'Egypte, suivre ceux des peuples qui se sont dirigés de l'est à- l'ouest, nous arrêter à ceux de l'Asie occidentale, terminer enfin par l'Europe orientale et occidentale, et prendre à notre passage de l'un à l'autre de ces deux points les monuments de l'Asie Mineure.

Nous espérons rectifier à l'aide de nos recherches de graves erreurs sur l'ancienneté et la date de certains monuments célèbres, qui , pris isolément, ont été le sujet de systèmes historiques et mythologiques fort hasardés, faute de les rattacher à la marche générale qu'ont suivie les hommes en peuplant les différents points de la terre, et à la civilisation progressive que le genre humain a parcourue depuis les temps primitifs jusqu'à l'époque de l'histoire certaine.

Le caractère des divers monuments que nous allons visiter nous oblige de donner quelques notions générales sur les religions primitives. Quoique le sujet soit un des plus intéressants de l'histoire, et qu'il ait influé d'une manière toute spéciale sur remplacement, l'ensemble et les détails des monuments, nous tâcherons d'être le plus bref possible, en ne nous occupant que de ce qui a directement trait à notre sujet.

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