‹ Histoire générale de l'architecture (volume 3)Chapitre 8 sur 298 · Hérodote, 1. i, cti. c.kv · texte numérisé non relu

Hérodote, 1. i, cti. c.kv

deiir que nous retrouvons dans les palais de Ninive avec leurs étonnantes sculptures. Sans aucun doute les Sémites, qui s'étaient emparés de l'empire assyrien, en avaient été chassés antérieurement à 1250 avant l'ère vulgaire ; car l'esprit sémitique est l'antipode de l'art réel et vrai. Les monuments d'architecture et de sculpture de Ninivc nous offrent des œuvres d'wn grand caractère, d'un mérite incontestahle; ces œuvres sont d'autant plus remarquables qu'elles se l'approchent, jusqu'à un certain degré, de l'art égyptien, et que, de plus, elles ont servi de type à l'art de l'Asie Mineure qui, de son côté, est le père de l'art grec européen. Ces types primitifs de Ninive n'ont pas été créés, à coup sûr, par les Sémites. L'histoire entière de l'art nous montre l'inaptitude de cette race dans l'exercice de cette branche des facultés intellectuelles ; ces types ont été évidemment conçus et exécutés par des races croisées d'Arians et de Tatars, ces dernières ayant précédé dans ces régions les races sémitiques, qui, à leur tour, furent bientôt subjuguées par la race ariane. C'est ce mélange de races et de nationalités, d'un autre côté, qui a été le germe de la décadence de l'empire d'Assyrie au moment même de sa plus grande splendeur et de sa plus haute puissance. En effet, deux éléments très-opposés par la nationalité et par la religion, ennemis même l'un de l'autre existaient dans cet empire; à l'est et au nord-est vivaient des peuples de races trèsdiverses, parmi lesquels on reconnaît d'une manière certaine des Arians et des Tatars ; à l'ouest, au contraire, séjournaient comme nomades, des races sémitiques.

Reprenons maintenant les Tatars de l'Arménie et du Caucase au point où nous les avons laissés. De ces contrées ils descendirent naturellement dans la Mésopotamie et dans les vastes déserts de la Syrie. De là, ils passèrent dans l'île de Chypre et en Sicile, puis dans la France méridionale et en Ibérie. Cette direction est clairement déterminée par les auteurs anciens qui parlent des temps historiques primitifs. La langue basque moderne atteste aussi l'origine tatare des Ibères. Au pied du Caucase, il y avait une Ibérie et une Albanie qu'on retrouve également en Grèce et en Espagne : ce mot d'Ibérie était probablement le môme que celui d'Abar ou Avar, qu'on retrouve dans toutes les migrations des Tatars. M. Rawlinson pense « que le grand torrent tatar qui de l'Asie Mineure passa en Europe était tyrrhénopélasgique, » et il renvoie aux anciens Étrusques et avec réserve aux Schypétars modernes, comme une preuve des rapports ethnologiques entre les colons primitifs. (( En vérité, dit-il encore, l'ensemble de la

nation illyrienne, (les Macédoniens, les Épirotes ainsi que les Albanais) a pu appartenir à la vraie famille tatarc et distincte des Hellènes-Arians. Les Pélasges étaient selon toute probabilité des Tatars- Arians, comme les Étrusques étaient des Tatars-Sémites ; etj dans cette distinction du caractère complexe d'un élément barbare, qui prévalut respectivement dans le grec et dans le latin, nous devons peut-être voir le motif de la prédominance du sémitisme dans la dernière de ces deux langues, comparée à la première. »

Toutes ces migrations primitives dans une direction sud-ouest ont été accomplies par les Asiatiques à l'époque où l'Asie nord-ouest et l'Europe septentrionale n'avaient point encore leurs formes actuelles. L'Océan qui couvrait alors la Russie méridionale venait baigner le pied des montagnes qui forment le bourrelet nord de l'Iran. Le golfe Persique était plus profond qu'il ne l'est aujourd'hui. La Hongrie actuelle formait un vaste lac intérieur. De grands cataclysmes modifièrent plus tard cette partie de la terre.

Lorsque des perturbations géologiques, des soulèvements partiels sur la croûte terrestre se furent opérés, la migration des peuples prit des directions nouvelles qui furent alors surtout suivies par les Arians, doués au plus haut degré du génie d'expansion. Les peuplades arianes qui suivirent les Tatars, et qui s'arrêtèrent entre la mer Caspienne et la mer Noire, furent nombreuses : elles méritent d'autant plus d'intérêt qu'elles ont peuplé successivement, par leurs colonies considérables, d'autres parties de l'Asie, l'Egypte, l'Ethiopie et même l'Europe, où elles ont fondé des empires puissants qui ont tenu pendant quelque temps le sceptre du monde occidental. Au pied de l'extrémité ouest du Caucase, et presque sur le Bosphore cimmérien, était la province des Indes, que la critique moderne a transformée en province des Sindes. C'est là, que se forma donc une Inde nouvelle ou intermédiaire, dans laquelle les hommes importèrent les noms et les traditions de l'Inde première ou orientale.

Pendant la durée. de cette migration, les arts rudimentaires cultivés dans la mère patrie s'améliorèrent insensiblement. Le temps, toutefois, qui s'était écoulé depuis le départ, ainsi que la distance parcourue, avaient affaibli le souvenir du pays primitif. Combien de temps les populations des Arians agglomérées dans cette seconde patrie restèrent-elles immobiles, quelles circonstances les engagèrent à l'abandonner? Peut-être de nouvelles alluvions de peuples, venues de l'Orient qui les forcèrent à s'ébranler et à se pousser vers l'ouest.

Alors elles se dirigèrent sur les monts Cossœiens et vers les montagnes occidentales de la Perso ; quelques-unes allèrent en Asie Mineure. De là, étant de nouveau accumulées, elles prirent leur direction vers l'ouest, en Grèce, et ensuite vers le sud, en Egypte et en Ethiopie où elles s'établirent. Dans la province du Pont était situé le temple de Men, très-honoré encore du temps de Strabon ; on Phrygie se pratiquait, dans les temps les plus reculés, le culte de la mère des dieux, de la terre, de Rhéa. C'est encore en Asie Mineure, en Phi-ygie, qu'étaient tenus de se rendre les prêtres d'Osiris ou de Dionysos pour être initiés aux cérémonies du culte. Des obstacles pbysi- ([ues empêchèrent également pendant longtemps les hommes qui habitaient les plateaux du Caucase de suivre sans interruption la chaîne du Taurus vers le couchant; mais quand les rives septentrionales du Pont-Euxin, qui sont fort basses, devinrent praticables, ils choisirent cette nouvelle voie pour se rendre en Europe.

On retrouve encore aujourd'hui les traces de certaines grandes échancrures qui ont séparé l'Europe, il y a des milliers d'années, de l'Asie, malgré l'isthme étroit formé par le Caucase, comme l'est de nos jours l'Asie de l'Afrique . A une époque où le niveau des mers Caspienne et d'Aral était sensiblement plus élevé qu'aujourd'hui ', elles longeaient vers le nord le pied oriental des monts Ou rais, à travers les affaissements profonds et desséchés du sol, parsemés de groupés nombreux de lacs salés. Ces mers étaient unies à la mer Glaciale par un golfe qui traversait le désert de sable de Kara-Koum, dans la direction qu'indiquent les nombreux groupes de lacs situés dans les steppes des Kirghises et des Barabintses, en suivant les lits du Tobol et de l'Ob. Ce golfe s'étendait jusqu'au pied septentrional du haut plateau de l'Iran. Les migrations, de l'orient à l'occident, des peuples les plus primitifs, des Tatars, n'ont donc pu se faire à travers ce golfe; elles suivirent une route qui existait de leur temps comme elle subsiste encore aujourd'hui. L'époque de la prise de possession du Caucase occidental par les premiers hommes remonte à la plus haute antiquité, aux temps anté-historiques ; elle reçoit une confirmation indirecte par la chronologie nationale d'un des plus anciens peuples de la terre qui, séquestré dans une vallée presque inacces-

1. Le niveau actuel de la mer Caspienne est de 97 à 113 mètres au-dessous de celui de la mer Noire. Le niveau de la mer d'Aral est de 60 mètres et celui de la mer Caspienne est de 157 mètres au-dessous du niveau de a mer.

5Zt CHAPITRE DEUXIÈME.

sible à ses voisins et appartenant de plus, dans son principal élément à la race civilisatrice, a pu conserver les archives de son histoire presque intactes. Nous voulons parler dos Égyptiens.

A l'époque reculée où nous nous reportons, l'Océan du nord s'étendait sur la Parthiène, la Margiane et les immenses plaines de la Sarmatie : il formait pour ainsi dire un étroit, mais long promontoire du Caucase. Le golfe persique de son côté s'étendait infmiment plus au nord-ouest; il couvrait une partie de la Mésopotamie qui, sur la rive méridionale du Tigre, n'a que 132 mètres au-dessus du niveau de la mer. Mossoul même n'est qu'à 106 mètres au-dessus du même niveau. Le delta égyptien n'existait point encore: un golfe assez profond échancrait la partie septentrionale de la vallée actuelle du Nil. En Euro])e, il y avait une vaste mer intérieure formée par la Hongrie qui était entièrement sous les eaux avant que le Danube ne se frayât une voie à travers les Karpathes, aux Portes-de-Fer. Il a fallu un cataclysme pour transformer toutes ces parties d'eau en plaines et en rivières, cataclysme dont les habitants primitifs des alentours du Caucase ont certainement été témoins. La disparition de ces eaux élevées a formé le Bosphore et les Dardanelles , par l'envahissement du Pont et de la Méditerranée. La ceinture alpine de l'Inde s'élève au nord-ouest, dans le puissant nœud de rindou-Khou. de G,2Z|5 mètres d'altitude, et qui lie comme par un pont ou une digue élevée le plateau du Thibet au plateau de l'Iran oriental, entre les plaines de la Boukliarie au nord et celles de l'Inde au midi. L'Indou-Khou, prolongation occidentale de la grande chaîne de l'Himalaya sur la rive droite de l'Indus, à travers l'Afghanistan, jusqu'à Balk et le Khorassan, "servit de pont ou de digue aux peuples qui descendirent du haut plateau oriental de l'Asie sur celui de l'occident.

C'est dans ces hautes régions de jonction, c'est dans le Caucase indien et dans les pays formant la liaison du haut plateau du Thibet avec rindou-Khou, ainsi que dans les contrées intermédiaires du Taurus septentrional, les monts Elbours ( de 5,009 mètres d'élévation) et l'Ararat, que nous -reportent toutes les anciennes traditions relatives à l'histoire des migrations primitives de la race ariane, comme nous l'avons déjà dit plus haut. C'est dans le nord-ouest de l'Inde, sur de hauts plateaux, où l'azur foncé d'un ciel éternellement pur est éclairé par un soleil incandescent, que se trouvent encore aujourd'hui tous nos animaux domestiques dans leur état primitif de nature. Tous les peuples de l'Asie occidentale, ainsi que les Européens, ont conservé

le souvenir de leur origine orientale : les Indiens, de plus, se disent être aussi venus du nord et les Chinois de l'ouest. Les anciens Bactriens et le peuple zend plaçaient le lieu de leur origine sur une montagne dont la position est, à la vérité, incertaine, mais que rien n'empêche d'être les monts Elbours on le Caucase indien, ou enfin les versants occidentaux du plateau du Tliibet.

L'ethnologie et la philologie comparée distinguent, avons-nous dit, deux rameaux différents dans la race indo-caucasique : l'un, le plus parfait, le plus pur et le plus noble, auquel appartiennent les Européens, les Indiens asiatiques, et auquel avaient appartenu les Modes, les Perses, les Égyptiens, les Grecs, etc., dans l'antiquité; l'autre, le rameau sémitique ou arabe , inférieur au physique comme au moral aux Indo-Caucasiens ou Arians, et qui comprenait les Phéniciens, les Arabes de la Syrie et de l'Arabie, les Carthaginois, les Juifs et les habitants de presque toutes les îles de la Méditerranée. De ce dernier rameau, descendent sans interruption les Arabes et les Juifs des temps modernes. Il est digne de remarque que précisément la famille des langues les plus parfaites compte parmi ses membres le plus grand nombre de nations; il semblerait que leur perfection ait contribué à leur développement et à leur diffusion sur la surface du globe. Les langues sémitiques, langues incomplètes, ont eu au contraire peu d'étendue comparativement aux langues arianes. On peut en conclure que, dans les époques reculées du genre humain, l'aptitude supérieure à la culture et au développement de la langue était unie à une énergie physique et intellectuelle supérieure, en un mot, à toutes les facultés dont dépendaient l'ennoblissement futur ainsi que les progrès des peuples qui les parlaient. La langue sémitique dut nécessairement se ressentir de l'esprit de ceux qui la pratiquaient, et subir ensuite l'influence du caractère des régions où elle était en usage.

L'esprit, propre aux races ariane et sémitique, a déterminé d'une manière absolue quel a été le cours de l'existence de ces deux races, la différence de leur religion, de leur politique, de leur science, de leurs mœurs, de leur langue et de leur aptitude aux beaux-arts. Malgré leur contact avec les Arians, il a toujours existé, chez les Sémites, une profonde ignorance, une imagination irrationnelle et mélancolique, pompeuse en phrases et en images empruntées à un monde imaginaire. Cette imagination des Arabes est sans fond comme sans génie réel. Les Sémites ont adopté, d'une manière tout arbitraire, des idées qu'ils donnent comme fondamentales , des images qu'ils ne cessent

de reproduire sous des formes en apparence variées, mais qui, analysées froidement par la raison, sont sans aucune valeur pratique. Ils ont revêtu les choses de symbolismes dont ils ont formé les fondements et les colonnes de l'édifice par eux élevé ; ils ont posé des aphorismcs que, faute de preuves, ils rattachent à des traditions et à des révélations divines plus ou moins dii'ectes! Dans leur ignorance des causes des phénomènes naturels, dont la connaissance conduit à la solution des choses intellectuelles et morales, et guide les hommes dans leur conduite, les Sémites et avec eux tous ceux qui ont embrassé inconsidérément leurs idées, n'ont pu se rendre compte des causes simples de certains effets du monde terrestre, céleste et intellectuel. Ils ont alors inventé ce qu'ils sont convenus d'appeler des mystères, dans leur ignorance. Inaptes à la culture des sciences et des beaux-arts, ils ne se sont adonnés qu'aux jouissances grossières de la volupté des sens; les Arabes des déserts seuls y ont joint l'esprit guerrier. La vénération pour certains astres, que leur vouaient, non sans raison, quelques peuples arians, s'était, chez les Sémites, changée en grossier matérialisme. Leurs cultes ont un côté voluptueux, lascif même, qu'on rencontre surtout au sein des villes phéniciennes. Les Sémites pratiquaient le culte de la volupté, consacré aux facultés créatrices de la nature ; ils adoraient encore d'autres divinités auxquelles, contrairement à la nature, ils sacrifiaient par une abstinence excessive, un ascétisme cruel, une mutilation corporelle et'volontaire, la destruction de la virilité. Ces cultes sensuels, extravagants, sanguinaires, sont le plus souvent absorbés dans le lien mystérieux qui unit étroitement dans le cœur humain la volupté au chagrin ; en sorte que ces cultes offrent l'image la plus fidèle de l'esprit sémitique, qui flotte entre la jouissance matérielle et voluptueuse et la mutilation physique issue du fanatisme, entre la soumission servile et la bravade impassible, entre l'abandon efféminé au sein du harem et les actions audacieuses à la guerre ^

Les peuples sémitiques ne sont point sédentaires; ils sont toujours nomades et pasteurs. L'histoire ignore la cause qui leur lit abandonner leur primitif séjour pour entrer dans l'Iran ; elle ignore si leurs migrations furent volontaires ou forcées. Ce qui est certain, c'est que dans leurs courses lointaines, pendant leur séjour dans l'Iran et dans l'Arabie, leur esprit sauvage et leur caractère farouche ne se modifièrent

1. Max. Diincker, Histoire de VAntiquile. Berlin, 1855. 1" vol., p. 151 (en allemand.)

pas. Le désert les conserva tels qu'ils étaient en y arrivant, sans variation comme sans progrès. Le rameau arian, au contraire, se civilisa de bonne heure, fonda des États réguliers, qui furent toutefois détruits de temps à autre par de prodigieuses hordes sémitiques de cavalerie. Ce rameau arriva à une connaissance savante et avancée de la Divinité ; il eut une histoire, il porta l'agriculture à un haut degré de perfection, il cultiva et développa l'industrie et le commerce dans des bornes limitées et sages, afin de satisfaire à des besoins naturels, i-ationnels et non imaginaires. Le rameau aiian cidtiva également la poésie, la littérature et les beaux-arts ; il créa les langues les plus riches et les plus harmonieuses, qui aident aujourd'hui à pénétrer dans les arcanes de l'histoire, tandis que (( les langues sémitiques, moins parfaites d'ailleurs, comme dit A. W. de Scldegel, ont été moins insiructives pour l'étude comparée des langues, parce qu'elles étaient circonscrites dans un cercle beaucoup plus étroit, avant que la langue arabe eût l'ait fortune par la i)ropagation de l'islamisme ».

L'esprit turbulent et sans stabilité des peuples sémitiques, joint à d'autres imperfections, les a privés du génie des arts, et particulièrement du génie de- l'Architecture. En parcourant leur histoiiT^ et en étudiant les pays qu'ils ont habités, de[)uis leur origine jusqu'à nos jours, l'on ne rencontre chez eux aucim moiunnent marqué au coin du génie, où l'on reconnaisse la véritable essence et la grandeur architectonique. La tente fut toujours et reste encore leur abri naturel : tous les édifices qu'ils ont élevés en portent plus ou moins le caractère, toutes les fois qu'ils ne sont pas imités des races arianes. En Asie, dans les temps de la plus grande splendeur de l'empire d'Assyrie, on ne trouve que de vastes terrasses ornées de supports en pierre ou en bois, avec des couvertures en charpente légère , décorées de tentures et de draperies, et garanties du dehors par d'épaisses murailles contre les attaques des hordes guerrières que les richesses intérieures auraient pu tenter. Là, vivait l'émir, puissant et heureux , abandonné à la volupté au milieu des femmes de son harem. Le dieu des Arabes est l'image d'un émir puissant, colère et vindicatif, entouré de serviteurs qui remplissent des fonctions secondaires. Chez eux, la fatalité règle la destinée des hommes. L'émir le plus prépondérant par le nombre de ses guerriers est le représentant de la Divinité : il est réputé fils de Bel ou de Baal.

Deux sortes d'émigration ont été entreprises par les hommes, quand ils quittèrent l'Asie centrale. Le sentiment de la sociabilité, la sobriété

et le conicnicmoiit dans l'rtat naturel et priniiiif, en dernier lieu l'amniu' de la patrie, fn'cnt que pendant longtemps les hommes restèrent rassemblés sur le même point. Trois causes puissantes ont dû commander des émigrations du sein des premières et primitives agglomérations d'hommes: 1" le surcroil de la population, l'accroissement du nombre des individus; 2" le changement du climat par l'abaissement des eaux ou par le soulèvement du sol, et 3° le besoin d'espace pour subvenir aux besoins physiques des honnnes qui ne se nourrissaient pi-imitivement , ainsi (pic leius troupeaux, que des dons libéraux de la terre.

Les premières migrations n'ont eu lieu que vers les hauteurs et le long de certaines chaînes de montagnes dont les plateaux, d'abord affranchis des eaux, étaient par conséquent productifs et offraient aux colons l'alimentation nécessaire; les eaux, stagnantes encore, séjournaient dans les grandes plaines ; enfin l'homme habitué aux hauteurs et aux montagnes devait avoir naturellement une aversion pour les plaines- et les vallées; car c'est dans les montagnes que les immigrants trouvaient contre les accidents naturels, la sécurité, la protection et Tabri que ne leur offraient pas les plaines ouvertes, quoique déjà délivrées des inondations primitives, parce qu'elles menaçaient d'être submergées par les eaux retenues en lacs sur les hauteurs. Les anciens l'ont si bien compris, surtout Platon, Aristote et le judicieux Strabon , qu'ils ont constaté ce fait par l'histoire, et appelé la vie la plus primitive des hommes, une vie de Cyclopes et de Troglodytes.

Il s'ensuit donc que, plus les montagnes sont élevées et anciennes, plus aussi elles ont été occupées de bonne heure par la race humaine; plus elles sont basses et relativement nouvelles, moins aussi elles ont été peuplées dans les premiers temps. Or, comme la géographie et les traditions historiques et religieuses portent toutes à faire remonter le séjour primitif de notre espèce vers le nœud oriental de la longue chaùie de montagnes que nous avons appelée la ceinture historique de la terre, il est évident que les hauteurs qui y prennent leur naissance et leur cours aient été les premières occupées.

L'histoii^e est obscure ou plutôt muette sur l'origine de la race arabe. Malgré sa forme poétique, le récit de l'expédition de Ninus dans la Bactriane et de Sémiramis dans l'Inde, doit être historiquement vrai, car ces deux conquérants combattirent un roi indien St'abrobatès , nom qui répond au sanscrit Sthavira-Patis (maître de la terre ferme). Ce qui prouve que la domination des Assyriens s'étendit, à une car-

taine époque, jusqu'aux frontières de l'Inde, c'est que l'histoire attribue à Sémiramis la fondation de la ville de Kophen ou d'Arachosia '. Un autre fait qui vient encore à l'appui de l'extension de celte domination, c'est qu'Arrien rapporte que les Assascènes, peuple habitant entre la rive droite de l'Indus et le Kophen, obéissaient autrefois aux Assyriens^. Ninus, dans sa guei're contre Babylone, avait pour allié Ariée, émir d'Arabie ; l'occident de l'Asie du temps de Ninus, antérieurement à 2000 ans avant l'ère vulgaire, était donc déjà peuplé de races arabes. Sémiramis, ou tout autre chef arabede l'Asie, commandait aussi aux Assyriens ou Hyksos qui soumirent une partie de l'Egypte plus de 2000 ans avant l'ère vulgaire. Enfin , ce qui prouve encore la domination assyrienne sur l'occident de l'Asie , c'est que, en Asie Mineure, un Sardanapale passe pour avoir fondé la ville d'Anchiale, dans la Cilicie méridionale.

Des multitudes du rameau arian, opposées sous tous les rapports au rameau arabe, avaient longé, comme nous l'avons dit plus haut, le Caucase jusqu'en Arménie, en contournant le bourrelet montagneux et septentrional du plateau de l'Iran, la rive méridionale de la mer Caspienne, et en remontant les cours de l'Amardus au Kisil Osen moderne, de l'Araxis et du Cyrus ou Kour moderne. De l'Arménie la race ariane chasse devant elle les Tatars et les Arabes en suivant le cours de l'Euphrate et du Tigre. Là, fidèles à la coutume des peuples primitifs de l'antiquité reculée , les Arians élevèrent l'enceinte d'une ville , qui fut Babylone. Selon Bérose, Alexandre Polyhistor, Abydène et Jules Africain, dix dynasties primitives et indigènes régnèrent en Babylonie pendant 1200 ans. Sous la troisième dynastie, arriva un étranger, Oannès, qui venait du Golfe persique ; il leur enseigna l'écriture, les chiffres, l'arithmétique, la géométrie, l'Architecture, en un mot la civilisation. Il leur apprit aussi qu'il y avait eu un temps où tout était chaos recouvert par les eaux; alors Bel (Dieu) sépara les eaux et créa le ciel et la terre : le chaos fut anéanti. La dernière dynastie finit avec Xisuthrus. Ensuite régnèrent des dynasties chaldéennes qui lurent suivies de dynasties arabes. Enfin, Ninus soumet Babylone qui est incorporé à l'empire d'Assyrie plus de 2000 ans avant l'ère vulgaire. L'invasion de l'Egypte par les Hyksos correspond à cette date.

1. Pline, Uist. nat., I. vi, ch. xxv. — Le colonel Kawlinson a découvert les ruines de cette ville au sud de celle de Kandahar. Voyez Journal o/ Ihe Royal Geography Society, t. X, p. 112.

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