‹ Histoire générale de l'architecture (volume 3)Chapitre 40 sur 298 · Voyez Journal des Savants, août 1843, p · texte numérisé non relu

Voyez Journal des Savants, août 1843, p

2. Nous sommes d'un avis diamétralement opposé à celui de M. Quatremère de Quincy, qui prétend que le bois n'entra jamais pour rien dans les éléments dont se forma l'Architecture égyptienne. P. 26 de V Architecture égyptienne.

av. l'ère vulg. ) , le constructeur de la 3« pyramide de Gizeh. On trouve encore des imitations de ces constructions en charpenterie dans la décoration de quelques tombeaux situés auprès des pyramides de Gizeh et qui leur sont presque contemporaines. On voit la parfaite imitation de la charpente dans le petit monument vulgairement appelé sarcophage de Mykérinos.

Ce fut, comme chez tous les autres peuples, de ces constructions primitives et particulières que les Égyptiens imitèrent dans la suite l'ensemble et 'les parties de leurs temples et de leurs palais , en modifiant toutefois avec talent les détails, pour les approprier à la nature de la matière dure qui remplaça la terre et le bois.

La pièce supérieure transversale du châssis dont nous avons parlé plus haut fut l'origine du gros tore employé dans les monuments en pierre. La couverture en joncs ou en roseaux avec sa saillie donna naissance au reglet ou bandelette, partie supérieure de la corniche. Ce qu'on pourrait appeler la frise, c'est-à-dire l'étendue formée par l'extrémité apparente des solives, fit naître la gorge de couronnement de tout monument de pierre ég\'ptien. Ces mêmes extrémités apparentes de solives ont été imitées dans la pierre, ainsi qu'on peut le voir aux piliers de Météharra, qui datent de la vi^ dynastie. Aux hypogées de Béni-Hassan , ce sont plutôt des chevrons que des poutres ou solives qu'on a voulu représenter. Mais ces hypogées n'en sont pas moins en général une réminiscence de la construction en bois. L'espèce d'entablement formé par les extrémités des solives et la toiture, converties en gorge avec bandelettes, était d'abord très-simple ; mais peu à peu on donna plus d'élévation à la gorge et plus d'épaisseur à la bandelette, et l'ensemble de cet ajustement devint en même temps plus saillant. Le peu d'élévation de la corniche primitive n'en marque pas moins l'ancienneté des édifices où elle est observée. Elle ne fut considérablement augmentée que sous le règne des Ptolémées, ainsi qu'on peut le voir aux édifices d'Ombos, d'Edfou, d'Esneh, de Denderah, etc. Le galbe de cette gorge paraît avoir été emprunté, ainsi que celui du chapiteau campané ou cloche renversée, à la fleur du papyrus, la plante favorite et pour ainsi dire nationale des Égyptiens.

On n'employait point de membre architectonique en dessous du gros tore primitif du châssis dont il a été parlé. Les constructions primitives étaient de petite dimension, et l'on ne connaissait point encore les piliers ni les colonnes ; mais aussitôt qu'on s'en servit, une architrave fut placée entre le tailloir des piliers ou des colonnes et le

tore. Cela n'eut lieu que lorsqu'on éleva des monuments en pierre aux divinités. Alors aussi l'Architecture proprement dite prit naissance. Antérieurement, il n'existait de la bâtisse qu'à l'usage des particuliers.

Si l'origine de l'architecture égyptienne dérive de la construction en terre, brique et bois, on aperçoit que l'ornementation des monuments primitifs est empruntée aux divers dessins employés dans les nattes fabriquées avec des fdaments de bois et d'écorce d'arbres. Cette ornementation est toujours rectangulaire dans tous ses détails; on y trouve le chevron, le damier, le méandre ou grecque, les étoiles. Plus tard on introduisit dans la peinture et les étoffes la ligne courbe, le cercle, les guilloches, les enroulements ou volutes, etc., etc. On développa postérieurement les divers éléments de cette ornementation primitive, qui n'était pas uniquement due au caprice, mais qu'une imagination saine et brillante métamorphosa à l'infini, en se servant toujours d'éléments mathématiques qui entrent tout naturellement dans la confection des nattes et des tapis.

Le soleil ardent de l'Egypte exigeait des habitations où l'on pût trouver de la fraîcheur. Il fallait des murs et des toits épais, des fenêtres ne recevant qu'indirectement les rayons du soleil. La nature des matériaux de construction en Egypte porta les architectes à couvrir les salles d'immenses et épaisses dalles supportées par des colonnes ; ces dalles demandaient de leur côté des masses verticales capables de les soutenir dans l'espace. De là, l'épaisseur des murs et le diamètre considérable des colonnes. Indépendamment des pièces destinées à l'économie domestique, des chambres d'habitation, des salles d'honneur et de grande réception, il fallait des lieux aérés et cependant abrités de la chaleur où l'on put se tenir et se promener. C'est ce que les architectes égyptiens réalisèrent au moyen de la construction de vastes galeries couvertes, sous lesquelles on jouissait de tous les avantages du plein air sans être exposé aux inconvénients des pays chauds, où le soleil ne cesse en auctme saison de darder ses rayons ardents. Comme il n'y a point de pluie en Egypte, les toits n'avaient pas besoin de rampants et ils étaient effectivement plats comme une terrasse.

Comme dans toutes les civilisations arianes de l'antiquité, la femme était très -respectée chez les Égyptiens; elle n'était en contact direct qu'avec ses plus proches parents mâles. En Egypte, comme en Grèce, le palais et la maison avaient leur gynécée, partie habitée par les

femmes, et où n'ontrail que le mari. Les palais d'Egypte étaient tons entourés de hautes murailles, et ils étaient bâtis, comme chez les peuples de race ariane en Asie, sur une terrasse artificielle taillée en partie dans le roc, ou formée de terre et entourée d'un mur d'appui et de soutènement presque toujours en briques cuites au soleil. Cette terrasse était autant que possible quadrangulaire. Une telle disposition du sol ajoutait à l'effet des monuments et témoigne du goût de ceux qui l'imaginèrent.

DES STYLES DANS l' AR CHITE CTU RE ÉGYPTIENNE.

Les monuments égyptiens peuvent se classer chronologiquement selon les supports carrés verticaux ou piliers et les colonnes qu'on y a employés. On peut en former des ordres, à la vérité un peu arbitraires, parce que les monuments offrent de grandes variétés. Le plus ancien ordre ou style qu'on retrouve encore dans les hypogées ou tombeaux, seuls monuments que les Hyksos ont respectés quand ils devinrent maîtres de l'Egypte, a des piliers carrés. Tels sont ceux des hypogées de Météharra, ornés d'une tige couronnée d'une touffe de fleurs de lotus. Ces hypogées datent de la sixième dynastie (elle régnait de /t/400 à /|200 avant l'ère vulgaire).

Ce que l'on pourrait appeler le second style ou ordre est déterminé par des piliers octogonaux, tels que ceux des tombeaux de Beni- Hassan, et par des colonnes à quinze cannelures, avec bande plane à la place de la seizième, des hypogées du même lieu. Le troisième style ou ordre est donné par les belles colonnes à faisceau imitant des tiges de plantes réunies, liées ensembles au sommet, et ornées de fleurs en bouton qui forment le cliapiteau. (( Ce sont, selon M. Prisse, les premiers spécimens des élégantes colonnes qui jouent un rôle important dans les monuments de la xvni*' et xx^ dynastie. » On les retrouve avec un fût circulaire et d'une seule tige à Karnac, à Louqsor, à Médinet-Âbou , à Kourna, etc. Le quatrième style est celui où la colonne est couronnée d'un chapiteau en forme de campane ou de cloche renversée, imitant la fleur épanouie du papyrus, telle qu'on la voit dans le temple de Khons, à Karnac ; ce chapiteau commence à jouer un grand rôle dans l'Architecture à partir de la xix^ dynastie. Le cinquième ordre se reconnaîtrait à la colonne couronnée d'un chapiteau composé de feuilles de palmier, comme on en voit au grand temple

de l'île de Philae, aux temples d'Edfou, d'Antéopolis, etc. Le sixième ordre se reconnaîtrait également aux chapiteaux à tête d'Hathôr, tels qu'on peut en voir aux temples de Denderah et de Kalabsché. Le septième style est un ordre composite, offrant des chapiteaux de formes diverses, composés de la fleur de lotus épanouie, surmontés de têtes d'Hathôr, ensuite d'un petit édifice et d'autres formes variées. Une huitième catégorie serait celle où l'on voit les piliers osiriaques, ou avec statues représentant le roi sous la forme d'Osiris, comme on en trouve au temple de Phré à Abou-Sembil, à Karnac, etc. Ces piliers commencent à décorer les édifices égyptiens sous la xviii^ dynastie et sont fréquemment employés sous les règnes des Pharaons de la xix" et xx« dynastie, et même sous la xxvi® (M. Prisse ). Souvent aussi le pilier carré est orné d'un monstre représentant Typhon.

Il est à remarquer qu'un des caractères essentiels de l'architecture égyptienne consiste dans l'inclinaison ou obliquité extérieure des murs. On observe une règle rigoureuse de statique et de force dans la colonne égyptienne. Elle forme un cylindre parfait depuis sa base jusqu'à son tailloir ; le renflement inférieur de son chapiteau et de sa base est placé en dehors de ce cylindre. Notre figure explique mieux cette particularité que nous ne pourrions le faire dans le texte. Les deux lignes ponctuées AB, CD, indiquent les limites du cylindre qui sert de noyau au fût de la colonne.

Quelle que soit la différence qui existe entre les colonnes égyptiennes de divers âges, il n'en est pas moins clair qu'elles ont emprunté Tune de l'autre et que l'on observe dans leur série un développement méthodique et graduel. Le support carré ou pilier est incontestablement le plus ancien. Mais il ne fut pas abandonné pour la colonne cannelée, sculptée ou peinte. On retrouve le pilier carré employé dans des tombeaux, dans des péristyles, postérieurement à la création de la colonne cylindrique. Il repose fréquemment sur une base ou plinthe; mais il n'a ni chapiteau ni tailloir. L'origine de la colonne polygonale est due à l'abat-

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