Arrien Indic, 1. i, ch, i
L'Assyrie ancienne on primitive s'étendait jusqu'au Pont-Euxin : Strabon dit que les Cappadociens sont nommés Syriens Blancs, Leuco- Sy riens, pour les distinguer d'avec les Syriens, c'est-à-dii-e Assyriens d'au delcà du Taurus. Le même auteur place aussi les Clialdéens sur le Pont, et vient confirmer ainsi ce que nous avons dit de la voie prise par la race ariane pour arriver sur les rives de l'Euphrate. Strahon ajoule qu'on nommc^ les (^apj^adociens Leuco-Syriens pour les dislinguer (le ceux (des Assyriens) d'au delà du Taurus, qui ont une coideur cuivrée '. Or, ces derniers t'taienl di'S Arabes (|ui ont tous un teint foncé.
De grands mouvements eurent lieu chez les Arabes .soumis à la puissance assyrienne de l'Asie occidentale. L'histoire les fait pres.senlir, mais elle les laisse dans le vague. Les con.séquences de ces mouvements, soit (l(''raites ou victoires, amenèrent des immigrations de peuples dans le sud-est de l'Europe, .soit par terre, le long de la rive septeiitiion;ile de la mer Noire, soit parla mer Egée; de là, toutes ces populations partielles qui arrivèrent au nord et au sud de la Grèce. Les Arabes d(! l'intérieur ne s'expatrièrent point; ceux des côtes qui cherchèrent à s'établir dans la Méditerranée, les Phéniciens par exemple, étaient hostiles aux Arians qu'ils rencontrèrent. lo, fdle d'Inachus, roi d'Argos, fut enlevée par des Arabes phéniciens et vendue en Egypte où les Hyk.sos régnaient: ce fait est contemporain ou un peu postérieur à Ninus et à Sémiramis. Les Assyriens en outre soumii^ent en partie et peiqMèrent le sud de l'Asie Mineure. Lors de son expédition contre le roi indien Stabrobatès, Sémiramis fit venir des constructeurs de vaisseaux de la Phénicie, de la Syrie (Asie Mineure) et de l'île de Chypre; elle dominait donc ces contrées où elle était au moins en bonnes relations avec ses habitants qui étaient de même race qu'elle.
11 est un fait remarquable : c'est que sous Teutamus, vingt-sixième successeur de Ninus, des secours furent envoyés par les Arabes assyriens auxTroyens, à l'époque où Agamemnon conduisait les Achéens à la guerre de Troye (1194). Ces secours avaient été demandés par Priam, tributaire du roi d'Assyrie 2. Les exploits de Thésée et d'Hercules étaient arrivés sans doute à la connaissance des populations de l'Asie Mineure, et par eux, aux Assyriens, au moyen du sacerdoce d'abord, et ensuite par le commerce et les caravanes; les Assyriens ont
1. Strabon, 1. xii, p. 544; 1. xvi. p. 737. — 2. Diodore, 1. ii, cli. xxii.
donc dû craindre pour leurs provinces occidentales; c'est ce qui leur fit envoyer des secours à Priam, qui consistaient en cavalerie arabe. Pour la combattre, on lui opposa la cavalerie thessalienne, qui surprit et tua Memnon, fils de Titon, l'Assyrien. La conduite de Paris envers Agamemnon, qui lui donna l'hospitalité, est celle d'un Arabe; elle fait le pendant du rapt d'Io, dont nous avons parlé plus haut. Assarakos, grand-père d'Anchise, a une physionomie arabe.
Le résultat des recherches et des travaux archéologiques les plus récents prouve qu'avant que des peuplades de race indo-caucasique ne se fixassent d'une manière sédentaire en Angleterre, en France, dans le nord de l'Allemagne et en Scandinavie, ces contrées furent habitées ou plutôt visitées ou traversées par un peuple de race tatare, qui vivait de la pêche et de la chasse, fabriquait ses armes et ses ustensiles en silex, en argile ou en os, se parait de dents d'animaux et d'ambre, mais ignorait ou ne connaissait que faiblement l'agriculture et l'usage des métaux. C'est ainsi que, dans l'Inde, une population au teint foncé et peu civilisée précéda la population ariane. En Ilalie, au contraire, on ne retrouve point de vestiges d'une nation qui aurait été refoulée ou soumise plus lard, comme les Finnois et les Lapons dans les contrées celto-germaniques, ou les tribus nègres des montagnes de la presqu'île indienne. Jusqu'à ce jour il n'a point encore été prouvé qu'il y eût en Italie un peuple primitif qui aurait disparu, ainsi que cela a été démontré pour l'antiquité germanique, au moyen des squelettes d'une structure particulière, des lieux de repos et de sépulture, ou par la période dite de pierre, comme l'appellent les antiquaires allemands. On n'a rien découvert jusqu'à présent qui pût justifier l'admission que l'existence de l'espèce humaine en Italie serait antérieure à la ctdture de la terre et à la préparation des métaux; et si réellement l'espèce humaine a existé en Italie avec le degré primitif de civilisation qu'on a l'habitude de nommer l'état sauvage, il est certain que toutes traces en ont entièrement disparu.
Les quelques faits généraux rapportés ici conduisent à admettre qu'il a existé, de l'Indus à la Méditerranée, du Caucase à la mer des Indes, en englobant l'Arabie, une puissance arabo-assyrienne, une agglomération prépondérante de Sémites qui, en barrant souvent le passage à la race ariane, retarda pendant longtemps l'accroissement de la population des pays occidentaux, ainsi que le développement de la civilisation ailleurs qu'en Chine, dans l'Inde et en Egypte. Mais le but et le cours de la société humaine, en Occident, auraient été brisés si la prépon-
déranre du gcînio arabe avait pu aller on se développant et en se répandant à l'Occident. Le roi Stabrobatès en arrêta le déveloj)pement suj- l'Indus. Deux sentinelles vigilantes mirent obstacle au nord et au sud à ses envahissements incessants vers l'ouest : au sud, l'Egypte le tint en échec, au nord, les Grecs l'empêchèrent d'envahir l'Europe. Mais, entre la Grèce et l'Egypte, la Méditerranée lui restait ouverte : le commerce opéra en partie ce que n'avait pu faire la guerre.
Dans une époque postérieure, des rives du Pont-Euxin les populations d'une autre nlkwion se poussèrent toujours en avant, dans la direction du levant au couchant, et atteignirent enfin le pied oriental des monts Garpathes. Mais, comme d'après le témoignage des anciens et les observations des modernes, les eaux du Pont-Euxin étaient plus élevées qu'elles ne le sont aujourd'hui, la partie inférieure du Danube, à partir des portes de fer jusqu'au Pont, était encore un grand bras de mer, qui s'étendait au nord jusqu'à la naissance des Garpathes, et au midi jusqu'aux monts Hœmus^ Ges deux chaînes de montagnes se dirigent l'ime vers l'autre environ au 20*^ degré de longitude, auprès d'Orschova, l'ancienne Tierna ; plus à l'ouest elles se joignent aux Alpes. Taurunum (aujourd'hui Belgrade) ou Tierna est le point sur lequel passèrent encore plus tard les peuples venant du Pont et se rendant aux Garpathes, et qui, fidèles à la tradition primitive d'émigrer vers le sud, traversèrent le Danube pour aller atteindre la Dalmatie, l'Illyrie et la Thrace. En suivant la direction de l'est à l'ouest, d'autres hordes se portèrent sur les Alpes noriques et la principale chaîne des Alpes. Une partie des peuples qui peuplèrent la Thrace et la Grèce, l'Italie, la France et l'Espagne passèrent le Danube à Taurunum ou à Tierna. Quelques-uns se dirigèrent le long de la Save, d'autres suivirent le cours de la Drave; mais la plupart se divisèrent en lUyrie, et côtoyèrent à gauche le mont Albius, les monts Bébuis, et et enfin l'Hœmus, ainsi que les montagnes de l'Épire et de la Grèce ; ou, se dirigeant à droite sur les Alpes juliennes et noriques, arrivèrent en traversant les chaînes de montagnes de la Ligurie, en Italie, en France et en Espagne.
En Grèce, les versants des extrémités élevées du sud-est des monts HcTmus offrirent des séjours avantageux aux colonies primitives. Divers
1. Voyez la carte Prisca Terraruvi Orbh E/pgies. — A la droite du Caucase, les mers Caspienne et d'Aral sont indiquées par des lignes de contours ponctuées.
rameaux provenant de la grande fédération colchidienne, ariane, et non sémitique, ayant traversé comme nous venons de le dire les monts Carpathes, occupèrent les monts Hœmus, et, poursuivant leurs ramifications orientales, finirent par repasser dans l'Asie Mineure, où ils allèrent occuper les hauteurs occidentales du mont Taurus. D'autres étendirent leurs courses vers le sud et prirent possession des monts Olympe, Ossa, Pélion, jusque vers la Phocide, la Bœotie et l'Attique; quelques-uns même s'avancèrent vers le Péloponnèse. Ces nations sont connues sous le nom collectif de Thraces ; elles sont les premières qui aient introduit une civilisation en Grèce où elles créèrent le dialecte ionien. Ces peuples sont comptés aussi parmi les Pélasges. D'autres rameaux delà même souche, sin'vant la direction occidentale des montagnes, passèrent en Epire ; ensuite ils poussèrent jusqu'en Acarnanie, en iEtolie, et, traversant l'isthme de Corinthe, arrivèrent encore dans le Péloponnèse. Ceux-ci surtout portent plus particulièrement le nom de Pélasges; ils créèrent le dialecte œolicn. Il faut encore observer toutefois que les peuplades de la Thrace sont également des Pélasges, et qu'elles portent aussi véritablement ce nom. Deucalion est un Titan , il règne en Thessalie ; Dorus , son petit-fils , passe dans le Péloponnèse, et de lui descendent \es Dorlens^.
La civilisation s'introduit rapidement chez des nations agglomérées sur un petit espace. Là où les montagnes aboutissent à la mer, et principalement sur les promontoires méridionaux, on aperçoit des civilisations primitives ; il en est ainsi auprès du Caucase, dans la Colchide, en Phénicie et en Arabie, sur la mer Adriatique, sur les rives méridionales et sur la pointe orientale de la Thrace, dans le Péloponnèse, dans l'Attique, et enfin encore dans l'Italie inférieure et même dans la partie meridionale.de l'Espagne. L'agglomération des hommes sur tous ces points a dû être grande et se représenter fi'équemment. C'est ce qui arriva plus particulièrement encore vers les extrémités, les promontoires et les caps, comme nous venons de le faire remarquer plus haut. En ces lieux, les colonies devaient considérablement augmenter, et ne plus laisser de place pour de nouveaux émigrés ; d'autres étrangers empêchaient de rétrograder et quelquefois même ils augmentaient encore les anciennes populations. La nécessité de pourvoir à leur existence fit naître dans des temps fort reculés des civilisations diverses. Cet état dura jusqu'à ce que l'homme