Des lois, 1. V. — 2. Politique, 1. vi, cli. iv
532 LIVHK PREMIER.
nous enrichissent ; et qu'on se porte sans répugnance à toute; action légitime ou impie, même aux plus infâmes, dès qu'elles nous procurent, comme aux bêtes, l'avantage de manger et de boire tout ce qui nous plaît, et de nous plonger dans les plus sales plaisirs. » De son côté, Isokrales dit que la prospérité naturelle périt dans toute la Grèce, excepté à Mégare. « Les citoyens de cette ville, ajoute-t-il, étaient dans une contrée limitée et stérile, sans ports, sans mines d'argent; ils cultivent sur des roches, et ils ont néanmoins acquis les i)lus grandes richesses au sein des Grecs. » Ecoutons encore ce que dit le ])lus grand orateur politique, Démosthènes : « Eh bien! ces hommes, qui ne caressaient pas leurs orateurs, qui n'en étaient, pas chéris aussi tendrement que vous l'êtes par les vôtres, commandèrent quarante-cinq ans ' à la Grèce librement soumise , déposèrent au delà de 10,000 talents dans la citadelle, exercèrent sur le roi de .Macédoine l'empire qui appartient à des Grecs sur un barbare; vainqueurs en personne sur terre et sur mer, ils érigèrent de nombreux et magnifiques trophées ; et seuls de tous les mortels, ils laissèrent dans leurs œuvres une gloire supérieure aux traits de l'envie. Tels ils lurent à la tête des Hellènes : voyez-les maintenant dans leur patrie, hommes publics et simples citoyens. Pour l'État, ils ont construit de si beaux édifices, orné avec tant de magnificence un si grand nombre de temples, consacré dans leurs sanctuaires de si nobles offrandes, qu'ils n'ont rien laissé à surpasser à la postérité. Pour eux-mêmes, ils furent si modérés, si attachés aux vertus républicaines, que celui de vous qui connaîtrait les demeures d'Aristides, de Miltiades, ou de lein's illustres contemporains, les trouverait aussi motlestes que la maison voisine. Car ce n'était point pour s'élever à l'opulence qu'ils dirigeaient l'État, mais pour accroître la fortune publique. Loyaux envers les peuples de la Grèce, religieux envers les Immortels, fidèles au régime de l'égalité civique, par une voie sûre ils montèrent au faîte de la prospérité-. )> En parlant de ses contemporains, il dit encore : « Jamais fierté juvénile, jamais courageuse hardiesse n'enflammeront des hommes asservis à de misérables et viles actions. Gar la vie est nécessairement l'image du cœur. — Aux yeux de nos pères, le droit de cité était important, respectable, et d'un prix qui rélevait au-dessus de tout service. Aujourd'hui, hommes d'Athènes,
1. De 476 à 431 avant l'ère vulgaire, ou depuis qu'Aristides obtint le commandement supérieur jusqu'au commencement de la guerre du Péloponnèse.