TEMPLES EGYPTIENS
embarrassés pour l'expliquer. Ces ailes, selon nous, n'étaient autre chose que les deux murs d'enceinte latéraux de la grande cour qui précédait ordinairement le naos, et suivait immédiatement les derniers propylées. Strabon, tournant le dos au temple, parle du naos devant lequel il se trouvait, et de cet endroit, comme point de vue, les murs latéraux allaient naturellement s'approchant l'un de l'autre par l'effet de la perspective, toutes les lignes horizontales tendant, par les règles de cette science, au point de fuite. On voit clairement que Strabon n'a pas mesuré exactement les parties de constructions dont il donne la disposition. C'est comme simple amateur qu'il en parle, en amateur qui ne connaissait point la perspective ; en fait de description de monuments, il ne faudrait s'en rapporter entièrement qu'aux hommes de l'art, qu'à ceux qui savent les construire, et qui en devinent, pour ainsi dire, toutes les parties par un coup d'œil général. Nous ne pouvons admettre l'explication donnée par les traducteurs de Strabon, ni l'exemple du plan qu'ils ont mis à l'appui de leurs assertions. Ce plan fait précisément exception à la règle générale. Nous ne pouvons admettre davantage l'interprétation donnée au texte de Strabon par MM. Quatremère, JoUois, Devilliers et Jomard. Ils parlent de faces inclinées jusqu'à la hauteur de 50 ou 60 coudées, et, dans le texte, il n'est question ni de faces ni de hauteur, mais de ypa[/.[j.àç , c'est-àdire de lignes se prolongeant sur la terre, et non de faces s'élevant dans l'air.
D'autres commentateurs ont vu dans les ptères les propylées, que nous nommons aujourd'hui injlôncs , expression dont nous nous sommes toujours servi, lorsque nous avons parlé de ces constructions dans l'architecture égyptienne. Strabon dit explicitement que les murs des ptères égalent en hauteur ceux du temple, et nous savons que les pylônes dépassaient de beaucoup cette hauteur. Les parois de ces ptères étaient couvertes de grandes figures sculptées en anaglyphe (c'est-à-dire en relief). Strabon cite encore un édifice dont le plafond est soutenu par un grand nombre de colonnes ; c'est sans doute une de ces grandes salles hypostyles, comme nous en voyons dans les vastes temples et palais de Thèbes. Cet édifice, selon Strabon, est d'une construction barbare ; car, excepté , dit-il , que les colonnes en sont grandes, nombreuses et à plusieurs rangées, on n'y voit que du travail inutile, mais rien de gracieux, rien qui sente l'art du dessin. Strabon juge ici avec toute la délicatesse et le goût d'un Grec, et avec le dédain qu'avait sa nation pour tout ce qui était étranger. Les travaux
et les publications modernes sur les monuments égyptiens prouvent que l'auteur grec a jugé trop sévèrement.
Les temples égyptiens avaient quelquefois, indépendamment du pronaos et du sécos, encore d'autres salles et des corridors appropriés au service du culte. Strabon fait une omission grave dans la disposition des temples : il ne parle pas des obélisques et des statues colossales qui décorent presque toujours le devant des pylônes.
Plan du Temple d'Edfou.
Le temple d'Edfou peut servir de guide dans la description des temples égyptiens de Strabon; voyez la figure n° 83. AA. Pylône. — BB. Obélisques. — C. Entrée. — D. Cour ou péristyle. — EE. Portiques. — F. Pronaos, espace carré ou rectangulaire. — G. Naos. — H. Sanctuaire (sécos, adytum).
On a beaucoup écrit sur la voûte ; on a émis sur son origine et son emploi les idées les plus singulières, les opinions les plus erronées et