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CHAPITRE III

Un architecte heureux dans le nord de l'Allemagne, Schinkel, naquit en l'année 1785 à Neu Ruppin, dans la province de Brandebourg. Il sut abandonner les errements dans lesquels étaient tombés depuis longtemps ses prédécesseurs, et ramener le style au classique, mais il faut le dire, un peu froid et où la ligne horizontale règne peut-être exagérée, sous un ciel et une nature qui ne sont point athéniens ; la ligne accuse de la solidité, mais prodiguée, elle fatigue et n'enthousiasme pas. Dans sa longue carrière Schinkol éleva à Berlin la porte de Potsdam, le corps de garde royal ou du roi, le théâtre sur la place des Gendarmes, l'École d'artillerie et des ingénieurs, le Musée, la nouvelle École d'architecture. On s'arrête devant tous ces monuments, on les étudie, mais ils vous laissent froid, ils n'émeuvent pas, ils ne vous laissent aucun souvenir agréable. Schinkel est mort en 1841.

Schinkel a formé une nomljreuse école d'architectes distingués, parmi lesquels on compte Hesse, Hitzig, Knoblauch, Persius, Slrack et Stûler, c[ui concourent ensemble à continuer le nouvel essor donné au style architectural fondé par leur maître.

Au commencement de ce siècle, F. Weinbrenner, né en 1766, s'efforça de donner à l'architecture une nouvelle direction en cherchant à la sortir de la nullité où elle croupissait. Son intention était de faire entrer dans ses créations le souffle de l'antiquité : mais il n'eut pas la chance de réussir, quoic|ue très actif à Carlsruhe. Il a cependant eu un mérite, celui d'être dans sa sphère d'action le précurseur de la nouvelle époque de l'architecture à Carlsruhe, en améliorant le goût du public, en jetant par-dessus bord le style rococo du dix-huitième siècle, et en cherchant à faire renaître l'ar-

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chiteclure classique. Ce fut certes un travail d'Hercule, de vaincre de vieux préjugés. Le développement de l'art à Garlsruhe suivit une voie proportionnée, car lorsque l'art est dans une situation rabaissée, il est d'ordinaire suivi d'une époque où l'on déblaye, et enfin il arrive une génération qui fonde une situation meilleure. Weinbrenner est mort en 1826. Il a bâti le palais des États, une École protestante et une École callioliquo et le théâtre de Garlsruhe, la Comédie à Leipzick.

Il fut donné à M. H. Hiibscli, élève de Weinbrenner, né en 1795, de produire un progrès dans l'architecture. Hûbsch avait de l'intelligence, de l'érudition, un esprit pratique; versé dans l'étude des monuments romans, dits à plein cintre du Rhin, des édifices du style ogival, des Jiasiliqucs d'Italie et ayant étudié sur place les monuments doriques, ioniques et corinthiens grecs, il a réussi, avec sa science acquise, à constituer un style original et qui lui appartient, car il est né de son for intérieur.

En 1834 il commença à bâtir l'église de Bulach, non loin de Garlsruhe, dans le style roman; en 1837 il commença à Garlsruhe le nouveau palais do l'Académie, dont la façade est imposante. Le portique grandiose, les Ijollcs proportions en hauteur et en étendue de ce monument à deux étages, sont on ne peut plus heureuses; le soubassement, les angles, les pilastres, les colonnes, les encadrements de fenêtres à plein cintre, les corniches en grès gris clair, tout cela est d'une grande simplicité et plein de goût, convenable à la localité. Tous les espaces de l'intérieur sont voûtés, l'appareil de la cage de l'escalier et de ses colonnes se composent de différentes sortes de grès, en partie rouge ou blanc, d'un grain très fin qui prend aisément le poli. De lui est encore l'Ecole polytechnique, commencée en 1832 et terminée dans l'espace de quatre ans. La façade, qui se distingue également par ses heureuses proportions, en impose par son rez-de-chaussée et ses deux étages en pierre de taille rouge. Son triple portail ainsi que toutes les fenêtres du style roman sont, ainsi que la corniche de couronnement et les cordons, d'un goût parfait et en grès gris, ce qui produit un agréable jeu de couleurs. Le portail est couronné par deux statues en grès : Kepler, représentant des sciences mathématiques, et Erwin de Stcinbach ', représentant l'art et la

1. On sait ou on no sait pas (jue Eiwln do Sloitibach csl l'ari-liitecte qui a composo le pdi'tail do la catliédralo de SIrasbourg avec sa belle ilècho.

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pciciice tecliiiirpie : savante ot heureuse idée de rarchitecto.Hii] scli est encore rarcliiteete qui éleva, de 1829 à 1833, le Ministère des finances.

L'électeur de Bavière, Maximilien Joseph, reçut la couronne royale de Napoléon en 1805. Son fils Louis, le prince royal, lui succéda en 1825. Le roi [Maximilien, prince libéral, avait fait faire de nomlireux progrès à son pays dans tous les genres intellectuels. Son fils continua à faire fleurir les arts et les sciences dans son royaume : d'une ville de troisième ordre, avec 66 000 habitants au commencement de ce siècle, le roi Louis l'éleva à être une du premier, aujourd'hui avec plus de 120 000 habitants. Elle doit son accroissement, sa prospérité et le nombre de grands édifices, renfermant une immensité de monuments historiques de tous genres, au prince qui gouverna la Bavière de Tannée 1825 à Tannée 1848, où il abdiqua en faveur de son fils. Il comprit que les arts et les sciences ennoblissent les peuples en achevant leur éducation. Dès Tannée de son avènement au trône, le roi Louis conçut Tensemble des projets d'embellissement et de richesse dont il voulait doter la capitale de son royaume. Il réforma l'emploi des finances, établit de grandes économies dans l'État. L'administration fui restreinte, simplifiée, la presse fut débarrassée des entraves qui Tempèchaient de se manifester librement. Enfin l'amour du roi pour les arts et les sciences s'épanouit d'une manière merveilleuse. Le roi Louis eut Tintelligenee de s'entourer de savants et d'artistes célèbres ; l'université de Landshut fut transférée à [Munich, l'Académie des beaux-arts fut réorganisée.

Il était naturel que sous un roi poète et savant, faisant appel aux artistes de tous genres, il se constituât une nouvelle école d'art qui de Munich rayonna autour de la Bavière. Lesdimensions et la magnificence des constructions du roi Louis furent appréciées comme elles le méritaient. Dès 1816, comme prince royal, il avait formé une grande collection de sculptures, il exécuta le projet qu'il avait conçu d'élever un édifice pour recevoir la série des œuvres plastiques qu'il avait recueillies. Pour réaliser ce projet il choisit un architecte hanovrien, Léon Klenze \ autour de la Glyptothèque actuelle iinusée de sculpture). La forme de son plan est, comme au Louvre, un carré presque parfait. La façade principale, de 71 mètres de longueur sur

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