LE TABERNACLE
d'acacia ; il élait sans couverture et ouvert par devant. Cliafjue compailiment éfait fixé à terre au moyen de goujons senil^lables au fer pointu des- lances, et cjui s'adaptaient dans une espèce de virole. En haut, ces compartiments étaient lixés les uns aux autres par des verrous. Quatre tapis, composés cliacim de plusieurs pièces, servaient de toiture, et le devant du tabernacle était fermé par une draperie. Le premier tapis était d'un tissu fin de coton de couleur bleu foncé, de pourpre et de nuance de cochenille; il était parsemé de figures de chérubins; — le second tapis était fait de poil de chèvre ; — le troisième, composé de peaux de mouton rouges ou de maroquin ; — le quatrième enfin était fait de peau de chien de mer. La séparation entre le lieu saint et le lieu très-saint consistait également en un rideau.
Cette sorte de sanctuaire rappelle on ne peut mieux les tentes dressées par les Bédouins.
La longueur totale du tabernacle était de 30 coudées ou 16"'52, et sa largeur de 10 coudées ou S"" 5h. La hauteur était également de
10 coudées. 11 était orienté comme les temples égyptiens et comme en général tous les monuments sacrés de l'antiquité ; c'est-à-dire que son entrée, la porte, était placée à l'orient, vers le lever du soleil.
L'enceinte extérieure de la cour avait 5 coudées ou 2"" 77 de hauteur, 100 coudées ou 55™ ^1 de longueur et 50 coudées ou 27"' 70 de largeur. La clôture de cette enceinte se composait de rideaux de coton, suspendus à cinquante-six supports en bois avec chapiteaux argentés.
11 y avait sur chaque face longitudinale vingt de ces supports, et dix sur la face transversale de l'ouest, six seulement sur celle du levant. Les anciens avaient l'habitude de compter doubles les colonnes des angles, parce qu'elles se présentent sur deux faces '. L'entrée avait 20 coudées ou 11"' 08 de large ; elle était fermée par une grande draperie d'égale longueur.
On pourrait croire que les ustensiles sacrés déposés dans ce qu'on appelait le lieu saint rappelaient par leurs formes le style égyptien. Nous avons vu que les Juifs s'étaient emparés d'objets précieux lors de leur fuite d'Egypte. Mais la description de la table du pain de proposition avec ses ornements et ses dorures, le grand chandelier à six branches, l'arche elle-même avec certains de ses accessoires, cette description, disons-nous, conduit à penser, avec les colonnes et les parois en bois recouvertes d'une tôle d'or et supportant des tentures
1. aUiufcdnaun, Saufiui)! tjct îlltcii, iuutcvidjt, § 9. SKtc îcmvct ju ©ii^ciiti, §7.
et des tapis lissés de couleurs diverses, que toutes ces choses étaient une imitation d'objets babyloniens et assyriens. Le voile de pourpre d'écarlate, de cramoisi et de fin lin orné d'ouvrages exquis, semé de chérubins, qui séparait le lieu saint du lieu très-saint, rappelle également ces animaux fantastiques inventés par les artiste? babyloniens et si connus dans toute l'antiquité par leur richesse et leur étrangeté.
Nous devons cependant faire observer que le texte qui nous rapporte tous ces détails n'est pas aussi ancien que les monuments qu'il décrit. 11 est probable que, postérieur à la captivité, l'auteur ou les auteurs se sont inspirés des objets qu'ils virent en Assyrie et en Babylonie.
La vision d'Ézéchiel rappelle aussi, on ne peut plus clairement, les grands symboles assyriens. L'homme, l'aigle, le taureau et le lion figurent, comme nous l'avons vu, aux palais de Muive. Ézécliiel fut ennnené en captivité avec le roi Jehojachin. Nous retrouverons ces animaux comme emblèmes des évangélistes pendant le moyen âge. Notre but est d'en constater ici l'origine toute païenne.
Les monuments d'architecture élevés en Judée, que nous venons de décrire, sont en petit nombre. Il en existe quelques autres, mais ces monuments sont encore moins nationaux que le temple et les palais de Salomon. Il y a de nos jours une petite cohorte d'archéologues hèbraïsants qui s'efforcent, mais sans succès, de prouver que les Juifs ont eu le génie et l'esprit des arts ; ils font remonter à des dates fabuleuses des édilices qui ne doivent leur existence qu'au siècle avant l'ère vulgaire ou aux deux premiers siècles de cette ère. Pour nous, ces monuments avec leurs frontons, leurs triglyphes, leurs pilastres romains et leurs volutes composites ne datent que de la décadence grecque et romaine.