‹ Histoire générale de l'architecture (volume 3)Chapitre 194 sur 298 · Pausanias, 1. vm, ch. xxxviii · texte numérisé non relu

Pausanias, 1. vm, ch. xxxviii

se trouvaient en rap])ort avec les Phéniciens; certains arts que nous trouvons pratiqués dans l'Argolide, notamment l'emploi du métal pour l'embellissement des monuments et le revêtement en plaques de métal poli pour de grandes parois do murs, ont certainement été introduits de la Syrie en Grèce avec les procédés nécessaires pour de tels travaux. Plus tard, les Hellènes ont développé un tout autre art original , basé sur de tout autres fondements, art qui n'a rien de commun avec l'ornementation exubérante des anciens monuments de la royauté héroïque , avec la construction inarticulée des Tholos et le peu de relief des blasons appliqués aux portes de villes et de châteaux.

Quiconque étudie la porte des lions de Mykène doit nécessairement, sans même connaître Homère, se figurer un roi tel que l'Agamemnon homérique, un capitaine possédant une armée et une flotte, un prince en relation avec l'Asie, si riche en or et en art, prince qui, avec de puissantes légions , disposant de moyens extraordinaires , fut en état de donner non-seulement une unité assurée à son propre pays, mais fut capable aussi de soumettre à sa suzeraineté des princes moins puissants que lui. 11 s'est formé sans doute bien des traditions et des légendes par rapport à des monuments énigmatiques ; elles croissent comme des mousses sur des ruines; mais des poèmes épiques avec des figures aussi diversifiées et aussi caractéristiques que les poésies d'Homère ne naissent point comme ces mousses. Ce ne peut pas non plus être par l'effet du hasard que précisément dans les villes et les sites auxquels s'applique l'éclat de la poésie d'Homère se trouvent des monuments qui ne pouvaient avoir été élevés que dans les temps héroïques. Nous reconnaissons Orchoménos la riche par les restes de ce même édifice, que les Grecs postérieurs comptaient au nombre des merveilles du monde, comme trésor de Minyas. Sur le sol soumis au sceptre des Atrides, sur l'Eurotas aussi bien que sur l'Inachos, il se trouve aussi des tombeaux royaux identiquement de la même architecture. Mais qu'il n'y eut pas de monuments semblables dans tous les lieux où demeuraient les princes chantés par Homère, que des rapports aussi brillants ne furent pas étendus sur la Grèce entière, c'est ce que prouve la surprise de Télémaque lorsque ses yeux furent frappés de la magnificence et de la splendeur du palais de Ménélas.

Ces monuments, témoins fidèles des poésies d'Homère, indiquent aussi que nous ne devons pas considérer les temps dont ces poésies témoignent comme une courte période de magnificence qui serait

MONUMENTS PELASGIQUES. . /jOS

épuisée par quelques noms isolés, tels que ceux d'A^ameinnon et de Ménélas. La diversité des styles de construction qu'on ne saurait méconnaître, le caractère brut à Tiryns, le caractère plus développé à Mykène, montrent qu'il y a entre les deux genres de murs des périodes entières, qu'il faut admettre de longues époques qui semblent se toucher, vues à distance. 11 est remarquable que les Pélopides n'ont aucun rapport avec les traditions sur la fondation d'Argos, de Tiryns, de Mykène, de Midea. On ne nomme que les Persides en relation avec les Lyciens,' comme fondateurs de ces acropoles, tandis qu'au contraire la mémoire des Pélopides est liée aux tombes royales et aux trésors qui en dépendent, liaison confirmée par l'origine de cette race, car la Lycie est la contrée mère de cette disposition de Tumuli considérables, avec des caveaux de maçonnerie. Sur le Sipylos, siège de Tantale, il existe des constructions circulaires souterraines de la même espèce que celles de Mykène, et c'est de la même région que l'or, avec son éclat et sa puissance, arriva à la connaissance des Grecs. Pluto (prospérité d'or) telle était nommée l'aïeule des Pélopides; Myken (riche en or) devait ce qu'elle possédait, sa grandeur et sa magnificence, ainsi que la malédiction de la misère, à l'or, qui s'était introduit dans le pays par ces mêmes Pélopides '.

MONUMENTS PÉLASGlQUES.

Parmi les plus anciens et les plus célèbres travaux de construction des Pélasges il faut ranger ceux dont les vestiges subsistent encore en Arcadie, dans la vallée où était située la ville de Phénéos, à 720 mètres au-dessus du niveau de la mer. Au nord de cette ville étaient le montKyllène, de 2,37Zi mètres d'élévation, et le mont Aroanios, de 2,355 mètres d'altitude; au sud le Skiathis, haut de 1,935 mètres, et rOryxis, haut de 1,812 mètres; à l'ouest le Pentéléion , dont le principal piton a 2,110 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce sont les eaux de la vallée de Phénéos que les populations primitives firent écouler au moyen d'un canal de cinquante stades ou 9 kilomètres 260 mètres de longueur. De chaque côté de ce canal s'élevaient des digues dont le sommet était recouvert de dalles. Ce canal était destiné à conduire le trop-plein des eaux de la vallée aux gouffres situés dans le mont Skiathis, où le Ladon prend sa source-.

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