‹ Histoire générale de l'architecture (volume 3)Chapitre 226 sur 298 · Poteau h luilt faces e'gales · texte numérisé non relu

Poteau h luilt faces e'gales

^ de l'étranger, avec plus de réflexion, avec un peu plus de science et une étincelle de goût, en abattant les quatre angles du pilier carré, on les abattit de telle sorte que les quatre faces naissantes ressemblaient aux quatre faces primitives. C'est ainsi qu'on eut tout naturellement, au moyen des progrès lents et forcés de l'art, le type de la colonne dorique, pour ne pas dire cette colonne elle-même. Mais le sommet du support vertical se fendait par l'action de l'air et la pression de ce qui s'élevait dessus : pour y obvier, on lui mit un chapeau,

/i6/i LIVRE PREMIER.

une sorte de virole qui, plus tard, lorsque le goût commença à poindre, devint le chapiteau. Indépendamment du poteau carré, du support à quatre faces, de l'étai à chanfreins inégaux ou réguliers, existait aussi le support vertical circulaire ou rond. La nature l'enseigne et le donne dès l'origine ; aussi les Grecs l'ont-ils employé, puisqu'ils l'ont imité dans le bas-relief placé au-dessus de la porte de l'Acropole de Mykène, appelée porte des Lions. Là, la colonne, plus mince du bas que du haut, rappelle évidemment remploi primiiif du palmier, qui affecte effectivement cette forme. Ce témoin est irrécusable : il est contemporain des derniers rois de la dix-huitième dynastie égyptienne.

La colonne, et même la colonne à huit pans égaux et plans, ont existé pendant l'âge héroïque en Grèce ; avec l'épuration et le raffinement du goût, les faces en furent multipliées pour donner plus d'élégance et de légèreté à la colonne : et pour y contribuer encore dans un plus haut degré, les architectes rendirent enfin les faces concaves.

Au nombre des plus anciens monuments susceptibles de former, jusqu'à un certain degré, une suite chronologique, il faut ranger deux colonnes monolythes, découvertes dans l'enceinte sacrée de l'Artémis Brauronia, dans l'Acropole d'Athènes, dont l'antiquité est déterminée parles inscriptions qu'elles conservent. Le fùi en est circulaire, sans cannelures : leur chapiteau, quoique aussi simple que possible, est proportionné. 11 consiste en une face circulaire biaise, dont le plus petit cercle s'adapte sur le fût et dont le plus grand rejoint un abaque ou tailloir également circulaire.

A Trœzène, dans le sud-est de l'Argolide, on a retrouvé des vestiges de colonnes de forte dimension, d'une pierre basaltique foncée et dont les tambours étaient maintenus ensemble par des goujons ou chevilles e/^ bois. Ces colonnes n'étaient point cylindriques, mais à huit pans plans; leur grosseur diminuait sensiblement du bas en haut^ On croit que ces vestiges pourraient avoir appartenu au temple d'Apollon Thearios, bâti par Pittheos (grand-père maternel de Thésée), le plus ancien temple connu dePausanias-.

Mais le génie du peuple grec, « peuple unique, comme le dit un auteur contemporain, chez lequel les objets les plus infimes, ceux destinés aux usages les plus humbles, étaient toujours conçus par des artistes et exécutés naturellement, avec une simplicité, une grandeur, un

1. Gell, Argolis, p. 121: id. Iliiierary of the Morea,^^. 195. — E. Curtius, îpclcV'cnncfr?^ t. II, p. 437.

2, Paiisania.s, 1. ii, ch. xxxi.

Page 1