MOULURES
2 Le temple, proprement dit, vaoç, c/ixo;, cclla, quelquefois dou])le dans le même édifice, et qui comprenait : 1° to I^oç, le. lieu entouré de grillages, où se trouvait la statue de la divinité ; 2° ÛTraiOpov, l'hypèthre, l'emplacement central et découvert ; S» cToal, les portiques de pourtour; /|" ar^urov, le lieu très-saint;
3° Le pronaos, Tvpovaoç, ou anti-cella ;
h° L'opisthodome, 6r!.c6oi^o[j,oç, l'arrière-maison, le trésor;
5" La colonnade extérieure, 7rT£fico[j,a, aise, et comprenant le prostyle, ou portique de la façade piincipale.
Les moulures sont ]'alpha])et de l'architecture. Elles sont les éléments, les membres qui servent à exprimer, h déterminer les différentes parties d'un monument. On en distingue de deux sortes : les moulures simples ou primitives, et les moulures composées ou secondaires.
Les moulures simples sont : .
1° Le fdet ou listel, quadra en latin, formé de deux lignes horizontales et d'une ligne perpendiculaire;
2" La bande, tœnia, qui est un filet large;
3" L'astragale, astragalus, oiaTçoiyak%^ formé de deux lignes horizontales et la moitié du cercle. L'astragale est, avec le fdet, la plus petite moulure ;
k° L'échiné ou quart de rond, rrliinm, iyi^o;, formé de deux lignes horizontales et du quart du cercle. Cette moulure est convexe ;
5" Le cavet, le quart de rond ou échine renversé, ou cymaise dorique. Cette moulure est concave et forme une gorge;
Cy? Le tore ou boudin, lorus, formé comme l'astragale de deux
lignes horizontales et de la moitié du cercle. Mais le tore est plus large que l'a&tragale.
Les moulures composées sont :
1° La cymaise ou talon, ou cymaise lesbienne, xuaaTiov, composée du quart de rond et du cavet. Cette moulure est convexe en haut et concave en bas ;
2^ La duucine, composée comme la cymaise du quart de rond et du cavet. Cette moulure est concave en haut et convexe en bas ;
3" La scotie, trochUus, cx-OTia, moulure cave composée du cercle, mais de deux rayons différents.
De ces neuf moulures principales sont formées toutes les autres.
11 est aisé de voir que les formes des détails d'architecture que nous venons d'énumérer sont produites par la géométrie. C'est cette science qui vint en aide à l'homme pour exprimer sa pensée ; et ici encore lesloisdelanaturelui prètèrentleurconcours. Elles seules étaient susceptibles de donner de la noblesse et une signification véritable aux formes de la construction ; elles seules pouvaient introduire la poésie dans l'art de bâtir. Les lois de la nature furent exprimées dans des formes où chaque objet ne recevait son cachet que dans la plus stricte nécessité, et dans la plus grande harmonie avec l'ensemble et les détails. Quelques-unes de ces formes mêmes manifestaient aux sens le résultat de la combinaison des éléments géométriques.
Les mathématiques seules ne peuvent cependant pas produire un beau monument d'art, un beau monument (rarchiiecturc. Il faut en
LES PISlSTRyVTIDRS. /iGO
outre l'imagination créatrice, l'inspiration brillante, variée et féconde de l'artiste, pour animer la combinaison du mathématicien.
Les Pisistratides trouvèrent Athènes dans un désordre complet; les quartiers de la ville étaient les uns à côté des autres, mais sans liaison aucune entre eux. L'oligarchie s'était efforcée de maintenir sui- tous les points une séparation entre la ville et la campagne; la tyrannie fit disparaître cette désunion, afin de rétablir les anciennes traditions et de fondre en une seule et même masse les hautes et les- basses classes, les anciens et les nouveaux citoyens, les habitants de la ville et les campagnards. Athènes fut mise en communication dans toutes les directions avec les bourgs et les cantons ruraux au moyen de routes nouvelles, qui furent régulièrement mesurées pour l'indication des distances et vinrent toutes aboutir au Kérami([ue, au centre duquel fut élevé un autel aux douze dieux. De ce lieu, qui devint le nouveau centre de la ville et de la campagne, on calculait la distance aux divers cantons ruraux, aux ports et aux lieux sacrés et sanctuaires de la patrie commune. Des bornes milliaires furent placées le long des voies publiques ; elles n'étaient pas toutes de la même forme, c'étaient au contraire des monuments dus aux arts, des Hermès en marbre, élevés à des endroits convenables sur les routes et où l'on pouvait se reposer à l'ombre de la verdure qui les entourait. Un hexamètre, placé sur l'épaule droite de l'Hermès, faisait connaître les lieux auxquels aboutissait la voie. Sur l'épaule gauche, on lisait un pentamètre contenant une courte sentence renfermant un salut inspiré par la sagesse qu'emportait le passant sur son chemin. C'est ainsi que toute l'étendue du pays, qui avait souffert par de longues tourmentes, reçut non-seulement la paix et la sécurité, mais aussi un ordre réglé, humain, philanthropique et hospitalier, de sorte que tout voyageur devait nécessairement reconnaître aux frontières de l'Attique qu'il mettait le pied sur un sol où la vie civile avait pénéti^é avec une civilisation supérieure.
A ces institutions grandioses, dont l'âme était Hipparquo, plein d'une si grande sollicitude pour la culture intellectuelle de sa patrie, se rattachent aussi ces vastes travaux hydrauliques et ces canaux qui, des montagnes voisines, amenaient, au moyen de conduits pratiqués dans des rocliers, l'eau potable dans la capitale. Afin de pouvoir inspecter et curer ces conduits sur tout leur parcours, on creusa à de certaines distances des regards verticaux à travers le roc, qui conduisaient la lumière et l'air dans ces souterrains obscurs. Sur la lisière de
la ville, ces eaux de source se réunissaient dans de vastes bassins creusés également dans le roc ; là elles déposaient et se clarifiaient avant d'arriver dans la ville pour alimenter les fontaines publiques. Ce qui prouve que ces ouvrages remarquables, qui sont restés en fonctions sans interruption jusqu'à nos jours, appartiennent en grande partie à l'époque de la tyrannie, c'est que Pisistrates, aussi, orna la source de Kalirrhoe d'un portique et de neuf ouvertures d'où jaillissait l'eau. Cette décoration fat pour ainsi dire l'action de grâces qu'il adressa à l'antique fontaine de la ville en témoignage de remerciement pour les services fidèles qu'elle ne cessait de rendre. Mais cette fontaine fut en même temps regardée comme source sacrée, en devenant superflue pour l'usage quotidien, et alors ses eaux furent réservées exclusivement à l'usage du culte.
Lorsque Pisistrates eut enfin consolidé son pouvoir du haut de la citadelle, il voua une attention toute particulière au culte d'Athéné. Comme un second Thésée, il renouvela et régénéra l'antique fête d'été des Panathénées ; il imita encore ce prince par le rétablissement de la solennité célébrée à Délos. 11 fixa pour la fête d'Athéné un cycle de quatre ans, afin de donner lieu à une pompe particulière tous les cinq ans; il en étendit largement l'accès, car aussi longtemps que les lices et les jeux gymniques ne furent réservés qu'aux chevaliers et à la noblesse, les riches seuls en profitaient. Dès la troisième année de la 53® olympiade (566), des jeux gymniques avaient été institués : alors on introduisit aussi dans les fêtes nationales le récit des rhapsodes, qui non -seulement donnait une libre entrée au talent, mais encore concourait par cet accessoire nouveau, plein d'expression et de sens, à l'embellissement de la solennité.
La réédification du monument, destiné au renouvellement des Panathénées, date aussi de cette époque. Les Pisistratides acquirent encore un mérite particulier par la culture et la propagation de l'olivier ; c'est ainsi que se confirme par une série de faits le rapport intime et important dans lequel se trouvaient les Pisistratides avec l'Athéné Poliade, comme souverains de l'Acropole et protecteurs du sanctuaire, comme ordonnateurs des fêtes et gardiens du trésor sacré de la déesse, qu'ils ne cessaient d'augmenter.
Ln autre culte public et sacré, que la tyrannie éleva de nouveau à une haute signification, fut celui de Dionysos. Cette divinité des agriculteurs contraste partout avec les dieux des races militaires ; voilà pourqjuoi tous les chefs d'États la favorisèrent en vue de briser le
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pouvoir de l'olignrcliie. La tragédie s'est élevée des chœurs chantés en l'honneur du dieu des vendanges. Si les premières tragédies ont été représentées cà Athènes, sous l'empire des Pisistrates, si Thespis luimême, leur fondateur, était originaire d'ikaria, un des cantons de la Diakrie, dont les hahitants avaient eu de tous temps une affection et un . attachement tout spéciaux pour la famille des tyrans, on peut admettre avec certitude que Pisistrates fut l'auteur et le promoteur de cette innovation. 11 semblait lui-même si étroitement uni avec ce dieu, qu'on croyait reconnaître dans les traits d'une tête de Dionysos ceux du tyran.
Par la lustration de Délos, les Pisistratides avaient déjà rendu un hommage éclatant à Apollon, dieu paternel des anciennes familles ioniennes. A Athènes même, dans le quartier sud-est, ils agrandirent et ornèrent l'enceinte du dieu pythique : là, Pisistrates, le petitfils, consacra pendant son archontat Pautel d'Apollon, dont l'écriture fatiguée put encore être lue et transcrite par Thuculide qui nous a ainsi conservé un des documents historiques les plus anciens de l'histoire d'Athènes'. Dans ce môme quartier de la ville, Pisistrates l'Ancien commença la construction du temple de Zeus ; c'était dans ce lieu qu'on montrait le gouffre dans lequel s'écoula l'eau après le déluge de Deukalion. Là fut élevé un temple destiné au plus ancien culte des Athéniens, et qui reliait entre elles toutes les classes de la nation. Ce temple était encore destiné à devenir le monument le plus important et le plus magnifique de la tyrannie; il devait faire un pendant à l'Artémision d'Ephèse et à l'Héraion de Samos.
Dans la région nord-est de la ville, on disposa en l'honneur d'Apollon le Lycée, qui comprenait de vastes emplacements pour les exercices de la jeunesse. Du côté occidental, on ordonna de nouveau et l'on enrichit le double Kéramique avec les faubourgs contigus, avant tout l'Académie, dont la vallée, ombragée par le feuijlage d'une multitude d'arbres et sanctifiée par le culte d'Éros, fut toujours de plus en plus le lieu le plus recherché des Athéniens pour leurs récréations.
C'est ainsi que la vie publique des Athéniens fut transformée dans toutes les directions. A l'intérieur comme à l'extérieur, Athènes devint une ville nouvelle. Avec ses nouvelles voies stratégiques, avec ses routes, avec ses temples et ses fêtes sacrées, elle s'élevait brillamment au-dessus de la grande masse des villes grecques ; les