Palais Veiidraiiiirii Calergi, à Venise
en plein et exprimé avec une certaine magnificence. L'architecte de ce palais était Pierre Lom])ar(l (mort en 1519), qui l'éleva en l'année 1481, époque où l'Allemagne et la France se débattaient encore avec le style ogival fleuri et flamboyant.
Les Scuoïe de Venise étaient des institutions d'un genre ])arliculier; c'étaient des associations principalement composées de laïcs, soumises à une sanction religieuse et à l'autorité de l'Église ; leur but était de pratiquer la charité. Au nombre des édifices de ces associations est la scuola di San Marco, bâtie en l'année 1485 par
Martin et Pierre Lombard. Là, les motifs de rornementation de la façade flottent entre des formes antiques et la décoration de l'architecture italienne du moyen âge, comme le prouve particulièrement la disposition des fenêtres. La scuola di San Rocca, autre construction du genre, a été commencée par Pierre Lombard en 1517, mais elle ne fut achevée que par Sansovino. Là, le style pompeux se montre dans son développement le plus riche et le plus luxueux, avec des incrustations de marbres précieux, manifestant une disposition accomplie et produisant un effet surprenant. L'escalier est à deux rampants qui conduisent à un palier étendu : de là on continue à monter par une autre suite de marches éclairée par une coupole qui projette une ample lumière : la largeur de ces marches est du double de celle des deux rampants latéraux, et dont l'accès est décoré par des colonnes supportant des arcs. L'idée en est heureuse et l'exécution parfaite. Pierre Lombard est encore l'auteur du palais Corner Spinelli, du même style que celui du palais A'endramini ; ensuite du palais Contarini, de 1504, d'un caractère plus sévère, mais d'un goût très distingué.
On ignore l'architecte de l'église de Saint-Zacliarie à Venise, qui date de l'année 1457, dit-on. Son analogie avec la Scuola di San Marco la fait attribuer à Martin Lombard, mort en 1519. De 1457 à 1519, il y a soixante-deux ans : M. Lombard aurait donc été fort jeune lorsqu'il éleva cet élégant monument, un des plus remarquables, sous le rapport de l'ordonnance majestueuse de la façade, de la renaissance italienne, d'un goût et d'une disposition parfaits. Si M. Lombard est l'auteur de cette église, il faut incontestablement admettre qu'il était très jeune quand on lui confia l'édification de Saint-Zacharie de Venise. D'un autre côté, on a des exemples de la confiance que les autorités administratives accordaient au talent précoce de jeunes artistes, auxquels de plus anciens reconnaissaient un mérite exceptionnel.
André Palladio* jouissait d'une réputation de grand architecte chez ses contemporains, réputation qui lui survit encore. On peut dire en général que ses œuvres ont un certain caractère do beauté; mais la plupart d'entre elles sont dans un état d'abandon. Ses façades
1. Voyez Thomas ïemanza, Vila di Andi'ca Palladio, Venise, 1763, un volume in-4°.
et ses colonnes sont souvent en Lrique et les entablements en bois : l'enduit qui les recouvre s'en est détaché et leur donne un aspect de vétusté. Ce sont surtout les matériaux employés qui diminuent le respect pour les palais qu'il éleva et qui se présentent si agréablement sur le papier. Mais cette circonstance ne diminue pas le mérite de l'architecte, elle contribue néanmoins à la magnificence de Vicence. Les colonnes employées par Palladio ne sont pour la plupart que de la décoration: il en a abusé, et elles sont en général trop hautes ou trop grêles. Ensuite il a trop souvent mésusé des colonnes engagées, ce qui est un défaut. Une autre incorrection du style de Palladio, c'est l'emploi trop souvent répété des pilastres d'une proportion exagérée : ils ont une grande élévation et sont lisses. Les sculptures qui surmontent les frontons des fenêtres ne sont pas à leur place, et ce qui est certainement un autre défaut, c'est l'emploi à profusion d'un petit panneau avec bas-relief, si souvent introduit au-dessus des fenêtres du bas, panneau qui divise, rompt, ce qui doit former masse, en deux arcades misérablement faibles. Mais ce qui plaît généralement dans les œuvres de cet architecte, c'est sans aucun doute une certaine justesse de proportions qu'il a inculquée à toutes les parties de son architecture, car jamais le soubassement par exemple n'est trop haut ni trop bas pour l'ordre C{ui s'élève au-dessus. Les fenêtres ont les proportions voulues et elles sont bien espacées : toutes les portions arcliitectoniques concordent entre elles pour former l'unité qui charme l'œil. La même perfection existe dans ses ordres, et les rapports entre les colonnes, les chapiteaux et les entablements sont on ne peut plus distingués. Palladio n'a pas emprunté ses règles théoriques à d'autres, il a cependant profondément étudié les monuments romains de l'antiquité et s'est fait des règles à lui, sorties de son sentiment du beau, règles qu'il pratiqua dans le style qu'il s'était créé. Mais il faut avouer qu'elles pèchent quand elles sont appliquées d'une manière plus ferme et moins ornementale.
Palladio dut modifier son goût ])ar le soin qu'il mettait à accommoder la beauté extérieure avec les exigences de l'intérieur, il dut se conformer aussi aux moyens financiers de ceux qui l'employaient, ce qui devait souvent tempérer son essor de constructeur habile et d'artiste de goût. Il a principalement exercé son art pour les particuliers; il a bâti un grand nom])re de villas et de palais, mais en Compjaraison, peu d'édifices pu])lics.
On a de notre architecte, à Yicence, le palais Barbarano, qui a une rangée de sept baies : depuis lui on en a ajouté deux autres, ce qui n'en a pas détruit l'ordonnance, excepté que la porte d'entrée n'est plus au centre. La façade est trop surchargée d'ornements. Les figures couchées au-dessus des frontons des fenêtres, les gousses qui descendent de chaque côté des baies et les trophées du rez-dechaussée semblent superflus : à ces exceptions près dans la partie décorative, la composition est belle et offre, dans ses entablements non rompus, la simplicité habituelle de l'architecture de Palladio.
Dans le palais Chiericati, de Yicence, fier de style, les colonnes accouplées aux angles de l'avant-corps du centre sont déplaisantes, maladroites, les pleins des espaces du milieu de la colonnade inférieure, nuisent à l'effet de l'ensemble et constituent un grand défaut : par rapport à la légèreté du reste, ces massifs offensent l'œil, détruisent le charme que la façade pourrait produire. Le rez-de-chaussée est d'ordre dorique toscan ; on pardonne à l'architecte d'y avoir introduit les tètes d'animaux et les patères, dont, dans les temps modernes, on ne comprend plus la signification.
Le plan d'une maison de campagne pour Leonardo Mocenigo sur la Brenta, très spacieux, est original. Robert Adam l'a copié pour le château de Kedlcstone, qu'il éleva dans le Derbyshire pour Lord Scarsdale.
La façade du palais Tiene est originale et ne manque pas de grandeur. Le rez-de-chaussée est rustique, avec un portail à fronton et saillant au centre, imitation de l'antique. De chaque côté de ce portail et au rez-de-chaussée, existent quatre arcades rustiques coupées désagréablement par une sorte d'imposte qui, trop élevé, rend les baies du bas presque carrées et d'un effet peu élégant. Dans la partie supérieure et circulaire de ces arcades, l'architecte a pratiqué de petites fenêtres. Un simple cordon sépare le rez-de-chaussée de l'étage, d'ordre composite : le contraste en est trop prononcé. La baie des fenêtres de l'étage a pour hauteur deux dixièmes de sa largeur : les colonnes d'ordre ionique ont neuf diamètres d'élévation, un quart de ces colonnes est engagé dans le mur. Le dessous des chapiteaux ioniques est de niveau avec le sommet de la baie, avec volutes angulaires et une astragale ou filet en contre-bas de la volute. Les bases sont d'ordre toscan et le fût des colonnes est coupé par cinq dés rustiques d'égale hauteur, et dont la face intérieure correspond avec la
ligne intérieure de la baie : leur projection correspond avec la ])linthede la base, c'est-à-dire d'un cinquième du diamètre de la colonne. Les clefs du linteau des fenêtres inclinent en avant vers le haut elles sont à hachures ainsi que les dés des colonnes, leurs ant^les seuls sont taillés lisses. L'entablement de ces fenêtres est ionique l'architrave est formée dedeuxfasces ou bandes, la frise est bombée et la bande de denticules repose directement sur la frise, sans moulures intermédiaires, manière peu pratiquée par Palladio. Les fenêtres en question ont alternativement un fronton triangulaire, un autre circulaire. La fenêtre d'angle est séparée de la suivante par deux pilastres accouplés, les autres trois fenêtres, le sont par un seul. Le portail du milieu est formé par quatre arcades cintrées au rez-de-chaussée, et au premier ])ar des colonnes corinthiennes cannelées : les fenêtres des côtés continuent sans variation dans cette partie centrale.
Nous devons faire observer qu'on attribue une partie de l'architecture de ce palais au comte Marc Antoine Tiene, et que Scamozzi y aurait aussi contribué.
Dans la basilique élevée à Vicencc par Palladio, inspiration d'un monument antique, adaptée aux exigences modernes, nous avons un exemple des mérites et des fautes de l'architecte. Disons d'abord que le résultat en est riche et harmonieux. Toutefois sans le tact le plus délicat, il est certain que la conception de cette basilique aurait été déplaisante. Mais pour réaliser cette composition au lieu de condescendre à l'arrangement des anciennes basiliques, il a procédé contre leurs dispositions. Les colonnes sont indépendantes de la solidité réelle ou apparente de l'édifice, or c'est aussi ce que voulait Palladio, car à leur endroit, l'entablement est rompu. Il avait raison, car si l'entablement s'était étendu en ligne droite sans interruption, les colonnes seraient devenues essentielles et l'entre-colonnement entre elles aurait produit un effet de faiblesse. L'immense toit ne peut lui être attribué comme une faute, mais comme le point de vue est très rapproché, ce toit n'est jamais aussi choquant que dans les élévations reproduites sur le papier, ou élévations géométrales. Intérieurement le bas de la basilicfue est un marché, le haut est une grande salle, nullement belle. Chaque entre-colonnement de Palladio, fait vis-à-vis à deux arcades de l'œuvre primitive. On peut admettre que nous aurions eu un plus bel édifice, si l'ancien plan avait été exécuté ; mais tel qu'il est, il plaît davantage, parce que ce qui existe,
offre une disposition plus originale, et témoigne de ce qu'on peut produire quand l'espace dont pouvait disposer l'artiste est plus étendu. La façade de la basilique de A^iccnce, d'une réelle élégance a souvent inspiré des architectes de toutes les nations. Elle mérite d'être étudiée par les jeunes architectes cà cause des belles proportions de détails qu'elle doit offrir à leur attention.
Au nombre des œuvres de Palladio, on compte comme une des plus distinguées la villa Capra ou Rotonda, non loin de Padoue, dont le plan est un carré parfait avec un portique ouvert sur chaque face, une rotonde au centre surmontée d'une coupole. La distribution intérieure en est on ne peut plus simple et peu savante. Les quatre façades sont entièrement inspirées de l'architecture antique et del'ordre ionique.
Une autre omvre bien authentique de Palladio existe à A'enise : c'est l'église du Rédempteur. La composition de la façade témoigne d'une compréhension bien entendue de l'architecture romaine de l'antiquité : on regrette cependant les frontons coupés, élevés sur l'extrémité des chapelles. Le portail est très simple et a souvent été imité dans la suite en nombre de pays et à des époques diverses.
Par la richesse et l'ampleur de la conception des formes, la disposition pompeuse et quelquefois originale des plans de ses villas et palais, Palladio est un des plus célèbres architectes du seizième siècle ^ Il s'était pénétré de la noble et majestueuse simplicité de l'antique : mais ses créations prises en détail ne doivent pas être adoptées comme types à suivre aveuglément, quoique son style se soit imposé dans les siècles postérieurs. On critique en particulier l'emploi immodéré de ses colonnes accouplées, la forme impure de son ordre dorique, etc. A la suite de la disparition du style rococo, on retourna dans le dernier quart du dix-huitième siècle au style de Palladio en le modifiant et qu'il faut bien se garder de considérer comme le modèle par excellence, car ce serait méconnaître entièrement l'essence de l'architecture et l'histoire de la direction de son développement. Quant à ce qui concerne l'élément artistique, Palladio n'a montré que moyennement le génie créateur de son for intérieur : la plupart de ses œuvres ne sont au contraire que des combinaisons dont
1. Voyez Fahbrichc e i disegni di Andréa Palladio c le terme romane figuralc dal medesimo. Seconda edizione, Torincse, 4 vol. in-folio. 1872 à 1873.
il a fait emprunt à ses devanciers antiques et de la renaissance antérieure, quoiqu'il se tint à l'abri du maniéré. Ses œuvres tiennent habilement le milieu qui n'admet point de froideur, mais qui ne surexcite point non plus la chaleur du sentiment. Ce fut aussi la raison pour laquelle et en même temps pour l'habileté qu'il mania en maître, qu'il devint l'architecte par excellence de son siècle. En tous lieux et longtemps encore après lui, on imita son style et l'on bâtit d'après ses dessins. Il sut encore augmenter son influence par la publication d'un traité d'architecture qui parut en l'année 1570 et dont la meilleure édition en quatre volumes fut publiée à Vicencc de 1776 à 1783. Dubois traduisit ce traité en français, 1726, 2 volumes in-folio.
Parmi les plus importants de ceux qui suivirent sa voie, sont Vincent Scamozzi de Vicence et Balthasar Longhena, Yénicien. Scamozzi était né en 1552 ; il fut chargé de l'achèvement de la bibliothèque de Saint-Marc, commencée par Sansovino, et du palais neuf des Procurateurs, sur la place Saint-Marc à Venise, commencé également par Sansovino. Il fit quelques changements au projet primitif de Sansovino, en ajoutant un troisième ordre qui forme le second étage, changement malheureux. Scamozzi éleva à Venise le palais Gontarini, avec une colonnade ouverte au rez-de-chaussée et au premier étage. Avec la même disposition Longhena construisit les palais Pesaro et Pezzonico qui appartiennent au commencement du dix-septième siècle. Scamozzi mourut en 1616. Il avait fait une étude approfondie de Vitruve, en 1579 il alla visiter Rome ; en 1583 il se fixa à Venise. On lui a souvent attribué à tort la cathédrale de Salzbourg, dont l'architecte fut Santiui Solero de Gôme et que celui-ci éleva de 1664 à 1668. A Venise Scamozzi a bâti sur le grand canal le palais Gornaro; près de Lonigo, il éleva pour les Pisani un Gasin de forme carrée avec une rotonde au milieu. Il est l'auteur du palais Trissino (aujourd'hui Trente) qu'il éleva dans sa ville natale et qu'il ne faut pas confondre avec un autre palais du même nom sur le cours. Il a publié à Venise en 1615 un traité d'architecture, intitulé Idea delV Architettura tmiversale. Scamozzi fut et est resté un des architectes les plus populaires mais non des plus distingués de l'Italie : il arriva en pleine décadence de son art et ne put rien pour l'arrêter. On suppose que Scamozzi fut l'inventeur du chapiteau jonique angulaire.
Parmi les architectes qui pratiquèrent leur art dans les contrées qui dépendaient de Venise, nous trouvons d'abord Michèle Samicheli qui s'est surtout distingué dans l'architecture militaire, dont il est nommé le fondateur. Il excella également dans l'architecture civile; son style est simple et sévère. Il a hâti vers 1530 le palais Ganossa à Vérone ; le rez-de-chaussée de la façade ainsi que l'entresol sont rustiques : ce rez-de-chaussée a la porte d'entrée au centre et de chaque côté trois fenêtres cintrées, comme la porte : au-dessus et dans l'axe de ces fenêtres et de la porte, sont sept haies carrées, couronnées par une frise fort peu compliquée et décorée d'enroulements simples. Audessus s'élève l'étage formé de colonnes accouplées d'ordre corintliien ; ces colonnes jumelles sont placées sur le môme piédestal, excepté aux angles où elles ne sont pas jumelles : là sont des pilastres contre lesquels s'élève une colonne engagée. Les sept fenêtres de l'étape sont cintrées, comme celles du rez-de-chaussée; au-dessus est im attique. Ce palais a été défiguré par l'altération des proportions établies par l'architecte primitif. Une mauvaise balustrade a été pratiquée au sommet de cette façade, dont peut-être le rez-de-chaussée avec la mezzanine est trop élevé par rapport à la proportion de l'étage, La composition de la façade du palais Pompéi est plus élégante que celle de la précédente. Le rez-de-chaussée est entièrement rustique ou bossage, avec porte au milieu et trois fenêtres de chaque côté : toutes ces baies sont circulaires. Une simple et large bande en guise de cordon sépare le bas, de l'étage, formé de huit colonnes engagées et terminé par un pilastre d'extrémité et enfin de sept fenêtres circulaires avec clefs à mascarons. Les colonnes en question sont doriques et cannelées, couronnées d'un entablement dorique, avec métopes ornées. La corniche de l'entablement est très simple. Audessus s'élève une mezzanine. Quoique formée d'éléments tirés de l'antique, la façade du palais Pompéi est très originale et d'un goût architectural parfait. La seule objection à faire, c'est que les colonnes de l'étage sont engagées.
Les palais Gornaro, Grimani à Venise, Bovilacqua, Pellegrini et Verzi à Vérone, sont de San Michèle, mort en 1559. On a de lui encore la porte del Pallio à Vérone ; du côté de la campagne elle est décorée de l'ordre dorique romain. On y compte huit colonnes cannelées et accouplées, d'une élévation considérable. La porte, dont l'ouverture est carrée, se trouve au milieu de quatre de ces colonnes :
les quatre autres sont distribuées deux à deux aux angles de la porte. La façade est très large et ornée de bossages, polis et d'ornements de bon goiit. L'entablement est d'ordre dorique, on devait y élever un attique pour servir de parapet à l'artillerie, cette porte devant tenir lieu de cavalier. Du côté de la ville, San Michèle fit une grande galerie dont les murs sont intérieurement en bossages et pilastres, au dehors avec colonnes d'ordre dorique romain sans base, engagées de moitié de leur diamètre. Un entablement à triglyphes règne tout au pourtour et couronne l'ensemble de cette masse étendue. Si la porte del Pallio fut la dernière œuvre de San Michèle, sa première fut la cathédrale de Monte-Fiaseone, dont le plan forme un octogone avec une élégante coupole qui couvre l'ensemble, bien proportionné et d'un bel effet.
Dans l'église de Saint-Antoine do Padouc on a do notre architecte le beau tombeau d'Alexandre Gontarini, exécuté sur les dessins de San Michèle, et la chapelle Pellegrini dans l'église de Saint-Bernardino de Vérone.
Jacopo Tatti, plus connu sous le nom de Sansovino, né à Florence en 1479, était contemporain de San Michèle. Il dittere essentiellement de l'école romaine et concentra son activité d'artiste surtout à Venise; il s'inspira du style de l'école de cet État, toutefois il s'affranchit de sa sévérité, en s'abandonnant à l'essor de son imagination. On aperçoit dans ses œuvres un faible souvenir de la renaissance toscane primitive, mais il chercha de l'originalité dans une surcharge décorative, ce qui pour produire de l'effet, le fît pencher vers la petitesse et presque au maniéré. De là il n'y avait qu'un pas vers la décadence: elle vint sans se faire attendre longtemps. En l'année 1546, Sansovino bâtit l'église de San-Giorgio-de'-Greci, à ^'enise, dont l'extérieur est d'un goût équivoque ; l'intérieur ne forme qu'une nef avec voûte en berceau et coupole, de belles proportions. La façade a un rez-de-chaussée et un étage ornés de pilastres : le couronnement est d'un effet médiocre. En 1536 Sansovino avait construit la bibliothèc[ue de Saint-Marc, son œuvre capitale. Fidèle aux règles de l'école vénitienne, sa façade se compose de colonnes engagées, de pilastres d'angle et de baies cintrées. Le rez-de-chaussée est d'ordre dorique, des colonnes le divisent en travées : de larges pilastres terminent la façade des deux côtés. L'entablement sans architrave est élevé, les métopes sont ornées do rosaces, de casques, d'écussons circulairea
renfermant le lion de Saint-Marc, de boucliers avec haches d'arme, d'étendards avec trompettes, etc., etc. Les colonnes de l'étage, d'ordre ionique, comme celles du has ne sont point cannelées, et s'élèvent sur des piédestaux un peu trop massifs, d'une conception vulgaire. Les pieds droits des arcades de l'étage ne sont pas pleins, mais consistent dans une fine colonnette ionique cannelée, surmontée d'un entablement s'étendant jusqu'aux grosses colonnes. Ce petit entablement est très élégant, ayant architrave, frise ornée de cercles enroulés, un larmier et une légère corniche. Enfin l'étage est couronné d'une architrave, d'une frise, peut-être un peu trop élevée, où se voient les fenêtres oblongues circulaires sur leurs côtés, reliées par des guirlandes tenues élégamment par de gracieux enfants ou génies. Le tout est terminé au sommet par une corniche à denticules, oves et modillons et une balustrade limitée par un piédestal de chaque côté snpportant un obélisque dont on ne comprend pas la raison d'être. Sur les archivoltes des baies du bas et de l'étage, s'appuient des figures d'hommes et des génies ailés. L'ensemble de cette décoration constitue une des compositions les plus pompeuses de l'architecture civile et profane. Sansovino a adopté dans cet édifice le système des péristyles ouverts des grands palais vénitiens, en y ajoutant le développement brillant de l'organisme décoratif du style romain pour l'ornementation des murs des façades.
En 1532 il éleva le palais Corner délia Ca Grande qui consiste dans un rez-de-chaussée bossage, d'une grande simplicité ; au-dessus s'élèvent deux étages à baies cintrées divisées en deux parties par une élégante colonnette. Les deux baies accouplées du milieu sont séparées des baies latérales par des trumeaux lisses qui se répètent à chaque angle. Cette façade est terminée aux extrémités par des pilastres répétés au rez-de-chaussée et aux deux étages. Il semble que l'ordonnance de ce palais est une réminiscence du style arabe, souvent f.'mployc par les Vénitiens et qui provenait de leurs relations avec l'Orient. L'ensemble de cette façade tend essentiellement à l'effet. Venise lui doit encore la Monnaie (la Zecca) et vers 1555 le Fabbriche nuove, plus simples de style mais pleins de vigueur. L'ordre du rez-de-chaussée de la Zecca est dorique avec un entablement plus d'un quart de la hauteur de la colonne , proportion désagréablement forcée, particulièrement dans ce style ornementé. Les entre-colonnements ont trois triglyphes et offrent une arche qui s'élève sur des
impostes. Les triglyphcs sont hauts et étroits, avec seulement deux fémurs. Le second ordre est ionique avec un entablement plus surchargé encore; la frise est énorme, avec des fenêtres circulaires, très masquées par une profusion de sculptures. Nous remarquerons cependant que l'architecte semble avoir voulu conserver un certain rapport de hauteur avec la Procuratie ancienne, et avec laquelle il l'a fait coïncider. Sansovino mourut en 1570.
Dès le seizième siècle, il s'éleva dans l'architecture italienne une ■sévérité plus forte et plus critique par rapport à l'emploi des formes antiques, sévérité c[ui devint prépondérante et qui se manifesta dans les efforts faits d'abord par L. B. Alberti. Ainsi que le prouvent les édifices élevés par cet architecte isolé, on parvint à une certaine pureté extérieure du style, mais aussi, il faut l'avouer, l'inspiration poétique, l'inspiration de l'imagination qui avait créé la plupart des monuments du c[uinzième siècle, commençait à faire défaut. On se contenta des règles qu'on étudia dans les monuments de l'antiquité romaine et dans les livres de Vitruve. Quand le sentiment pittoresque s'aperçut que la combinaison si simple des formes antiques, ne s'adaptait pas aux masses de l'architecture moderne, on l'abandonna tout en ne rejetant pas les règles de l'école : alors la déviation à •celte combinaison devait revêtir le caractère d'un genre arbitraire.