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CHAPITRE XII

On ne peut se dispenser, dans Thistoire de l'architecture, de s'occuper des académies, parce qu'elles n'ont point été sans influence sur les arts dès leur établissement. Mais l'esprit d'individualité, qui enfante presque toujours l'amour-propre, devint un des caractères distinctifs de la plupart de ces nouvelles compagnies qui se donnèrent ou se firent donner le nom qu'elles portent. Peu de temps après leur création, la seule ambition, sans le talent, s'en servit pour arriver à la satisfaction de la vanité personnelle. Rien par soi, mais paraître quelque chose par un titre quelconque.

L'action insignifiante en bien des communautés religieuses et laïques (les francs-maçons) était éteinte ; on crut à la nécessité de la réorganisation d'un dépôt des procédés pour l'enseignement de certains travaux de science, comme philologie, archéologie, etc., et enfin d'art, comme architecture, sculpture et peinture ; cette nécessité, disonsnous, suscita à quelques hommes l'idée de former entre eux une sorte de corporation sous l'invocation d'une protection quelconque ; ces corporations prirent souvent le nom d'académies. Le nom que se donnèrent ces corps prouve assez qu'ils prirent naissance à un retour vers l'antiquité ; ils datent eifectivement de l'époque de la renaissance des lettres et des arts classiques ; car, comme on sait, le nom d'académie est grec. Il y avait en Attique, sur le Géphise, non loin d'Athènes, un lieu légué à l'État par son premier propriétaire, le héros Akademos. Ce lieu, auquel on donna le nom du donateur, fut employé à établir un gymnase, sorte d'école destinée aux exercices du corps. Gimon, vers le milieu du cinquième siècle avant l'ère vulgaire, y fit planter des oliviers et des platanes, disposés en allées, et

il l'orna encore de plusieurs jets d'eau. On y voyait aussi un autel dédié aux Muses, les statues des Grâces exécutées par l'ordre de Speusippe, le philosophe, un sanctuaire à Minerve, ainsi que des autels consacrés à Éros, Hercule et Prométhée. Platon, dont la maison de campagne avoisinait ce lieu délicieux, et tous ses disciples, venaient y passer les moments qu'ils consacraient à leurs conversations philosophiques.

A la mort de Charlemagne, l'académie cj[u'il avait fondée d'après le conseil d'Alcuin, disparut, et on n'en voit renaître qu'au quinzième siècle.

Ce fut encore en Italie que s'éta])lit la première nouvelle académie.

Au moyen âge on a quelquefois donné le nom d'académie à des écoles de haut enseignement, ainsi qu'à des établissements et à des sociétés scientifique, à cause de la vénération qu'on portait à la philosophie de l'ancienne académie grecque.

Ce fut en Italie qu'on commença en premier à donner cette dénomination à des compagnies destinées à cultiver aussi les beaux arts.

Dans la biographie de Jacomo da Casentino, Vasari rapporte que dès l'année 1350 il s'était formé à Florence une communauté ou association de peintres; que les lois et dispositions de ce corps furent déterminées par neuf peintres nommés à cet eft'et. Cette communauté ou corporation fut mise sous la protection de saint Luc; leur première chapelle a été la grande chapelle de l'hôpital de Santa-Maria Nuova.

Cette association se maintint comme une maîtrise d'artisans jusqu'à l'époque de Yasari, lorsqu'elle subit un changement dont il fait mention dans la biographie du frère Gio. Agnolo Montorsoli. Ce dernier parla à Vasari de la situation de la communauté, cj;ui s'était presque entièrement dissoute et n'avait plus de réunions. Plusieurs artistes, au nombre de quarante-huit, s'associèrent en l'année 1561.

Vasari s'aperçut toutefois que cette sécession des meilleurs artistes, subirait une forte opposition de la part delà masse des autres artistes; il en parla au duc Côme P"" et le pria de prendre cette institution sous sa protection, en fondant une académie des arts du dessin. Le prince acquiesça à sa demande et se déclara lui-même chef, contrôleur et protecteur de la nouvelle académie ; c'était en l'année 1562, et l'Italie fut en peu de temps enveloppée du fatal réseau où l'art devait bientôt

trébucher, car c'est en cette année que la nouvelle académie fut solennellement ouverte.

Dès le milieu du moyen âge il existait à Paris et dans d'autres villes du royaume une corporation de peintres, de sculpteurs, de doreurs, de boursiers et d'autres artisans, qui s'attribua la dénomination d'une académie de Saint-Luc'; on a prétendu qu'elle avait des statuts, des règles et des privilèges très anciens, mais surtout un privilège du 12 août 1390, qui était conservé dans la chancellerie à Paris, et qui exemptait de toute taille et impôts les peintres et sculpteurs et qui étaient exigés des autres bourgeois-. Ce privilège avec C[uelques autres fut renouvelé à la demande d'un peintre sur verre de Bourges, du nom de Henri Mellein, non pour lui personnellement, mais au bénéfice de tous ceux qui peignaient sur verre''. Il est au moins certain que ces privilèges donnés le 3 janvier 1430 par Charles VII, ne datent pas * de Charles VI comme le prétendent à tort quelques auteurs, et que dans la suite ils furent confirmés par Henri II et Charles IX^.

Gomme cette corporation privilégiée se permit peu à peu des oppressions sur ceux des peintres qui n'en faisaient point partie, des peintres de quelque renommée eurent l'idée de former une société et de s'ffranchir, par ce moyen, de la contrainte qu'exerçait une foule d'artisans, toujours en majorité. Leur projet fut favorisé, vers l'année 1640, par François Sublet des Noyers, né en 1578, intendant des

1. Les artisans qui faisaient partie de cette confrérie sont nommes dans une lettre de Charles VI datée de Paris en janvier 1412 : « Les jurez ou gardes des niestiers degentierie, de hourccryC; tcssecterye, courroierie, amusserio, coustellerie gaynerie, esquilleterie, espinglerie, painlrcrie, lormerie,et autres. » Voyez Ordonnances des rois de France, t. X, p. 47.

2. On y octroie : « Immunité et exemption de toutes tailles, subsides, impositions, données et octroyées aux personnes de Testât et science de painlure et sculpture.

3. Voyez Ordonnance des rois de France, l. XIII, p. IGO. On y a inséré : une lettre de Charles VII par laquelle il déclare que les peintres et vitriers «sont francs de toutes tailles, aides, subsides, guet, garde, etc. A Chinon, le 3 janvier 1430. » Mais ce qui suit prouve qu'il a dû y avoir des privilèges plus anciens :

« Ce au moyen de son dit art,'et à tous autres de sa condition; par privilèges

donnez et octroyez par nos prédécesseurs Rois de France, aux paintres et vitriers. »

4. Charles VI mourut en Tannée 1422 et ne pouvait donc pas donner des privilèges en Tannée 143G. Cette année est la neuvième du règne de Charles VII.

5. Voyez Collection des statuts, ordonnances et règlements de la communauté des maitres de Vart de peinture, sculpture et gravure de la ville et fauxbourgs de Paris, imprimée avec privilège. A Paris, chez Bouillerot, 1672. Ces statuts furent imprimés une seconde fois en Tannée 1698.

finances et secrétaire d'État sous Louis XIII, pour les finances en 1626. La nouvelle compagnie choisit pour son directeur Roland Fréard, sieur de Chambrai, parent et ami de Suhlet des Noyers^, secrétaire d'État et surintendant des bâtiments sous Louis XIII, et tenait ses séances chez Xlartin de Charmoys, sieur de Lauzé, secrétaire du maréchal de Schomberg, et se servit de son crédit à la cour pour faire établir l'Académie royale de peinture, dont il rédigea les statuts en 1648 et dont il n'hésita pas à prendre la place de chef. De Charmoys n'était point peintre ni sculpteur, mais il devint amateur des arts dans un voyage qu'il fit à Rome en accompagnant le maréchal, c[ui s'y rendait comme ambassadeur,

A la suite de la mort de son protecteur, en 1661, la compagnie tomba en décadence, mais reçut un nouvel éclat par le chancelier Pierre Séguier et le protectorat du cardinal Mazarin.

Enfin Louis XIV, qui approuvait son but, lui conféra, dans une assemblée du 20 janvier 1648, le titre d'Académie royale de peinture et de sculpture. Au commencement la société n'avait pas de lieu fixe de réunion; mais en l'année 1656 la galerie du Louvre lui fut ouverte, et plus tard le Palais-Royal, où elle siégea pendant trente et un ans. Enfin le roi mit à sa disposition l'ancienne partie du Louvre, celle ([ui datait de la Renaissance ; la société reçut en même temps, en l'année 1663, par l'entremise de Colbert, c{ui la prenait sous sa protection, un secours de quatre cents livres pour subvenir aux petites dépenses.

Dans le but d'ouvrir des voies brillantes au talent et au génie des jeunes artistes, on distribua non seulement des prix à ceux d'entre eux qui s'étaient distingués honorablement, mais on exposa aussi les œuvres des académiciens : par ces expositions annuelles on put informer le public des progrès faits. Ces expositions avaient lieu dans plusieurs endroits; d'abord en 1673, dans les salons du Palais-Royal, ensuite en 1699 et en 1704 dans la grande galerie du Louvre ; en 1727, dans la galerie d'Apollon, et enfin en dernier lieu, en 1737 jusqu'à la Révolution, dans la salle du Louvre.

Sous Louis XV les arts ne se relevèrent pas de leur abaissement.

1. C'est le même Sublet qui en 1643 lil mutiler la Léda, tableau que Michel- Ange avait exécuté pour le duc de Ferrare. Ce tableau était au château de Fontainebleau et avait été acheté très cher par François 1". Voyez sur ce tableau Michel- Ange, Léonard de Vinci, Raphaël, etc., par Charles Clément. 1 vol. in-8", 1861.

Fondée en 1671, l'Académie d'architecture resta inactive et sans zèle, jusqu'à ce qu'enfin elle sortit de son apathie. Alors elle entreprit aussi des expositions publiques, instituées par Abel-François Poisson, marquis de Ménars et de Marigny, nommé directeur général des bâtiments en 1751, par l'influence de sa sœur, la marquise de Pompadour. Dès lors il s'efforça de mettre en honneur deux académies dont il était protecteur sous le roi, celles de peinture et d'architecture; ce fut surtout à cette dernière qu'il accorda des encouragements particuliei's. Il appela de Lyon Soufflot pour lui donner la place de contrôleur des bâtiments ;Marmontel fut nommé secrétaire des bâtiments; Marigny offrit en 1773 sa démission qui fut acceptée; mais il conserva les honneurs et le titre de sa place, séparée du contrôle général à la mort du ministre, l'abbé Terray, en 1776, et confiée à d'Angivilliers. Marigny lit faire des expositions d'architecture et obtint des prix pour les artistes couronnés qu'on envoya à Rome afin de s'y former à leur art*. Le résultat en fut médiocre ; les mœurs du temps en étaient la cause. Louis XV ne fut roi que de nom sur son trône, tandis que Mme de Pompadour et Mme Dubarry^ régnaient et gouvernaient. Lorsque la première vit ses charmes l'abandonner, elle chercha à se maintenir comme favorite par des moyens non avouables; ce qu'elle avait commencé fut continué par la belle Dubarry, qui dirigeait le faible roi selon son bon plaisir. Elle fit de Versailles le siège de dilapidations énormes et d'une dissolution de mœurs incroyable. Les arts n'eurent d'autre refuge que les antichambres des maîtresses royales dont la basse origine était en rapport avec le degré de leur perfection. Les artistes furent exilés dans un cercle d'action des plus misérables, parce que leurs protectrices étaient tout à fait incapables d'un enthousiasme élevé, et totalement privées du sentiment du beau. A cela venaient se joindre les vicissitudes et l'engouement de la mode, auxquels nous autres Français sommes si fortement soumis, et un luxe extravagant, sans bon goût, qui se manifestait de la manière la plus funeste, en toutes choses et particulière-

1. C'est en l'année 1655 que fut instituée l'Académie de Rome, destinée à perfectionner le talent de la jeunesse qui se serait le plus distinguée dans les concours annuels, et dont l'idée vint de Charles Lebrun; Ch. Errard, peintre et architecte, en fut nommé le premier directeur en 1G66; il avait construit l'église de l'Assomption à Paris, dont l'eflét est assez lourd et désagréable.

2. La première de ces favorites régna de 1745 à 1764, la seconde de 1768 à 1774.

ment dans les arts du dessin, et spécialement encore, dans l'arcliitecture.

On sait que dans les académies il y a des meneurs, qui sont souvent ■des femmes ; on sait aussi que les académies sont partiales et exclusives dans le choix de leurs membres. Il existait avant la révolution nombre de faits qui à cette époque avaient porté de profondes attein- ■tes à l'Académie française ; on ne parlait rien moins que de sa suppression; c'était l'opinion des journaux libéraux. Les plus modérés en demandaient la réunion à l'Académie des inscriptions et belles-lettres. — Plus la révolution approchait, plus les dénonciations contre l'Académie étaient vives et fréquentes. En 1790, Palissot fit à l'Assemblée nationale une adresse, qu'il imprima dans la Chronique de Paris, pour demander la suppression de l'Académie française, en disant •qu'elle était un reste d'aristocratie. Un an après par ce môme motif et par beaucoup d'autres, Chamfort demanda la même chose dans un rapport que Mira])eau devait lire à l'Assemblée nationale, et qui concluait à la destruction non pas seulement de l'Académie française, mais de toutes les académies.

La révolution arriva enfin, et le 28 août 1793, la Convention Nationale, comprenant l'esprit de son époque, supprima par un décret, non seulement l'Académie française, mais toutes les académies et sociétés littéraires patentées et dotées par la nation. La Convention obéit à la pensée de la Révolution et comprit les intérêts intellectuels de la France en supprimant des coteries, des agglomérations d'ambitieux inutiles à la nation. Les académies rappelaient la monarchie absolue, le despotisme, le système de castes; réactionnaires par intérêt personnel, le monopole, les privilèges, les corporations arbitraires et tyranniques. Les académies ont toujours été le refuge des grandeurs frelatées, le plus souvent malfaisantes ; elles sont hargneuses et vindicatives; leurs membres jalousent le génie, le talent et la célébrité des hommes indépendants, qui veulent n'avoir de valeur que par ■eux-mêmes.

L'Académie d'architecture avait eu la prétention de s'ériger en gardienne de ce qu'elle nommait les bons principes dans cet art ; corollaire : les églises de Saint-Roch, de Saint-Philippe du Roule, ■de Saint-Sulpice et, dans le profane, le style rococo ou Pompadour! Par le décret du 8 août 1793, on pouvait se bercer de l'espoir d'une

rénovation, d'une évolution clans l'architecture, il n'en fut rien; ou pouvait espérer dans l'avenir, d'enlever les jeunes gens et la carrière qu'ils voulaient suivre au patronage souvent de caducités officielles ■depuis Charles Lebrun ; il n'en fut rien encore, ce patronage s'est malheureusement perpétué. De là les chefs-d'œuvre en constructions modernes, que les naïfs seuls peuvent admirer.

Une des principales causes et cause directe de la décadence des beaux-arts, et particulièrement de l'architecture, c'est l'existence des académies en Europe et surtout en France. L'Académie royale d'architecture fut instituée par Louis XIV en l'année 1671, ainsi que nous l'avons dit, mais elle n'a été confirmée par lettres patentes qu'au mois de février de l'année 1717 ^ Louis XIV, dans l'excès de son orgueil, crut avoir la puissance de régenter le plus grand et le premier des arts, en fondant ime société d'artistes dont il nommerait les premiers membres, en leur confiant le soin d'élire les titulaires aux places vacantes par la mort de leurs collègues; il fonda une sorte d'aristocratie, une féodalité ar])itraire dans les arts, qui leur devinrent funestes. Des caprices insultants peuvent abaisser et enchaîner les arts pour un temps, les faire vivoter, mais le despote le plus bête et le tyran le plus fieffé ne peuvent les diriger à moins de les faire dégénérer, mais peut, en fin de compte, les anéantir pendant quelque temps seulement. Louis XIV n'avait point la vi^aic grandeur : chez lui, elle n'était que d'emprunt, qu'extérieure et i'actice. Ce despote, fervent catholique et grand débauché, religieux par une sorte de mécanisme, était naturellement ennemi de la liberté, source du génie ou nécessaire au développement du génie et du talent; ce prince les enserra par la création d'une compagnie jalouse •et envieuse de quiconque ne suivait pas servilement ce qu'elle s'arrogeait, sans autre droit que le pouvoir lui accordait, de croire et d'enseigner, en lançant l'anathème à (piiconque travaillait avec iudépen- -dence, dignité, poursuivant en toute liberté l'exercice des ftvcultés éminentes que la nature lui avait données.

Aux époques où l'art avait de Tàme, de la vie, de la sève, lorsqu'il fleurissait encore avec liberté et puissance, lorsque son essence naissait d'idées, d'un réel sentiment du beau et de la nationalité, il n'exis-

1. Isambert, Recueil général des anciennes lois françaises Jepiiis l'an 1420 jusqu'en l"î89. 29 volumes in-8", t. XIX, p. 166 à 169. — T. XX, p. 13'2.

tait point d'académies, mais seulement des écoles particulières, modestes et en petit nombre, où les élèves travaillaient en présence et avec le maître qui n'enseignait que le métier', la partie technique de l'art, en n'exerçant aucune espèce de despotisme sur les jeunes artistes qui venaient le consulter et travailler sous ses yeux. Ces maîtres respectaient l'essor, les aptitudes, l'imagination, la manifestation des sentiments des adeptes qu'ils adoptaient; l'opinion publique seule jugeait, et accordait au talent réel, sans marchander, le mérite qu'il avait réellement.

A l'époque brillante de la Renaissance, à l'époque des Brunelleschi, des Michelozzi, des Bramante, des Peruzzi, des Léonard de Vinci et des Raphaël, il n'y avait point d'académies, mais seulement des corporations, travaillant avec l'indépendance du génie et du talent. En quoi ces grands artistes furent-ils inférieurs à ceux qui étaient enrégimentés dans les académies officielles?

Pierre Lescot, Philibert de L'Orme, Bullant, Androuet du Cerceau, Métezeau, Jean Goujon, Jean Cousin, Germain Pillon, Glouet, firent fleurir les arts sous le régime de l'Académie de Saint-Luc; en quoi leur génie et leur talent étaient-ils inférieurs dans leur expression? L'Académie royale d'architecture, de peinture et de sculpture qu'at-elle offert déplus supérieur dans les œuvres qu'elle a laissées? Sérieusement convenons quels sont les artistes qui ont surpassé, égalé

1. « Pourquoi ne nous plaindrions-nous pas des maîtres eux-mêmes qui, contents d'inspecter par-dessus l'épaule, pendant quelques secondes, le chevalet ou l'estompe de leurs élèves, ne peignent que derrière un rideau, comme pour dérober à ceuxci les secrets d'un art où l'on ne se perfectionne qu'en voyant faire? Cela est si vrai que les jeunes artistes sont réduits à s'éclairer mutuellement de leurs conseils et à tâtonner dans la recherche d'une pratique qui leur échappe, tandis qu'en suivant de l'œil le pinceau de leur chef, ils arriveraient promptement à un^' bonne méthode. Raphaël eùt-il laissé après lui tant de disciples célèbres, dont on lui a attribué les ouvrages, s'il avait évité ainsi les regards de Jules Uomain, de Penni, de Polydore de Caravage et de plusieurs autres, avec l'aide desquels il a exécuté les immenses fresques du Vatican? Ni Pausanias, ni Pline le naturaliste pas plus que Xénophon qui a vécu dans la familiarité des premiers artistes d'Athènes, ne nous disent que Polygnotes, Praxitèles et Phidias se soient cachés de leurs élèves pour vaquer aux travaux du Pœcile et du Parthénon; il y a quelque chose de petit dans ce mystère, ou il accuse un talent qui, n'étant pas sûr de lui-même, craint de se produire au grand jour et de révéler les incertitudes d'un travail strapassé. » — Ce que dit Kératry des peintres s'applique parfaitement aussi aux architectes. Voyez son livre Da beau dans les arts d'imitation. Paris, 1822, 2 vol. in-18, pages 284 et 285 du tome second.

même en bloc, les grands hommes que nous citons plus haut? Les académies ne sont pas faites à la taille des génies supérieurs qui ont illustré le seizième siècle; elles n'ont jamais servi qu'à produire une certaine moyenne dans l'art, sans originalité, sans intuition, sans génie enfin; et s'il en est sorti de temps eu temps de rares et fortes individualités, elles ont dû savoir ce qu'il leur en a coûté pour faire accepter leur mâle et robuste nature par les momies ou eunuques de l'art.

Ces académies fondées sous le despotisme le plus insupportable, avec un esprit d'exclusion pour tout ce qui ne se pliait pas sous leur omnipotence officiellement reconnue par le pouvoir; ces académies qui ont laissé à la postérité passablement d'œuvres médiocres, se virent un jour emportées par la grande révolution de 1792. Un décret du 8 août 1793, rendu à l'instigation du grand peintre David comme nous l'avons dit, supprimait « toutes les académies et sociétés littéraires patentées par la nation* ».

Telle fut la fin, temporaire au moins, de ces institutions surannées qui ne formaient que des coteries vaniteuses, pleines de présomption, sans utilité réelle, produisant en fait d'art des œuvres sans vie, sans élévation. En 1793, époque qui ouvrait une ère nouvelle à l'Europe, les académies étaient, comme aujourd'hui encore, une anomalie monstrueuse, ne représentant que la féodalisation des arts, des lettres et des sciences. Les académies ne profitent qu'en petit nombre à ceux que des intrigues peu dignes nomment académiciens. Cette création orgueilleuse de Louis XIV n'est qu'une espèce de parodie du temps éminemment bourgeois des Médicis.

La Convention décréta une « Commune des arts », dans laquelle étaient compris tous les artistes sans distinction de leur rang ni de leur talent. Un grand nombre d'artistes, dans un sentiment d'égalité, accueillirent ce décret avec bonheur; d'autres, au contraire, se formèrent en coterie, dans l'espoir de reconstituer une nouvelle académie. Toutefois ce fait, comme distinction, fut suspect, les artistes patriotes demandèrent à la Convention de comprimer cette société nouvelle dans son germe ; ils se constituèrent, par opposition, en société populaire et républicaine des arts. Tout citoyen pratiquant une branche quelconque des arts du dessin ou ayant du goût pour eux avait son entrée libre aux assemblées tenues au Louvre.

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