Id., ibid., 1. iv, ch. ii
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des silos, des canaux, des murs et des portes de villes, des trésors et même de petits autels en pierre. L'édification de grands monuments du culte ne date en Grèce que de la seconde phase théologique, à la suite de la conception des dieux olympiques, d'origine toute dorienne. Au surplus, le besoin de la manifestation extérieure ou matérielle du sentiment architectural ne s'éleva en Grèce qu'après la naissance de la poésie épique, et sur une plus grande échelle encore, lorsque le commerce eut donné des richesses au pays. Mais alors l'art resta jusqu'à un certain degré individuel, l'État ou la vraie souveraineté n'étant pas encore constitué. C'est en quelque sorte dans la phase de dégénérescence de la théologie grecque que les premiers grands monuments, doués du vrai cachet du beau, furent élevés en Grèce. Lorsque les derniers vestiges de la royauté et de l'aristocratie féodale luttaient contre la prépondérance de l'élément civil et désorganisatcur, on commença chez les Grecs à élever des temples et autres monuments magnifiques. Pour ne citer qu'un exemple, Pisistrates, à Athènes, construisit de grands et d'utiles édifices, tant profanes que religieux, et il les construisit en pierre. Dans quel style? Dans l'ordre dorique qui existait déjà.
L'ordre dorique a un rapport indirect avec l'émigration dorienne, arrivée 110/i avant l'ère vulgaire. Mais ce n'est qu'un rapport relatif et de temps. L'extension donnée auparavant au luxe particulier, au développement d'une grande richesse dans les objets servant à la vie domestique, fut tout à coup ramenée dans d'étroites limites par l'influence dorienne qui devint presque partout maîtresse en Grèce, et la société grecque, Ioniens et Doriens indistinctement, retourna à une simplicité, riche seulement d'un sentiment exquis du beau qui aida considérablement à l'élévation des arts. Les artistes, réduits à une extrême sobriété de moyens matériels, méditèrent, étudièrent certains phénomènes de la nature, pénétrèrent dans quelques-unes des lois qui en sont la cause, et finirent enfin par reconnaître que le beau était dans l'harmonie que donnaient ces lois, et alors ils les appliquèrent aussi à la réalisation matérielle de leurs conceptions architectoniques. La statique et l'optique leur furent d'un grand secours pour l'expression de leurs idées. Guidés par l'art égyptien ils employèrent certaines formes rudimentaires et typiques. Do ces formes sortirent peu à peu, et par degrés plus parfaits, les formes élémentaires qui, en restant stables, devinrent enfin, au moyen d'essais et de modifications, d'une valeur inappréciable pour le développement postérieur de l'Ar-
chitccture en Grèce. Tels sont les seuls rapports el rinfiiience qu'ont eus les Doriens sur l'Architecture greccfue. Mais ce n'est pas chez eux exclusivement qu'il faudiait chercher l'origine de la conception de l'Architecture dorique, quoiqu'elle porte leur nom. CUv'a les Doriens, l'archaïsme des ancêtres, la religion et les mœurs traditionnelles étaient subordonnés à leurs propres inventions d'idées. Leur orgueilleuse élévation d'esprit, qui soumettait et qui modelait toutes les choses sur des idées enracinées profondément chez eux, ne se plia jamais de bonne grâce à la facile émotion, ni à la belle sensibilité du génie ionien qui savait embrasser, avec amour et avec un intérêt des plus passionnés, toutes les découvertes qui s'offraient à lui et les innovations qu'on lui présentait. De plus les Doriens avec leur dieu d'une éternelle jeunesse, avec leur dieu un, mais non multiple, ne furent pas inventifs. De la conception théologique d'un peuple dépend toujours la beauté ou la laideur, la perfection ou les vices de sa civilisation. La société humaine, qui n'est qu'un des détails de la nature, doit se gouverner par les lois qui régissent l'univers. Or, elle ne peut le faii'o si elle ne connaît pas la nature de VEire. Jamais les Doriens n'eurent de notions scientifiques : voilà pourquoi aussi ils restèrent ce que nous les voyons, braves et héi'oïques à la guerre, mais dans la vie sociale sans arts, sans science, sans esprit inventif.
C'est chez les Ioniens, d'origine pélasgique, qu'il faut chercher la naissance des arts, des sciences et des découvertes du monde grec. C'est chez quelques peuples de race dorienne, mais ionisés par le commerce et la navigation maritime, qu'il faut suivre, et simultanément chez les Ioniens, les progrès et les développements de l'Architecture. La province qui donna naissance à la belle Architecture nous est suffisamment indiquée par Homère ^ : il dit qu'elle fut enseignée à Phéréklès par Pallas Athéné, la déesse tutélaire de l'Attique et d'Athènes; si cet art était né ailleurs aurait-il pu dire à ses contemporains, qui devaient certainement savoir où s'était pratiquée d'abord cette architecture, que la déesse qui siégeait au Parthénon de l'acropole pélasgique l'avait enseignée ? Comme pour tant d'autres sujets de ces temps primitifs, acceptons donc comme vrai le témoignage d'flomère et affirmons que la grande Architecture, avec ses éléments tels que nous les voyons si magnitiquement dans les monuments grecs que le temps nous a conservés , s'est constituée et