‹ Histoire générale de l'architecture (volume 3)Chapitre 5 sur 298 · Chronique, 1. xv, 18-20; xvi, 5. rhron, 11,1. xvil · texte numérisé non relu

Chronique, 1. xv, 18-20; xvi, 5. rhron, 11,1. xvil

à Bactres ; cette ville était par const'qiicnt la capitale de l'ancien empire sémitique d'Assyrie. Postérieiiremenl, la province d'Assyrie, que dans les temps reculés il faut bien distinguer d'avec l'empire du même nom, est gouvernée par des lieutenants qui, dans ces mêmes époques, sont aussi nommés rois, et qui gouvernent les essaims d'hommes et les princes tributaires de l'occident de l'empire. Ces fonctions de gouverneurs étaient ordinairement héréditaires. Sardanapale (Assardanpal) ' lui-même n'est qu'un de ces gouverneurs. 11 mécontente les peuples d'autre race placés sous son administration, et l'histoire nous apprend qu'il est précisément renversé par une armée envoyée directement de Bactres, siège du gouvernement; cet événement se passa dix siècles avant l'ère vulgaire.

L'histoire de l'Assyrie propre reste obscure jusqu'à Phul, qui fut le premier roi usurpateur et puissant do cette province.

Dans l'histoire primitive, il faut faire deux grandes divisions capitales : la première, celle où les hommes se répandirent de l'Orient à l'Occident, lorsque les continents n'avaient point leur apparence actuelle, lorsque l'Océan et des mers intérieures les couvraient encore partiellement; la seconde, celle où une masse considérable de l'Océan s'est retirée, où les mers intérieures se sont écoulées en laissant à découvert des bassins fertiles et de vastes plaines. Les hommes ont été contemporains de la première époque dont la tradition a conservé de vagues souvenirs, altérés par les siècles et par la mémoire humaine; ils ont été naturellement témoins aussi de la seconde, que des mythes cosmogoniques retracent avec certitude.

Ces époques se rattachent surtout d'une manière particulière au nord-ouest de l'Asie et à l'Europe entière. La vallée du Nil y a aussi un rapport indirect. La migration la plus primitive des hommes de l'Asie en Europe s'est faite par les montagnes : le Taurus, l'Ha-mus et les Alpes. La seconde grande migration, celle dont on trouve des. preuves historiques écrites dans les annales de certains peuples, s'est opérée non-seulement par les montagnes, mais aussi par les plateaux et les plaines.

Il faut, pour comprendre toutes ces migrations primitives de peuples, avoir sous les yeux une carte où soient tracés les cours des montagnes, des fleuves et la cou figuration des anciens continents, tels que la géologie et la géographie les font connaître. Nous joignons donc à

1. C'est le Sardanapale dont parle Hérodote, 1. ii, cli. ci,, et non celui de Diodore.

cette introdiiclion une carte où nous avons donné les indications suffisantes pour montrer la position des différents pays dont l'Architecture nous occupe dans le présent ouvrage.

Voyons maintenant comment l'Asie communicpie avec l'Europe.

Un immense promontoire unit l'Asie presque à l'Europe. Par la masse de ses plateaux élevés, l'Asie Mineure, (|ui forme ce promontoire, porte encore le caractère des contrées occidentales de l'Asie, dont elle n'est en réalité qu'une presqu'île. Dans l'inlérieiir, elle présente un haut plateau massif, inaccessible, d'une température fraîche et où l'air est sec; elle offre des étendues de pays arides, pierreuses, pauvres en courants d'eau , mais où il se rencontre aussi des contrées fertiles en grand nombre, pouvant nourrir des peuples considérables, vigoureux et énergiques.

Ce haut plateau est entouré de montagnes dont la plus haute est le ïaui'us, assemblage énorme de roches qui séparent au sud le centre du pays d'avec les provinces méridionales par un bourrelet élevé offrant des parois gigantesques et abruptes. Vers le nord, sur le Ponl- Euxin, les montagnes s'échelonnent en gradins, en longues terrasses, formant des contrées en festons, les unes en dessous des autres, s'abaissant à mesure qu'elles s'approchent de la mer. A l'ouest l'articulation physique est plus irrégulière et plus diverse. Vers la Propontide et l'Hellespont, le bourrelet général de l'Asie Mineure s'élève et forme des montagnes fécondant de leurs eaux les abondants pâturages de belles vallées : telles que, par exemple, l'Olympe et l'Ida troyen. Du côté de l'archipel, une transition rude, violente et escarpée existe entre le continent et les provinces maritimes de l'Asie Mineure. Une méridienne, tirée de Constantinople à travers l'Asie Mineure jusqu'à la côte méridionale de la Lycie, indique, à peu près, la longitude à laquelle la masse des plateaux se rompt subitement; où le pays ► devient partout fertile pour s'ouvrir en larges et riches vallées fluviales se prolongeant jusqu'à la mer qui, elle-même, vient les entamer par des golfes nombreux. Là commence pour ainsi dire un nouveau monde, une nouvelle nature, un pays totalement différent; on dirait une lisière formée d'une autre étoffe, d'une autre matière, et si l'on voulait différencier les continents par l'apparence du sol, c'est sur cette ligne de démarcation entre le haut plateau et les rivages qu'il faudrait fixer les limites de ces deux parties du monde : l'Asie et l'Europe.

Par son apparence physique particulière, l'Asie Mineure, qui renferme les plus grands contrastes, sans jwuvoir les absorber dans

l'unité, ne s'est jamais prêtée à une histoire d'ensemble ou collective ; mais ses contrées en gradins ont été en lout temps le théâtre d'une histoire parliculière, le siège de certains peuples qui ont su se soustraire à l'empire de l'intérieur de la presqu'île et rester indépendants.

La lisjère occidentale de l'Asie Mineure est formée d'abord par les contrées où se trouvent les embouchures des quatre grands fleuves roulant leurs eaux dans des vallées parallèles : le Maeandre, le Gaistros, l'Hermos et le Caïcos. Dans aucune autre région du globe dans l'antiquité, les richesses de l'agriculture et des pâturages n'étaient alliées si directement aux nombreux avantages d'une sinuosité de côtes aussi remarquable. Le contour de l'Ionie, avec toutes ses anfractuosités et tous ses promontoires, donne le développement de quatre fois son étendue en ligne droite du nord au sud. Au nord et au sud de la presqu'île, cette configuration des côtes n'est pas aussi accentuée : elle ne s'y trouve que par intervalles. Cette similitude de configuration terrestre a fait participer ces contrées d'une manière toute spéciale à l'histoire générale de la Grèce ' sur laquelle l'Asie Mineure a eu une si grande influence, et qui fut le berceau de son Architecture.

On aperçoit sur la carte d'Asie une longue et haute chaîne de montagnes, qui s'étend de l'est à l'ouest, divisant longitudinalement ce pays en deux parties inégales, dont il forme, pour ainsi dire, la charpente générale. La naissance principale de ces montagnes se trouve dans l'Inde septentrionale et en Tartarie; de ce point elles se développent vers l'ouest, le sud et le nord. La chaîne qui s'étend vers le couchant prend plusieurs noms : elle est connue principalement sous la dénomination de mont Taurm; elle se rassemble en Arménie, auprès du Gaucase, où elle fait naître un second système de hauteurs. Le mont Taurus quitte son nom en Asie Mineure, reparaît en Europe, mais divisé et sous d'autres dénominations.

En Europe , les monts Hœmus et les Carpathes , avec leurs prolongements, s'étendent vers les Alpes, point sur lequel ils forment enfin un troisième système. De là, ces montagnes reprennent vers le sud leur course en Italie, sous le nom d'Apennins; au couchant, elles passent en France, et vont aboutir en Espagne. On peut très-justement nommer l'ensemble de cette longue chaîne de montagnes , selon un archéologue allemand, la ceinture historique de la terre, parce que c'est dans sa position, sa course et ses ramifications qu'on retrouve les pre-

L ®viec()ifd)e @cfcî)icl)(c von ©nift C»urtius. î^cvliiii 1857. 1 vol., p. 5 et suivantes.

/,2 • ■ CHAIMTRK PRKMIER.

mières cl les plus anciennes traces de l'iiistoire primitive des iioniiiies.

11 est prouvé aujourd'hui par la science que le globe que nous habitons a été exposé, à différentes époques, à de grandes révolutions physiques, que sa superficie a subi des transformations violentes, et que ses divers climats, ainsi que nous l'avons déjà dit, ont é|)rouvé des changements extraordinaires. Des parties de la croûte terrestre se sont élevées au-dessus des eaux, et des affaissements ont eu lieu en donnant à la surface du globe la configuration que nous lui voyons aujourd'hui. La religion et les traditions des peuples les plus anciens viennent appuyer et confirmer ce que la science a découvert, établi et démontré. Toutefois, il faut ob.server qu'une de ces révolutions en particulier, la dernière sans doute, est prise pour la création du inonde, et qu'on lie à ce grand événement le commencement de l'histoire du genre humain qui peut néarnnoins lui être antérieur.

Pendant la dernière révolution du globe, il y a eu de grandes inondations partielles,, qui ont fortement modifié sa superficie. Sur des points divers, au contraire, les eaux se sont retirées ou écoulées, et ont mis à sec de grandes étendues de terre. Pendant ces bouleversements, il s'opéra naturellement des changements dans le climat de certaines contrées; c'est ce qu'enseigne l'histoire naturelle. Elle nous apprend, en effet, qu'on rencontre fn-quemment, sur la côte .septentrionahî de la Sibérie, et à très-peu de iirofondcur dans la terre des ossements d'éléphants; elle montre encore, dans d'autres pays du nord, des palmiers et divers autres arbres pétrifiés, qui ne croissent que dans des climats chauds. Il faut donc qu'une autre température, ([u'un climat plus doux ait régné dans ces contrées boréales, ])our que les animaux et les plantes qu'on y trouve aient pu y vivre'.

La configuration actuelle de la Méditerranée a conservé les ti\aces d'une division antérieure en trois bassins fermés, voisins l'un de l'autre. Le bassin de la mer Egée est l)orné au sud par l'arc de cercle que forment, en partant des côtes de la Carie, les îles de Rhodes, de Crète et de Cythère, et qui vient aboutir au Péloponnèse, non loin du cap Malée.Plus à l'ouest est la mer Ionienne, ou bassin des Syrtes,

1. " On a recueilli à Pikerli, près d'Athènes, des ossements fossiles d'éléphants, de rhinocéros, d"antilopes et de girafes; ces débris d'animaux africains étaient empâtés dans l'argile rougeâtre qu'on retrouve encore sur les rivages de l'Afrique, preuve qu'un temps a existé où la Grèce tenait à ce continent, ainsi qu'elle tenait à l'Asie Mineure. Les nombreuses îles de la Méditerranée orientale sont comme les témoins laissés au milieu des flots de cette antique union des continents. •• Histoire grecque, par V. Duruy, 1856, p. 2, note.

qui renferme l'île de Malte; la pointe occidentali! de la Sicile n'est distante que de 89 myriamètres des côtes d'Afrique. Le bassin de la mer Tyrrhcnienne reçoit les flots de l'Océan, qui pénètre à travers le détroit de Gibraltar : dans ce bassin sont compris la Sardaigne, les îles Baléares et le petit groupe volcanique des Columbrates espagnoles.

Au rapport de Strabon, Straton, pbilosopbe péripatéticien du commencement du ni^ siècle avant l'ère vulgaire, prétendait que le Pont- Euxin n'avait pas eu d'écoulement autrefois auprès de Byzance, que les fleuves qui s'y jettent en auraient seulement produit un par la violence, au moyen duquel les eaux se seraient versées dans la Propontide et dans l'Hellespont. Le même fait aurait eu lieu pour la Méditerranée. L'ouverture auprès des colonnes d'Hercules am^ait été produite avec force par la masse d'eau augmentée par les tleuves. Par l'écoulement des eaux auraient paru des points qui étaient submergés auparavant ^

Dans le poëinc du voyage des Argonautes, il est dit que (( Neptune, à la sombre chevelure, irrité contre son père Saturne, frappa la Lyctonie de son trident d'oi'. » La disparition de la Lyctonie désigne une grande inondation qui aurait envahi cette contrée.

Suivant Diodore, certains écrivains adii-ment que, dans le commencement de la formation du monde, l'Egypte, au lieu d'être un pays de terre ferme, n'était qu'un(^ mer; mais que le Nil y aurait amoncelé le limon charrié par l'Ethiopie avec ses eaux ^.

On sait à quoi s'en tenir sur les alluvions c|ui auraient entièrement formé le Delta et une partie de la Basse-Egypte. Ce qui est plus probable, c'est que, lorsque la Méditerranée n'était point encore en communication avec l'Océan, elle recevait constamment, sans les perdre, les eaux des grands fleuves qui s'y versent; elle avait un niveau plus élevé qui couvrait par conséquent les contrées basses, telles que celles de l'embouchure du Nil, où la mer formait un assez grand golfe, comme on peut le voir sur le tracé de notre carte.

A l'appui des observations faites et constatées par la science, interrogeons l'histoire et adressons-nous aux écrits sacrés des peuples les plus anciens, ceux de l'Asie centrale. Dans le Zend-Avesta, il est dit qu'Airjanem Vaêgo fut le siège primitif du peuple zend, c'est-à-dire du grand peuple qui habita dans la suite la Soghdiane, la Bactriane, la Médie et la Perse. Là, Ormouzd rassembla d'abord des êtres vivants,

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