‹ Histoire générale de l'architectureChapitre 80 sur 108 · Façade du palais de Versailles · texte numérisé non relu

Façade du palais de Versailles

et nobles; il était de plus livré aux prêtres, docile à leur volonté et craintif parce qu'il était superstitieux et bigot par ignorance. Réunis-

santenlui au plus haut degré tous les vices d'un satrape oriental sans en avoir les qualités et l'esprit pratique, il était l'esclave de femmes légères et capricieuses, qui ont beaucoup contribué à démoraliser et à ruiner la France en y faisant reprendre le cagotisme et la tartuferie. A force de se voir adoré par de vils courtisans, et surtout à force de s'adorer lui-même dans l'auréole trompeuse de sa fausse et fade grandeur, Louis XIV se crut un dieu et il prit sa volonté capricieuse pour une loi naturelle sous laquelle tout mortel de son royaume devait fléchir le genou'.

Un contemporain de Louis, le marquis de la Fare, dit de ce roi, après la paix de Nimègue : « Imitateur des rois d'Asie, le seul esclavage lui plut ; il négligea le mérite, ses ministres ne songèrent plus à lui dire la vérité, mais à le flatter et à lui plaire. Il rapporta tout à sa personne; rien ne se fit par rapport au bien de l'État. » Saint- Pierre le juge encore plus sévèrement : « Il se gouvernait comme s'il eût adopté à l'égard de ses voisins et de ses sujets la maxime d'un célèbre tyran : Qu'ils me haïssent pourvu qu'ils me craignent, Oderinl difm ')netuant. Gomme la moindre résistance le blessait profondément, il sacrifiait tout au plaisir de se venger et de montrer au public qu'il était redoutable. »

On a prétendu que les arts et les lettres ne brillèrent sous son règne que parce qu'ils étaient magnifiquement protégés par le roi. Éblouis parles panégyricpes plus pompeux que vrais des admirateurs intéressés de ce prince, on n'a tenu aucun compte des grands et nombreux travaux de tous genres de l'intelligence pendant le seizième siècle, le siècle de la Renaissance, épof[ue de réaction, de tourmentes, d'ébullition et de régénération, et qu'il devait nécessairement arriver une époque qui récolterait magnifiquement des travaux de l'esprit et de la raison du siècle qui vit naître le premier grand homme du siècle de Louis XIV, et que depuis François I*"", véritable époque de la Renaissance des arts et des lettres, ils n'ont éprouvé depuis jusqu'à Louis XIII ni éclipse, ni lacunes.

1 . Louis XIY dansait môme sur le théâtre jusqu'à ce que parût le BrilnnnicKs de Racine (de 1669). Alors le roi ne voulut plus rien avoir de commun avec Néron.

Pour toute ambition, pour vertu singulière, 11 excelle h conduire un char dans la carrière; A disputer des prix indignes de ses mains, A se donner lui-même en spectacle aux Komains.

Sous Louis XIV, la liberté que la Renaissance avait rendue à l'intelligence fut en partie de nouveau confisquée au profit du despotisme et, par la recrudescence des idées rétrogrades, au profit du jésuitisme, cette plaie sociale.

Il est dans le caractère de l'autocratie de tout vouloir savoir. Sous Louis Xl\ il y eut une nouvelle administration de la police; il ne s'agissait pas de la sécurité publique, mais d'un développement de la force destinée à augmenter la passion de gouverner, et de pénétrer dans le mystère et le for intérieur de ses sujets. Il y a trois sortes de police : celle pour la sécurité et la prospérité de tous, deuxièmement celle qui aide à exécuter les décisions du pouvoir, et enfin celle pour satisfaire la curiosité autocraticpie. L'établissement d'un lieutenant général de police à Paris en 1667, un lieutenant de police auprès de chacpie parlement, créé en 1699, ne contentèrent pas encore Louis XIV ; Louvois viola le secret des lettres.

Sous le troisième Bourbon les arts et les lettres, de nationaux cju'ils avaient été auparavant, prirent un caractère de soumission monarchique et d'une monotonie fatigante. Ils dépendaient entièrement de l'approbation de la cour, qui avec les salons de la haute société en déterminait le fond et la forme. L'orgueilleux monarque imposa en toute occasion la mesquinerie de son. goût et la petitesse réelle de son esprit. Les arts devinrent courtisans, par conséquent faux et trompeurs : tout fut taillé sur un patron uniforme, comme stéréotypé. Tout n'étant cjue vanité et orgueil chez Louis XIV, il voulait aussi que la grandeur et la magnificence de ses palais et châteaux répondissent à ridée qu'il se faisait de la majesté rovale. Pour satisfaire à sa passion effrénée de la bâtisse, il sacrifia des sommes immenses, ce C[ui amena la perturbation dans les finances, des désordres dans l'État, et par voie de conséquence, la Révolution de 1789.

L'ind('pendance du génie, la liberté de l'imagination amorties, un patron royal offert comme modèle, comme type, fut servilement imité et reproduit partout et toujours. Louis XYV régna pendant soixantedouze ans, qui amenèrent la monotonie; les arts déchurent; d'élégants qu'ils avaient encore été sous Henri IV et au commencement du règne de Louis XIII , ils devinrent froids et dégénérèrent en pastiches; ils manquèrent de fond et d'originalité. Le génie de l'architecture s'était cependant maintenu chez un petit nombre d'hommes d'un talent réel, réservés et voués à la culture de leur art et ennemis

de l'intrigue, du savoir-faire vulgaire. Aussi n'édifièrent-ils que peu de monuments publics, tandis que les architectes superficiels, les constructeurs sans talent maniant de main de maître leur mise en scène, accaparaient l'édification des projets que le roi ou le pouvoir faisait exécuter. Jamais le monopole en toutes choses ne fut concédé avec autant d'arbitraire : le choix des artistes sous Louis XIV était, sous ce rapport, l'antipode de ce qu'il avait été sous François I". C'est que Louis XIV, malgré sa présomption, sa soi-disant royale étiquette, était néanmoins d'un certain vulgaire et plat en fait de goîit^

En 1619 naquit à Paris un artiste d'un grand talent. Charles Le Brun était un peintre d'un cs])rit puissant et ample qui sut s'étendre sur tous les genres de peintures, la fable, l'allégorie, l'histoire et le portrait. Son imagination était vive, il avait une grande puissance dans l'expression des passions qu'il voulait rcju'oduire, mais il adopta un type unique dans ses physionomis. Il possédait une richesse intarissable dans l'art de composer ; quoiqu'il fût surchargé de travaux et qu'il ne prît pas le temps de développer complètement et d'achever tout à fait la création un peu rude de son génie pouil'amener à un ensemble parfait, ce qui le fit tomber dans le maniéré, son regard fut néanmoins toujours fixé sur la nature qu'il reprodui-

I. Il est assez remarqu;il)le que la décadence de la riclie et pittoresque langue française de l'époque de la Renaissance, telle que l'écrivait Rabelais et tant d'autres, est contemporaine de l'indigente architecture du règne de Louis XIV. Ce roi croyait avoir son entrée au ciel en se soumettant docilement aux sujétions de ses confesseurs, et ce qu'il faisait en faveur de Dieu, les horreurs exercées envers les protestants, par exemple, conmie rachat de ses immoralités galantes et de ses crimes; les évoques, les écrivains catholiques furent obligés de purger la langue des expressions viriles, positives, substantielles, expressions des réalités accessibles à l'intelligence humaine par les sens, l'observation et l'expérience, afin d'exposer leurs doctrines, sans fond, sans corps, flottant dans le vide, tandis que cette langue épiscopale, jésuitique ne retraçait que de pauvres doctrines creuses, des légendes inventées quelques siècles auparavant, réputées sacrées dans l'intérêt de l'association ecclésiastique, nommée Kglise par le catholicisme. Par la pauvreté qui s'empara de notre langue du fait des prêtres catholiques, elle pouvait prêter au verbiage ascétique, mystique, à l'assemblage de mots vides et creux, ayant néanmoins un sens de convention, accepté mais non compris par les croyants. L'Académie française fut également radicale dans l'appauvrissement de la langue : elle nuisit à la multiplicité de l'expression des choses, à la richesse intellectuelle et vivante, elle posa des limites grammaticales, c'en fut fait de la poésie, qui sombra dans la tourmente de l'inspiration et le vol de l'imagination ; la poésie depuis le code académique s'abaissa à la simple prose rimée.

sait non seulement d'une manière fidèle, mais en y joignant une rare habileté pour se rapprocher du style des Garraches.

Quoique déjà, du temps de Henri II et de Charles IX, Ph.De L'Orme, d'après le désir de Catherine de Médicis, eût essayé de composer un ordre français d'architecture nouveau, Louis XIV n'était en peine que de briller comme inaccessible dans les annales de l'histoire et de rendre son règne immortel par cette invention. Lebrun dut donc, en compagnie deBlondel, Perrault, Cirardon, Desgodez et plusieurs autres architectes, exercer son talent pour trouver un nouvel ordre d'architecture ; mais tous leurs efforts furent vains, car ils en revinrent toujours aux anciens ordres classiques, qui dataient du génie des Grecs. Cependant Le Brun réussit enfin à composer un ordre français Cfui futapplic[ué dans la colonnade de la galerie de Versailles. On ne découvrira jamais rien de nouveau ni d'original sur la voie de l'imitation, il faut se reporter aux types primitifs, à la théorie première, à la nature elle-même'.

Les projets et les crocjuis de Le Brun sont innombrables; il donnait les modèles pour les tapisseries, les broderies, les stucateurs,, les orfèvres ; il dirigeait un grand nombre de peintres et de sculj)teurs occupés à orner le château de Versailles, pour lequel, à la fin^ il s'occupait aux formes les plus variées des ornements en bois et ea fer destinés à la magnificence de ce palais. Le Brun peignit luimême le grand escalier de Versailles: il mourut en 1690.

Quand Louis XIV se mit lui-même à la tête de l'unité nationale^ en s'élevant dans l'éclat de sa dignité personnelle, entouré d'hommes d'esprit, de génie et de vigueur de toute espèce, la vanité grandiose du roi devint le jouet de ses ministres. Toutes choses, sans exception,, furent rapportées à lui ^ : le peuple ne vit sa gloire, le bonheur même du royaume que dans la splendeur de la cour, dans la majesté du

1. Nous ne citons que pour mémoire une très médiocre tentative de création d'un ordre nouveau : UOvdre français trouvé dans la nature, par R. de Chamoust, Paris, 1783, fol.

2. Quand le roi gagne une liataillc, prend une ville, subjugue une province,. nous faisons des feux de joie, et il n'y a pas un petit particulier qui ne s'imagine pas être monté d'un pied, et qui n'attache la grandeur du roi à sa propre idée. Cela le récompense de toutes ses perles et le console de toutes ses misères. Et il ne considère pas qu'il perd à mesure que le roi gagne*.

* Les soupirs de la France esclave qui aspire aprhs la liberté. Quinze Mémoires envoyésde l'rance du 1" septembre 1689 au 1" octolu'e 1090. Amsterdam, chez Pierre Bruiiel.

tiL-ône.Lc monarque, royalement constitué, ne voulait voir avant toutes «choses que le brillant, ce qui pouvait étonner l'Europe, qu'attendre plutôt lentement la lumière et la chaleur ; de son côté le caractère impatient et vain de son peuple se confondit en admiration.

Le pompeux, le luxe tiré des arts et la splendeur de la cour de Louis XIV devinrent le modèle pour toutes les autres cours. Golbert, Corneille, Molière, Poussin, Le Nôtre et encore une infinité d'autres hommes de talent et de génie, élevèrent la littérature et les arts, et en môme temps la vie matérielle, à un haut degré d'éclat, de sensualité et de délicatesse, qui semblaient du monarque jaillir comme •de la source de lumière en retournant vers lui par flots; mais tout cela n'eut aussi aucune influence sur l'éducation intellectuelle, indépendante de la nation, parce que ce poli complaisant de l'extérieur empêchait la solidité plus profonde du savoir. L'esprit et le goût au proflt des autres, pour plaire, le plaisir de persuader et de régner, fut le but de tous les talents, de toute activité. La galanterie du roi envers les femmes de la cour, plaçait dans ce milieu le désir de plaire chez le sexe : alors s'éleva cet esprit de soumission à la sensualité voilée qui attaqua le noyau de la moralité, et demandait enlin à l'art un commerce aimable dans la vie plutôt que bienséance et convenance extérieures. Voilà ce qui polit l'élocution ; la langue devint élégante et si équivoque qu'elle sut tout ou rien dire avec grâce et môme plaire dans l'équivoque. La forme fut tout, la vérité rien, à moins qu'il ne s'agît de la réalité dans le domaine des sens ; là se réunissaient le trait d'esprit, la sagacité avec la volonté et l'énergie pour arriver à posséder. L'esprit fut corvéable de la passion, la nature l'était de l'art, comme l'intelligence le fut de la prudence.

L'année 1661, où commença l'époque si exaltée de Louis XIV, fut aussi l'origine d'un véritable éclat pour Charles Le Brun; comme un autre Bernini sous le pape Urbain VIII, il régna en maître sur tout ce cjui concernait les arts en France. Quel que soit le degré de faveur qui leur fut accordé, il est aisé d'apercevoir c[u'ils déclinèrent rapidement : mais l'époque qui suivit doit passer pour celle où le vrai style français, le style national devint partout prédominant. Le luxe de la cour, les fôtes et les jeux publics, le drame sous toutes ses formes, les poésies d'un Corneille, d'un Racine et d'autres exercèrent leur influence sur les œuvres d'architecture, sur celles du ciseau et

du pinceau. La vérité de la nature se perdit, on poursuivit l'effet théâtral, le sentiment pour la simplicité et l'expression vraie d'un Poussin, d'un Lesueur et d'un Le Brun, s'évanouit, on ne les étudiait plus ; on ne se représentait plus d'Orientaux, d'Égyptiens, de Grecs, ni de Romains, mais uniquement des Français et en architecture qu'un style de grande richesse, mais abâtardi et non du goût le plus élevé, qui prépara les voies au style maniéré qui s'épanouit dans la première moitié du dix-huitième siècle.

Le Brun était un artiste qui avait une merveilleuse étendue de conception, l'imagination vive et une vigueur extraordinaire dans l'expression des passions les plus variées. Il devait régner et il régna effectivement en maître absolu sur toutes les commandes faites aux artistes de tous genres. Une foule d'artistes spéciaux exécutèrent les travaux de décoration que Le Brun fit faire au palais de Versailles, plus ingénieux les uns que les autres, avec une prodigalité sans nom, de composition souvent extravagante, et destinés à embellir le séjour du monarque. La plupart des artistes employés à Versailles étaient membres de l'Académie, qui fréquentaient assidûment leur chef, exerçaient leur talent et leur imagination pour créer et exécuter des créations originales et des décors variés. Parmi ceux qui se distinguèrent et qui jouissaient de la protection et de la faveur de Le Brun, étaient Goypel, Audran, Bonasse, Jouvenet, de la Fosse, B. Tubi et Girardon, mais qui outrèrent leur soumission au directeur de l'Académie. Puget fut du petit nombre de ceux qui ne voulurent pas se courber au commandement de Le Brun : il resta longtemps actif dans le sud de la France.

Sous Louis XIV, l'architecturo est donc entrée dans une nouvelle transformation. Un prince de son caractère ne pouvait agréer que ce qui avait une apparence héroïque. Les arts du dessin de son règne ne présentent point de réelle beauté ni de sublimité ; semblables aux costumes des héros de tragédie, ils furent soumis à la mode, car le sensualisme du roi conduisit tous les arts à l'expression de la richesse, du faux éclat, du pompeux de pacotille, enfin du boursouflé, expression qui seule, selon Louis XIV, répondait à l'essence d'un prince accompli et tout-puissant. Le roi avait chargé Le Brun, pendant une série d'années, de la surintendance despotique de toutes les œuvres de peinture et de sculpture, et Le Brun exerça longtemps une espèce de dictature ou d'autocratie sur toutes les parties de l'art.

Rien ne se faisait même en architecture que sur ses dessins et d'après son avis. Par sa souplesse envers son protecteur, il lui fit honneur. Le talent de Le Brun concordait en effet on ne peut plus heureusement avec les vues du roi son maître. Il était doué d'un grand talent, mais d'un talent relatif, d'une imagination abondante, le don de représenter avec une facilité légère les sujets qu'il concevait, toutefois en ne leur donnant pas la pureté, l'élégance ni le recueillement qui inculquent aux œuvres de la main la magnificence et l'éclat de l'esprit, encore moins du génie. Ses tableaux ne sont que des décorations trompeuses, illusoires de ce règne fastueux, mais intrinsèquement vide ou creux. Jusqu'à sa mort, en 1690, Le Brun jouit du spectacle d'une soumission universelle à sa dictature artistique : toutefois il avança la décadence de l'art, accélérée sous le règne du roi théâtral, gonflé d'orgueil et de despotisme bourgeois.

Louis XIV n'employait les arts que dans un but absolument personnel; il ne les protégeait que pour rehausser davantage le faux brillant de son règne et qui dut dans la suite être si fatal à la France: il leur enleva leur autonomie, les coucha sous son sceptre puissant.

Le Brun fut le véritable fondateur du classique officiel, qui s'est perpétué trop longtemps au grand préjudice de l'art.

Sous le règne de Louis XIII et l'administration de Mazarin et avec sa protection, on avait conçu et il s'était formé parCh. Le Brun une association libre d'artistes peintres pour s'affranchir du contact avec les membres de l'Académie de Saint-Luc à Paris. Louis XIV comprenant le parti qu'il pouvait tirer dans l'intérêt de la couronne d'une assemblée docilement soumise à ses sujétions ambitieuses, confirma cette assemblée en l'année 1655; en 1664 elle fut convertie enfin en Académie royale de peinture et de sculpture : Colbert en fut nommé protecteur. En l'année 1671 le roi décida d'établir une Académie d'architecture, confirmée par lettres patentes en 1717*.

L'article II de ces lettres patentes est ainsi conçu : « L'Académie demeurera toujours composée de deux classes; la première de dix architectes, d'un professeur et d'un secrétaire et la seconde et dernière classe des douze autres architectes. «

L'article VI dit : « Pour remplir les places des académiciens de la première classe, quand elles viendront à vaquer, l'assemblée élira à

1. Isambert, Recueil général des anciennes lois françaises, etc. vol. XIX; p. 16G à 169; — vol. XXI, p. 132.

la pluralité des voix trois sujets de la seconde et dernière classe et ils nous seront proposez afin qu'il nous plaise en choisir un. «

Cette Académie était donc une corporation autoritaire, ayant son esprit de parti, sa coterie, ses préférences et ses rancunes personnelles, et le roi brochait sur l'ensemble.

L'article XXVII dit que le premier architecte du roi sera toujours directeur de l'Académie.

Voici une clause de l'article XLI : « Nul ne sera nommé élève de l'Académie qu'il n'ait au moins seize ans, qu'il ne soit de bonnes mœurs et ne fasse profession de la religion et foy catholique, etc. »

Par son iniluence auprès de Golbert, il fut facile à Le Brun d'engager le roi, par le ministre, de créer une école d'architecture française à Rome, en y envoyant, pour y être entretenus aux frais de l'État, les jeunes gens qui avaient remporté la premier prix dans les concours d'architecture, de sculpture et de peinture.

Sans guides d'initiative ni de génie, les jeunes gens envoyés à Rome se mirent à n'étudier que les débris des monuments romains échappés à la destruction des chrétiens et autres barbares, destructeurs de monuments historiques, pendant le moyen âge : monuments tels que basiliques, palais impériaux, temples, thermes, théâtres, etc., mais jamais ils ne levèrent les yeux sur ces splendidos édifices de la belle Renaissance italienne qui aurait pu les inspirer et les guider plus heureusement, appropriés en partie qu'étaient déjà ces monuments aux exigences ainsi qu'aux mœurs modernes. De cette étude trop limitée, trop exclusive des médiocres monuments antiques de Rome, nous avons eu en France cette série monotone et déplorable d'édifices religieux et autres, depuis presque deux siècles, et qui se serait continuée sans l'heureuse apparition de l'école romantique qui s'éleva vers 1830, et qui a ouvert une ère nouvelle aux arts du dessin, en battant à plate couture le vieux classique ennuyeux, infecte, fondé par Ch. Le Brun.

La grande platitude générale qu'on remarque dans rarchitecture du règne en question provenait de l'inaptitude des architectes dans le dessin auti-e que par des lignes droites. Un architecte, dit Guillaumot, qui ne dessine point la figure, pourra bien composer de l'architecture régulière et pure; mais elle sera toujours froide, et souvent il placera mal ses ornements. Gomme il sera obligé d'avoir re-

cours à la main d'un autre, pour les dessins, et même pour les composer, son projet n'aura plus cette unité qui fait le grand mérite de toutes les productions de l'esprit. C'est l'étude du dessin de figure qui apprend à connaître et à employer de belles formes dans tant d'occasions où la ligne droite ne produirait qu'un mauvais eflet. C'est celle qui apprend à juger des proportions avec l'œil, et non avec le compas, méthode très fautive pour les choses qui doivent être exécutées. En un mot, le dessin de figure est le germe du sublime en architecture ^ ».

L'idée d'une retraite pour les militaires mutilés à la guerre est due en principe à Catherine de Médicis^; Louis XIV réalisa ce projet et s'en attribua indûment le mérite, qu'on lui abandonne gratuitement, car il était passablement inhumain et ressemblait beaucoup aux chefs cruels de la nation juive, qu'on nous cite souvent comme modèles pour les besoins de la royauté.

En 1671 l'architecte Libéral Bruant présenta le premier projet des bâtiments qui forment l'hôtel des Invalides "', mais il n'éleva que la nef et le chœur de l'église. J. H. Mansart ajouta un hors-d'œuvre remarquable à l'église primitive : le dôme avec sa coupole. C'était en 1679, à l'époque où Ch. Wren élevait à Londres la fameuse cathédrale de Saint-Paul. Mansart voulut rivaliser avec l'architecte anglais en présentant le dessin du dôme en question, que Louis XIV agréa. Comme l'église n'a point de chœur, du midi le dôme semble s'élever immédiatement au-dessus du portail ; les deux ordres d'architecture dont ce portail est composé, étant de trop petite dimension, la coupole paraît écraser tout l'édifice, ce qui provient de ce que Mansart fut obligé de conserver les constructions déjà élevées de Libéral Bruant. Le style de cet artiste est simple et frise le vulgaire.

L'architecture du règne de Louis XIV nous a laissé par exception un monument hors ligne, dont nous pouvons nous enorgueillir; il est correct et original et se rapproche des meilleurs édifices de l'empire romain; malgré les plaisanteries injustes du rimailleur Boileau, la Colonnade n'en est pas moins une belle œuvre.

1. C. A. Guillaumot. /Îemarf/Hes critiques sur Vardiitecture. Taris, 1768, in-S", p. 55.

2. Mémoires de Caslelnau, édition Michaud ; 2= série, t. IX, page 496.

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