‹ Histoire générale de l'architecture (volume 3)Chapitre 215 sur 298 · Diodore de Sicile, 1. v, ch. lxviii · texte numérisé non relu

Diodore de Sicile, 1. v, ch. lxviii

2. Euripide, Orenle, v. 1360, représenté en 408 av. l'ère vul^-aire.

3. W. Gell, Argoli.'<, pi. 7. — Dodwell, ClaMical Tour, etc., t. Il, p. 229, 240.

ception de la raison guidée par l'expérience, dans le but d'élever un monument entièrement en pierre. La colonne est la forme ou le corps solide qui offre verticalement le plus de résistance au poids perpendiculaire avec le moins de volume possible, et surtout une colonne qui n'a pour hauteur que quatre fois son diamètre inférieur, telles, que le sont les plus anciennes connues. Mais le détail de l'entablement retrace évidemment des réminiscences de la charpente des toits à deux versants. 11 faut convenir toutefois que cette charpente a subi une telle métamoi'phose qu'elle équivaut réellement à une création spontanée, originale. Lorsque les temples avaient encore des dimensions exiguës, ils étaient à toits à croupes, c'est-à-dire à quatre versants, deux grands sur les longs côtés et deux petits sur les faces principales. Si les temples étaient carrés, la toiture était à quatre croupes semblables. Lorsque la tyrannie fut détruite en Grèce et remplacée par l'esprit démocratique, la vie en plein air et presque collective pour ainsi dire des Grecs, imposa à l'artiste constructeur un nouveau problème à résoudre qui était d'offrir à la nation des monuments où l'on fût en plein air et cependant à l'abri des intempéries plus ou moins fortes des saisons. Ce problème fut résolu de la manière la plus complète et la plus satisfaisante par les architectes grecs. Deux écoles voisines, de races différentes, l'une dorienne et l'autre ionienne , rivalisèrent dans la solution de ce problème. On a déjà deviné qu'il s'agit d'Égine et d'Athènes. Il ne faut cependant pas oublier qu'une célèbre école existait à Samos l'Athénienne et à Corinthe la Dorienne. Les cérémonies religieuses, les fêtes nationales, et surtout le commerce, établissaient de faciles et de fréquentes communications entre ces différents points, et de là aussi une grande rivalité dans toutes choses entre eux. Si Byzes de Naxos, la Ionienne, inventa dans la oO*' olympiade (580 à 577 avant l'ère vulgaire) les tuiles en marbre taillé, s'il inventa vers 580 un détail de construction ne pouvant convenir qu'à la construction de pierre, c'est que cette dernière existait déjà : la colonne et l'entablement en pierre étaient donc alors en usage, et la charpente en bois avait disparu. Mais il n'y avait plus d'intervalle vide entre les triglyphes : les métopes existaient déjà aussi, car il est inadmissible, par des raisons que les architectes comprennent, qu'on eût construit des triglyphes en pierre en laissant des métopes à jour. Il existait cependant des monuments avec des ouvertures à jour entre les triglyphes. Vers la 92^ olympiade, ou 412 avant l'ère vulgaire, Euripide nous apprend qu'il y avait encore de

son temps des temples avec des triglyplies isolés. Dans Iphigènie en Tawide^, au moment où Oresteet Pylade se concertent sur les moyens d'entrer dans le temple d'Artémis, pour enlever la statue de cette déesse, Pylade propose à son ami de passer entre les triglyplies, à l'endroit où il y a une ouverture. Un temple dont le haut était ainsi disposé devait avoir une couverture en bois, et si Euripide n'en vit plus ainsi lui-même, il utilisa peut-être une tradition qui devait remonter à l'époque où vivait Oreste. Ce que nous voulions constater, c'est qu'antérieurement à l'édification de temples en pierre avec triglyphes et métopes, il en existait avec triglyplies sons métopes. Ces derniers étaient en pierre, couverts en charpente apparente à l'extérieur et n'ayant pour la garantir que des tuiles en terre cuite.

Tout changea lorsque les architectes conçurent et élevèrent des temples entièrement en pierre, colonnes, entablement et couverture, et cela fut dès que l'on ajouta un tympan ou fronton sur chacune des faces principales. C'est ce qui eut lieu en premier à Corinthe -, ville dorienne, à l'époque où l'esprit dorien , que la moralité et la noblesse des temps héroïques avaient délaissé depuis longtemps, se relâcha de son ancienne immobilité oligarchique pour en faire une caste orgueilleuse n'aimant plus le vrai, le beau et le bien moral. Cette aristocratie avait été pervertie par un commerce et un industrialisme maritime, sans unité ni foi, mais poussant à un grand développement du luxe et des beaux-arts. Les Corinthiens subissaient, en outre, l'action de l'Apollon de Delphes.

Le dorisme pur ou absolu ne produisait rien de beau ni d'élevé. Il y avait un rhètre ou loi de Lykurgue ^ contre le luxe : que dans chaque maison qu'on bâtit, on n'emploie pour la couverture que la hache, et pour les portes que la scie, mais absolument point d'autres outils. C'est cette rusticité Spartiate qui lit demander au roi Léotychides, le môme qui, avec le général athénien Xantippe, vainquit les Perses à Mykale en /|79, à son amphitryon dans un repas chez un Corinthien et en regardant le plafond de la salle de festin qui était richement travaillé : Est-ce que le bois pousse carré chez vous ? Pour modifier ce dorisme sévère, il fallait la renaissance ou l'importation d'un élément étranger, cet élément fut l'esprit ionien. Il lui fallut un intermédiaire ; il le trouva tout naturellement dans les puissances maritimes doriennes, dans Corinthe et Égine. Corinlhe se saisit de bonne heure

1. V. 113. — 2. Voy. Y,orkh, Espl. ad. Vind., 0. xiii, \^. 213, 214. 3. Plntarqiie, Vie de I.tjkurgne, cli. xiii.

EGINE. ' ZiU

du monopole du commerce du nord-ouest de la Grèce, des pays situés sur le beau golfe de Corinthe. Égine, île de 12,000 hectares de superficie, située dans le golfe saronique entre l'Attique et l'Argolide, servit de suture aux deux races grecques.

La floraison de l'État d'Égine paraît avoir conunencé dès l'émigration dorienne , car la tradition ne laisse pas longtemps régner la race d'Éacus , qu'on dit avoir vécu du temps de Minos, dans l'île. Homère la connaît à peine; suivant lui, elle resta même longtemps encore insignifiante et dépendante des Épidauriens, jusqu'à ce que le petit commerce que les Grecs appelaient ironiquement « commerce d'Égine, » devint si important que les Éginètes purent s'affranchir et exercer la piraterie sur les Épidauriens et autres habitants des côtes. Vers cette époque le commerce était déjà au pouvoir des îles et des villes de l'Asie Mineure : Égine y participa et s'éleva enfin à une puissance extraordinaire, relativement à l'exiguïté de son territoire. Les Éginètes faisaient leur occupation constante de la navigation et de l'industrie ; ils approvisionnaient d'objets de première nécessité les îles trop agglomérées de population, objets que leur fournissait en abondance le Péloponnèse.

Parmi les Grecs, c'est Égine qui la première commença à frapper monnaie, vers la 8*" olympiade ou 7/i8 avant l'ère vulgaire; elle réunit chez elle le commerce et les industries (pie plus tard se partagèrent Athènes et Corinthe et elle maintint constamment des Hottes considérables. Elle avait 470,000 esclaves, chiffre qui d'abord paraît excessif, mais qui est admissible si l'on réfléchit qu'ils étaient répartis dans les ateliers et dans la marine marchande et militaire. Pendant ses guerres avec Samos, la victoire fut alternative, mais les Éginètes conservèrent une telle haine contre les Samiens que plus tard ils saisirent toutes les occasions de leur nuire. Leur inimitié était si grande contre Athènes, que les Corinthiens regardaient comme leur plus grand mérite d'avoir envoyé dans une certaine circonstance vingt vaisseaux en aide aux Athéniens. On blâma beaucoup, pour cette raison, les Éginètes de se plier aux événements ainsi qu'il l'est commandé à de petits États, surtout quand ils font le commerce; on les blâma d'avoir fait acte de soumission au roi Darius, quoique toutes les îles en eussent fait autant et que les habitants de Naxos eussent même démoli leurs fortifications. Les Spartiates, qui avaient la ])répondérance dans le Péloponnèse, au sein de la partie dorienne de la ligue, entreprirent de forcer les insulaires au patriotisme. Égine ne se soumit pas d'abord aux

prétentions des Spartiates; ce fut en vain que ceux-ci envoyèrent leur roi Ci(^omènes {kd-2) pour demander compte de leur conduite aux récalcitrants. Cette opposition irrita tellement le despotique Cléomônes que, pour se venger des Éginètes, il trama une odieuse cabale contre leur intercesseur, son collègue Démaratos, qui fut obligé de fuir cbez les Perses. Les Éginètes eurent un nombre considérable de vaisseaux à la bataille de Salamine; ils prouvèrent l'amour de la patrie par leur courage, mais Tbémistokles avait déjà résolu leur ruine; ils succombèrent bientôt après (/|56), et alors Atbènes et Corinthe se partagèrent le commerce et la domination des mers qu'Kgine avait possédés jusqu'alors exclusivement.

Occupée par les Doriens d'Éi)idaure, Kgine reçut le culte d'Apollon. L'Apollon de Delphes y était aussi adoré; les fêtes apolliniennes étaient les Delphinia et les Hydrophoria. Les Éginètes rendaient encore un culte à Artémise, en rapport avec l'Apollon (Artémis) Aphae et qui se rapportait à la navigation. Le culte d'Asclépios, de Damia et Auxesia (Déméter et Perséphone) y fut apporté d'Épidaure. Des cultes qui dataient de l'époque antédorienne, le culte mystérieux d'Hékate s'y mainlint avec force; glorifiés par la poésie, les Éacides furent à la longue honorés. Le culte de Zeus dodonéen y était aussi établi; les mythes et les temples, l'Éacion, le Panhellénion sur la montagne du même nom y étaient célèbres, ainsi que les statues et les jeux des Eacides. A côté de Zeus, Héra, la Dione dodonéenne, y vit aussi célébrer son culte ; elle fut rajeunie par la Héra argienne, et ses fêtes, Héraea ou Hécatombées, se célébraient selon les usages des Argiens. Quant à leurs rapports avec la mer, ils avaient le culte de Poséidon, à la fête duquel se joignait une fête d'Aphrodite Limnésie et Galénée.

Il y avait donc des éléments de la théologie des Pélasges dans les cultes des Éginètes. On y retrouve le Zeus et la Dione de Dodone, le culte de Déméter, la Terre. Les Éginètes n'étaient pas des Doriens purs malgré leur Apollon delphinien. C'est à ce mélange de pélagianisme qu'ils durent l'i'lévation qu'ils atteignirent dans les arts ainsi (|ue la puissance qu'ils exercèrent de très-bonne heure, quelque exigu que lui leur territoire. Le culte agraire mène à l'ordre et à des idées saines sur la nature des choses. Il forme de grandes et de belles natures, un esprit de justice, un sentiment du beau et du vrai.

Dans des temps reculés, les Éginètes furent de hardis marins; ils avaient un sentiment ardent pour la liberté, et ils aimaient surtout les

LA COLONNE DORIQUE. hho

arts et particulièrement la plastique. Ils montrèrent de la répugnance pour Épidaure et pour riiégémonie d'Argos, et une audacieuse confiance en eux-mêmes vis-à-vis de Sparte et d'Athènes. Les écoles d'art éginètes rivalisèrent toujours avec celles d'Athènes ; elles leur étaient supérieures en gravité comme en élégance sévère.

Nous avons dit que la colonne était le corps solide qui offrait verticalement le plus de résistance au poids perpendiculaire dans le moins de volume possible. Voilà pourquoi ce corps solide cylindrique a été préféré. On y a pratiqué vers le haut, au col, une diminution afin de faire paraître la colonne encore plus solide qu'elle ne l'est. Sans cette diminution elle semblerait lourde, et par un effet d'optique, plus large en haut qu'en bas. Car la perspective n'agit que peu sur une colonne de quatre diamètres d'élévation. Mais une ligne droite limitant verticalement un solide semble concave, et, pour détruire cet effet, les architectes ont inventé un renflement, appelé en grec enlasis, qui est pratiqué vers la moitié de la hauteur de la colonne. Tous les monuments doriques d'Athènes, comme ceux de beaucoup d'autres localités, offrent ce renflement, mais à peine perceptible. Au Parthénon, il n'est que de -^ de la hauteur du fût de la colonne, et cela suffisait pour le but proposé. Mais dans son diamètre, ce renflement est toujours moindre que le diamètre inférieur. Les colonnes doriques sont cannelées à vive arête dans toute leur hauteur. Les cannelures sont ordinairement au nombre de vingt ; on trouve cependant des exceptions : au grand temple de PcX'Stum, il y en a vingt- quatre, et à celui d'Athéné Sunias, il n'y en a que seize. Ces cannelures ont pour but de concentrer, et par là aussi de diminuer l'apparence solide de la face extérieure sur les arêtes verticales, tandis que les concavités circulaires entre ces dernières expriment une loi de concentration élastique qui tend au centre. Par cette articulation, la force de la colonne se ramasse en elle-même et se produit verticalement avec d'autant plus de puissance et d'énergie ^ La colonne dorique n'a point de base. Il y a cependant des exceptions : comme au temple de Zeus olympien à Agrigente, par exemple.

Quoique n'ayant pour hauteur qu'un demi-diamètre, le chapiteau dorique offre une forte saillie, à cause de l'étendue de sa projection. Il rend un service essentiel de statique, car il diminue de beaucoup la longueur de la portée de l'architrave. Il se compose de trois parties distinctes, du col, de l'échiné et de l'abaque carré, sur lequel pose

1. Kugk'r, llist. Je l' Architecture, t. I, p. 189 (eu allemaudj.

hhk LIVRE PREMIER.

immédiatement l'architrave. Le col est séparé du fût par pliisieiirs entailles, — par une seule dans les monuments d'une date relativement plus récente. — les cannelures toutefois continuent à travers l'entaille jusqu'au-dessous de l'échiné. Là où l'échiné s'assied sur le col ou la gorge, il a dans sa partie inférieure plusieurs minces fdets. Dans la belle période, l'échiné a peu de renflement. On rencontre dans son profd une grande diversité.

L'architrave qui est placée sur les abaques des colonnes est un parallélipipède rectangle, plus haut que large et posé sur champ. Ces parallélipipèdes sont doubles et portent de colonne en colonne; il y en a trois au Parthénon. L'architrave est lisse, ornée seulement en haut d'un listel ou fdet, en dessous duquel, et verticalement sous les Iriglyphes,est placée la plate-bande avec les six gouttes. La frise dorique a pour ornementation particulière les triglyphes et les métopes. Les premières sont ornées de leurs canaux, entre lesquels on voit les cuisses ou fémurs de triglyphes. Les métopes qui alternent avec les triglyphes étaient primitivement lisses , unies , sans sculpture ; elle n'y fut adaptée que beaucoup plus tard. Le triglyphe est aussi épais ou profond que large : il est à sa place comme un bloc destiné à porter. Entre les triglyphes sont emboîtées les métopes. Les métopes ne doivent rien porter; elles sont indépendantes de la construction. La corniche de couronnement se compose d'un larmier saillant terminé en haut par une moulure. Le dessous du larmier, y compris son oimementation, les mutules avec leurs gouttes, suit parallèlement le rampant du toit. 11 y a une mutule au-dessus de chaque métope et de chaque triglyphe : elle est ornée de dix-huit gouttes, placées sur trois rangs. Les mutules se trouvent, à peu d'exceptions près, employées à toutes les corniches doriques. Les pilastres ne sont adaptés qu'aux angles et aux extrémités des murs pour recevoir les architraves et ne se trouvent en aucun rapport avec les colonnes quant à la largeur et au chapiteau. La première est déterminée par celle de l'architrave, et leur chapiteau a des moulures toutes différentes et une saillie moindre que celles des colonnes. Jamais on ne voit dans les monuments grecs, comme dans les monuments romains, un pilastre placé vis-à-vis de cliaque colonne, (^t au-dessus, l'architrave et la frise, pour établir une sorte de symétrie superilue et sans vie. Les pilastres n'ont aussi la largeur de l'architrave que sur les côtés oi^i elle aboutit.

La couverture, comme la charpente du toit, était primitivement en lîois : mais dans tous les édifices que le temps a préservés, cette

dernière est en pierre. Autant qu'il est permis de le reconnaîli'e dans la charpente de pierre encore existante à Pœstum et en Sicile, il y avait des exemples de vestibules ou pronaos, couverts en bois ; mais dans tous les autres monuments conservés, les couvertui'es des galeries extérieures étaient en pierre. La cella en avait toujours une en bois ; car malgré l'exiguïté des temples grecs, elle n'aurait pu Ctre couverte en pierre, sans employer la voûte. Les petits monuments seuls, tels que le temple de Pandrose et la tour des Vents à Atliènes, avaient des couvertures en pierre. Elles étaient généralement de piei-re dans les propylées d'Athènes et d'Eleusis ainsi que les ruines le prouvent et que Pausanias le mentionne comme une rareté. Une petite superficie, comme au temple de Pandrose, n'était couverte qu'au moyen d'épaisses dalles de pierre, ornées au-dessous de champs évidés et carrés, nommés caissons, n'ayant pour objet que de diminuer le poids de la couverture sans iniire à sa solidité.

La seconde espèce de couverture était employée pour tous les espaces d'une plus grande étendue. On la couvrait sur les C(M.és avec des chevrons en pierre. On recouvrait ces chevrons de dalles. Les caissons étaient taillés de part en part dans ces dernières et recouverts de dalles très-minces. On a retrouvé cette couverture dans le pronaos du temple de Thésée à Athènes. Là, les chevrons sont si faibles qu'on serait autorisé à penser qu'ils devraient se rompre : ils ont une portée de quatre mètres. Mais le temps a justifié la confiance que les Grecs mettaient dans la solidité de leur marbre. C'est encore ainsi qu'étaient couverts les Propylées, le Parthéuon et le temple d'Érechlhée ; au premier de ces monuments, la portée des chevrons est de 6'" 16. Le temple de Némésis, à Rhainnus, et les Propylées étaient également couverts ainsi. Cette ingénieuse construction , qui supprimait tout poids inutile et qui diminuait le nombre des chevrons de grande longueur, suppléait à la voûte chez les Grecs.

Le toit, dont la pente était peu rapide, formait, devant et derrière, les tympans ou frontons; sur les faces latérales, des saillies. La couverture consistait en tuiles de terre cuite, et plus tard de marbre, qui avaient la forme de celles encore en usage en Italie et en Grèce, mais d'une plus grande dimension. Au-dessus des tuiles plates étaient posées les tuiles creuses dont l'extrémité apparente, au-dessus de la corniche, fut ornée. La charpente du toit n'avait pas la largeur totale du monument, en sorte que la rangée inférieure de tuiles reposait déjà sur le couronnement de pierre de l'entablement.

Le fronton s'élevait d'aplomb sur l'architrave et la frise ; sur les côtés rampants du fronton se répétait le larmier qui s'étendait horizontalement à sa base : mais on n'y plaçait point de mutules. Sur ce larmier s'élevait la corniche destinée à empêcher les eaux pluviales de tomber sur les frontons. Elle ne s'étendait point sur les faces latérales, afin que les eaux pussent couler sans obstacle.

Ce qui constitue surtout la beauté sévère de l'ordre dorique, c'est l'em- , ploi presque exclusif, absolu, de la ligne droite. Stylobate, colonnes, paroi des murs, entablement, fronton, tout est formé de lignes droites. Tous les détails de cet onli'C naissent de la ligne horizontale, de la ligne perpendiculaire et ils se coupent, de plus, en angles droits, à l'exception des mutules et des deux côtés du triangle isocèle qui forment le tympan sur les faces principales. On ne rencontre de ligne courbe dans cet ordre qu'à l'échiné , partie centrale du chapiteau, immédiatement au-dessous du tailloir. On ne la retrouve encore qu'au bec de chouette dont est composé le chapiteau des antcs, et, enfin, dans les cannelures des colonnes.

Page 1