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CHAPITRE XIV

DEPUIS LA Ul- VOLUTION JUSQU'A NOS JOURS.

Un des plus grands événements, sans contredit, de l'histoire universelle éclata en 1789; cet événement avait été préparé et amené presque silencieusement dans l'esprit public depuis trois siècles. L'étude approfondie des grands philosophes, des orateurs illustres, des immortels auteurs dramatiques de l'antiquité, jointe à la réflexion, avait fait naître de saines idées en politique, en morale, en justice et en religion, tout autres que celles ayant eu cours depuis longtemps, pendant le moyen âge tout à fait judaïque, qu'il avait élaborées, imposées, éternisées et d'où s'était élevé peu à peu, non sans une opiniâtre résistance, la hiérarchie sacerdo-catholique et son compagnon le système féodal. A la place de la grâce, les peuples demandaient la justice et la renaissance du droit. Chaque institution humaine après avoir fourni sa carrière, accompli ce que le temps exigeait d'elle, a toujours sa décadence et encore le vaste et éternel champ de la perfectibilité de l'homme. L'histoire vraie, sincère et la bonne foi, enseignent qu'il en fut ainsi depuis que le monde existe.

Une révolution dans l'Église éclata au commencement du seizième siècle; elle fut violemment comprimée en France. La transformation politique et sociale dans ce pays aurait pu n'être qu'une évolution : elle ne se fit pas ; deux siècles plus tard cette transformation s'effectua par une révolution, comme nous l'avons déjcà fait remarquer au commencement de ce livre, et cette révolution fut un écho lointain de l'esprit né de l'action constante de la Renaissance. Pour bien comprendre le sens de la Révolution de 1789, il faut avoir présent à l'esprit les idées et les sentiments exprimés par les philosophes pratiques du dix-huitième siècle. Ils se sont révoltés contre les préten-

tions ecclésiastiques, contre rimmobilité de tons genres, contre l'immoralité et les frivolités choquantes du temps; leurs attacfues ont été dirigées par le raisonnement et par des traits d'esprit, l'ironie et la satire et toujours avec le plus gros bon sens humain. Ils n'ont combattu que les abus et les prétentions excessives introduits par la féodalité et les prêtres de tous rangs dans la politique et dans la religion, leur œuvre. La religion de la fin du dix-huitième siècle n'était qu'une superstition vulgaire, moinerie, décadence morale, jouissance des richesses de la manière la plus coupable, la plus éhontée ; la débauche illimitée, enfin, dans les richesses et les biens temporels.

L'État n'était plus c[ue le pouvoir le plus arbitraire du roi, de ses ministres, des favorites, femmes et valets de chambre, de sorte qu'une nuée immense de petits tyrans et de paresseux, considérait comme de droit divin le pillage des revenus publics, de s'enrichir des sueurs du peuple. La Révolution a été amenée en partie par l'obstination excessive à conserver les préjugés séculaires, par l'orgueil, l'arrogance, l'ignorance et la cupidité des hautes classes.

Dans le court espace d'un demi-siècle nous avons eu le curieux spectacle de la mode' cpii fit reproduire toutes les formes architec-

1. « J'excuscrois volontiers, en noslrc peuple de n'avoir aiiUre patron et règle de perfection, que ses propres nio'urs et usances; car c'est un commun vice, non du vulgaire seulement, mais quasi de touts hommes, d'avoir leur visée et leur arrcsl sur le train auquel ils sont nays. Je suis content, quand il verra Fabricius ou Laeiius, qu'il leur treuvc la contenance et le port barbare, puisqu'ils ne sont ny vestus ny façonnez à nostre mode; mais je me plains de sa particulière indiscrétion de se laisser si fort piper et aveugler à l'autorité de l'usage présent, qu'il soit capable de changer d'opinion et d'advis tous les mois, s'il plaist à la coustume, et qu'il iuge si diversement de soy mesme. (Juand il portoit le buse de son pourpoint entre les niammeiles, il maintenoit, par vifves raisons, qu'il estoit en son vray lieu : quelques années aprez, le voylà avalé iusques entre les cuisses; il se mociue de son auitrc usage, le trouve inepte et insupportable. La façon de se vestir présente iuy faict incontinent condamner l'ancienne, d'une resolution si grande et d'un consentement si universel, que vous diriez que c'est quelque espèce de manie qui Iuy tourncboulc ainsi l'entendement. Parce que nosire changement est si suljit et si prompt en cela, que l'invention de tous les tailleurs du monde ne sçauroil fournir assez de nouvelletez, il est force que bien souvent les formes méprisées reviennent en crédit, et celles là mesmes tumbent en mépiis tantost aprez; et qu'un mesme iugement prenne, en l'espace de. quinze ou vingt ans, deux ou trois,

turales du passé, celles de l'antiquité, du moyen âge, de la Renaissance, des dix-septième et dix-huitième siècles. On les a fait figurer dans les édifices civils et religieux, dans l'ameublement, dans l'ornementation typographique. Ce spectacle de lanterne magique est enfin terminé, car il ne reste plus rien à connaître et à reproduire aux imitateurs des temps antérieurs. Nous en sommes arrivés au point où nous devons renoncer à bâtir, à sculpter et à peindre, ou rechercher un style nouveau en concordance avec l'esprit de l'époque à venir.

La grande révolution politique et sociale de 1789, a, par la déviation de ses principes et de son développement, amené par une réaction insensée, jeté l'esprit dans un désordre et une impuissance funestes à des conceptions nouvelles. Le génie national est dévoyé depuis plus de trois quarts de siècle par l'ignorance, le scepticisme et les idées rétrogrades. Il n'existe de grandeur d'aucun genre, il ne se produit aucun sujet susceptible d'inspirer l'imagination ni l'enthousiasme, le génie qui invente. L'État ne décerne en peinture des récompenses qu'aux œuvres d'art qui représentent des faits de l'histoire dite sainte; il est ensuite parfaitement inhabile à apprécier l'originalité et le mérite réel du projet d'un édifice, il donne presque toujours la préférence à celui où l'intrigue joue le rôle capital. De là, ces églises avec du faux gothique, des collèges, des mairies, des musées, des théâtres où l'on rencontre un salmigondis de styles de toutes les époques et même de tous les pays, et où se manifeste comme exubérance la pauvreté d'idée, la confusion de l'esprit et enfin l'ignorance des constructeurs en fait d'histoire.

Nous avons déjà dit et démontré que les académies de toutes les contrées aident à cet état de choses qu'elles perpétueront aussi longtemps qu'elles existeront comme corps officiel, dont les membres se recrutent avec un esprit de coterie, sans distinction effective et réelle.

Il viendra sans doute un temps où cette vérité sera reconnue, et alors on pourra espérer une révolution et ensuite une renaissance heureuse pour les arts.

non diverses seulement, mais contraires opinions, d'une inconstance et légierete Incroyable. Il n'y a si fin entre nous qui ne se laisse embabouiner de cette contradiction et esblouïr tant les yeulx internes que les externes insensiblement*. »

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