TROISIÈME ÉPOQUE
DEPUIS l'année 5S0 jusoii'\ i/année 4(10 avant l'ère vulgaire,
Il E PUIS LA I.!" jusqu'à LA LXXX'' OLYMPIADE.
Vers la l" olympiade environ, ou 580 ans avant l'ère vulgaire, certaines circonstance influèrent d'une manière favorable sur le développement des beaux-arts en Grèce. Les Grecs avaient fait une connaissance plus particulière avec les peuples et les souverains de l'Asie et de l'Egypte; un commerce étendu avec les étrangers leur procurait une grande abondance de richesses: l'or surtout devenait moins rare, et les villes de Corinthe, d'Égine, de Sanios, de Milet et de Phocée prospéraient d'une manière extraoï'dinaire. Le goût inné poin- le beau et les arts stimulait les chefs d'État grecs à élever des moniunenls d'architecture dignes de la souveraineté ; ils bâtissaient des tcaiiples spacieux, des palais ; ils approvisionnaient les villes d'eau au moyen d'aqueducs et de fontaines, et ces travaux divers occupaient les bras du peuple et lui donnaient ensuite des jouissances intellectuelles en répandant en même temps l'aisance générale. L'architecture et la statuaire se développèrent peu à peu, lentement, mais avec assurance., et ce développement fut un des plus puissants moyens pour constituer la nationalité grecque ; basés sur la religion et la patrie, ces deux arts suivaient les idées mytho-théologiques déterminées par les poètes et les législateurs; mais ils ne créaient pas de leur essence propre ni d'une manière spontanée et libre avant que ces idées ne leur eussent concédé une partie de leur domaine qui, jusque-là, s'était maintenu
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d'une façon trop absolue et avec grande réserve. L'évolution fut amenée par les progrès intellectuels et la vie sociale des peuples grecs.
D'autres mobiles et des leviers peut-être encore plus puissants, inbérents à l'esprit des Grecs d'alors, contribuèrent au développement en question. La vie intellectuelle était alimentée jusqu'alors par la poésie épique qui, de son côté, avait préparé par la théologie un vaste champ à la pratique de la plastique et épuisé à peu près ses sujets vers la L^ olympiade. Le génie créateur d'une nation aussi poétique et aussi intellectuelle que les Grecs devait se faire jour dans son activité incessante et saisir enfin l'apogée de l'art en consacrant toutes ses aptitudes au perfectionnement de l'architecture. Pendant l'absence de cette dernière, la suithèse et l'épopée de l'art restaient incomplètes. La spontanéité du génie grec fit jaillir tout à coup ce plus beau brillant de son diadème intellectuel. Aux autels et aux monuments exigus consacrés aux personnifications multiples des facultés de-la divinité. Une succédèrent des temples spacieux où les âmes pieuses, les esprits élevés et reconnaissants pouvaient lui adresser leurs prières et lui offrir leurs actions de grâce, loin de la foule et du bruit de la vie civile. La simple famille, l'agglomération des familles avait constitué l'État ; l'Architecture, en créant les grands temples, créa aussi les grands foyers de la souveraineté de la prière. Pour les Grecs , l'époque était arrivée où le lien le plus puissant pour les hommes devait avoir sa représentation matérielle afin d'arriver jusqu'aux intelligences les plus incultes.
Ce qui favorisa en grande partie le développement de l'esprit des Grecs, c'est qu'il n'existait point chez eux une caste séparée de prêtres : les sciences et les arts n'étaient point le domaine exclusif ni le monopole d'un corps spécial. Sous les constitutions républicaines de la Grèce, la plus grande publicité régnait; ces constitutions favorisaient de plus l'enseignement public et les travaux intellectuels de tout genre.
Cette grande tliéologie, élaborée dans la phase pélasgique, détruite en grande partie par le dorisme au moyen de la spéculation et du raisonnement dans le vide, eut une renaissance scientifique qu'amena la philosophie ionienne. Elle s'occupa de l'origine du monde, elle fit des observations sur la terre et le ciel, et fit faire des progrès aux mathématiques, indispensables pour l'étude de la nature. Thaïes calcula et prédit une éclipse du soleil pour l'année 585. Anaximandros proclama la sphéricité de la terre qu'on avait crue plane ou en forme de disque auparavant; il inventa le cadran solaire et grava dans le bronze une
LES OLYMPIADES. /lOl
carte géographique générale, comme Aristagoras de Milet en composa une sur une planche en cuivre où était gravée la circonférence entière de la terre, avec toutes les mers et les rivières dont elle est arrosée '. Vers 527, Xenophanès de Kolophon se servait comme exemples, pour appuyer ses théories, de coquilles de mer, d'empreintes de poissons dans des roches, etc. Issu d'une ancienne famille fixée à Samos depuis la campagne péloponneso-dorienne de Phlins, initié au culte de Démêler et né en 570, Pythagore avait fondé une école de théorie et en même temps pratique, saisissant la nature des choses et mettant les idées à exécution. Pythagore avait visité l'Egypte, et ce qui survit de ses doctrines ferait penser qu'il visita l'Asie jusqu'en Chine ^. Toute l'école d'Élée, Xenophanès, Parmi'nides, etc., etc. suivit les idées des Indiens sur l'univers ^. Héraklitos introduisit une partie de la théologie zoroastrienne en Grèce, et Empédocles initia ses compatriotes à celle d'Egypte. Tous ces fails concoururent, avec ceux énumérés précédemment, à développer les principes et les éléments d'harmonie d'où se forma, au w^ siècle, l'art de construire en employant les lois du beau. Aussi l'Architecture s'émancipa-t-elle de l'apparence servile et lourde, écrasée, qu'elle eut sous le dorisme victorieux : les Ioniens devaient lui donner, avec la gravité dorienne, ce brillant, cette élégance transparente de la beauté dont témoignent les monuments de cette époque. Si le culte, la constitution politique, la science et l'art, sans détruire la manière d'être des peuples et des provinces, unissaient au contraire, par un lien puissant, le lien moral et intellectuel, la nati()nulit(! divisée des Grecs, nous voyons un autre ressort plus inalrricl concourir au même but, un moyen plus physique et plus palpable qui était la lutte émulatrice du tournoi ou des jeux. Les grandes panégyries et les amphictyonies avaient déj.à existé pendant l'âge héroïque, et Sainte- Croix a dit avec une grande vérité que le besoin rapproche les hommes, que le plaisir les rassemble, que la crainte les unit. Les jeux Olympiques célébrés en Elide étaient antérieurs à la migration dorienne; ils ne furent que réorganisés en 88/i par Iphitos et Lykurgue. Seuls, les Grecs y étaient admis; aucun barbare n'osait y paraître. Depuis que Koroïbos remporta la victoire dans le stade, en 776 avant l'ère vulgaire, le nom des vainqueurs fut retenu et noté, et c'est ainsi que la Grèce, en honorant le succès des lutteurs dans les arts, voulut aussi