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CHAPITRE IX

A cette heureuse et élégante activité de l'intelligence au seizième siècle, à ce retoui^ à la raison, à cet amour pour l'antiquité qui avait poussé l'esprit aux recherches sur le monde et ses phénomènes, à cette soif de science et de savoir qui s'était élevée sous le règne de François l^"", succéda au dix-septième siècle une fatale et inintelligente réaction, amenée par l'intérêt personnel et politique des princes, dont les arts eurent aussi le contrecoup et dont ils subirent les conséquences.

A partir de la mort de François V"", s'élevèrent nos guerres civiles <{ui se prolongèrent jusqu'en 1593; le nombre de monuments élevés durant cette époque est relativement restreint, on avait d'autres préoccupations que la culture des beaux-arts, que la création d'édifices nouveaux.

A ce seizième siècle rempli de mouvements de tous genres, à ce temps de guerres religieuses et politiques, de luttes et de déchirements moraux, succéda le siècle du recueillement intellectuel et de froid raisonnement, plus philosophi(|ue qu'artistique. L'architecture dut aussi subir une réaction qui ne lui fut pas avantageuse. Le style fut modifié par un appauvrissement fatal : la régularité et la symétrie des parties comme de l'ensemble, sont adoptées par les architectes qui retournent à la monotonie des monuments do la décadence romaine. Vitruve et Vignole avec leurs règles hypothétiques prennent faveur. La richesse et la variété de l'ornementation de la fin du seizième siècle sont abandonnées, les monuments deviennent nus, d'un aspect sec et froid quelquefois môme grossier, ils ne sont plus curieux à étudier et laissent l'àme insensible en ne frappant pas

les yeux ni le sentiment. Toutefois certains édifices du dix-septième siècle sont relevés par une élégance relative dans leur disposition d'ensemble. Mais l'emploi des ordres reste l'essentiel, on les prodigue en se liant rigoureusement à leurs règles immuables. De là cette similitude et cette monotonie de la presque totalité des monuments de répoc[ue en question et fastidieux à décrire.

Dans le dernier quart du seizième siècle l'ornementation des monuments avait commencé à se relâcher de la sévérité antérieure ; la faune se joint aussi à la flore et présage déjà la décadence possible de l'architecture. La simplicité du Bramante fut négligée; l'école deMicliel-Ange qui cherchait sans pureté dans le goût, à produire de l'effet, bon ou mauvais, l'influence de Yignole, plus mathématique qu'idéale, ramena aux ordres romains, abâtardissement des trois ordres, grecs, le dorique, le ionique et le corinthien; l'emploi absolu des ordres fut considéré comme l'essentiel en architecture, mais ces ordres, contrairement à leur but primitif, durent se plier aux exigences de l'époque, et cela d'une manière contradictoire. Le génie, mais le génie excessif, indomptable de Michel-Ange, qui dans les arts d'imitation ne put réprimer les lois prescrites par la nature, ne put de môme]réprimer sa transgression en architecture des grands principes statiques et architectonic[ues ; ce qui eut pour résultat la naissance de formes étranges, qui ne répondaient pas à une nécessité intrinsèque ni à un but originaire; il semble qu'il ait eu en vue plutôt la surprise, l'étonnement cjue l'admiration.

Il a donc été malheureux, funeste pour l'art que les admirateurs et les imitateurs que s'était attirés la consécration de ce génie puissant et vaste, cherchassent d'une manière peu habile non seulement à imiter le maître, mais encore à le surpasser en fait d'extravagance et de monstrueux.

En France, Louis Métezeau, Etienne Du Pérac, Pierre Chambiges Jean Androuet Du Cerceau, Antoine Mestivier et Salomon De Brosse développèrent le style dont nous venons de parler, qu'on voit par exemple dans le commencement de la grande galerie du Louvre, à la porte Dauphine de Fontainebleau et au palais du Luxembourg à Paris : les cincj; premiers furent architectes de Henri IV.

Depuis qu'on ne suivit plus les principes d'une noble simplicité ni la pui'Cté des formes, on ne s'efforça non plus d'inculquer l'expression du sublime aux édifices, mais on eut une prédilection pour le

faste et le luxe, répondant à une direction sensuelle ffui sous Louis XIV atteignit à toute sa splendeur.

Au dix-septième siècle les jésuites font partout prévaloir leur action prépondérante sur toutes choses tant dans les gouvernements cjue parmi les peuples; les fruits que produisit cette prépondérance font juger les principes dominants et le but secret de l'action de cet ordre. Des guerres civiles religieuses, oppressives et violentes, destinées à détruire tout mouvement de sentiment de liberté, d'énergie de soi-même, continuent aussi bien en France cfu'en Angleterre et en Allemagne; la vie intellectuelle s'engourdit et dégénère en un attachement mesquin et servile à la lettre des vieilles coutumes; des moyens disciplinaires ecclésiastico-politiques visent à une omnipotence tranquille du jésuitisme; le lien qui maintient par la science le bien public social, est détruit ; l'esprit moral et indépendant de recherche se réfugie chez quelcfues individualités puissantes et libres ; la masse des hommes devient sauvage et inculte et s'abaisse dans nombre de contrées à un état d'ignorance animale, où elle n'a de susceptibilité que pour le fanatisme. La superstition, la passion du miraculeux, de la sorcellerie et de la magie, des visions apocalyptiques et des extravagances diverses, sont devenues à l'ordre du jour; détournées du monde extérieur, regardé comme déplaisant, et de sa vie intellectuelle, les aspirations innées à la supériorité dégénèrent en surexcitations mystiques qui, face à face avec la perversité inféconde en pensées ou en idées, durent sembler, non sans raison, comme une puissance intellectuelle créatrice. En tous pays la pédanterie et le charlatanisme, l'esprit sectaire et l'esprit excessif de parti, amènent la recherche dissimulée d'opinions suspectes et de ce qu'on nommait des hérésies ; des persécutions vindicatives qui se terminaient le plus souvent par des condamnations à mort ou à la prison perpétuelle. La multiplication simultanée des sociétés secrètes, s'explique par une nécessité c[ui ne demande aucune justification. Des esprits supérieurs ouvrirent avec un génie créateur les voies nouvelles aux littératures nationales : en Angleterre, on voit Shakespeare, l'observateur par excellence du for intérieur de l'homme et du monde extérieur, Milton maître dans la solennité ; en Espagne, l'humoristique Cervantes et le profondément religieux Calderon ; dans les Pays-Bas, van Hooft, Jac.Gats et von der Yondel, et en Allemagne Martin Opitz et ses amis.

Ge fut surtout la France qui se distingua alors par une activité ; scientifique et une recherche dans l'élégance et la correction de la langue : à cette époque appartiennent Molière, Corneille, Racine, Boileau, la Fontaine, etc. Les principaux supports de la pratique et , du développement scientifiques des sciences et les conditions fonda- 1 mentales pour l'avancement futur de l'activité indépendante de l'esprit, furent les mathématiques et la physique ; la pensée humaine s'arma pour découvrir la vérité dans la nature, afin de combattre l'arrogance des erreurs et des préjugés humains, pour agrandir le domaine du savoir dans le champ de l'expérience, ainsi que le firent Tyeho de Brahé, Kepler et \'iète.

Cependant on ne peut se dissimuler que ce dix-septième siècle, si favorable aux arts d'imitation, le fut toutefois dans sa seconde moitié bien moins à l'arclii lecture : l'histoire le prouve ; elle devint émoussée, lâchée et molle : elle n'a plus la force, la sévérité et l'élégance de celle du seizième siècle. René Descartes était entré dans le grand mouvement scientifique en faveur de l'antiquité qu'avait amené la Renaissance, mais il n'en saisit, par la nature de son esprit, que le côté mathémati([ue. C'est lui qui a soumis l'étendue à l'humanité et ouvert la voie à une science complète à son usage, avec d'immenses applications. Il semble, à en juger par leurs œuvres, que les architectes furent entraînés à l'abstraction par le système de Descartes. Ils réfléchirent le milieu dans lequel ils vécurent : le côté positif saisit leur esprit et éteignit les sources du grand art architectural, en amoindrissant dans une trop forte mesure, l'action delà liberté de l'imagination. La plupart des œuvres monumentales du dix-septième siècle semblent avoir uniquement voulu n'offrir que des façades, à la vérité correctes mathématiquement parlant, mais où manc[ue le sentiment vivificateur de l'art véritable, si justement défini par Platon et Aristote, et que les artistes italiens et français de la primitive Renaissance semblent avoir suivi par intuition naturelle.

La philosophie de Descartes avait étonné les esprits par sa nouveauté et sa hardiesse; elle n'avait pas seulement réveillé de profonds penseurs, mais elle avait aussi commencé le développement • d'une méthode philosophique de penser qui dans le cours du temps, pénétra aussi dans les autres sciences. La philosophie de Descartes a conduit aux éléments d'un travail scientifique sur la nature et le droit des gens, sur la politique et l'économie politique, et a suscité

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par sa métaphysique douteuse relative à la réflexion, l'analyse des idées de Locke qui devint bientôt la méthode universelle pour les sciences. L'architecture du dix-septième siècle, dans son articulation organique, a subi l'action mathématique du système philosophique de Descartes, entaché de sémitisme, et s'écartant de l'esprit aryan. Au dix-septième siècle l'architecture suivit insensiblement le développement de sa décadence. Ainsi que dans la plastique, les architectes méconnurent les limites particulières et spécifiques de l'art qu'ils professaient ; alors aussi ces deux arts ne visaient qu'à l'efî'et pittoresque. Les traces de leurs efforts se manifestèrent do bonne heure dans l'architecture du siècle antérieur, ainsi c[ue nous l'avons fait remarquer relativement aux façades des édifices religieux qui n'ont aucun rapport avec le reste du monument dont elles forment le portail : elles n'offrent par conséquent qu'un effet illusoire. Cette tendance est on ne peut plus manifeste, en particulier au di;>c-septième siècle, et se montrait presque toujours d'une manière on ne peut plus forte par des non-sens. Dans la peinture le problème absolu est d'inculquer au tableau par la perspective, la réalité matérielle : dans l'architecture au contraire qui, selon son essence, est un art essentiellement mathématique, tout à fait géométrique, vouloir convertir la réalité en illusion, n'est possible que par l'inversion totale de la nature des choses. On chercha pourtant dans l'architecture, et dans son acception intime, à produire l'effet perspectif au moyen de corniches et de pilastres qui se dérobent en partie les uns par les autres ; dans les façades extérieures de plusieurs palais de Rome, comme par exemple au palais Barberini ', côté de la via délie Quattro Fontane, on aperçoit même des parties disposées d'après les règles de la perspective, afin de donner à l'aspect des fenêtres l'apparence d'une plus grande profondeur. Le sentiment de la simplicité disparut généralement avec celui du convenable et du rationnel. Les monuments furent donc surchargés de colonnes, de pilastres, d'enroulements, de coquilles, de saillies, de ressauts et de frontons inutiles. Ce mauvais goût se manifeste surtout à Rome dans les édifices et particulièrement dans les églises élevés aux dix-septième et dixhuitième siècles : et cela non seulement dans les monuments mêmes,

1. Lelai'oiiilly, l. II, ]il. 181 à 186. Ce palais a été élevé sous le pontificat d'Urbain VIII (de 1623 à 1G44).'-

mais encore dans les autels, les tabernacles et en général dans tout ce qui peut être rangé dans la catégorie de Tarchitecture, comme accessoires et sujets décoratifs. Au dix-septième siècle commence cette fausse et fastidieuse imitation de rantic[ue qui fatigue et ennuie.

Henri IV, prince spirituel, d'un caractère gai et insouciant, était prodigue, il aimait la chasse, le jeu et la galanterie, enfin la littérature et les arts. Pendant son règne il rétablit la paix, la tranquillité et l'ordre dans les finances. En politique et en administration, il agissait plutôt dans son intérêt personnel que dans celui du bien général. Il éloigna le peuple des affaires publiques, que la fausse démocratie prêchée par les prêtres ligueurs s'était efforcée dans un but intéressé, de lui mettre en tête.

Le peuple, à la fin du seizième siècle, était ce que tous les mémoires, tous les ouvrages du temps nous le montrent : ignorant, superstitieux, fanatique, bigot, par conséquent aussi brutal, sanguinaire et léger d'un côté, que pervers de sentiment et de mœurs, de l'autre. Qui l'avait fait tel? L'éducation donnée par l'Église ou l'association ecclésiastique, les prédications des moines ligueurs, plus ignorants eux-mêmes que le peuple qu'ils ])erverlissaient par des doctrines antisociales.

Toute l'activité du roi Henri IV fut concentrée, jusqu'au traité de Vervins de 1598, à la soumission totale de la Ligue et absorbée par les guerres. Ce ne fut qu'à partir de cette époque qu'il put s'occuper de fermer les plaies de la France qu'avaient creusées les calamités et les horreurs de la guerre civile. La misère la plus profonde régnait dans les villes ; elle était plus désastreuse encore dans les campagnes, où les ruines fumantes, des champs abandonnés ou incultes rappelaient partout les désastres de la guerre civile. Un auteur du temps, le protestant Barnaud, qui écrivit sous le nom de Froumcnteau', fait monter le chiffre de ceux qui périrent jusqu'en 1580 par les guerres civiles et de religion, à 765 200, au nombre desquels sont 8760 ecclésiastiques et religieux, 32 950 nobles tant catholiques que protestants, tués dans leurs maisons, 656 000 soldats français et 32 600 soldats étrangers; 36 300 hommes tués ou massacrés, 1235 femmes et filles assassinées. Il porte le nombre de femmes et de filles violées à 12 300,

1. Le Secret des finances de France, 1581, t. III, p. 37S. ' :

celui des villes incendiées à 9, celui des villages à 252, des maisons brûlées à 4256, et enfin le chiffre des maisons abandonnées parleurs habitants ou ruinées à 124 000.

Il n'est donc point étonnant que le peuple était ruiné par le fait d'une soldatesque qui pillait et incendiait : il l'était encore par des impôts et des contributions fiscales et extraordinaires qui s'élevèrent en l'année 1598 à plus du double que les matricules ne portaient. Le produit et la valeur des biens-fonds étaient tellement dépréciés par la guerre et l'incertitude de la possession, que les gens riches étaient la plupart tombés au niveau des malheureux. Ceux c[ui avaient des fortunes médiocres, étaient réduits à la mendicité, ou avaient péri ou périssaient dans les prisons où on les traînait lorsqu'ils ne pouvaient pas payer la taille.

Les finances de l'État étaient dans une situation désespérée. Lorsc[ue Sully en reçut l'administration, il fit cesser les désordres qu'y avaient introduits les guerres, la négligence et surtout l'improbité. Car malgré la morale chrétienne presque tous les employés des finances étaient de grands et d'effrontés voleurs dans le royaume du roi très-chrétien. En l'année 1599 les dettes exigibles de l'État se montaient à 147 millions de livres, dont 67 millions dus aux Suisses et 32 millions à plusieurs membres de la ligue, à des seigneurs et à des villes pour acheter leur soumission. L'autre portion de la dette publique, en rentes sur les recettes ou hypothèques sur les domaines, se montait à 198 millions, de façon que la dette totale s'élevait à 345 millions de livres, plus de 800 millions de notre monnaie actuelle. La plus grande partie de cette énorme dette doit être attribuée à Henri IIL

Cette situation malheureuse de la France n'était pas propre à lui permettre de la doter de monuments d'architecture ; aussi la plupart de ceux qui furent élevés par Henri IV datent-ils seulement de la fin de son règne, du commencement du dix-septième siècle, quand l'État se fut un peu remis des secousses qu'il avait eu à subir. Ce qui portait encore un grave préjudice aux arts, c'est qu'un grand nombre d'artistes de talent, de même que les hommes de lettres, avaient embrassé la religion protestante. Ils vivaient retirés et cachés ou étaient en exil volontaire à l'étranger, en Hollande, en Allemagne* ou en Angle-

1. En Allemagne, ils fonderont la richesse et la force delà Prusse; au dix-scp-

terre. Dans des conjonctures aussi malheureuses, le trésor public n'avait pas de quoi subvenir aux dépenses de l'édification de monuments d'architecture : la construction fut peu active et fort restreinte. Aussi les édifices élevés sous le règne d'Henri IV sont-ils en petit nombre. La pénurie d'argent amena la simplicité d'ornementation des quelques édifices qui commencèrent à s'élever sous le règne du premier Bourbon. Si le règne de ce prince, dont l'esprit élevé ne pensait qu'au salut de son peuple, avait eu une ])lus longue durée, s'il n'avait été obligé de lutter contre le tumulte des partis, en dépit de son mépris pour tout ce qui pouvait favoriser le luxe sous son règne, disons-nous, les sciences et les arts auraient sans doute pu arriver à un brillant et élégant épanouissement, s'ils n'eussent pas déjà subi une décadence relative. « Accoutumé, dit un auteur du dix-huitième siècle, à ne voir dans Henri IV que le héros et le conquérant de son royaume, ou bien entraîné par ce penchant si doux, qui nous fait adorer le bon roi (et certes, c'est la plus belle partie de sa gloire), l'ami des lettres et des arts nous a échappé. Éblouis du règne de Louis XIV, nous jetons un œil de pitié sur tout ce qui l'a précédé ^ » Cet auteur a raison, car il est certain que la plupart des hommes qui brillèrent par leur supériorité en tout genre, sous Louis XIII et Louis XIV, s'étaient formés sous l'action de la Renaissance pendant le règne d'Henri IV, d'une grande supériorité d'esprit et d'intelligence lui-même.

Sous Henri IV, le peu de monuments qui furent élevés, sont d'une architecture souvent froide, ampoulée, massive, quelquefois presque privés de détails d'ornements, quand ils ne sont pas, au contraire, d'une nudité outrée. Cette architecture porte néanmoins encore le cachet de la Renaissance, mais cependant déjà un peu décoloré et entr'ouvrant la porte au style prétentieux, affectant le pompeux, qui commença vers la fin du règne de Louis XIII pour ne s'étaler qu'avec une magnificence de contrebande, telle qu'on la voit sous Louis XIV.

Sous les derniers Valois, l'architecture de la Renaissance avait commencé à décliner ; les architectes, tout en suivant les règles fixées par des confrères antérieurs et de talent, se permirent des écarts qui les firent tomber dans l'arbitraire qu'ils prirent pour de la richesse

tième siècle la Prusse avait le quart de la superficie qu'elle avait en 1814. Les réfugies aidèrent à son agrandissement, à sa prospérité industrielle et connnerciale. 1. Brizard, De l'amour de Henri IV pour les lettres, 1775, in-8°.

et qui, à la longue, n'aboutit qu'à devenir un simple décor de mur où le génie de l'architecture fait totalement défaut. On s'aperçoit néanmoins ([uc l'architecture du commencement du dix-septième siècle subit une légère influence du goût et des théories de Palladio ([ui vint en France et visita les monuments antiques de Nîmes, d'Orange et d'Arles, i:. .;;

Sous Henri IV l'ornementation décorative se simplifie et souvent avec une certaine élégance; les ornements empruntés au règne végétal disparaissent en grande partie : le règne des lisses et l'emploi des moulures très simples, autant cintrées que rectilignes, fait son apparition, sous une infinité de formes et de dispositions. Tout cela fît encore aboutir à une phase intéressante de l'architecture de la Renaissance qui, vingt-cinq ans plus tard, céda la place au style monotone et ennuyeux.

Jeanne d'Albret ne voulut pas que son fils fût un illustre ignorant: elle apporta un grand soin à son éducation. Dans sa jeunesse Henri avait traduit les Commentaires de César et il lisait avec assiduité les Vies des hommes illustres de Plutarque, traduites par Amyot.

Par ses dispositions naturelles, cultivées avec soin, le goût des arts se développa chez Henri IV. Il n'ajouta rien au Louvre, mais il en continua la jonction avec les Tuileries. Au sud-ouest du bâtiment ([ui contient le salon d'Apollon, il ajouta parallèlement à la Seine im autre Ijùtiment joignant la petite galerie du bord de l'eau, commencée par Catherine de Médicis en 1566 (dont l'architecte fut Pierre Chambiges), et qui se terminait au pavillon nommé de Lesdiguières, A partir de ce pavillon, Henri IV continua en 1595 la jonction des deux palais et le pavillon du quai, dit de Flore, avec une partie du retour joignant le pavillon latéral élevé par Bullant. Henri IV fit aussi exécuter la partie supérieure de la galerie commencée par Catherine de Médicis, et qui fut terminée en l'année 1609.

Henri IV lit encore continuer les travaux de l'Hôtel de Ville do Paris, commencé en 1533 sur le projet d'un Dominique Boccadoro de Cortone, qualifié d'architecte dans une inscription posée du temps de François F"", Henri II continua la façade ; enfin Henri IV termina l'édifice qui fut achevé en 1603. Le dernier architecte de l'Hôtel de Ville a été Marin de la Vallée. Sous le rapport de l'art seulement, la destruction de ce monument n'est pas regrettable. — Le Pont Neuf à Paris, dont Henri III posa la première pierre en 1578, sous

la direction de Baptiste Androuet du Cerceau, fut terminé sous Henri IV en 1604 par l'architecte Guillaume Marchand. En 1855, do Guilhermy, dans son Itinéraire ardiéologique de Paris, dit : « L'architecture de ce grand et bel ouvrage a été modifiée tout récemment d'une manière fâcheuse : on a cru devoir en abaisser le tablier aux dépens des proportions de l'ensemble, et de nouvelles arches ont été construites en contre-bas des anciennes. »

Henri IV agrandit aussi le château de Saint-Germain en Laye, ceux de Villers-Gotterets, de Monceaux, de Verneuil, de Fontainebleau et encore beaucoup d'autres, où il a laissé les témoignages de son goût pour l'architecture dans le choix qu'il faisait des artistes. A Saint-Germain il fit bâtir, par l'architecte Marchand, ce qu'on appelait le château neuf, peu éloigné du vieux château; le premier appartint à la fin du dix-huitième siècle au comte d'Artois, frère de Louis XVI ; il le fît démolir pour en construire un autre à la même place. A la fîn du siècle dernier, ce qui restait de ce château neuf prouvait qu'il était orné de médaillons et de bustes.

A la fin de notre description du château de Fontainebleau nous avons renvoyé à cette place l'histoire et l'appréciation du ijaptistère, appelé aussi Porte Dauphine, qui termine le moins long côté de la cour ovale.

Ce baptistère, d'une architecture plus jeune au moins de quatrevingts ans que le reste du château, a été élevé par Henri IV. Le style, les détails portent à croire que cet élégant petit monument est dû au talent de Salomon de Brosse, architecte du palais du Luxembourg. A la fîn du seizième siècle ou au commencement du dix-septième, on cherchait plus l'originalité que la bizarrerie, les excentricités. On suivait encore dans un certain degré les nouvelles traditions, échos éloignés des temps classiques, en les adaptant aux exigences de l'époque. Le baptistère de Louis XIII avait été conçu à deux fîns: d'abord pour le baptême du Dauphin et eûsuite pour servir de porte d'entrée de ce côté. Ce monument est carré, à jour, avec un dôme ou petite coupole terminée par vme lanterne : l'ensemble a quelque chose d'oriental. Nous avons des exemples de ce genre d'entrées de palais, à Anet, Êcouen, Verneuil, etc. La porte d'entrée de la cour ovale est un exemple comment un homme habile peut modifîer la même idée, s'en inspirer, en un mot rester original, sans tomber dans la manière et le plagiat.

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