‹ Histoire générale de l'architectureChapitre 50 sur 108 · Le Moyen âge pitloresque , pi · texte numérisé non relu

Le Moyen âge pitloresque , pi

dans un organisme régulier des formes; mais le développement fut actif et incessant, sans encore se généraliser. Toutefois cette influence ne fut pas amenée par des artistes italiens venus en France, mais bien par des artistes français qui s'inspirèrent des récits que leur firent les gens de goût, guerriers et amateurs des arts qui avaient suivi les rois Charles YIII et Louis XII en Italie. Ils s'aidèrent sans doute aussi par l'observation des quelques monuments d'architecture romains qui subsistaient encore en France. Il est donc admissible cjue dans leurs campagnes d'Italie nos rois emmenèrent avec eux des constructeurs, peut-être même quchpies architectes connus déjà par leur talent, pour s'en servir en pays étranger comme corps de notre génie actuel*?

Toujours est-il que le flamboyant fut abandonné en principe, mais on en emprunta l'arc surbaissé pour le couronnement des portes et des fenêtres et celui des galeries à jour; le pilastre peu orné encore de la Renaissance italienne remplace dans les façades les pédicules triangulaires surmontés de pinacles. Le rinceau antique est substitué aux feuillages de nos jardins et de nos foi'èts. Les étages ne sont pas séparés par des entablements, mais habilement reliés entre eux par une partie pleine ornée de petites arcades dans le haut el couronnée d'une corniche légère. Mais l'imagination capricieuse ou désordonnée du quinzième siècle se retrouve encore dans la riche ornementation des lucarnes.

Pendant les trente années qui suivirent le règne de Louis XI (mort en 1483), presque le tiers des maisons fut rebâti en France; peu d'entre elles manquaient de boutiques pour le commerce intérieur, dit Claude de Seyssel. Il y eut aussi une grande activité dans la construction des monuments publics de transition de tous genres, tels que palais, hôtels de ville, hôtels particuliers, palais de Justice, etc. Sous Louis XII, de 1498 à 1515, on vit s'élever les édifices que nous avons cités plus haut. L'architecture de ces monuments est incontestablement une innovation, d'un style capricieux, riche et varié, d'une disposition indéjiendante, régulière, mais franche de symétrie impérieuse, élégante sans surcharge d'ornements. On n'y voit pas encore dominer le travail astreint au despotisme malheureux de la règle, du

1. Jean Doyac, aixhilecte et ingénieur sous les règnes de Charles Vlil et de Louis XII, fut employé à faire passer les Alpes à l'artillerie de Charles YIII. En 1500, il aurait reconstruit le pont Notre-Dame.

compas et de l'équorre. L'imagination de l'arcliitecte était aussi libre que celle du peintre et du sculpteur, elle n'était point encore subordonnée à des règles, données par l'ingénieur romain Yitruve, guide désastreux, et qui sont étrangères, par parenthèse, à celles qui ont été suivies par les artistes grecs de la belle éjjoque.

Nous avons dit qu'au commencement du seizième siècle on ne pouvait passer brusquement du style flamboyant à un style qui en était la négation. Il fallait une transition du style appliqué par exemple dans les façades des églises de Saint-Maclou de Rouen, de Saint- Wulfran d'Abbeville de 1488, de Saint-Riquier de 1500, qui a eu pour architecte un Picard. Cette transition qui commence sous Charles VIII, comme nous l'avons dit, se développe sous le règne de Louis XII et des dix ou quinze premières années de celui de François P'' (1498 à 1530). On peut nommer à juste titre ce style de transition celui de la Renaissance primitive ou fleurie et qui se termina dans les dix-sept dernières années du règne de ce prince, quand quelques architectes français allèrent étudier leur art en Italie, et commencèrent à introduire les ordres romains dans la composition des édifices que la royauté, la noblesse, les villes et l'Église les chargeaient d'élever.

Il est remarquable que l'influence du romain antique ou de la Renaissance italienne s'est fait sentir en France bien antérieurement aux trois grands architectes Lescot, Philibert de L'Orme et Rullant, qui allèrent en Italie se perfectionner dans leur art. Le premier était né vers 1510, les deux autres en 1515. — D'un autre côté, A'itruve était connu au moyen âge; Vincent de Reauvais (mort en 1264 ou 1274) cite cet auteur dans ses ouvrages. Au quinzième siècle, L. R. Alberti déplorait les fautes introduites dans le texte de Vitruve ; sur les dix livres de Vitruve, on n'en avait retrouvé dans la bibliothèque du Mont-Gassin que les sept premiers et quelques chapitres du neuvième; le Pogge découvrit le Vitruve presque complet dans la bibliothèque de Saint-Gall en Suisse. La première édition de notre auteur est de Rome, 1486, une autre est de Florence de 1496, une troisième de Venise de 1497, par Joconde (Giovanni Giocondoj, et une de la même ville de 1511.

Nous ignorons jusqu'à présent si avant Lescot, Rullant et Philibert de L'Orme, des architectes français sont allés s'inspirer des monuments italiens : on peut l'admettre, mais ils virent les édifices de la

Renaissance italienne en pleine liberté, sans parti pris de les copier servilement en antiquaires, et encore moins pour en faire des pastiches. Puisque la première édition de Vitruve est de 1486, antérieui-c de huit années à la campagne d'Italie de Charles VIII, il est admissible que si des architectes de nos compatriotes se sont rendus en Italie, ils ont eu connaissance des livres de Vitruve, qu'ils n'étudièrent sans doute que par curiosité et qu'ils rapportèrent dans leur patrie.

En 1499 Louis XII appela Joconde en France, où il exécuta divers travaux, dit-on, entre autres le pont Notre-Dame; Joconde ne conduisit que les travaux de maçonnerie, tandis que Didier de Félin en fut l'architecte réel, comme le rapportent quelques auteurs. Joconde n'était qu'ingénieur, non artiste. Antiquaire savant, il restitua le texte de Vitruve, dont il expliqua les passages difliciles et obscurs à Gruillaume Budé. Joconde dit lui-môme qu'il a écrit sur l'architecture et sur l'emploi des mathématiques. C'est ainsi que Vitruve a pu être connu des primitifs architectes français de la Renaissance chez nous. Ce qui plaît dans les monuments dont nous nous occupons, dont aucun ne ressemble à un autre, dit M. Dusommerard', c'est l'absence, apparente du moins, de toutes combinaisons, et pour ainsi dire, de tous plans préalables, l'abandon et le moelleux, comme dessin, et le décousu, si l'on veut, des ornements de tous les styles, mais toujours gracieux et bien placés.

Au nombre des monuments où l'arc ogival avec ses accessoires a disparu, se présente à l'attention de l'historien antiquaire la gra- •cieuse et intéressante façade de l'hôtel de ville d'Orléans, de 18'", 50 de longueur sur 10'", 80 d'élévation du sol jusqu'au-dessus de la balustrade. Cette charmante façade date de l'année 1498 et par conséquent du règne de Louis XII : elle a été construite par l'architecte Charles Viart, comme nous l'avons dit plus haut.

Là, l'arc aigu du moyen âge, d'origine française, a été remplacé par la simple plate-bande ou le j)lein cintre ou demi-cercle. La ligne circulaire court de toutes parts, évitant ces intersections qui rappelleraient trop les formes expirantes. Les festons, les contre-festons, les entre-lacs, les dais, les consoles, les chapiteaux, rien ou presque rien ne porte la moindre empreinte de ce qui va se pratiquer encore

]. Notices sur Vhôlcl de Cluay cl sur le palais des Thermes, etc. Paris, 1834, ia-S", p. 131.

avec une grande persévérance de l'autre côté de ce mur. La verticale hardie, audacieuse, imprévue, pénétrante et renversée : l'accentuation horizontale se montre victorieuse pour accuser mieux en hauteur les principales divisions c{u'elle détermine. Enfin, si la base des pilastres du rez-de-chaussée avec ses profils osseux, ses moulures amaigries, ses arêtes amincies et ses scoties allongées, ne nous rappelait encore le faire ancien, et si les simulacres des colonnettes qui se dressent contre les montants des grandes fenêtres ne nous offraient aussi (juelque réminiscence affaiblie de l'art qui va disparaître devant tant de nouveautés réunies, tant de motifs d'exécution exhumés de l'anti- (juité et savamment combinés, nous pourrions nous croire en vérité en plein rayonnement du seizième siècle, presque à l'apogée artistique d'une période qui n'aura que bien peu de durée et de développement dans la sphère de son action*.

La façade de l'hôtel de ville d'Orléans, un des premiers monuments du style primitif de transition de la Renaissance française, a au rez-de-chaussée à gauche deux petites fenêtres à plate-bande, vient ensuite la porte d'entrée à plein cintre et de 1"',50 de largeur seulement. A la quatrième division verticale et à droite de la porte d'entrée, il y a une troisième fenêtre semblable à celles de gauche. Un léger cordon sépare le rez-de-chaussée de l'étage qui a quatre grandes fenêtres à plate-bande ornée de festons délicats: ces fenêtres sont placées dans l'axe des baies du bas. La corniche de leurs allèges ne dépasse pas la largeur des fenêtres, entre lescfuelles il y a cinq niches soutenues par des consoles et couronnées de dais richement ornés. A'ient ensuite la corniche principale, formée de petits festons circulaires ornés intérieurement de coquilles à côtes. La façade était couronnée d'une balustrade légère à jour : elle était terminée aux deux extrémités par deux tourelles hexagonales. Derrière la balustrade et en retraite, s'élèvent quatre lucarnes dans l'axe des fenêtres du bas. Du haut en bas de la façade s'élèvent plutôt des ressauts que des pilastres, il y en un à chaque extrémité, huit autres flanquent les fenêtres, au milieu descjuelles sont pratiquées les niches. Ces ressauts sont ornés au rez-de-chaussée de chapiteaux à la hauteur des fenêtres, il y en a d'autres sous la corniche supérieure. Au-dessus de la porte d'entrée on voit une large frise, dont l'ornementation est des plus

1. ArcJnleclurc civile et domestique, etc., par A. Verdier et F. Gallois. 1855 à 1857; deux volumes ia-4°.

distinguées. — Les lucarnes n'ont plus vestige de celles de l'époque du flamboyant. Leur haie est flanquée de pilastres à chapiteau et couronnée d'une riche corniche, surmontée d'un fronton triangulaire à côtés rectilignes,

La richesse décorative et les autres détails architectoniques de cette charmante façade sont tellement nombreux que, pour les étudier et s'en rendre compte, il faut de toute nécessité en avoir une représentation exacte et géométrale. Mais nous croyons en avoir dit assez sur cette façade, pour piquer la curiosité du lecteur et surtout de l'architecte que nous renvoyons pour plus ample information à l'ouvrage cité précédemment.

Louis XI avait à dessein fait négliger l'éducation du duc d'Orléans, depuis roi sous le nom de Louis XIL Dans sa jeunesse le duc d'Orléans s'était montré violent et i^rodiguc ; sur le trône il fut tout autre. Il remit de l'ordre et de l'économie dans les finances, il lui fut possible de diminuer d'un dixième les impôts et dans la suite cette diminution fut même d'un tiers ; à son avènement, il n'accepta pas le présent de trois cent mille livres cfue lui faisait la nation, comme il était d'usage dans la monarchie. Gomme roi, il prit plaisir à l'instruction et acquit du goût pour les sciences. Il attira en France les hommes de lettres les plus distingués de l'Italie et leur paya de fortes pensions. Il forma une riche collection des ouvrages de l'antiquité. Il réunit à la bibliothèque de Blois celles des rois de Naples et des ducs de Milan et fit acquisition du précieux cabinet de Louis de la Gruthuse : il a été le premier monarcjue français qui ait chargé ses ministres dans les cours étrangères, de lui recueillir ce c[u'ils pourraient découvi-ir de meilleur. Louis XII, dans son privilège donné à Blois le 9 avril 1513, accorda en quelque sorte des lettres de noblesse à l'imprimerie de Paris en l'exemptant d'un impôt considérable et de tout droit de péage sur les livres : vu que « les imprimeurs-libraires, vrais suppôts et officiers de l'Université, doivent être entretenus en leurs privilèges, libertés, franchises, exemptions et immunités, attendu la considération du grand bien c[ui en est advenu en nostre royaume au moyen de l'art et science d'impression, l'invention de lac[uelle semble être plus divine c[u'liumaine, laquelle, grâce à Dieu a été inventée et trouvée de nostre temps j)ar le moyen et industrie des dits libraires, etc. » Louis XII fut le premier de nos rois qui ait rendu la justice sédentaire.

Sous Louis XII vivait le peintre Jean Bourdiclion et le sculpteur Micliault Columb, peut-être aussi Pierre Brymbal, sculpteur de François I". Nous verrons plus bas quels étaient les architectes du règne de Louis XII en traçant l'histoire des monuments qu'ils ont élevés.

L'aile du château de Blois bâti par Louis XII* est un des curieux exemples de la primitive Renaissance de l'architecture en Finance, de ce style qu'on nomme de transition. Ce prince fît sa première expédition en Italie au printemps de l'année 1499; neuf mois après, il fut de retour à Blois : il resta en France jusqu'en 1509, année de sa seconde expédition militaire en Italie. Il est présumable qu'il faut placer la construction de l'aile cju'il ajouta au palais de Blois entre les années 1498 et 1502. Ce qui est certain, c'est qu'en 1501 le roi étant à Blois, et faisant construire son château (attendit son futur i^endre Charles, fîls de l'archiduc Philippe d'Autriche, dans ce château de Blois, « tout de neuf, et tant somptueux que bien sembloit œuvre de roy, « dit Jean d' Anton-).

Le cadre de ce volume ne nous permet pas de donner une analyse de l'architecture de ce château. Nous nous contenterons donc d'une appréciation générale. La façade principale, celle de l'orient, aune étendue de 52 mètres. La porte d'entrée n'est pas au milieu, mais un peu à la droite. A gauche il y a cinq fenêtres et deux à droite. L'étage unique est séparé du rez-de-chaussée par un cordon de médiocre importance. Des ressauts de peu de saillie divisent cette façade en six rectangles de largeur diverse : l'ensemble est couronné d'une corniche de moyenne importance surmontée d'une balustrade destinée à dissimuler l'élévation du toit, coupé aussi par sept lucarnes d'une riche composition, rappelant celles en usage dans les édifîces civils du moyen âge.

La porte d'entrée sur cette façade de l'est est fort riche par sa disposition. Terminée par un arc plein cintre, elle est surmontée au premier étage d'un dais formé de deux arcs jumeaux qui ne sont ni à plein cintre ni à arc surbaissé, mais décrivant une parabole, avec festons ou contrc-arcatures découpées (trilobées) ; ces deux arcs reposent au milieu sur un cul-de-lampe formé d'amples feuilles flottantes. Cette porte principale du château est décorée de deux colonnes

I. Archicrs des monuments historiques, Renaissance. Dix planches. • 2. Annales du roi Louis XII depuis lli99 jusqu'en 1508.

accolées au mur, dont les fûts sont ornés de moulures à compartiments formant des petits losanges ornés de rosaces. Dans l'axe des colonnes s'élèvent quatre étages de petits clochetons surmontés de pinacles, de grande richesse décorative. Le dais en question renfermait autrefois une statue équestre en bronze représentant Louis XII. L'intérieur de la niche formée par ce dais était semé de fleurs de lis d'or. Deux des fenêtres qui regardent l'avant-cour du château sont renfoncées en forme de niches et ornées d'un Lalcon de pierre élégamment sculpté. Le dessus de ces fenêtres est couronné d'un arc surbaissé, orné de contre-arcatures découpées. Au côté droit de la porte principale, il y en a une autre infiniment plus étroite et plus basse, dont le fronton était orné du porc-épic, emblème de la famille d'Orléans. A l'exception des deux fenêtres à balcon, toutes les autres se terminent carrément au sommet, leur encadrement touche le cordon de séparation du rez-de-chaussée avec le premier étage.

Les corps de cheminée à l'extérieur, plus élevés que le faîtage du toit, étaient décorés de petites arcatures à ogives entrelacées : une arête légère et élégante couronnait les deux i^ampants de la couverture.

Le soubassement, les chaînes sur lesquelles s'appuient les ressauts, les chambranles des croisées, le cordon, la corniche principale, la balustrade et l'ensemble des grandes lucarnes, sont en pierre do taille; tout le reste de la façade est en brique dont le ton, d'un rouge vif, faisait valoir la décoration en pierre.

La façade sur la cour se compose au rez-de-chaussée d'une galerie ouverte, formée de dix fortes colonnes et de piliers prismatiques robustes, reliés au-dessus de leurs chapiteaux par des arcs surbaissés, ornés de fines moulures dans leur étendue. Au-dessus règne un mince cordon, ensuite vient une partie plane dans toute la longueur de la façade : cette partie se termine à la hauteur de l'appui des fenêtres et est ornée de petites arcatures, couronnées d'un autre cordon un peu plus fort que le précédent. Nous arrivons au premier étage, qui a cinq fenêtres carrément terminées. Au-dessus est une légère corniche, jusqu'à laquelle s'élèvent des ressauts placés dans l'axe des colonnes et des piliers du rez-de-chaussée. Chacune des cinq fenêtres est surmontée d'une lucarne ornée avec luxe et richesse. Les quatre parties pleines entre les fenêtres sont en brique ; tout le reste, comme dans l'autre façade, est en pierre de taille.

Cette façade de la cour est flanquée à gauche d'un gros pavillon de 5'", 85 carrés, et à droite d'un autre pavillon plus petit, de 3°>,75 carrés. Les pavillons compris, notre façade a 39 mètres de longueur. La face orientale du gros pavillon a de chaque côté un angle rentrant, dans lequel est placée une colonnctte qui monte de fond jusqu'à l'entablement, lequel se compose d'une rangée d'oves, ensuite d'une autre rangée de petits arcs dont la retombée repose sur un corbeau ou tête sculptée : cette rangée est [couronnée d'une autre formée de feuilles à crochet. Nous arrivons à la petite corniche supérieure et enfin à la balustrade d'amortissement. Les petits arcs à corbeaux en question, en forte saillie sur le mur, remplacent les mâchicoulis des temps de la féodalité. L'ensemble de cet entablement est d'un merveilleux effet et toutes les moulures ainsi que les sculptures d'ornement sont d'un goût et d'une exécution merveilleux. Comme sur la façade de l'est, on voit sur la grosse tour le porc-épic, emblème de la famille d'Orléans, avec la devise coMixvs et eminvs, de jri'ès et de loin. — L'ornementation du petit pavillon est très simple et n'offre rien de remarquable.

Le style de l'aile ajoutée au château de Blois par Louis XII représente, avec d'autres monuments à peu près de la môme époque, la mitoyenneté de l'architecture des derniers temps du moyen âge avec celle de la Renaissance. C'est dans les édifices élevés sous Louis XII et son successeur François L'' qu'on aperçoit une ère nouvelle pour le développement de l'imagination régénérée de l'artiste, a L'art et la raison réconciliés, voilà la Renaissance, le mariage du beau et du vrai, » a dit Michelet'. Comme en Italie, l'architecture militaire des châteaux féodaux fut abandonnée ; les grosses tours circulaires furent supprimées ; le canon pouvait les abattre, elles devinrent donc inutiles. Les ponts-levis disparurent, on entrait de plain-pied et directement dans les nouveaux palais. La brutalité des mœurs avait été amendée; à l'incommodité des meubles ainsi qu'à la grossièreté de leur exécution, on substitua le luxe, le goût et le confortable dans les habitations princières. De grandes fenêtres remplacèrent ces ouvertures basses et étroites qui, ressemblant à des meurtrières, laissaient à peine la lumière pénétrer dans les sombres réduits de la noblesse féodale; car le moyen âge avait assombri toutes choses dans

]. Histoire de France. Renaissance. Paris, 1855, p. lxxxv.

les ténèbres. Ressuscitées par les études des œuvres des Grecs de l'antiquité, la lumière et la raison reprirent leur empire dans le monde. — L'architecture se dépouilla alors de son vieux et monotone vêtement, une saine imagination accompagnée de notions plus correctes et plus étendues en mathématiques, et aptes à créer des formes plus proportionnelles, une sobriété dans les détails de simple décoration, se manifestèrent dans le style de la Renaissance primitive en architecture. Alors le monument n'est pas seulement solide par l'agglomération des matériaux, il l'est par la disposition savante et légère des parties c{ui supportent, où les ressauts et les pilastres remplacent les contreforts. Les lignes courbes ne se heurtent et ne s'offensent plus, l'ordre est mis dans les lignes verticales (|ui rompent hi monotonie des lignes horizontales. La destination et la catégorie des ])âtiments de l'époque de transition étaient trop difl'érentes des dimensions des édifications colossales, des exemples offerts par les monuments antiques de Rome, pour cju'on s'inspirât d'eux ou pour servir de types. On ne copia donc point encore les ordres de ces monuments, on n'introduisit point encore dans les monuments les colonnes avec leur architrave, leur frise et leur corniche, pour en faire une simple décoration qui n'aurait semblé, en réalité, qu'un placage adapté aux façades sans rime ni raison. La tendance des artistes visait le pittoresque, la variété et le mouvement comme la vie dans leurs œuvres. Le profil des moulures fut étudié avec plus de goût, avec plus de soin pour produire plus d'effet par une combinaison heureuse du jeu d'ombres et de lumière, et leur exécution ne laisse rien à désirer, surtout à l'aile bâtie par Louis XII.

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