‹ Histoire générale de l'architecture (volume 3)Chapitre 56 sur 298 · L. V, di. XI · texte numérisé non relu

L. V, di. XI

afin qu'ils n'aient pas les moyens d'entretenir une force armée, et que, réduits tous les jours à travailler pour vivre, ils n'aient pas le temps de conspirer. Telle fut la cause politicpie qui a fait construire les pyramides d'Egypte, etc. Le but de tous ces monuments était de tenir le peuple pauvre et occupé. »

Voici maintenant les paroles d'un auteur romain, compilateur assidu qui nous a conservé d'inappréciables renseignements, mais qui est souvent faux dans ses réflexions. «Parlons en passant, dit Pline', 'des pyramides de cette même Egypte, démonstration vaine et insensée de la richesse des rois. Le seul motif qui leur a fait élever ces monuments, disent les uns, fut la crainte d'abandonner leurs trésors à leurs successeurs ou à leurs rivaux, et, selon d'autres, de laisser le peuple dans l'oisiveté. La vanité de ces hommes était grande sous ce rapport ; il existe un grand nombre de pyramides qui ne sont que commencées, etc. » Après avoir cité douze auteurs qui se sont occupés des pyramides, et qui ne sont pas d'accord entre eux sur les auteurs de ces ouvrages, Pline dit que les « noms de ceux-ci ont péri par une juste punition d'une telle vanité. » Les Romains ont cependant été le peuple le plus vain qui ait existé dans l'antiquité.

Si l'on possédait encore les ouvrages perdus d'Hécatée de Milet, contenant ses voyages où puisa Hérodote, ceux d'Hécatée d'Abdère qui s'occupa de la philosophie égyptienne, ceux d'Eudoxe de Cnide, ceux d'Archimachos d'Eubée, ceux de Phylarque, du péripatéticien Dinon, de Mnaseas, d'Hellanicus de Milet ou de Mitylène, d'Aristo, d'Hermeas, d'Anticlides et de beaucoup d'autres cités par Plutarque, pertes à jamais regrettables, on n'aurait pas tant de peine à reconstituer la théologie égyptienne, qui est d'un si grand secours pour l'histoire des monuments, 11 est un fait remarquable et auquel on n'a point fait attention, c'est que tous les ouvrages importants, spéciaux et savants, sur la théologie de l'antiquité, ont disparu, détruits soit par le fanatisme, soit par la profonde ignorance des sectes qui ont embrassé les idées religieuses des Sémites.

De plus, si nous possédions encore les otivrages écrits sur les pyramides par Euhemeros, Duris de Samos, Aristagoras, Dionysios, Artémidore, Alexandre Polyhistor, Butoridas, Antisthènes, Démétrios, Démotèles et Apion, on n'aurait pas eu tant de peine à prouver la destination de ces édifices, et on n'aui'ait pas inventé une foule de sys-

l. Pline, Histoire nalurelle, I. xxxvi, cli. xvii.

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tènies et d'InpoUièsos tivs-iDgéniciix sans doute, mais foncièrement faux.

Le grand nombre d'ouvrages écrits dans rantiquité sur les pyramides prouvent rim[)ortance qu'on donnait à ces monuments dès cet âge. Un fail qui vient encore concourir à prouver que les pyramides étaient réellement des temples et non des tombeaux, c'est qu'il y avait une pyramide élevée auprès du labyrinthe. C'était à l'angle où Unissait le labyrinthe, dit Hérodote, que s'élevait une pyramide de cinquante orgyies (92 mètres), sur laquelle on avait sculpté en grand des figures d'animaux; on s'y rendait par un souterrain. A côté d'un palais national, destiné aux assemblées législatives générales, était placée cette pyramide- temple. Cela était tout à fait dans le génie du peuple ég^'ptien éminemment religieux. La xn^ dynastie continuait à bâtir les monuments sacrés dans les formes pratiquées par la iv% à l/jSO années de différence.

Comme on avait converti les plus anciennes pyramides en tombeaux de rois, on fit de celle qui dépendait du labyrinthe le tombeau d'Aménemhé III, fondateur du palais en question. Pline dit que le labyrinthe avait été élevé 3600 ans avant son temps. La date qu'il lui assigne n'est pas éloignée de la vérité.

Toutefois, il n'est pas impossible qu'Aménemhé 111 ait été inhumé dans le temple bâti à proximité du palais des états généraux qu'il avait fait élever. C'est ainsi qu'on pouvait encore honorer après sa mort le prince qui était l'auteur d'une foule d'institutions populaires et nationales.

Un auteur grec du n*' siècle avant l'ère vulgaire, mécanicien célèbre et amateur d'architecture, qui visita l'Egypte sous les Ptolémées, nous a conservé un renseignement unique concernant le revêtement des pyramides. Philon de Byzance nous apprend que les Égyptiens avaient employé à la construction de ce revêtement les matériaux les plus précieux, tels que le porphyre, le marbre blanc, le basalte, le granit, et le vert antique, disposés de manière à former des zones de plusieurs couleurs, plus ou moins larges. Cet auteur est le seul qui parle de la polychromie du revêtement des pyramides. D'après le passage de Philon, il est assez difficile de deviner la combinaison des zones. Comme le porphyre se trouve en Egypte, la plus grande partie des zones en question devait se composer de cette matière. Le marbre blanc, le basalte et le vert antique, matières précieuses étrangères à l'Egypte, ont sans doute été employés avec sobriété. Peut-être la pyramide

avait-elle cinq zones àç. povphxjre séparées les unes des antres par des filets de basalte, eux-mêmes enveloppés de filets bhuics, Iccpiel blanc était séparé du porphyre rose par des filets de vert antique.

Mais si les sommets des obélisques étaient dorés et surmontés d'une sphère également dorée, représentant Amon, le principe des quatre éléments, il n'en était point ainsi du sommet des pyramides. On sait positivement par quelques monuments égyptiens de peinture, que le sommet des pyramides est figuré en noir. Ce sommet noir est l'image la plus fidèle de la théorie de la création telle qu'elle existait chez les Egyptiens : ils se figuraient l'être primordial comme étant une réunion obscure des quatre éléments qui se séparèrent lors de la création. Dans le dialogue d'isis avec Horus, il est dit littéralement ce qui suit de la création : a II s'opéra une séparation du sein de l'union qui était encore dans les ténèbres ' . »

Le revêtement était poli, luisant, ce qui empêchait le sable de s'y fixer, et. ensuite ce poli donnait de loin, et de tous côtés, un brillant excessif à la pyramide , qui la faisait distinguer à grande distance, comme il convenait à un monument du culte.

Nous avons dit que les pyramides sont toutes situées sur la rive occidentale du Nil : c'est sur cette rive que sont aussi placés certains tombeaux et les cimetières des villes égyptiennes. S'il y a une exception à la règle à Météharra et à Boni-Hassan, c'est que les montagnes libyques en étaient trop éloignées. En thèse générale, il ne devait pas y avoir de tombeaux sur la rive orientale qui, avec ses obélisques, était consacrée à Osiris, le soleil, le principe générateur, le principe vivifiant.

La pyramide montée jusqu'à son sommet en gradins ou degrés, on commença à poser le revêtement par le haut; c'est ce que la tradition apprit à Hérodote. (( On commença donc par revêtir et perfectionner le haut de la pyramide ; de là on descendit aux parties voisines et enfin on passa aux inférieures et à celles qui touchent la terre -. »

Cinq mille sept cents ans avant l'ère vulgaire, Menés quitta la Haute- Egypte et vint fonder dans la Moyenne la ville de Memphis. Il y éleva un temple à Phtha, le démiurge égyptien. C'était le même dieu qu'Amon : une personnification d'une de ses facultés. Le culte de Phtha devint plus populaire parce qu'il était plus compréhensible. Sept siècles plus tard, Souphi ou Suphis, le Chéops d'Hérodote et deuxième roi

1. Voyez sur ce sujet l'opuscule cité de M. Aug. Gladisch, et les pages 124 et suivantes du présent ouvrage.

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