‹ Histoire générale de l'architecture (volume 3)Chapitre 22 sur 298 · Saint Augustin, De la Cité de Dieu · texte numérisé non relu

Saint Augustin, De la Cité de Dieu

L'application constante à la construction des temples, et en général à tous les lieux saints, que les anciens ont faite de ces idées sur la création et la formation des choses, est naturelle. Si les représentations de l'univers étaient regardées comme la véritable demeure de la divinité, comme la vraie constriiclion de Dieu, on devait aussi nécessairement rencontrer dans leur ensemble et dans leurs parties ce qui constituait la qualité par excellence du type modèle : son essence divine. Ces monuments devaient donc être construits jusque dans leurs plus minutieux détails , d'après des règles et des lois. On devait retrouver en eux les chiffres, le nombre et les dimensions, la géométrie; car ce n'est que par ces règles et ces lois que l'édifice, imité de l'univers, était appelé à porter le caractère réel d'une habitation divine. C'est pour cette raison encore que des lieux sacrés et saints, lorsqu'ils ne sont pas formés par un édifice, un monument quelconque, sont enclos et indiqués par une limite suivie, mesurée et régulière.

On a souvent élevé une question fort puérile : si l'Architecture a tiré l'origine de ses formes de la construction en bois ou de la construction en pierre. L'Architecture en général doit son origine, son apparence matérielle à la construction en bois. Mais chaque nation a employé les matériaux qu'elle trouvait dans les localités qu'elle habitait. Ainsi, dans l'Inde, l'Architecture s'est servie du l'oc, delà pierre; il en est de même de l'Egypte : de là l'apparence massive et lourde des monuments de ces deux pays. Dans les grandes plaines , telles que celles de l'Euphrate et du Tigre, et en général dans tous les lieux oi^i il n'y avait ni pierre ni bois, on éleva les monuments en pierre factice, en briques cuites et crues. Alors les matériaux affectaient certaines formes qui restèrent, inhérentes à cette construction.

En Europe, nos premiers monuments d'architecture étaient généralement construits en bois; car l'Europe, placée au nord, et la dernière à attirer les hommes vers elle, était couverte, lorsqu'ils y arrivèrent, de forêts vierges ; et le bois, par son abondance, fut par conséquent préféré à la pierre. Pour des peuples nomades et guerriers, la coupe des bois était plus facile que l'extraction et la taille de la pierre ; aussi les monuments primitifs de la religion des peuples du Nord ne se composent que de pierres brutes, élevées perpendiculairement sur le sol, ou placées par rangées symétriques. Dans les temps historiques de notre Europe, qui nous sont parfaitement connus par les écrits de Grégoire de Tours et de Bède, de Witekind et de Dithmar, nous rap-

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pellerons que la plupart des églises, construites vers l'époque des rois mérovingiens, étaient des monuments en bois. 11 en est de même en Allemagne, en Angleterre, en Russie et en Suède, quoiqu'on ait employé quelquefois aussi , dans quelques parties de ces contrées , la l)ii([uo et la pierre.

L' \i(hi!('('ture, surlout l'Architecture religieuse, n'a point tiré son origine de la nécessité, ainsi que le prétendent quelques auteurs; car, en admettant cette hypothèse , on ferait de. ce grand art une pure industrie, on lui ravirait ses plus belles prérogatives, son essence divine, en un mot, sa poésie. Si elle n'était qu'industrielle, elle serait simple et sans ornements : car c'est l'imagination, le génie et l'inspiration de l'artiste qui donnent naissance aux formes nobles et pures.

Ce n't'si point non ])liis la cabane, connue le ])rétendent d'autres auteurs, (jui a donné naissance à l'Architecture. « 11 est faux, dit Goethe, que la cabane soit la première-née des constructions des hommes. Deux perches en croix devant, deux autres derrière, audessus d'elles et en travers une cinquième en guise de faîtage, ainsi que cela se voit encore journellement dans les huttes des champs et des vignobles, voilà ce qui a été et ce qui sera toujours une invention beaucoup plus primitive, et dont on ne saurait déduire le moindre pi'inci|)e pour construire seulement un trou à porcs' ».

1. Gœthe, Mémoire sur l'Arcliileclure allemande^ XUX"^ vol, de ses Œuvres, p. 344. In-8». Stuttgard, 1831.

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