Thucydide^ 1. ii, ch. lxv
528 LIVHK PREMIER.
Un sujet de la décadence de la Grèce fut renseignement de Socrales, fondé sur de fausses prémisses, dénué de science et purement verbal et logique. Socrates ne s'adressait point aux hommes savants, aux hommes qui avaient développé leur raison au moyeu de l'observation et de la connaissance de la loi des choses, mais aux artisans, au peuple, à ceux le moins capables d'apprécier le fond, la véritable nature de ses idées, de juger par eux-mêmes leur bonté ou leur imperfection et leur vice. Il ne s'occupait point des lois du monde, il n'embrassait point la nature visible pour l'expliquer et faire compi^endre les rapports de l'homme avec elle et ensuite ses rapports avec la Divinité. 11 ne s'occupait que d'abstraction, et séparait la pensée du monde terrestre et matéi'iel à la manière des Arabes et des Juifs. Il fut l'auteur de l'idéologie qui a amené et qui perpétue la perturbation dans le monde. 11 enseigna pendant trente ans, faisant un grand mal aux saines doctrines, car il parlait d'idées, d'esprits, du démon, qu'il disait être les dieux de la religion nationale, et prêchait une morale déduite de ces abstractions. Par sa manière de raisonner, il faisait disparaître les compas de mesures, les critériums du juste et de l'injuste, ce qui eut pour résultat d'établir l'arbitraire comme juge et décision. La religion se trouva sapée à sa base, et l'aréopage condamna fort justement Socrates à mort; car il offensait la raison, la saine raison ariune, il ofiensait l'intelligence en lui demandant la foi en certaines choses que les sens ne saisissent pas, toutefois que la science découvre et démontre, mais que Socrates entendait faire accepter sans science, parce qu'elle lui manquait. Au rebours des grands hommes assassinés pendant le moyen âge pour avoir fait usage de leur raison, Socrates fut condamné à mort par l'aréopage pour avoir voulu mettre une foi aveugle et ignorante à la place de la raison et des croyances théologiques séculaires et rationnelles, qui avaient procuré une tranquillité morale non interrompue aux Grecs. Le tyran Kritias, et l'ennemi politique de l'État athénien, Alcibiades, furent ses élèves'.
L'idée que Socrates se faisait de Dieu était conforme à la vue sémitique. Il disait une vérité en posant un esprit. Mais en n'expliquant pas comment cet esprit produisait les êtres et les choses du monde, il ne disait rien d'utile : car l'homme, tout en étant une de ces choses , a besoin de connaître la nature des autres choses dont il se sert et dont il vit. La conception de Socrates sur Dieu et la nature, identique à la
1. Voyez sur Socrates : P. -AV. Forclihammer, les Athéniens et Socrates, les partisans de la légalité et le révolutionnaire. Berlin, 1837, iu-9. En allemand.