‹ Histoire générale de l'architecture (volume 3)Chapitre 283 sur 298 · Troisième Olynthienne · texte numérisé non relu

Troisième Olynthienne

DKCADENCE DK LK GRÈCK. 533

vous le vendez, comme vile denrée, à des misérables; vous faites citoyens des esclaves llls d'esclaves ! »

La religion fut, de son côté , attaquée et ébranlée par les sophistes. 11 ne subsista plus rien de l'ancien culte que son échafaudage; l'édifice réel, avec toutes ses bases, s'affaissa; il s'ensuivit alors qu'en Grèce de même qu'en Italie la populace et les gouvernants seuls crurent aux dieux en raison de l'utilité qu'ils pouvaient en retirer. La populace , par impuissance ou par paresse de réflexion , entraînée par la surexcitation des cérémonies du culte et de la pompe qui y était déployée, s'enfonça de plus en plus dans la fange de la superstition. Les classes moyennes , élevées et fourvoyées par la sophistique , se créèrent un système religieux particulier et se moquèrent de l'antique religion fondatrice et distributive. Les gouyernants se servaient de cette religion comme d'un moyen d'action, quand cela leur paraissait utile et nécessaire. Mais l'abandon de la religion chez les Grecs du iv^ siècle n'était pas causé par l'imperfection de cette religion qui, fondée sur la raison, appuyée sur la science des lois de l'univers, n'était plus d'accord avec l'ignorance et le raisonnement dans le vide continués et augmentés de plus en plus à cette époque; cette religion était un obstacle constant aux faits et gestes illicites et arbitraires , immoraux et impies des hommes d'alors. Les idées abstraites de Socrates, les élucubrations importées de l'Orient sémitique, aidèrent avec puissance à la dissolution des liens moraux et religieux, élaborés et transmis par l'antiquité orphique, pendant une longue suite de siècles.

11 existait alors en Grèce, comme dans nos sociétés modernes , un chancre qui énervait les États : les armées permanentes , formées de mercenaires et constituant des machines compliquées, dévoraient les finances et appauvrissaient les popuiations. Les grands engins de guerre, construits par des artistes, absorbèrent leur génie. Ce fut surtout Démétrios Poliorketes, prince syrien, qui contribua à l'abaissement intellectuel et moral de la Grèce. Après lui, régnèrent ou administrèrent des intrigants, des rhéteurs, des débauchés de tout genre. Gette époque n'était cependant point dénuée de génie ni vide de jouissances, d'activité, de mobilité ni même d'un certain éclat : mais le sérieux, la bienséance, la dignité, l'honneur, la justice, l'estime de soi — tout s'était évanoui, parce que l'esprit et le sentiment qui lient les âmes aux âmes avaient disparu.

A tous ces ferments intérieurs de décadence sociale venait se joindre

l'aclion des Macédoniens, ces Doriens du Nord, amis et soumis aux Perses et aux Achaeménides dégénérés.

Ces vices sociaux influèrent sur l'architecture du temps. La construction de beaux et grands édifices devint de plus en plus rare et plus diflicile. Le goût étant en décadence comme la moralité, les règles séculaires de l'art furent négligées, le caprice, la fantaisie et la mode régnèrent en maîtres, et la magnificence des monuments s'éclipsa en même temps que celle de la Grèce!

Le chapiteau corinthien , composé et développé par un mariage heureux et intelligent des volutes ioniennes avec des formes végétales d'une grande richesse et de beaucoup de liberté, parut vers la Lxxxv'^ olympiade ou kh^ ans avant l'ère vulgaire. 11 n'eut de règles positives et stables que peu à peu. Dans l'origine, on ne l'employait qu'isolé; plus tard, il se répète, mais seulement dans des parties secondaires des édifices. Ensuite on ne le voit exclusivement utilisé que dans les petits monuments commémoratifs. Deux monuments corinthiens grecs seuls sont connus : le petit monument choragique de Lysikrates et la tour des Vents à Athènes.

D'après ces exemples, il parait que l'usage simultané des ordres dorique et ionique fut en partie arbitraire; qu'il ne dépendait que de la prédilection de l'architecte ou de celui qui faisait bâtir, quand il n'était pas déterminé par des motifs de construction. Les colonnes ioniennes étaient choisies de préférence dans l'intérieur des édifices, parce que à cause de leur légèreté elles occupaient moins d'espace et qu'elles étaient assez fortes, assez solides, pour porter les plus légères couvertures. On n'a point rencontré de grands monuments d'ordre corinthien , par la raison sans doute que pour l'entre-colonnement spacieux qu'il demandait on ne trouvait que tivs-rarement des architraves assez longues.

Vitruve^ dit que Callimaque inventa le chapiteau corinthien. En parlant du temple d'Athéné à Tégée , Pausanias ne parle pas de Callimaque : c'est Skopas qui, selon lui, le construisit. Ce monument était d'ordre ionique, hypèthre, les colonnes du bas étaient doriques, celles du haut, corinthiennes. L'ancien temple d'Athéné avait été incendié en 393 avant l'ère vulgaire.

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