I. DU NOMBRE TROIS KT DU TRIA]\GLE
Le nombre un, l'unité, est le principe des nombres; mais l'unité n'existe que par sa connexité avec les autres nombi'es
Tous les systèmes religieux orientaux commencent avec un êli'e primitif, qui créa non-seulement le monde, mais qui engendra encore les autres divinités. Cet être, chez les Indiens, est Brahma; chez les Perses, Zerouana-Akarané ; chez les Égyptiens, Amon , l'être suprême et primordial étant son propre père.
Quoique cette abstraction n'ait point encoi'e une existence réelle, elle a cependant un côté positif, qui la rend susceptil)le d'iuie existence définie; c'est ce que les anciens nommaient tttoOo;, ce qui signifie le désir ou l'action de la volonté de sortir de l'abstrait, afin d'entrer dans le réel ou dans l'action d'être. Cette qualité positive du grand tout abstrait est l'unité abstraite to e'v, qui n'étant telle que par ellemême, c'est-à-dire d'une manière abstraite et non d'une façon définie, a été , pour cette raison , nommée par les anciens simplement le nombre.
Dans les systèmes panthéistiques où la divinité est confondue comme unité dans le tout , elle porte aussi le nom d'unité. Avec l'idée du nombre existe naturellement aussi celle du nombre isolé et séparé. Car le nombre en lui-même n'existe que par la suite des différents nombres. Le n(5mbre un, ou l'unité to â'v, le nombre en lui, devient nécessairement l'unité -h w,ovàç, le nombre un.
L'unité, en tant que nombre primordial véritable, peut être regardée comme principe et source de toute la série des nombres, et elle peut
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être confondue avec le nombre en lui-même. L'imité est employée de préférence cependant pour désigner la divinilê, commv imité qui n'umit et embrasse tout en elle ' .
L'unité n'est ce qu'elle est ([ue par le nombre deux, sans lc(|ucl elle reste identique avec le toul, identique avec le nombre en luimême. La nature du nombre deux dans son rapport avec l'unité (exprime la divisitm, la différence; ce nombre devient le signe naturel de l'opposition, et, comme toute dissidence, toute scission porte l'empreinte de l'imperfection et de ce qui est inacbevé, il est même le représentant de la ruine et de l'anéantissement. Dans la réalité, le nombre deux indi(jiie la matièn; connue unité en opposition de l'esprit et de Dieu, comme l'élément femelle opposé à l'élément nuile, coumie le rovjaiune des ombres et des morts en opposition au séjour des vivants. Le nombre deux représente encore la nuit, le contraire du jour; riiumidité et son représentant la lune; le contraire du feu et de la cbaieur, le soleil ; il représente encore ce qui est périssable, le contraire de ce qui est éternel. Dans l'imagination, le nombre deux représente le contraire de ce (pii est juste et bon : il désigne le faux et le mauvais. Comme le nombre deux e.st le premier nombre pair, on le considère comme racine, comme source, comme représentant de tout ce qui est droit et direct.
L'inscription de l'empereur Vu, de l'année 2200 avant l'ère vulgaire, est fort remarquable; elle contient des boules blancbes et des boules noires. Les blancbes représentent les nombres pairs : 2, h, 6, 8, et les noires les nombres impairs : 1, 3, 5, 7, 0. Le nombre pair ligure tout ce qui est incomplet : le froid, la nuit, la lune, l'eau, la terre, la femelle, la maladie, le malbeur. Le nombre impair, au contraire, désigne le parfait, le soleil, le feu, le ciel, la cbaieur, le jour, le mâle.
La différence pure qu'établit la nature du nombre deux n'existe plus lorsqu'on y ajoute une troisième unité pour l'opérer. L'anéantissement de la division ou différence pure opérée par une troisième unité redevient toutefois par lui-même une unité. Mais elle n'est plus la même, elle n'est plus l'unité vague, indéterminée, dans laquelle il n'y a pas eu d'intervention ; elle n'est plus l'unité identique avec le nombre lui-même, et duquel sont sortis le nombre deux et l'opposition ; mais elle devient l'unité dans laquelle il y a eu une interven-
1. Voyez Jean Laurentius Lydus, De Mensibus. Cet auteur vivait au vi'' siècle île l'ère vuluraire.
tion, qui a absorbé en elle et anéanti en même temps l'unité véritable, définie et parfaite. C'est cette unité que représente le nombre trois. Pour cette raison, on la nommait tout uniment un. Elle devint la première unité \ et représente en général l'action d'être, ce qui existe, ce qui est par soi-même, et ce qui est parfait. Car la perfection demande avant tout l'intégrité, elle demande à être un tout complet et limité en lui-même. Dans la réalité, l'unité est le grand tout du monde qui contient les trois parties du ciel , de la terre et de la mer ; du monde supérieur, moyen et inférieur. Le temps se meut, comme toutes choses, dans le passé, le présent et l'avenir. Tout ensemble réel dans l'espace et dans le temps a son commencement, son milieu et sa fin. De sorte que la triplicité divisible de toutes choses était une question décidée chez les anciens, elle était même devenue un proverbe -. Dans l'esprit, le nombre trois est celui dans lequel la conception poursuit sa course, c'est pour cette raison que tout ensemble, toute perfection le possède au plus haut degré. Mais comme l'idée la plus noble, la plus élevée et la plus large est l'idée de la divinité, qu'elle est l'idée primordiale, que de plus, toutes choses, tant dans la réalité que dans l'esprit, dérivent de l'Être supi:ême , et qu'à lui appartient exclusivement toute existence réelle et parfaite, le nombre trois est devenu le véritable nombre céleste, saint et sacré, le signe de l'Être divin, celui de sa nature. 11 s'ensuit que tout ce qui est une image, une représentation, un reflet quelconque de la divinité, ou tout ce qui a un rapport direct avec elle, a l'empreinte du nombre trois, dans lequel s'accomplit en général tout ce qui est sacré ou divin.
Le triangle, parmi les surfaces, est la forme qui correspond au nombre trois: il a la même signification. Si le nombre trois est le premier entre tous les nombres, de même aussi le triangle est-il le premier entre toutes les formes ; car le point et la ligne ne sont que des choses imparfaites : il faut, dans l'étendue, les trois dimensions pour qu'un objet soit complet. Le triangle, quoique composé de trois lignes et de trois angles, forme cependant un tout complet et indivisible. Tous les autres polygones ne peuvent être divisés qu'en triangles et composés que de triangles. Ces derniers sont donc les types primitifs
1. Jamblique, Vita Pijth., 1, 28. — Justin, Mart., p. 379. — Joh. Laur. Lyd., De Mensibus, 2, 7; id., 4, 44. — Psellus, I, p. 2.