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Duvergier, Collection des lois, etc., (. VI, p

Quant aux académies littéraires, elles sont, généralement parlant, innocentes, peu dans les idées de l'époque; ce sont des arènes de parades scolastiques ou jésuitiques, des parodies des universités si savantes et méritoires de l'Italie du moyen âge.

L'ancienne académie faisait quelquefois preuve d'un talent relatif dans un genre quelconque. L'autre, la nouvelle, au contraire, regimba contre tout ce qui est nouveau, plus nature, jeune et hardi, ne tenant compte que de quelques rares chefs-d'œuvre du génie du dix-huitième siècle. La nouvelle académie, égoïste et mesquine, inventa les récompenses que nous connaissons. L'ancienne académie, il faut le dire, grande dame, ouvrait libéralement les portes de son sanctuaire, pourvu que vous pussiez faire preuve de votre talent. La nouvelle académie ne peut vous recevoir sans un certain nombre de génuflexions devant chacun de ses membres, et seulement à la condition qu'un corbillard à palmes académiques vienne enfin à sortir du vieux palais Mazarin.

L'Académie s'est permis défaire des classifications et une sorte de hiérarchie dans les arts, qui ne se numérotent pas. On ne peut qu'admirer ce qui est beau, rester froid devant ce qui est médiocre et tourner le dos au mauvais. Les académies n'ont jamais pu faire éclore le génie; si elles ont quelquefois rejeté le mauvais de leur sein, elles ont toujours été forcées de s'accommoder, faute de mieux, de cette moyenne devant laquelle on ne peut que rester indifférent ou ennuyé.

Qu'ont produit les académies, quant aux connaissances et à l'habilité de profession? La réponse est triste et malheureuse. Les académies des arts ne sont que des foules de paresseux, de pédants, incapables de contenter ceux qui sont avides de science et de satisfaire leur désir d'apprendre. Il y a par-dessus le marché ceci : c'est c[ue ce C[ui dans l'art est uniquement technique, le principal, et ce qui ne peut être enseigné théoriquement, devait être enseigné dans l'académie.

On peut admettre que de 1700 à 1800, les académies de Naples à Stockholm, de Pétersbourg à Lisbonne, ont coûté annuellement en salaires, appointements, assistance, en intérêts de capitaux employés au service et autres dépenses, en chauffage, éclairage et modèles, au moins un milliard. Si cette somme paraît exagérée, admettons-en les 2 tiers ; qu'a produit cette somme? Quels sont les artistes qu'onpour-

rait mettre en parallèle de ceux qui les ont pre'cédés? Veut-on savoir le résultat de cette somme immense? On le trouvera sur les escaliers les greniers et autres magasins des anciens bâtiments académiques : ce seront les morceaux de réception ou de prix qui depuis 1700 à 1800 s'y sont accumulés. N'est-il pas affligeant de penser qu'une aussi énorme dépense ait mené à zéro, ou bien qu'à perpétuer de fausses directions et qui sans doute, faute d'adhérents, se seraient éteintes bien plus tôt d'elles-mêmes? Le malheur des académies c'est qu'on y commence par où on devrait finir. On ne s'inquiète pas si l'élève a fait preuve d'aptitude supérieure et de développement technique dans la catégorie d'art cju'il a l'intention de pratiquer. On les berce de théorie comme si le seul problème consistait à cahoter son maigre talent jusqu'à ce que toute vie ait été étouffée. C'est de la sorte que les académies produisent les médiocrités qu'on connaît, qui ont souvent été la risée de l'opinion publique *, des artistes et des hommes réellement de génie.

Les académies des beaux-arts, trop coûteuses pour les maigres résultats où elles aboutissent, ne devraient plus exister aux frais de l'État, ne plus être entretenues par la contribution de la généralité des citoyens. Que les académies se forment au moyen de cotisations particulières, mais qu'elles ne soient plus des institutions publiques jugeant, quand le pouvoir l'exige, d'une manière officielle et presque toujours arbitraire et partiale, par complaisance.

On retient trop longtemp l'élève dans l'atelier, où on l'occupe à des études superflues qu'on prolonge le plus possible et qui n'offrent aucun retour compensateur; le malheureux est obligé de copier les éléments des ordres, de composer des projets de monuments qu'il n'aura jamais l'occasion d'exécuter; d'autres, de travailler d'après la bosse, de barbouiller avec des couleurs et enfin d'apprendre à laver ou à peindre d'une certaine manière, et tout cela pendant des années, quand l'élève est déjà Agé : on gaspille ainsi le temps précieux de la jeunesse.

1. « En vain prond-on des mesures pour diriger, en sens contraire de ropinion, l'esprit de la jeunesse; si elle ne puise pas la science de l'homme social dans les collèges, dans les écoles de droit, dans celles des arts, elle la prendra ailleurs; elle s'instruira avec le désaveu de son gouvernement, et presque comme on commet un acte séditieux....» Du beau dans les arts d'imitation, etc., par M. Kératry. Tome II, pages 264, 265.

Les ateliers en dehors de l'École des Leaux-arts, à quelques exceptions près, dirigés par des académiciens ou par de véritables entrepreneurs de technique qui ne s'embarrassent pas si l'élève a effectivement les dispositions et les aptitudes nécessaires, voulues, indispensables pour ne pas arriver à n'être qu'une médiocrité ou même une nullité dans l'art qu'il croit cultiver. Sans avoir un mérite moyen ou médiocre, ces entrepreneurs spéculent sur leurs élèves, qui payent tant par mois pour le maigre enseignement qu'on leur donne. Cet enseignement est lent et donné par l'incapacité; plus on garde l'élève à l'atelier, mieux cela est, car il produit ses mois.

Il existe une camaraderie entre les chefs ou patrons des ateliers, qu'ils soient ou non de l'Institut. Ils s'entendent parfaitement entre eux pour la distribution des prix ou récompenses: à chacun son tour; aidez-moi, je vous aiderai. Les encouragements sont souvent donnés à la médiocrité. Quand les pi'ix de Rome reviennent en France, eux seuls ont des travaux de l'État, eux seuls sont des candidats officiels. Depuis des années les architectes et les sculpteurs ne peuvent avoir des travaux s'ils n'ont pas passé par l'École des beaux-arts. Ils ne trouvent pas pour cinq cents francs de commandes. Rien au monde n'est plus réfractaire que l'art à l'encouragement officiel. Les vrais artistes, les artistes de talent et de mérite, trouvent avec raison que d'autres, souvent sans talents et sans mérite, sont encouragés par des coteries officielles. De mauvaises traditions maintiennent un art d'État hybride, source du style vulgaire qu'on aperçoit dans presque tous les monuments élevés à notre époque. Il y a peu ou point de travaux pour ceux d'un caractère indépendant, trop fiers pour se soumettre à des juges dont ils ont compris font clairement la médiocrité. Peu ou point de travaux pour ceux qui ne portent pas la livrée officielle de l'État, n'ayant pas concouru pour les prix qui conduisent à Rome : ils deviennent des parias, malgré le talent transcendant qu'ils peuvent posséder. Pour les places d'architecte et les travaux des jeunes artistes qui sortent des écoles du gouvernement, c'est la moyenne ou la nullité dans l'art qui priment.

L'art officiel, dontCh. Lebrun est l'auteur, nous donne les édifices incomplets, souvent même ridicules qu'on voit s'élever dans ce siècle tant à Paris qu'en province; car les élèves routiniers partagent la pauvreté d'imagination de leur maître, qui lui-même ignore l'histoire du grand et difficile art qu'il enseigne piteusement.

Les académies ont été et sont des fléaux pour les arts : tant qu'elles auront une prépondérance quelconcfue, elles poursuivront l'abaissement continu des arts, de l'arcliitecture tout particulièrement.

Un des subterfuges inventés pour faire aboutir la candidature officielle de quelque artiste sorti de l'École des beaux-arts ou revenant de Rome, consiste dans les concours. Les concours sont anciens; dans l'antiquité ils étaient sérieux. Le choix du jury offrait des garanties aux concurrents ; ses membres se composaient de l'élite d'artistes indépendants, car il n'existait pas encore d'institut ni d'académie, pas d'art officiel, comme de nos jours. Au moyen âge, on donnait au concours l'édification de la plupart des grands monuments religieux ou profanes. On convoquait en assemblée les architectes les plus célèbres de divers pays et on les constituait juges du concours. A cette époque on était encore jugé par ses pairs.

De nos jours on pratique autrement le concours. Le jury se compose d'abord de membres de l'Institut, Académie des beaux-arts, de fonctionnaires du ministère de l'instruction publique, de quelques députés et tuili quanti. La plupart des membres du jury sont incompétents, souvent le ministre de l'instruction publique compris, pour juger une œuvre d'art, que les artistes consciencieux eux-mêmes sont quelquefois embarrassés d'apprécier dans leur âme et conscience.

Ensuite on numérote les projets exposés (n"* 1, 2, 3, etc.) ; on indique dans le programme que tel numéro aura l'exécution du projet, que tel autre aura une prime de tant..., ainsi de suite, pendant une série indiquée.

Que le jury prendra dans les projets numérotés à la suite de sa sentence ce qui lui conviendra dans lesdits ; c'est ce que nous nommerons une indélicatesse, car le fragment de talent ainsi accaparé a toujours une plus grande valeur que la petite somme accordée comme indemnité.

Quant au grand prix, celui qui sera exécuté, il subit encore une autre supercherie : le plus souvent il est effrontément et comj)lètement métamorphosé et entrelardé d'idées, de détails volés çà et là aux concurrents, avec approbation officielle de qui de droit. Tout cela est fort déshonnête.

Le système des concours est cause que des artistes d'un talent reconnu réel par leurs pairs, s'abstiennent de se mêler au tournoi où régnent les vieilles et mauvaises traditions dont le système de

Ch. Lebrun est l'origine : l'art ofliciel dont le public est rassasie depuis longtemps par les édifices élevés après concours. Le vice d'un jury tel qu'il est formé depuis deux siècles, c'est qu'il est anonyme; il faudrait, au contraire, un jury très limité, dont tous les membres seraient personnellement responsables devant le public.

De tout ce qui est positif, de tout ce qu'ont établi les conventions liumaines, l'art et la science sont restés indépendants : tous deux se réjouissent d'une immunité absolue à l'abri de l'arbitraire des hommes. Le législateur politique peut enrayer leurs limites, mais il ne pourra jamais y dominer. Il peut exiler, oublier volontairement, chagriner l'ami delà vérité, mais la vérité n'en subsistera pas moins; il ne peut ravaler l'artiste, tout au plus le corrompre. Il est vrai que l'artiste est le fds de son temps, mais malheur à lui s'il est en même temps son élève et surtout son favori !

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