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Blondel, Architecture Françoise, t. I, page

La colonnade du Louvre, car c'est d'elle qu'il s'agit, de 184 mètres de longueur, commencée en l'année 1665, achevée en 1670 sur les dessins de Claude Perrault, comparée aux autres édifices de l'époque est d'une grande et imposante simplicité : mais elle laisse à désirer sous le rapport du beau idéal en architecture. Ses proportions, les ornements du soubassement, l'entablement et la balustrade sont tels qu'on peut les désirer : tout en est beau, tout s'accorde avec la disposition générale et forme l'unité requise en architecture. Ce qui est remarquable dans cette façade, ce sont les colonnes accouplées, dont on voit un exemple dans la cour du palais Borghèse à Rome et emplové là, par l'architecte milanais Martine Lunghi l'ancien, qui le commença en 1590 ; nous en avons un autre exemple dans le portail de l'église Saints-Grervais-et-Protais dont nous avons déjà parlé, élevé à Paris en 1616 par Salomon de Brosse, où les colonnes accouplées ne sont point isolées, mais en partie engagées.

La piété facile, indépendante de Louis XIV et de la cour, semble faire arriver sous son règne une recrudescence dans l'édification nombreuse des églises; les grandes et les petites villes en furent pourvues : à Versailles, la chapelle du château, les églises de Saint- Louis, Xotre-Darae: à Paris, celles des Petits-Pères, Saint-Roch, des Invalides, de l'Assomption ; à Saint-Denis, l'église des Dames de l'Annonciade et tant d'autres qui ne valent pas la peine d'être appréciées et même encore moins d'être mentionnées.

Si Bernini et son école se sont efforcés d'inculquer en général une certaine grandeur d'aspect à leurs œuvres, une autre direction vint la contrarier, direction cjui avait pour principe de s'éloigner des lois qui régissent les formes internes et les formes externes, et cjui cherchait les combinaisons les plus aventurées, les plus capricieuses et fantastiques. Le chef de cette école humoristique a été François Borromini, le rival le plus fervent de Bernini. Toutes les lignes droites dans le plan et les élévations de son architecture furent bannies autant que possible et remplacées par des courbes, des formes les plus diverses et remplacées par des enroulements, des caracols et autres formes semblables. Il ravit aux parties principales leur signification légale, tandis cpie les formes subordonnées, accessoires, destinées davantage à la décoration, étaient traitées on ne peut plus arbitrairement, comme étant surtout les parties capitales de l'ensemble.

Quelle que fut une dégénération semblable, quelque certaine cju'elle

fût de la décomposition entière de l'esprit de l'architecture, elle n'en trouva pas moins l'assentiment le plus vif et encore un grand nombre d'imitateurs. Tout Rome est infecté de cette architecture grimaçante dont nous eûmes en France le contre-coup vers la fin du dixseptième siècle et une application dans le style Pompadour, du milieu du siècle suivant. Le grotesque de cette architecture d'une partie du règne de Louis XV fut un écho du style inauguré par Borromini et ses élèves. Si l'exécution de ce style n'était pas aussi chère aujourd'hui, il y a mille à parier qu'avec la mobilité de notre nation, nous verrions revenir la mode de ce qu'on nomme le style rococo ; car il manque encore à la série de ceux que nous avons parcourus depuis la Restauration. Cela viendra peut-être cjuelque jour.

En même temps l'art décroît toujours, s'abaisse malgré la pompe dont on le surcharge. A cette époque on voit dans l'architecture l'emploi de ce qu'on nomme l'ordre dorique romain ou toscan, avec un ionique composite et une dégénérescence de l'ordre corinthien. La plupart des architectes imitant tant bien que mal les œuvres de leurs prédécesseurs, en les rabaissant, arrivent enfin à une platitude des plus consommées, des plus déplorables. L'ornementation devient rare ou mesc[uine; on a recours à la recherche de combinaisons arbitraires peu vivantes et qui se choquent. La richesse de l'ornementation, se retirant enfin des façades extérieures, ne s'applique plus qu'à l'intérieur des édifices et aux nombreux liôtels élevés au dixseptième siècle, à Paris, à Versailles et dans les autres grandes villes du royaume. L'emploi de la grande peinture décorative pousse à une somptueuse décoration des parois intérieures, où une profusion de dorures s'étale sans discernement comme sans mesure. Le goût s'abaisse de plus en plus, il envahit généralement tous les arts et se traîne en décroissant toujours pour arriver enfin à la confusion, à la frivolité et à la niaiserie des créations dans les arts du siècle suivant, qui furent et restent sans aucune valeur intrinsèque.

Sous Louis XIV, le nombre des églises et autres monuments publics augmente, et la noblesse d'antichambre royale se met à construire de vastes et somptueux hôtels, et à bâtir de grands châteaux dans des parcs étendus. De son côté, la noblesse pataude, achetée à beaux deniers comptant, au profit de l'État, a sans nul doute contribué à la décadence delà beauté dans les arts. Il est rare que le parvenu bête ne soit pas gonflé d'ostentation et d'orgueil, ignorant le

beau, préférant le clinquant, parce qu'il n'est pas passé par le laminoir de l'éducation et que l'esthétique lui fait défaut. Le parvenu est un des fléaux des arts, et surtout de l'architecture rationnelle.

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