Pline, I. XXXVI. eh. xv
avait passé le mur d'enceinte, on trouvait une salle entourée de colonnes, au nombre de quarante sur chaque côté, et qui soutenaient un plafond d'une seule pierre, orné de caissons sculptés et chargés de diverses peintures. On voyait dans cette même salle des monuments qui rappelaient le souvenir des villes où les rois avaient reçu la naissance, et d'excellents tableaux exécutés avec grand soin, qui représentaient les temples bâtis et les cérémonies religieuses en usage dans chacune de ces villes. En un mot, on dit que le plan adopté par ces rois, pour leur sépulture, était conçu avec une telle grandeur et un tel luxe, que si l'entreprise n'avait été abandonnée avant d'être achevée, ce monument n'eût laissé à qui que ce soit aucune possibilité d'aller au delà ; mais après un règne paisible de quinze années, la royauté se trouva concentrée dans la personne d'un seul, » etc.^
« Ce nouveau roi (Mendès ou Marrhus) ne fut pas guerrier, mais il se bâtit pour tombeau l'édifice connu sous le nom de labyrinthe, moins étonnant parla grandeur du travail que par l'artifice inimitable déployé dans toute sa construction ; car lorsque l'on y entrait, il était difficile de pouvoir en sortir sans le secours d'un guide expérimenté-. »
« Parlons des labyrinthes, dit Pline, ouvrage prodigieux du génie de l'homme, et qui n'est point fabuleux, comme on pourrait l'imaginer. On voit encore en Ég\pte, dans le nome d'Heracléopolis , celui qui a été élevé le premier de tous, il y a quatre mille six cents ans, comme on le rapporte, par le roi Petesuccus ou Tithoès, bien qu'Hérodote dise que l'édifice est en entier l'ouvrage des rois, et du dernier de tous, Psammitique. On raconte diversement son origine. Démotélès dit que c'était le palais de Motherude^; Lyceas, le tombeau de Mœris; et plusieurs, un temple consacré au soleil, ce qui est l'opinion la plus générale. »
« Il est certain que Dédale y puisa le modèle du labyrinthe qu'il fit dans la Crète; mais il en imita seulement la centième partie, celle qui renferme des chemins remplis de tours et de détours inextricables. Cet ouvrage ne ressemble point à ces pavés d'appartement, à ces allées tortueuses où les enfants s'amusent à courir en suivant des ramifications subdivisées à l'infini et renfermant plusieurs milles dans un court espace, mais c'est un bâtiment qui contient une multitude de portes à égarer les pas du voyageur et à le ramener sans cesse dans les mêmes
1. Diodore, 1. i, ch. lvi. — 2. Id., ch. lxi. 3 Ou Moteris ; est-ce le même que .Mœris?
détours. Ce labyrinthe fut le second après celui d'Egypte. Le troisième fut celui de Lemnos, et le quatrième existe en Italie. Tous étaient recouverts de voûtes en pierre polie. Le labyrinthe d'Egypte (ce qui est digne d'admiration) a son entrée en marbre de Paros; les autres colonnes sont en syénite : le bâtiment est construit en masses telles que le temps n'a pu les renverser, aidé par les efforts des Héracléopolites. En effet, ceux-ci ont beaucoup endommagé un ouvrage qui leur était odieux. II n'est pas possible de décrire la disposition et toutes les parties de ce monument ; il est divisé en régions et en seize grands bâtiments, autant qu'il y a de préfectures ou de nomes, auxquels on a donné les noms de ces préfectures. 11 contient les temples de tous les dieux d'Egypte, et en outre celui de Némésis, avec quinze petites chapelles et plusieurs pyramides de quarante orgyies : les murs en ont six aux fondations. On y arrive, déjà épuisé de fatigue, ayant parcouru des détours inextricables. En avant sont des cénacles élevés; on monte des portiques, tous de quatre-vingt-dix degrés. Au dedans sont des colonnes de porphyre, les statues des dieux, celles des rois et des figures monstrueuses. Plusieurs bâtiments sont disposés de manière qu'en ouvrant les portes, on entend à l'intérieur un bruit semblable à celui du tonnerre. Dans la plus grande partie de l'édifice, on marche au milieu des ténèbres. En dehors de la muraille du labyrinthe, il y a d'autres masses d'édifices, appelées pîcron, et d'autres constructions souterraines avec des canaux creusés dans le sol. Circammon', eunuque du roi Nectabis, est le seul qui ait réparé le labyrinthe, cinq cents ans avant le règne d'Alexandre le Grand, et cette réparation a été légère. La tradition rapporte que, pendant la construction des voûtes en pierre de taille, on s'est servi, pour étayer, de poutres en bois d'épine, bouilli dans l'huile. »
« Apion, surnommé Plistoniccs, a décrit depuis peu qu'il y avait maintenant dans le labyrinthe d'Egypte un colosse de Sérapis, en émeraude, de neuf coudées-. »
On pense avoir retrouvé les ruines de ce palais gigantesque auprès de Howara, où l'on voit des blocs de granit et de pierre calcaire d'un blanc éblouissant ; là gisent les restes de murs, de chapiteaux et de colonnes. On a fréquemment rencontré le nom d'Améncmhé dans les ruines du labyrinthe, sur des colonnes et des architraves, comme aussi à l'entrée de la pyramide qui, dit-on, était son tombeau. Il reposait au
L Ou Charemon. — 2. Pline, Hist. nal., 1. xxxvn, ch. xix.
sein de ses grandes créations et à côté du colossal palais qu'il avait fait élever.
Conjointement avec les obélisques d'Osortasen, les monuments de la Nubie, les constructions d'Aménemhé, les tombeaux souterrains de Beni-Hassan, de Berscheh et de Siout dans l'Egypte centrale ou moyenne, donnent une idée et témoignent de l'activité des Égyptiens sous le règne de la xii*^ dynastie.
« Sous le règne de Timaos, Dieu fut irrité, raconte Manéthon , on ignore pourquoi, et des hommes de race ignoble, venant à l'improviste des régions orientales, envahirent l'Egypte, pénétrèrent dans la contrée et s'en emparèrent en peu de temps, presque sans combat ; ils opprimèrent les chefs du pays, brûlèrent les villes avec fureur, et renversèrent les temples des Dieux. Ils se conduisirent en ennemis cruels contre les habitants de l'Egypte, réduisirent en esclavage une partie des femmes et des enfants; et, ce qui mit le comble aux malheurs de l'Egypte, ils choisirent un d'entre eux, nommé Salathis, et ils le firent roi. Salathis se rendit maître de Memphis, sépara par là la haute Egypte de la basse, leva des impôts, plaça des garnisons dans les lieux convenables et fortifia particulièrement la partie orientale du pays. D'autres rois lui succédèrent qui cherchèrent de plus en plus à extirper l'esprit national des Égyptiens. On les désignait sous le nom de Hyksos. Car Hyk signifie roi dans la langue sacrée, mais Sos, pasteur en langue vulgaire, et ainsi combiné, naît le mot H\ ksos. » Cet événement se passa sous la xv*' dynastie, plus de deux mille ans environ avant l'ère vulgaire. Ces conquérants de race ignoble, comme les qualifie Manéthon , n'étaient autres que des hordes de Sémites, des Arabes, des Bédouins, cousins germains des Phéniciens, des Juifs et des Carthaginois. Ils se conduisirent en Egypte comme ils se sont toujours conduits partout où ils ont paru et où ils paraissent dans l'histoire. Ils agirent en ennemis cruels à l'égard des habitants de l'Egypte. Aujourd'hui encore ils sont représentés par les Bachi-Bouzouks et les Bédouins, qui leur ressemblent par leur caractère cruel et sauvage. C'est sous les Hyksos ou Arabes qu'Abraham et Joseph trouvèrent un accueil si amical, si fraternel, auprès des Pharaons bédouins : les uns et les autres étaient compatriotes et se valaient.
A la suggestion de Joseph, Apophis, dont il était le favori, dépouilla de leurs biens les deux tiers des habitants de la moyenne et de la basse Egypte ; il les réduisit à la condition de serfs ou vassaux, exigeant d'eux qu'ils lui donnassent le cinquième des récoltes, c'est-à-
LE LABYKINTHK. 199
dire 20 pour 100 du produit net; prélèvement qui ne laissait pas à chaque famille le tiers du revenu brut du bien qu'elle mettait en valeur. La richesse de la vallée du Nil et la civilisation égyptienne avaient attiré ces hordes sémitiques, et l'ancien royaume de Memphis tomba au pouvoir de ces conquérants sauvages et brutaux. La race sémitique fut en contact avec une race autre qu'elle et qui lui était supérieure autant au physique qu'au moral. L'opiniâtreté et la constance des Égyptiens résistèrent à la cruauté et à la barbarie que nous montre Manéthon chez les vainqueurs ; la civilisation et les mœurs des Égyptiens se maintinrent, quoique une immense quantité de monuments de tout genre du vieil empire eussent été détruits lors de l'invasion; et la culture des Égyptiens ne fut point anéantie, quoiqu'elle fût refoulée par ces rois pasteurs et leurs hordes. Ceux-ci anéantirent une partie de la population locale par la misère, ils ruinèrent l'État par leurs rapines. Mais peu à peu, diverses parties de l'Egypte supérieure s'affranchirent du joug des étrangers, et à la tête de cette résistance parurent des princes, descendants des rois égyptiens, que les barbares avaient détrônés. L'un d'eux, Amôsis, délivra enfin l'Egypte; il chassa les Sémites de Memphis et les assiégea dans Aouara, non loin de Salahieh. Son fils Aménophis continua le siège et les força à capituler. Les Sémites évacuèrent alors l'Egypte pour se jeter sur la Syrie où ils retrouvèrent la nature pour laquelle ils étaient taillés. Aouara ou Avaris a de la ressemblance avec Gilgal, camp retranché sur la rive occidentale du Jourdain, et d'où Josué et ses successeurs firent la conquête de Chanaan. Amosis est le dernier roi de la xvii" dynastie; il régna jusqu'en 1655. Les Hyksos avaient ruiné l'Egypte pendant cinq cent onze ans, selon Manéthon. Dans les monuments égyptiens, les pasteurs ou Hyksos ne sont rappelés que sous des formes propres à entretenir la haine universellement vouée à cette race d'impurs, la véritable plaie de l'Egypte et de toutes les races arianes. Pendant la domination des Hyksos, qui nommaient leurs princes ]9/iarao?î s, nom venu d'une corruption de Phra et tout sémitique, il n'est plus question d'édification de monuments d'architecture.
Après une guerre d'indépendance qui avait duré quatre-vingts ans , l'Egypte obéit de nouveau à des princes nationaux, sous lesquels le pays atteignit bientôt l'apogée de sa puissance et de sa prospérité, ainsi que de sa civilisation.