CHAPITRE V
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Ainsi que nous l'avons déjà dit, le temps était arrivé où les arts sortirent enfin de l'apathie où les avaient conduits et surtout maintenus pendant longtemps une routine ignorante et l'impuissance d'en sortir; la contrainte de l'association ecclésiastique et féodale les avait tenus en tutelle sans espoir d'émancipation possible. Ensuite ils ne purent aspirer à s'ounoLlir pendant le règne de l'esprit de pillage et de despotisme durant les siècles du moyen âge; le goût s'était perdu, un petit nombre d'hommes seulement osèrent s'aventurer à inculquer à leurs œuvres des formes encore inhabilement saisies dans quelques monuments historiques de l'antiquité romaine ou imitées de la nature.
François P'" joignait le respect chevaleresque à l'amour pour les sciences et les beaux-arts. Sous ce prince la Renaissance de l'art français, préparée sous Louis XII, fut surtout favorisée, avancée et activée. Il n'appela aucun architecte d'Italie, car il y en avait assez en France, pour exécuter ses projets de construction. Il ne fit venir de la péninsule que des peintres d'histoire, des artistes en mosaïque, des statuaires, des peintres de décors, etc.
Jusqu'à la fin du quinzième siècle, les rois de France ne s'occupèrent qu'à consolider le pouvoir monarchique dans le royaume; Charles VIII fut le premier qui commença à faire valoir ses droits par les armes sur d'autres États à l'étranger. A l'époque où ce roi entreprit sa campagne d'Italie, la culture des beaux-arts s'était déjà élevée à un haut degré de perfection dans cette péninsule. Les rapports qui s'établirent entre les deux pays eurent une grande influence sur le développement de l'architecture, de la sculpture et de la peinture
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en France. Ce qui aida beaucoup à ce dévelojipement, ce sont les types que Charles VIII et François I" importaient d'Italie dans leur royaume. — Nous le répétons, ce ne fut que vers la fin du cjuinzième siècle que parut l'aurore d'une époque nouvelle et de régénération pour les beaux-arts qui sous François P"" aboutirent, avec les sciences, réellement à un radical et éclatant épanouissement.
Le comte d'Angoulèmc, par la suite roi de France (François F'), avait eu pour père le comte d'Angoulème, cousin germain de Louis XII, dont les pères Charles d'Orléans et Jean d'Angoulème étaient parents : leur grand-père commun était Louis, duc d'Orléans, qui fut assassiné à Paris en 1407 ; le père de Louis XII et le grand-père de François 1" étaient frères : François pouvait donc passer pour son neveu. Louis XII habitait Blois, dans le comté de Blois qui faisait partie du duché d'Orléans. C'est à Blois que François P"" passa la plus grande partie de sa vie du vivant de Louis XII. Enfin c'est là, dans ce pays pittoresque séjour de sa jeunesse, qu'il entreprit d'ajouter des constructions nouvelles à celles dues à son prédécesseur. Ce fut en 1514 que Louis XII fit épouser à François F"", qu'il créa duc de Valois, sa fille Claude qui mourut en 1524, à l'âge de vingt-cinq ans. Sur le mur d'appui d'une des arcades de la galerie du premier étage de la façade septentrionale, on voit sur un panneau carré un grand G orné d'une couronne royale au centre : dans un autre panneau accolé au premier, un cygne traversé d'une flèche et aux angles supérieurs de ce second panneau sont placés des C, initiales de la devise de la reine Claude, candida candidis. Ces détails décoratifs indiquent la date de cette construction de François I" et qu'il faut placer entre les années 1514 et 1524. Entre cette façade du nord du château de Blois et celle de l'hôtel de ville d'Orléans dont Charles Viart fut l'architecte, il y a quelque ressemblance, par exemple dans l'emploi de pilastres montant de fond jusqu'à l'entablement supérieur, dans lequel règne une suite de petites niches plein cintre, ornées à l'intérieur d'élégantes coquilles à côtes ^; ensuite dans les cordons délicats cjui ne coupent pas trop la façade en parties horizontales, dans ce système d'appui des baies des arcades qui font bien masse avec l'ensemble de la façade. Seulement dans la façade de l'hôtel de ville d'Orléans il y a des réminiscences du style du moyen âge qui ont disparu dans la façade du
1. A Blois, il y a des ornements végétaux dans ces niches au lieu de coquilles.
château do Blois, qui a 66 mètres de longueur sur environ 17'", 50 d'élévation du dessous du premier cordon jusqu'à la naissance du toit.
François I", né en l'année 1494, succéda en 1515 à Louis XII. « Jamais, dit MaLly, prince n'eut plus que lui les mœurs, le génie, les vices et les vertus de la nation qu'il gouverna, et ne dut par conséquent jouir d'un empire plus absolu. Ardent, impétueux, sincère, libéral, brave, populaire, ne respirant que cet honneur que la chevalerie avait mis à la mode, on aima jusqu'à ses défauts, qui tenaient toujours à quelques qualités estimables. »
François F"" fut le premier en France qui créa sur une grande échelle des collections d'objets d'art de tous genres : il fut aussi le puissant promoteur des arts et des sciences*. Profondément impressionné du grand éclat des arts du dessin en Italie, il fit tous ses efforts à leur faire traverser les Alpes pour en doter son royaume. Quoiqut. son éducation eût été négligée et qu'il fut peu instruit, il se sentait néanmoins dominé par un esprit irrésistible avide d'apprendre, et d'étendre le domaine scientifique; il recherchait les artistes et les savants, il les attira autant que possible vers lui, établit des collections de manuscrits, de tableaux, de sculptures et de pierres précieuses; il chargea les savants les plus marquants, comme par exemple Budée, des fonctions les plus honorables et les plus distinguées dans l'État; en un mot il se montra aussi, surnommé qu'il fut, le père des lettres, comme connaisseur et protecteur de la vie intellectuelle. François r"" avait trouvé des ténèbres d'ignorance, qu'il illumina, comme le dit si bien Martin du Bellay.
François F'' n'aimait j^as seulement les arts d'imitation : il aimait aussi l'architecture, l'art d'embellir les constructions civiles et religieuses. Si ce prince a surchargé le peuple d'impôts, il a aussi employé une grande partie des tailles qu'il levait à l'édification de monuments remarquables par l'élégance et le bon goût et qui font encore une des gloires de la France.
En l'année 1515 François I" avait gagné la bataille de Marignan; deux années plus tard il conclut le concordat avec le pape Léon X; en 1529 il signa le traité de Cambrai, et après la pri.se de Florence
1. Il aimait les sciences et les bâliments, dit de Tavannes. — Par rordonnance de Yillers-Colleiels^ août 1539^ sur le fait de la justice, l'article 50 ordonne des registres de décès, l'article 51 des registres de baptême signés par un notaire, et l'article III ordonne la langue française dans les transactions publiques.
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par les impériaux en 1530, l'état des choses fut ramené au point où il avait été en 1515 à l'avènement du roi à la couronne. François I'""" déçu dans ses espérances les plus chères, poursuivi par le malheur dans ses entreprises guerrières, dut pour le moment renoncer à l'accomplissement de ses nouveaux j)rojets; sentant profondément les blessures faites à son amour-jjropre de conquérant, il se décida à tourner toute son attention sur l'administration intérieure de ses États. Il chercha alors aussi dans les beaux-arts et les sciences la consolation et la distraction dont il avait besoin.
Le roi avait reçu sa première éducation dans la Navarre, plus tard il eut pour gouverneur Artus de Groufficr, seigneur de Boissy, qui fit prendre au jeune duc d'Angoulême pour devise Niitrisco et Extinguo, je nourris et j'éteins, et pour emblème une salamandre dans le feu. Le latin qu'on lui enseigna n'était sans doute pas des meilleurs, et selon l'esprit du temps son instruction scientifique ne devait pas être profonde, mais en général assez superlicielle. Il connut cependant assez les lettres pour les aimer d'un amour vif et sincère, pour comprendre l'influence qu'elles peuvent exercer sur la civilisation. Plusieurs savants distingués déjà par Louis XII le furent également par François I". Parmi eux était Etienne Poncher, évèque de Paris (mort à l'âge de soixante-dix-huit ans en 1524); le roi le chargea d'engager des savants étrangers à venir se fixer en France : c'est sur sa demande qu'Augustin CTiustiniani, évèque de Nibbio en Corse, se rendit à Paris, où il enseigna les langues grecque, hébraïque et arabe. Gruillaume Cop, médecin célèbre, qui s'était fait remarquer par des traductions d'Hippocrate, de Galien et autres, fut nommé médecin du roi. L'évêque Guillaume Pélissier, qui accompagna Louise de Savoie à Cambrai, lors du traité, théologien et jurisconsulte renommé, fut chargé par François I''"" de recueillir des manuscrits anciens en Italie. C'est sous le règne de ce prince cpie vécurent les trois frères du Bellay, qui nous ont laissé sur lui des documents historiques si précieux. Jean du Bellay, évèque de Paris, et Guillaume Budé, firent de puissantes instances auprès du prince pour amener un perfectionnement dans l'enseignement de l'université de Paris. Ils furent appuyés par Jean-André Lascaris : ces trois hommes ensemble travaillèrent efficacement à l'étude des lettres classicfues en France. Lascaris fut un des bibliothécaires de la collection de livres et de manuscrits que François I" forma à Fontainebleau. Guillaume Budé, un des
hommes les plus brillants par son savoir et son intelligence, fut nommé par le roi son bibliothécaire en chef et son ambassadeur à la cour de Rome. C'est avec ces hommes distingués et nombre d'autres que le roi avait coutume de passer ses moments de loisir : leur conversation forma son esprit et augmenta les connaissances qu'il avait déjà acquises. Dès 1516 François 1" avait fondé une université à Angoulème, qu'il dota de tous les privilèges et de tous les droits dont jouissaient déjà celles de Paris, de Toulouse et de Poitiers. Il appartient en partie à François I" d'avoir aplani les obstacles qui empêchaient le développement de la science et son enseignement. Par les conseils de Budé, il conçut dès l'année 1529 le plan du collège royal, plan quïl mit à exécution une année plus tard. Il fonda le collège royal dans le sein même de l'Université, dont il devait nécessairement se séparer dans la suite. Dans le principe, on se borna à deux enseignements : bientôt on sentit la nécessité d'agrandir ce cercle trop étroit. L'établissement du Collège royal rencontra de puissants antagonistes. D'aJjord la noblesse, qui vit avec amertume que les savants qu'elle regardait avec dédain remplissaient les charges et les emplois les plus distingués, qui s'attiraient en outre la protection et l'amitié du souverain. Ensuite le clergé surtout, qui continuait depuis des siècles à vivre dans la plus complète ignorance ; il feignait craindre l'hérésie et plus encore la perte de la douce tranquillité dont il jouissait. A cette époque la plus grande partie ou même la masse du clergé, les maîtres et les écoliers de l'Université connaissaient à peine les noms d'Homère, de Sophocle et de Platon^, et ne comprenaient qu'un latin corrompu et barbare. En 1518 Rabelais pouvait se servir d'un livre grec comme d'un sujet de sorcellerie. Enfin en 1530 François l"^"" fonda une chaire pour le grec et les mathématiques ; en 1535, une chaire d'éloc[uence latine ; en 1542, une autre de médecine, et en 1543, une chaire de philosophie grecque et latine.
François P'', dont les expéditions militaires en Italie furent couronnées de plus d'honneur que de succès, de bonheur, joignait à la gloire chevaleresque un amour véritable, sincère et éclairé pour les arts : il les fit cultiver et s'intéressait personnellement autant à leur développement qu'à leur extension. Mais il n'importa pas l'art italien en France, il ne fit venir d'Italie que les artisans pour l'exécution de
]. Arislotc n'était connu que par des traductions du texte aralje falsifié.
certains détails délicats d'architecture et autres dans les édifices qu'il élevait. Il se vit dans la nécessité d'appeler en France quelques grands peintres italiens, peintres dont la France manquait totalement ; car en fait de peintres d'histoire, elle ne connaissait que les peintres sur verre. Au nombre de ces derniers il faut citer Robert Pinaigrier, né vers 1490, Valontin Bouch, Anguorand le Prince, Guillaume Gomonasse, Nicolas le Pot, etc.
Le séjour de quelques artistes italiens à Avignon scmjjle ne pas avoir eu une influence quelconque sur l'art français; le quinzième siècle au moins ne rapporte aucun fait qui ait contredit l'absence dont nous parlons. On nomme, comme seul peintre distingué de ce siècle, le roi René d'Anjou, arrière-petit-fils du roi Jean, né en 1409 et mort en 1480 : il excellait dans les portraits en miniature; il ne nous a pas été laissé de le juger comme peintre d'histoire.
Au commencement du seizième siècle, François F'' est réputé à juste titre comme un des amateurs d'art le plus distingué de son époque. En fait de fresques et de tableaux, il n'orna ses nombreux palais qu'avec les œuvres d'artistes italiens. Léonard de Vinci, sur le déclin de sa vie, fut appelé en France par le roi, en l'année 1516; il mourut en 1519. En 1518, André del Sarto vint également eu France. Les artistes, les peintres italiens, eurent une notable influence sur la peinture en France et en grande partie par les travaux qu'ils firent pour la décoration du château de Fontainelileau. Après André. del Sarto, arrivèrent encore Rosso (maître Roux), le Primatice et Niccolo deir Abatc. L'essor donné à la grande peinture, à l'huile et à fresque, est donc dû au roi François F'' qui sut deviner et apprécier les hommes de génie. Parmi ces artistes distingués, nés en France, nous nommerons Gorneille de Lyon et François Clouet dit Janet, Jean Cousin et enfin Martin Fréminet, admirateur de l'école de Michel-Ange, auteur du plafond de la chapelle du château de Fontainebleau.
La façade du château de Blois ', commencée et bâtie par François F"" en l'année 1516, se compose d'un rez-de-chaussée qui ne s'étend que dans une partie de gauche de l'élévation, divisée en deux travées inégales par une tourelle à pans en encorbellement au centre et terminés à gauche par une autre tourelle prescj;ue semblable à la première.
1. Archives des monuments historiques, Renaissance. Cinq planches.
22i LIVRE TROISIÈiME.
Ces tourelles étaient ornées de bas-reliefs d'un goût et d'un travail élégants. Le dessus de ces portions en saillie formait une petite terrasse ou sorte de balcon dont les eaux pluviales s'échappaient par de petites gargouilles. Les fenêtres de ce rez-de-chaussée sont à plein