Plutarque, De IsiJe et Osirkie
s'élèvent annuellement de 126 millimètres; que le sol actuel oi!i est situé Thèbes a 6 mètres do profondeur. De là, Dolomieu a calculé que ce sol n'aurait pas plus de ^,800 ans d'ancienneté ou 3,000 ans avant l'ère vulgaire. Sur ce point, la tradition historique et l'étude physique sont en concordance. Diodore ' affirme avec raison que l'Egypte était encore sous l'eau lors de la formation de la terre et il ajoute qu'elle a reçu sa population primitive des Éthiopiens : nous avons dit, en parlant des migrations, comment l'Ethiopie avait été peuplée par des races arianes venues du Caucase. Les migrations du Caucase se fixèrent dans les hautes régions situées entre Méroé et Thèbes, qu'Aristote nomme encore la vieille Egypte -. Le siège sacerdotal primitif était incontestablement à Méroé, mais plus tard il fut déplacé et transféré dans une île du Nil, à Philœ, où se trouvait le champ sacré ^; car aux époques de migrations, les prêtres préférèrent, pour des raisons connues, fixer leur séjour et celui des colonies qu'ils conduisirent, dans des îles. Or, tous ces faits se sont passés il y a vingt mille ans; ces hauteurs devaient être très-fertiles et se peupler abondamment en peu de temps. L'Egypte est un pays pour ainsi dire clôturé dans ses limites. Au temps dont il s'agit, le Delta n'existait point, et à la place de la fertile vallée du Nil étaient encore des forêts qui arrêtaient les populations. Toute la civilisation égyptienne primitive était donc concentrée dans la Haute-Egypte et antérieurement dans l'Ethiopie, dont la Nubie était la partie la plus septentrionale . Diodore rapporte 'que « quelques écrivains affirment en outre que les Égyptiens ne sont qu'une colonie éthiopienne conduite par Osiris ^ )> , ce qui veut dire par des prêtres d'Osiris. Ces prêtres étaient des agriculteurs ; Busiris , le nom du fondateur de Thèbes ^, l'indique suffisamment.
La théologie primitive des Égyptiens était savante, son Culte était très-abstrait, de nature à ne pas admettre de temples. Ce ne fut que lorsque s'éleva le dogme du Dieu actif et travailleur, le Démiurge, que les hommes des bords du Nil donnèrent enfin naissance à l'Architecture religieuse qui précéda, comme partout ailleurs, l'Architecture civile. L'époque sans monuments est celle du règne des dieux, c'està-dire du règne de la théocratie gouvernementale, pratique et utile, sans science écrite, sans prêtres autres que les chefs de tribus ou de
L Diodore, 1. m, ch. ni. — 2. Aristote, Météorol., 1. i, ch. xiv.
3. Diodore, 1. i, ch. xxii. — 4. Id., 1. m, ch. m. — 5. Td., I. i, ch. l.
familles. A la longue, la nécessité de défendre le pays contre les attaques d'ennemis du dehors, qui étaient principalement des hordes arabes de l'Orient, avait fait naître un corps de militaires. Alors aussi finit l'âge d'or et les âges d'argent et d'airain allaient commencer. Mais une classe d'hommes, savants par l'observation et l'expérience, s'était aussi formée au sein de la nation pour maintenir l'intégrité des connaissances acquises sur le monde et ses phénomènes , ou loi religieuse. Il arriva un moment où les militaires, abusant comme toujours de leur puissance, ne voulurent plus être soumis et obéir aux hommes supérieurs de paix ou prêtres , et alors un chef militaire, originaire de This, s'érigea en maître d'une portion de la nation au moyen d'une révolution. Il abandonna la Haute-Egypte avçc une partie des guerriers; la masse du peuple, toutefois , restait encore attachée au culte et aux institutions primitifs. Ce chef militaire descendit dans la Basse- Egypte, qui n'était encore qu'un pays marécageux s'étendant jusqu'au Fayoum. La civilisation développée pendant des milliers d'années et apportée de la Haule-Egyple était très avancée; elle était en possession de la plupart des lois du monde : l'étude des monuments, dont l'histoire et l'appréciation doivent incessament nous occuper, nous le prouve de la manière la plus claire.
Pendant une longue suite de siècles, la Haute-Egypte resta sous l'administration des prêtres, qui étaient eux-mêmes chefs de familles et agriculteurs. Le grand collège sacerdotal était établi à Méfoé. L'autorité des prêtres s'étendait jusque sur l'Egypte supérieure qui avait pour captiale Toph, Amonéï ou Thèbes, où se forma, avec les nouvelles connaissances acquises, un autre haut collège hiératique, auquel passa l'autorité de celui de Méroé, qui s'éteignit insensiblement, à mesure que les Égyptiens s'avançaient vers le nord en descendant le Nil.
Ce gouvernement théologique primitif dura , selon Hérodote , 11,600 ans '. Manéthon a 11,985 pour la durée de la première dynastie des dieux. Selon l'auteur égyptien, la fin de la dynastie des mânes demi-dieux a lieu en l'année 2/i,837, formant dix-sept périodes
1. Hercules, dit Hérodote, 1. ii, ch. XLiii, est un dieu très-ancien chez les Égyptiens; et, comme ils le disent eux-mêmes, -il est du nombre de ces douze dieux qui sont nés des huit dieux, 17 ,0(10 avant le règne d'Araasis. •■ Amasis commença à régner en 573. 17,000 plus 573 sont égal à 17p73. Si Mènes commença à régner en 5,702, on aura : 17,573 moins 5,702 ou 11,871. Différence entre Hérodote et Manéthon, 271 ans.
sothiaques de chacune l,/j61 années. Celte chronologie n'a rien d'étonnant ni d'exagéré , si l'on se guide par la raison , la science, par la géologie et la géographie, et surtout par l'art merveilleux déjà déployé dans la conception et l'exécution des pyramides , qui remontent ellesmêmes à Zt,500 et même à 5,000 ans avant l'ère vulgaire, contrairement aux opinions émises dans les livres juifs, dont quelques notions, empruntées aux Babyloniens et aux Égyptiens, ne peuvent nullement éclaircir l'histoire primitive des races arianes.
C'est à Thèbes que se trouvait le grand collège sacerdotal supérieur du culte d'Amon Rha ', l'être suprême et primordial. Dans la suite Memphis fut consacré, avec la Moyenne-Egypte, à Phtha, l'esprit créateur actif, le dieu ou la forme la plus populaire de Dieu chez les Égyptiens; et lorsque la Basse-Egypte, avec le Delta, fut habitée et qu'on y établit une division religieuse et politique, on la consacra à Neith, la sagesse, l'intelligence et l'entendement divins, mère du soleil. Thèbes était la ville religieuse et sacerdotale ; Memphis la ville royale et Héliopolis la demeure du soleil, la ville de la science. Du temps d'Hérodote même, les prêtres d'Héliopolis passaient pour les plus savants de l'Egypte. Manéthon était sacerdote et historiographe sacré d'Héliopolis. L'Egypte était divisée en outre en douze cantons ou districts placés sous la protection d'une des douze divinités, qui n'étaient encore autres que les conceptions des facultés du grand Être suprême. Chaque canton était ensuite subdivisé en trois nomes, placés sous la protection des divinités locales et secondaires. Toutes ces divinités n'étaient que des conceptions de facultés, de qualités ou d'attributions d'Amon. La division politique et religieuse de l'Egypte était donc rationnelle et répondait au gouvernement établi dans le ciel, — l'unité au sommet avec la multiplicité à la base.
Thèbes , la ville sacerdotale, fondée par des prêtres agriculteurs d'Osiris de Méroé, était, avec la Haute-Egypte, sous la protection d'Amon Kneph , l'esprit de l'univers qui avait produit Phtha. C'est à Thèbes que s'établit et se maintint longtemps en s'y développant avec une science profonde, substantielle et pratique, une théologie gouvernementale, politique, morale, civile, d'une influence immédiate sur le^ actes de la vie, théologie qui, de cette ville, s'étendit sur le reste de la vallée du Nil. Cette religion était pratiquée avec un culte solennel, savant, grave, sérieux, gai et joyeux, selon les saisons. Mais la grande