Steu^er, S^mbolif. 3* édit., p
les mythes de telle manière, que leur description elle-même est une cosmogonie, comme par exemple la fondation de Thèbes, d'Argos, de Mégare, de Mykène et de Sicyone '. C'est sans doute encore pour cette raison que les traditions de leur fondation se nomment xtigiç et encore xti^siv, comme de la création et de l'édification de l'univers 2.
Lorsque l'homme promène contemplativement ses regards sur le monde qui l'entoure, ce qui le frappe d'abord dans ses réflexions, ce n'est pas tant la matière inanimée, la matière brute, que les règles et les proportions par lesquelles elle est ordonnée et gouvernée. C'est dans l'ordre admirable et symétrique qu'il y aperçoit, qu'il saisit ce qu'il y a en elle d'intelligent et d'immatériel, et il est tout naturel que la méditation de l'homme, que l'activité de son esprit se portent sur cette harmonie. Son entendement ne remarque point dans la matière brute une influence et une activité intelligente et divine; il la saisira plutôt dans les formes extérieures de la matière, dans l'arrangement selon certaines règles et selon certains rapports de la nature. C'est dans cette ordonnance générale que se manifestera l'existence, l'essence de Dieu, c'est-à-dire son immatérialité, sa spiritualité. Mais toute espèce de coordination est indispensablement soumise à de certaines dimensions, produites naturellement par les éléments mêmes des nombres et de l'étendue. Nous voyons que chez les anciens le nombre et la dimension étaient les représentants natu rels, les symboles de l'ordre en général, l'expression de la régularité, et plus particulièrement encore le représentant de l'ordre de l'univers, parce qu'il en est le principe, la vie; d'où il suit que les éléments des nombres et des dimensions étaient devenus aussi les attributs et les insignes de la puissance immatérielle de la divinité, de l'intelligence absolue et de la sagesse suprême. Si les anciens se figuraient et se représentaient le monde comme une manifestation , comme une révélation de Dieu, pour que toutes choses dans la création, des plus petites aux plus grandes, fussent ordonnées selon l'arithmétique et la géométrie, alors il fallait aussi que tout ce qui devait être regardé comme divin fût déterminé de même par des quantités et des dimensions. L'arithmétique et la géométrie devinrent donc le critérium , l'apanage de la divinité. Consultons l'histoire à l'appui de nos assertionSr
Les Indiens donnent pour femme à Brahma, créateur de l'univers,
1 . Nonnus, Dionys., 1. v, v. 56-92. — 2. Stcphan., TliPsaur, L. Gr., p. 5409, 5410.
Yâch, c'est-à-dire l'intelligence primitive, le verbe, la puissance et la force active de Brahma. Vàch est la plus liante sagesse, la reine et la protectrice de toutes les sciences, et pour cette raison elle s'appelle aussi Sarasvatî. Elle a pour attiibut la lyre; car elle est encore la déesse de l'harmonie, et par conséquent celle de la musique. La musique était réputée dans toute l'antiquité comme l'image de l'accord parfait, du concert de tous les êtres et la proportion invisible de l'univers. C'est pour cette raison que les anciens la mettaient dans le rapport le plus intime avec la science des chiffres et des mesures, c'est-à-dire avec les mathématiques \ Comme créateur des formes matérielles, comme ordonnateur de l'univers, Brahma est représenté comme l'architecte primitif, parce que toute espèce de construction est une formation, est une ordonnance. Il est personnifié comme tel dans la figure de Visvakarma. Son image, comme architecte primitif, telle qu'elle est représentée par une statue dans le temple qui lui est consacré à Élora "", réunit véritablement les symboles de la création et de la formation; il est assis dans une niche sur un siège, son costume est simple, à ses pieds sont deux lions, images de la puissance et de la force; à chacun de ses côtés est un de ses serviteurs, l'un lient la fleur de lotus, symbole de la création et de la production, et un bâton ou mesure perpendiculaire représentant le sceptre et le pouvoir; l'autre place un niveau en forme de triangle sur une espèce de colonne. Au-dessus de Visvakarma on voit un œil, symbole de la pénétration et de la sagesse ordonnatrice ; au-dessus de cet œil est placé un plomb d'ouvrier qui descend sur une ligne horizontale, formant ainsi deux angles droits, principes absolus de toute espèce de création, de formation et de construction régulières ^.
Chez les Égyptiens, Hermès était le conseiller d'Osiris et d'Isis. Il est le révélateur de la loi religieuse et morale, l'esprit incarné dans la personne d'un dieu. Il est le dieu de la sagesse et de la science, la personnification de l'activité des dieux qui font agir, selon certaines lois, tout ce qui est dans le ciel et sur la terre. Hermès montre son activité dans toutes les manifestations quelconques de la nature, dans lesquelles on observe, à un suprême degré, l'harmonie et la régularité*.