PONT SUR LE PAMISOS
et eussent abouti, le génie grec, le génie athénien en particulier, eussent pris un autre essor, un autre caractère, et leurs créations dans les arts y eussent gagné une conception et un cachet encore plus grandiose et plus important. Mais les dissensions intestines, les principes et l'action d'une mauvaise et fausse démocratie, fondée principalement et d'une manière funeste sur le nombre ai'ithmétique, et non sur le nombre géométrique, enfin la guerre avec l'étranger brisèrent les ressorts naturels et les ressorts conçus par les Pisistratides et qui devaient fonctionner dans la société hellénique. Ces querelles et ces luttes avec l'extérieur entravèrent la reconstitution sociale telle que Pisistrates l'avait imaginée. L'esprit delà Grèce orphique, les éléments constitiil ifs
KîS. — Pont sur le Pamisos
de l'ordre des temps pélasgiques, ne purent revendiquer leur empire ; ce fut au contraire l'esprit d'une multitude avec des aspirations et des tendances généreuses, mais fourvoyée par des sophistes et des égoïstes, qui prévalut pour faire déchoir le caractère moral des hommes d'Athènes et les mettre dans un état d'anarchie où le premier tyran venu aurait pu imposer impunément un despotisme odieux. Les arts souffrirent momentanément de cet état de choses ou plutôt s'ensevelirent dans une sorte de linceul pendant plus d'un demi-siècle.
Sur le confluent du Balyra des anciens (aujourd'hui Maurozumenos) et du Pamisos, en Messénie, existe encore un pont de forme triangulaire, remarquable par cette forme même. Comme on avait deux
lilh LIVRE PREMIER.
rivières à traverser, on cliercha à simplifier le problème en construisant un pont double sur le confluent des deux eaux et dont la comlîinaison répondait à la rencontre des trois routes sur ce point. Chacune des trois branches du pont formait un passage de 3"" 38 de largeur; une des branches se dirige du nord au sud ; son pied est placé comme un coin dans la portion de terre comprise entre les deux rivières; il ne conduit pas à travers l'eau ; il sert à pratiquer un passage à travers la rive basse en ce lieu, qui est souvent inondée. De l'extrémité sud de celte branche, où aboutissaient les routes d'Arkadie, en partent deux autres : celle du sud-ouest traverse le Balyra, celle du sud-est l'Amphitos; la première se dirige sur Messène, la seconde sur Thuria. Toute la disposition de ce pont est antique : dans cliacune des trois branches on reconnaît les anciens piliers et les anciennes ouvertures pour le passage des eaux, qui sont recouvertes à angle droit de blocs carrés de pierre ' .
Il serait diliicile de déterminer si ce pont, la construction la plus remarquable dans son genre de la Grèce antique, serait plus ancien que les murs de Messène. Dans tous les cas, il donne une idée de la science des architectes grecs, en dehors de leur talent pour la construction des temples et des fortifications.
Au nombre des plus anciennes colonnes doriques connues- sont sept colonnes qui appartenaient à un temple périptère deCorinthe; elles sont d'une pierre poreuse et grossière, partout recouverte d'un stuc On et dur en deux couches ; d'un seul bloc jusqu'au chapiteau, elles ont G'" /t8 d'élévation sans ce dernier, et 1^ 21 le chapiteau compris. Le diamètre du l)as a 1'" 78, celui du haut 1"' /i-. Ce qui reste de l'architrave a 1'" 29 de hauteur. Les gouttes sont rondes et détachées de l'architraNC. Les colonnes ont vingt cannelures. L'entrecolonnement est de 2 mètres. Les proportions de ces restes sont d"un caractère ramassé et massif, mais non pas lourd. La hauteur des colonnes est moins de 4 diamètres ; l'entre-colonnement est de 1 diamètre 1/3 ; celui des angles est considérablement inférieur. L'échiné du chapiteau a une très-forte saillie, son profil accuse une ligne courbe assez fortement prononcée, et il est plus large ou plus épais que le tailloir qui le couronne. La gorge du chapiteau est formée par trois