DEUXIÈME ÉPOQUE
DE l'année 1100 AVANT l' È R E VULGAIRE J U S yl) ' A 0 8 0 OU a 0 f 0 L Y M l' i A D E.
Onze siècles avant l'ère vulgaire, il arriva en Grèce des événements et une époque qui anéantirent ou métamorphosèrent les débris survivants de sa civilisation primitive, mais déjà sensiblement modifiée par l'âge héroïque. 11 s'agit de la migration dorienne et de ses conséquences. Ce fut un puissant ébranlement au sein même des peuplades grecques qui, des versants de l'Olympe et des limites septentrionales de leur territoire, transporta les Dorions' dans la presqu'île de Pélops, sur les rives les plus méridionales de la Grèce, en transformant la propriété foncière dans la moitié orientale et supérieure de la presqu'île grecque, où se trouvaient précisément les provinces les plus riches et les plus fertiles. L'Attique sur le continent et ry\rkadie dans le Péloponnèse furent seules préservées de la conquête des Doriens, qui, eux-mêmes, avaient été forcés d'émigrer, chassés qu'ils avaient été par les ïhessaliens. Ces derniers, venant de l'Épire, avaient su franchir les hautes et inhospitalières cimes du Pinde.
Les premiers habitants de la Grèce étaient venus de l'Inde par l'Asie Mineure et les îles de l'archipel grec, parce qu'il n'y avait point d'autre voie encore. Les Doriens, comme une sorte d'arrière-garde des peuples indo-pélasgiques , après avoir fait forcément halte aux environs du Caucase, au midi duquel ils rencontrèrent les peuples sémitiques
1. 01 Awpiïtç, c'est-à-dire les lanciers, les hommes à la lance, xô Acopixôv. La A^fiç îvôyjco est assez célèbre, ô(of/i5o; "/.oy/r,; Otco. Eschvle, Pênes. 819.
de l'Assyrie, arrivèrent en Grèce par les rives septentrionales du Pont-Euxin et par le Nord. De là leur différence d'avec les Pélasges et les Ioniens.
Il y avait un contraste frappant de caractère entre les Doriens et les anciennes populations greccpies qu'ils soumirent. Les Doriens avaient une grande capacité militaire ; ils obéissaient passivement à la discipline et à la loi ; ils étaient hautains et d'un esprit impérieux. A leur caractère lourd et sévère ils joignaient infiniment de ruse naturelle ; à une certaine dureté de cœur ils alliaient beaucoup de candeur, et sous un extérieur loyal, enfin, ils cachaient souvent une dissimulation réflécliie. Les Doriens étaient durs et cruels comme les Sémites. « Les Doriens ont tué plus de monde en trois mois, sans jugement, que notre ville n'en a jugé pendant tout le temps de son empire, » dit Isocrates dans son Panégyrique^; et Pline dit que c"est cliez les Lacédémoniens qu'on retrouve en premier l'esclavage^.
Ces dispositions venaient de ce qu'il n'y avait ni synthèse ni ensemble dans les idées chez les Doriens, mais seulement solution de continuité dans les vues, ce qui était le résidtat de leur ignoi'ance complète. Peuple violent, cavalier et remuant, sans goût pour les travaux pacifiques et tranquilles de l'agriculture, sans besoin d'art, sans industrie, sans commerce et sans notions scientifiques, les méprisant au contraire, et ne cherchant de distraction et d'occupation que dans la guerre et dans la gymnastique, forçant les autres à travailler durement pour eux, tenant les populations pélasgiques conquises dans un esclavage atroce, l'occupation de l'àme chez de tels hommes, menant une telle vie, devait être la violence, l'orgueil intérieur du pouvoir, de la force brutale et un pur mentalisme fanatique.
Ce qui entretenait et augmentait ces dispositions, c'est que les Doriens avaient pour divinité particulière un Apollon abstrait, célibataire et sans famille, qui n'a rien produit, qui est étranger à l'arrangement de l'univers et à son harmonie, qui n'a aucune corrélation avec les lois du monde; en un mot, qui n'est qu'une abstraction vide, comme le Jéhovah des Juifs, antérieur à leur captivité, et avec lesquels les Doriens ont du reste quelque ressem])lance.
Les Ioniens ■' avaient dans le caractère une mobilité pleine d'indépendance et de joie ; ils étaient sincères et vrais, mais aussi impétueux, fougueux et pétulants; pleins de sérénité, ils cherchaient avec un
1. Isocrates. Panégyrique, cli. xxxii. — 2. Pline, llist. nul., 1. vu, cli. lvi, §9. 3. Les arcliers.les frondeurs? tw, îô;; — ou les récents, >i/i-c)u'5, lawveç, selon Pott.