Blondel, t. IV
2. La longueur totale des Tuileries, depuis la rue de Rivoli jusqu'au quai était de 334 mètres.
3. Le développement et la métamorptiose de la cour sous Louis XIV sont si intimement liés à l'origine du palais de Versailles, qu'ils peuvent être ramenés à une idée unique qui mûrit comme idéal dans l'esprit de ce prince. Celte idée consistait à donner un caractère indépendant et essentiel à la monarchie, ébranlée par l'esprit de parti et les guerres civiles, et qui en était encore menacée. Elle consistait ensuite à donner une base solide à la monarchie, une dignité qui devait la placer au-dessus des caprices du hasard, l'élever hors de l'atteinte de l'inconstance de la faveur populaire et, en outre, la garantir contre les empiétements de l'esprit de domination des factions dans l'État.
Le vieil édifice féodal était démoli et ses dernières ruines n'étaient que des sou-
D'après les recherches et les calculs les moins hypothétiques, Louis XIV dépensa à Versailles environ 171 millions de livres, valeur d'aujourd'liui. La guerre avec la ligue d'Augshourg, commencée en 1683 et qui dura jusqu'à la paix de Ryswick en 1697, interrompit le goût des bâtisses de Louis XH' qu'il abandonna pour le moment.
tiens aussi faibles du trône que mauvais débris pour, à la longue, soutenir l'œuvre en question. Louis XIV crut trouver les nouveaux éléments d'édification dans la puissance autocratique et par conséquent indépendante, dans l'élévation, l'éclat et la magnificence de la monarchie. Il voulait qu'à l'avenir, on ne reconnut, en dehors de la volonté du monarque, aucune loi à l'exception de l'empire de la fatalité sur rimpuissance humaine : il voulait qu'on ne reconnût aucune limite à sa volonté, ne se courbant pas devant les puissances de ce monde; la tète diadémisée ne devait fléchir, prosternée humblement dans la poussière, que devant le seul maître qui gouverne l'univers.
Louis XIV voulait laisser aux générations futures un monument qui devait lui survivre, survivre à sa gloire personnelle, comme un témoignage pour toutes les générations futures. Versailles appartient à l'histoire universelle, quoique son nom, son nom significatif, au moins, se perde dans les annales infinies où les États et les peuples ont déposé les alternatives du mouvement de leurs destinées. Les alternatives du mouvement dans l'existence des nations, mais non l'uniformité monotone, inanimée des cours, parquées dans les étroites limites d'un château royal et obéissant aux formes altières du cérémonial — tout cela n'est point du domaine dans lequel l'hunianilé mesure les époques de son histoire. Cependant la cour de Louis XIV à Versailles a été un fait particulier qui ne constitue pas en lui-même une époque, mais qui ne fait que la caractériser. Cette cour n'a point eu son modèle dans la résidence chevaleresque du bon Henri IV ni dans l'économie domestique du faible Louis XIII.
La cour de Louis XIV, à Versailles, a été conservée pour certaines époques, comme type et patron de la manifestation extérieure de la majesté royale, comme l'ont été également ses palais et ses jardins, qui n'atteignirent que rarement à l'étendue et à la richesse, imitées de celles de Versailles, palais et jardins pris comme modèles dans presque toutes les parties de l'Europe pour les résidences royales. Les cours ont eu leur époque de naissance, de Ûeuraison et de décadence. C'est à Saint-Germain, habité par le roi, que s'assemblait la noblesse française; mais le château devint trop étroit pour le but que se proposait Louis XIV, le déploiement de la magnificence qu'il voulait étaler aux yeux de l'Europe. Il choisit le petit pavillon tle chasse de son père, pour savourer en secret son mystérieux amour pour la belle la Vallière.
L'augmentation du personnel do la cour à certaines époques, avec les fêtes splendides que donnait le roi, obligèrent à des additions, des agrandissements considérables qui, pour le service, la commodité des habitants, demandaient des cours entre les bâtiments.
Le tracé des jardins du palais de Versailles est dû au talent d'André Le Nôtre, né à Paris en 1613. Il était contrôleur général des bâtiments du roi, élève de Simon Vouet et ami intime de Ch. Lebrun. Son père était surintendant des jardins des Tuileries.
De la Quintinie fut chargé des jardins de rapport, c'est-à-dire des arbres fruitiers et des potagers. Le Nôtre fut aussi l'auteur de l'admirable terrasse de Saint-Germain.
La chapelle du château de Versailles fut commencée en 1699 d'après le projet de J. H. Mansart et terminée en 1710. Dans son Temple du Goilt Voltaire a apprécié ce monument à sa juste valeur :
Il n'a rien des délauts pompeux, De la chapelle de Versailles, Ce colificliel fastueux, Qui du peuple éblouit les yeux, Et dont le connaisseur se raille.
Mansart a encore construit, en 1679, l'église des Récollets et en 1634 celle de Notre-Dame, rue de la Paroisse, également à Versailles. Le portail de l'église Notre-Dame est décoré d'un ordre dorique qui porte quatre colonnes ionicjues couronnées d'un fronton. Les deux campaniles placés aux angles sont de ce dernier ordre et moins élevés que le dôme cj[ui répond au milieu de la croisée ou intersection. L'intérieur de l'église présente un ordre dorique denticulaire. A côté de la chapelle du Saint-Sacrement est un grand édifice que Louis XIV fit construire pour les pères missionnaires de Saint- Lazare; cet édifice est également de J. H. Mansart.
J. H. Mansart fut encore l'architecte des châteaux de Marly, aujourd'hui détruit, et du grand Trianon, celui de Glagny, également détruit', la maison de Saint-Gyr, les châteaux de Vanves près Paris, de Dampierre, bâti autrefois par Charles de Lorraine, cardinal-archevêque de Reims (mort en 1574); ce dernier ne fut qu'embelli, restauré et augmenté par Mansart; enfin le château de Lunéville, qui appartenait au duc de Lorraine. A Paris cet architecte a construit le dôme de l'hôtel des Invalides ^ en continuant les travaux déjà exécutés par Libéral Rruant. Le dôme ne manque pas d'une certaine élégance, mais écrase la façade de L. Rruant trop peu étendue et trop basse ; ensuite le dôme paraît s'élever immédiatement au-dessus du portail; mais on est obligé d'avouer que l'ensemble est triste et lourd. A l'époque où Mansart dirigeait les travaux des Invalides, sir Christopher Wren construisait à Londres l'église Saint-Paul. Les places Vendôme et des Victoires sont encore dues à Mansart. Il est rare qu'un architecte ait eu l'avantage d'être chargé d'aussi vastes et
1. Bàli pour Mme de Montespan; voyez les Plans, profils, etc. du ehdteau de Claf/ny, par Michel Ilardouin.