‹ Histoire générale de l'architecture (volume 3)Chapitre 280 sur 298 · DKCADENCE DE LA GRÈCE · texte numérisé non relu

DKCADENCE DE LA GRÈCE

conception sémitique, ne rendait raison de rien : elle fut naturellement attaquée par les vues supérieures de l'esprit, et alors par ces attaques, l'enseignement sur l'esprit cessant d'être unique, un enseignement purement humain fut donné au nom de la raison humaine et non plus comme dictée par Dieu. Un ordre civil et des biens dans la société furent produits par cette nouvelle forme, mais alors par l'habileté, par la finesse; et la position matérielle de chacun, dès ce moment, ne fut plus en raison des talents et des vertus. Voilà ce que l'histoire des temps de la décadence grecque nous enseigne et nous prouve. L'importance malheureuse de la doctrine de Socrates ne reçut de l'importance que par sa mort, la nature humaine se portant toujours en faveur de ceux qu'elle croit avoir été des martyrs. Ce fut aussi à la suite des doctrines de Socrates que s'éleva Vavocnsserle, inconnue auparavant. Anciennement le droit était divin, ainsi que l'invoquait encore Démosthènes en 352 avant l'ère vulgaire, dans son plaidoyer contre Aristokrates. Les doctrines de Socrates, étant irrationnelles et en désaccord avec le monde intellectuel et physique, ont contribué avec puissance à faciliter l'introduction de l'arbitraire dans le monde, el par voie de conséquence le laid, ainsi que leur action dans les arts.

A la suite des guerres civiles postérieures à la guérite du Péloponnèse, les luttes des États grecs entre eux avaient ravalé le caractère de leurs habitants'. Il y avait égalité entre Athènes, Sparte et Thèbes, mais cette égalité ne consistait point dans la puissance, seulement dans la faiblesse. Dans cette situation, l'aspect de la Grèce, et celui d'Athènes surtout, remplit l'âme de tristesse. Il y existait des hommes braves et courageux, mais l'amour de la patrie avait disparu. La guerre était devenue une nécessité, mais elle se faisait par des bandes indisciplinées qui ne servaient que pour l'or et le butin. La passion, la corruption et la trahison chez les gouvernants produisaient l'absence de confiance chez les gouvernés. Les rapports avec l'Asie avaient introduit un

1. Isol<rates, dans son Discours de la Paix, dépeint fidèlement le caractère du temps. Il est probable que ce discours date de .358 avant l'ère vulgaire. Il dit entre autres •< que les races de tous les hommes célèbres et des familles les plus considérées, échappées aux tourments sous la tyrannie (c'est-à-dire les Pisistratides) et aux guerres persiques, sont anéanties pendant la puissance, l'autorité et le pouvoir dont on cherchait à se saisir et à s'emparer (du temps et avant lui, Isocrates). >• — L'esprit et le sentiment du beau ne se transmettent que par le sang et par la tradition, quand ils restent purs d'un mélange inférieur. Le sentiment du beau donne naissance à la noblesse, qu'il ne faut pas confondre avec une caste titrée avec privilèges octroyés par du parchemin et par une main le plus souvent indigne. La noblesse est une vertu de race, ditAristote.

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besoin de jouissances matérielles, (|iii fut porlé à l'excès. L'avidité des biens et l'injustice avaient remplacé la sobriété, les mœurs et les coutumes antiques; le commerce et l'industrie, peu actifs chez les Grecs, ne purent empêcher l'accroissement de la pauvreté; l'inculture du sol augmenta de plus par les charges d'énormes impôts. La foule se portait au théâtre, mais les héros de la scène ne formaient plus de héros dans la vie réelle. Les folies, la légèreté et la trivialité étaient bafouées au théâtre sans réveiller la gravité ni la vertu. A côté de profonds philosophes, il y avait de grands arlistes, mais ni grands hommes d'État ni grands capitaines.

Un fait à lui seul, considérable en lui-même, prouve à quel point de décadence étaient descendus les Grecs au iv'^ siècle. Un Phocidien, nommé Philomelos, s'étant emparé du temple de Delphes, fut battu par les Béotiens et d'autres gens, et se tua; son frère, Onomarchos, lui succéda dans le commandement de l'armée sacrilège. Le temple fut pillé, toutes ses richesses séculaires furent distribuées aux différentes provinces grecques. Une immense quantité de métal précieux fut mise en circulation en peu d'années ; ce métal fut monnayé et tomba dans les mains de gens sans moralité et qu'on a coutume de poursuivre dans tout État bien ordonné. Onomarchos avait fait convertir en monnaie une partie des trésors d'Apollon, pour subvenir à la solde des troupes étrangères qu'il avait enrôlées. Phayllos, son frère, fit frapper les cent briques d'or du poids de deux talents chacune, que Krœsos, roi de Lydie, avait consacrées à Delphes, et employa de la même manière trois cent soixante vases d'or du poids de deux mines (huit hectogrammes) chacun, un lion d'or, une statue de femme de même métal, pesant en tout 30 talents, de manière qu'en estimant, dit Diodore, en argent, suivant le rapport' qui existe entre les deux métaux, la valeur de l'or converti en monnaie, cette valeur s'élève à 4,000 talents d'argent, auxquels ajoutant les offrandes en argent consacrées également par Krœsos, et divers autres de même nature, on trouva que les généraux avaient dépensé ô,000 talents- et même plus de 10,000 ^. Au livre Xlll, Athénée rapporte dans quelles mains impures tomba cet argent, dont les Athéniens et les Spartiates ne dédaignèrent point eux-mêmes de recevoir leur part. C'est ainsi que s'ouvrirent les voies au conquérant macédonien , comment son

1. Ce rapport était alors comme 1 à 10, c'est-à-dire que dix onces d'argent valaient une once d'or, selon Pollux. Hérodote le porte à treize fois la valeur. L. ni, ch. xcv.

2. Trente-trois millions de francs. — 3. Cinquante-cinq millions de francs.

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