‹ Histoire générale de l'architecture (volume 3)Chapitre 7 sur 298 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

M 1 G n A T I 0 N s DES PEUPLES.

Un fait (ligne de reinacqtie, c'est que. les liuniines ont suivi dans leurs migrations le cours du soleil, la direction de l'est à l'ouest. L'Europe a été peuplée par l'Asie, et l'Europe à son tour a, dans des temps récents, formé des États en Amérique. Du haut des plateaux dominés au sud-ouest par l'Himalaya, les hommes se sont en quelque sorte refoulés les uns les autres dans une même direction vers l'Arménie et le Caucase. Là, sur cet autre plateau, au pied des monts que nous venons de nommer, ils formèrent une autre agglomération, où le climat et la fertilité du sol leur promettaient un séjour au moins agréable. En tenant compte des découvertes récentes de la philologie, il n'est guère possible d'admettre que les Arians aient traversé des contrées entièrement inhabitées à mesure qu'ils s'étendirent de l'est à l'ouest. Toutes les régions par lesquelles ils passèrent ont dû être occupées par une variété quelconque de l'espèce humaine, soit par des tribus dites aborigènes (nègres?), dont rien de certain n'est encore connu aujourd'hui, soit par des peuples appartenant à la race tatare de l'extrême orient de l'Asie, soit par des races dites sémitiques de l'extrême occident du même continent. Toutefois, il n'y a nulle apparence qu'une grande nation, habitant l'Asie centrale ou occidentale, ait été en état de résister à leur envahissement ; car, jusqu'à présent, on n'a découvert nulle trace d'une telle nation ni aucun vestige d'une langue non ariane, à l'exception des dialectes tatars et des langues sémitiques. 11 est constaté aujourd'hui, au contraire, d'une manière positive, surtout par les remarquables travaux anglais et allemands sur la philologie comparée et sur l'ethnologie, que l'Asie occidentale

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a été peuplée priiiiilivement par des Tatars, longtemps avant que les races arianes et sémitiques y eussent fait leur apparition '. 11 est prouvé, par des études philologiques, que la seconde langue de l'inscription de Bisoutoun appartient aux Tatars, et qu'elle se rapporte à la famille ougrienne des langues. Comme elle est la troisième en importance sur les monuments achaeménides, il s'ensuit qu'elle a dû être extrêmement répandue encore dans l'empire des Perses. 11 est impossible d'admettre qu'elle n'aurait appartenu qu'aux Sakes, habitant l'Orient, et qu'aux restes des Scythes nomades qui inondèrent la Médie en l'année 63^ avant l'ère vulgaire, quand bien même ces Sakes et ces Scythes nomades auraient appartenu à la même nationalité que les Tatars sédentaires du centre du pays. L'élément tatare dans l'ouest a dû être infiniment plus puissant qu'il n'aurait pu le devenir par une semblable origine. 11 faut donc l'admettre comme constituant la populaiinii piiiiiiiive de ces contrées asiatiques, occupées plus tard par les Arians. MM. Norris et Rawlinson sont en outre d'accord sur ce point que l'écriture cunéiforme a primitivement appartenu à la langue tatare. Il s'ensuit qu'il faut rapporter une partie de la civilisation babylonieime et assyrienne à l'action des Tatars. On est donc encore induit à admettre, et non sans de bonnes raisons, une domination tatare primitive, anté-historique, qui s'étendait depuis la mer Caspienne jusqu'à l'Océan indien.

En analysant sans préjugé les traditions des Grecs, en les distinguant de leurs mythes héroïques, on y trouvera les vestiges de la croyance à une domination tatare en Asie, à l'aurore des temps historiques. Cette domination est prouvée par l'existence d'une religion particulière, qui consistait probablement dans le culte des éléments, principalement du feu et des corps célestes. Cette religion était en opposition avec l'idolâtrie pratiquée par une autre race d'hommes. Un nom propre, celui de Zoroastre, était spécialement attaché à cette religion, nom que les

1. Les Parétacéniens (Hérodote, 1. i, cli. cil étaient les restes d'un grand peuple pi-imitif et demeurés libres, qui habitèrent la majeure partie de Tlran postérieur et plus' particulièrement les contrées est et sud du grand désert Salé, et dont la masse avait été soumise par des conquérants arians. Ils s'adonnèrent à l'agriculture et à l'industrie pour les vainqueurs, comme les Romains des provinces furent forcés de le faire pour les conquérants germains. Ces Parétacéniens d'Hérodote étaient des Tatars.

Au nombre des peuples que rassemble Déjocès, sont comptés les Parétacéniens. Selon M. Rawlinson, Déjocès serait identique à Astyages , Ashdahak en arménien, Ajis Dahaka en persan , le serpent vorace, le sei-pent qui mord, qui dévore ; il serait la personnification de la Médie. Déjocès serait un nom dynastique ; il désignerait une époque de rois médiques dont les noms seraient inconnus.

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Grecs ont traduit par « adorateur des astres ». Toutes les fois qu'on rencontre dans l'histoire des faits qui se rapportent au culte des éléments pratiqué par les premiers Tatars primitifs qui ont précédé les idolâtres sémitiques, on y rencontre une analogie directe avec la doctrine d'un Zoroastre primitif. La confusion qui prévalut chez les Grecs par rapport à l'âge de ce personnage , s'explique probablement par la double période de la prépondérance des idées religieuses que ce nom représentait, c'est-à-dire par l'existence d'un culte des éléments, antérieur à la fondation d'une domination sémitique, et par la restauration de ce même culte, ou tout au moins d'un culte qui s'éleva avec le même nom sous les Achaeménides, après que les doctrines sémitiques eussent été prépondérantes pendant une période de dix-sept siècles. Quoique Justin semble distinguer entre la soumission des Tatars et la guerre de Ninus avec Zoroastre, et bien que le dernier de ces noms soit remplacé par celui d'Oxyartès dans les extraits de Ktésias, conservés par Diodore, la soi-disant guerre bactrienne ne fut autre que la conquête et la soumission des Tatars par les Sémites babyloniens. Bérose lui-même désigne par Ha^resionym de Zoroastre la dynastie médique qui fut chassée de la Babylonie dans le xxn'' siècle avant l'ère vulgaire.

L'âge donné par les auteurs anciens à Zoroastre répond bien au commencement historique de la domination des Tatars dans l'Asie occidentale, bien que cet âge ait souvent paru arbitraire ou chimérique. Xanthos de Lydie, qui écrivait vers 470 avant l'ère vulgaire, dit que de Zoroastre à l'expédition de Xerxès en Grèce il s'est écoulé six cents ans. Eudoxe et Aristote, cités par Pline, plaçaient Zoroastre six mille ans avant la mort de Platon. Hermodore prétendait, dans le Trailè des Sciences, que le premier d'entre les mages, le Perse Zoroastre, était antérieur de cinq mille ans à la prise de Troie : Hermippe de Smyrne avait la même opinion. Selon Plutarque, Zoroastre vivait également cinq mille ans avant la guerre de Troie. Bérose, l'historien national de Babylone, qualifiait Zoroastre de roi des Mèdes, et le plaçait en tête d'une dynastie médique, qui, selon son système chronologique, aurait régné sur Babylone aoant les Chaldéens, vers 2200 et 2000 avant l'ère vulgaire. Pline dit que le juif Moïse fonda une école de magie plusieurs milliers d'années après Zoroastre.

M. Rawlinson pense que les Tatars zoroastriens primitifs sont identiques avec le Nimrod des livres juifs. Dans la Genèse, le nom de Nimrod représenterait les habitants primitifs de la Babylonie ou de

Dsaanar, antérieurs à l'invasion dos ScMiiitcs : alors cette population primitive (piilla la Babylpnie, remonta vers le nord et alla fonder INinive. Arislote, cité par Diogène de Laërfe, assin'ait, au premier livre de la Philosophie, que les mages étaient plus anciens que les Égyptiens; Justin fait de Zoroastre un contemporain de Niniis.

Si, comme le dit Justin, la domination des Scythes (Tatars) dura pendant les quinze cents ans qui précédèrent Ninus ou le règne des Sémites, on arriverait alors à trois mille six cents ans avant l'ère vulgaire. Ces époques reculées ne doivent pas surprendre quand on se rappelle la date de la fondation de la grande pyramide de Gizeh, qui date de /jOGO ans avant l'ère vulgaire, et que l'on tient compte ensuite de l'esiirit anti-social et destructeur des Sémites qui anéantirent jusqu'aux derniers vestiges de la civilisation qui a dû les précéder. Qu'on songe seulement à ce que les Hyksos firent en Egypte !

Les cinq cent vingt années de domination sur la Haute Asie données par Hérodote * aux Assyriens, n'infirment en rien ce que nous avons dit plus haut. Cette période correspond à la durée de la domination assyrienne sur Babylone, portée à cinq cent vingt-six ans par Bérose. Si l'on admet comme point de départ d'Hérodote la première année de la S/i*" olympiade ou hhh avant l'ère vulgaire, on obtiendra l'année 1278 pour le commencement de la domination assyrienne, et l'année 758 pour la révolution médique. Selon Bérose et le canon de Ptolémée, le commencement de la prépondérance assyrienne, qui a duré 526 ans, serait en 1273 et sa fin en 747 avant l'ère vulgaire. 11 est impossible d'avoir une concordance plus exacte malgré l'incertitude du point de départ.

Cette période de la puissance assyrienne, fixée par ces calculs à douze siècles et demi avant l'ère vulgaire, n'est probablement que le commencement de celle qu'elle a exercée sur l'Asie occidentale et qui fut couronnée en dernier lieu par l'agrandissement de la ville de ^iinive, fondée antérieurement par des Tatars. Cet agrandissement fut comme la clef de voûte de l'œuvre d'un grand et puissant conquérant fondateur d'un empire considérable et affermi. La domination et la civilisation assyriennes ont été sans aucun doute antérieures de douze siècles et demi à l'ère vulgaire, car ce n'est pas dans l'espace de quelques siècles seulement que, dans ces contrées et au sein de tels peuples, l'art a pu arriver au point de développement et de gran-

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